Les avantages des outils de veille payants

Un vieux débat

Samedi 4 avril 2020, par Emmanuel Barthe // La documentation juridique

Un vieux débat où je rame à contre-courant :-) De par mon expérience, on n’a rien sans rien, et les outils de veille payants améliorent grandement la veille.
Le vrai débat derrière, évidemment, est celui sur le choix très français de faible investissement dans la gestion de l’information et du savoir. Mais comme ce problème n’est pas de notre ressort, voyons le débat sur le plan technique.

Parmi les outils utilisés pour la veille, le gratuit domine toujours

En 2011, le veilleur et formateur Christophe Deschamps publiait un billet où il défendait les outils de veille gratuits ou peu cher, en pensant à son expérience de débutant et en termes de realpolitik, la plupart des entreprises affectant un budget de quelques centaines d’euros au maximum aux outils de veille [1].

Comme l’illustre le guide pratique sur la veille publié par Archimag en avril 2020, les choses n’ont pas changé en France. Christophe Deschamps en souligne deux extraits [2] :
« En matière d’outils, sans surprise, la grande majorité des veilleurs utilisent des outils gratuits, à 71 %. Toutefois, un sur deux utilise également des outils payants. Il existe donc un réel mix entre outils gratuits et payants. Il s’agit cependant le plus souvent des versions premium ou pro d’outils d’abord gratuits comme Inoreader et Feedly. »
Concernant la veille sur les médias sociaux : « Les professionnels de l’information sont plus réticents que les autres face aux réseaux sociaux. Beaucoup ont peur d’être noyés sous un flot ininterrompu d’informations, d’autres craignent leur manque de fiabilité et finalement n’intègrent pas les réseaux sociaux dans leur veille. Seule la moitié des sondés le font pleinement. La situation ne devrait pas beaucoup évoluer au cours des années qui viennent, puisque seuls 40 % des sondés envisagent de l’intégrer davantage. »

Sans nier la réalité du manque de moyens de nombreux collègues, je n’ai pas tout à fait le même ressenti que Christophe sur le sujet. En tout cas en 2020 et après des années dans la bibliothèque, la documentation puis aussi la veille. C’est plutôt l’inverse, à vrai dire : je trouve les outils gratuits surévalués [3].

Aussi, je voudrais avancer cinq arguments en faveur des outils payants, pour redorer leur blason.

Cinq arguments en faveur des outils payants

J’utilise massivement — bien obligé, vu mon secteur (cabinets d’avocats d’affaires) — des outils payants (mais pas seulement). Franchement, vu le volume et le niveau de qualité de ce qui nous est demandé en veille juridique et presse, heureusement qu’on a ces outils. J’ai aussi fait ma veille presse sans outils payants, toujours en cabinet d’avocats d’affaires, donc je peux comparer.

1. Vu que la presse en ligne, comme Frédéric Martinet le rappellait, se ferme lentement mais sûrement au gratuit depuis 2014, et qu’elle offre des commentaires plus intéressants que les dépêches des agences de presse (pas toutes gratuites, mais très souvent reproduites ailleurs), sans compter leurs enquêtes et leurs scoops, passer par des agrégateurs de presse (payants donc) est très utile. Dans le juridique, c’est pareil, la qualité du commentaire se paye.

2. Les outils gratuits n’incluent pas de contenu (sous licence, je veux dire). Or les outils payants, non seulement vous offrent un accès à du contenu mais payent les droits d’auteur à votre place, vous permettant d’être en règle avec la loi (un sujet que Frédéric Martinet aime bien :-).

3. Le manque de pérennité des outils gratuits est un autre (très) gros problème.

4. Les opérateurs de recherche de nombreux outils gratuits sont lacunaires. De manière plus générale, tant qu’on se contente de sa version gratuite, un outil de veille manque le plus souvent de fonctionnalités avancées. Voire de fonctionnalités tout court. L’évolution de la pratique tarifaire d’Inoreader illustre bien ce fait : l’agrégateur de flux RSS a progressivement réduit ses fonctionnalités gratuites à pas grand chose. Aujourd’hui, un veilleur professionnel ne peut plus utiliser Ia version gratuite.

5. Dernière chose, au moins aussi importante que les autres, voire plus : les outils gratuits manquent souvent de systèmes de formatage et d’envoi par mail automatiques. Le mail reste dominant en milieu pro. Formater à la main est hors de question pour un veilleur professionnel. Chaque fois qu’on doit le faire, on part dans du chronophage.

Les limites des réseaux sociaux en matière de veille

Je fais partie de ceux qui estiment que les réseaux sociaux sont certes une excellente source d’information et plus encore de veille (Twitter est certainement en presse et juridique l’endroit où trouver du "très, très frais" si on maîtrise ses sources). Mais à condition :

  • d’avoir pas mal de temps (beaucoup de veilleurs le sont à temps partiel — i.e. ce sont d’abord des documentalistes —, le reste du temps, ils ont des produits documentaires à sortir en temps limité et des tâches de gestion documentaire)
  • et que nos clients/utilisateurs voient les réseaux sociaux d’un bon oeil.

Au final, dans mon industrie (le juridique), une source presse sera toujours :

  • plus rapide à sortir (merci les agrégateurs payants)
  • plus facile à vérifier (texte intégral)
  • mieux appréciée par les lecteurs.

Seule exception à cette règle : les comptes Twitter de ... journalistes ;-) et de juristes professionnels. Selon la bonne veille règle de la veille qui veut que c’est la source (sa compétence, sa fiabilité) qui compte.

Emmanuel Barthe
documentaliste juridique, veilleur

Notes de bas de page

[1Une veille de qualité à partir d’outils gratuits est-elle possible ? Et si oui, comment ?, par Christophe Deschamps, Outils froids, 16 mai 2011.
Extrait : « De fait, depuis sept ans où je forme en moyenne entre 80 à 120 veilleurs par an (non-inclus les étudiants) tous secteurs d’activités confondus et autant dans le public que dans le privé, je pense pouvoir dire au doigt mouillé que 80% n’ont pas et n’auront pas à moyen terme, de budget pour investir dans des outils (logiciels, services en ligne) dépassant les 200 euros. On peut certes le regretter, mais vient un moment où il faut simplement faire de la realpolitik d’entreprise, ce qui veut dire faire au mieux avec ce que l’on a. »

[2Décorticage du nouveau guide pratique d’Archimag consacré à la veille, par Christophe Deschamps, Outils Froids, 6 décembre 2018.

[3Après, je suis d’accord avec Christophe sur un autre point de son billet : la veille stratégique — que je pratique un peu — dépend peu des outils.

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1 Message

  • Non, pas de soucis, c’est aussi pour cela que je les republie de temps à autres. Les sujets évoluent les avis aussi. Parfois c’est sûr que si on veut faire une veille médias très large alors un service payant à la Factiva va de soi. Quant l’objectif est plutôt la surveillance de pages web d’acteurs spécifiques, et pas seulement leur flux RSS, alors il y a encore largement la place pour le gratuit ou tout du moins le peu cher.

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