Revue Banque : la FBF restructure radicalement sa maison d’édition, « structurellement déficitaire »

Quelques appréciations sur les publications de "RB" et la doctrine en général

Jeudi 26 août 2021, par Emmanuel Barthe // L’édition juridique

Le Monde du 11 août 2021 publie une (a priori) mauvaise nouvelle pour le monde juridique et bancaire :
« La Fédération bancaire française (FBF) a lancé cet été une restructuration radicale de son magazine professionnel, la Revue Banque, et du petit groupe de presse et d’édition rassemblé sous cette marque. Actionnaire majoritaire, la FBF a annoncé en juin à l’équipe le licenciement de 9 des 17 salariés. "Le groupe se sépare de la rédaction et arrête son activité d’édition, indique une source interne. Les magazines spécialisés demeurent [note E. Barthe : dont Banque & Droit], mais la fabrication du contenu sera externalisée, auprès de pigistes et d’experts." »

Selon l’article, « la revue [a raté] le virage du numérique, tandis que le nombre de ses abonnés s’étiole. » La FBF ajoute que « l’activité presse et édition est devenue structurellement déficitaire ».

Arrêt ou pas de la "RB" elle-même ? Un article ultérieur des Echos du 26 août clarifie : « le mensuel créé en 1926 [...] continuera d’être publié, mais avec une pagination réduite, et l’offre numérique sera étoffée, indique la fédération professionnelle » [1]. Mais ne va-t-elle pas voir son contenu s’affaiblir ?

Christophe Nijdam, délégué général de l’Association française des investisseurs institutionnels et ancien secrétaire général de l’ONG Finance Watch, estime que c’est une perte en matière « d’information, de réflexion et de décryptage » dommageable pour la Place de Paris.

On doit toutefois rappeler qu’il existe, au moins en matière juridique, deux revues de droit financier, matière qui inclut le droit bancaire.

Par ailleurs, les documentalistes juridiques divergent aussi d’avec l’article en ce que de l’avis d’anciennes salariées, bien que publiés par un lobby, ils étaient « pourtant indépendants » et avaient une « marge de manœuvre étonnante ».

Cette liberté éditoriale était ces dernières années peu utilisée, alors. Parce que je prenais vraiment très peu d’articles de la Revue Banque pour la veille. Et en ce qui concerne les articles de fond, de vraie réflexion approfondie et critique, la doctrine juridico-bancaire en somme, elle était depuis longtemps passée dans les deux revues des éditeurs juridiques : la Revue de droit bancaire et financier (RDBF) de LexisNexis et (moins) la Revue trimestrielle de droit financier (RTDF) de Transactive (groupe Thomson Reuters). C’est pour cela que j’écrivais "a priori" plus haut.

Plus largement, on ressent un affaiblissement de la valeur de la doctrine publiée dans de très nombreuses revues juridiques, que les documentalistes juridiques peuvent arbitrairement quantifier par le nombre de d’articles qu’on sélectionne pour la veille juridique.

Dans un tel contexte, qui n’est donc pas limité au Covid, la la baisse du nombre d’abonnés de la Revue Banque n’a dès lors selon nous rien de surprenant.

En ce qui concerne l’actualité juridico-bancaire brute, là aussi, la "concurrence" était à l’œuvre : cela fait depuis longtemps qu’on peut l’avoir par les actualités en ligne de l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR) puis l’Autorité bancaire européenne (ABE/EBA).

La Revue Banque n’est pas la seule revue juridique à avoir des problèmes sous Covid. Ont également été arrêtées en 2020-2021, les revues suivantes :

Le paysage des éditeurs juridiques ne cesse de se modifier et il est à craindre une disparition des petits éditeurs indépendants.

Emmanuel Barthe
bibliothécaire documentaliste juridique, veilleur

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