Le Canard est mal barré

Pourquoi le Canard enchaîné devrait évoluer — et pas qu’un peu

Samedi 9 novembre 2019, par Emmanuel Barthe // Ressources en droit des affaires

[mise à jour au 24 /11/2020 :

  • le Canard Enchaïné du 18 novembre publie les comptes 2019 (simplifiés) de la SAS Les Editions Maréchal - "Le Canard Enchaîné". Le résultat négatif est dû à des charges exceptionnelles de 1,4 million d’euros dûes à la faillite de Presstalis, ex-NMPP, la société de diffusion de la presse parisienne
  • et surtout, il annonce son prochain passage en ligne — que nous préconisions ici — : « Bientôt, le Canard plongera vraiment dans le monde du numérique. » Il était temps !]

Le Canard Enchaîné est une institution de la presse française. A plus d’un titre :

  • lancé le 10 septembre 1915, c’est un des plus vieux titres de presse français vivant [1]
  • il est très rentable (pour un organe de presse) et possède assez de réserves financières pour vivre pendant plus de cinq ans sans aucune recette.

Le risque

Le Canard refuse de passer en ligne. C’est une position bien ancrée chez eux. Le comble de ce refus est qu’en fait, le Canard enchaîné a bien une appli, mais réservée aux clients hors UE et Suisse !

Du point de vue de certains veilleurs, s’il ne passe pas en numérique, le Canard Enchaîné va mourir insensiblement, très lentement mais très sûrement en une dizaine d’années [2]. Pourquoi ? Parce que :

Le remède

Pourtant, le Canard pourrait parfaitement être rentable en ligne :

  • son prix est (très) bon marché : 60 euros TTC par an l’abonnement (Mediapart est à 132 euros). Il pourrait donc financer son passage en ligne soit avec ses réserves financières soit par une augmentation du prix de son abonnement
  • Mediapart, lancé en 2008 et qui a atteint son point mort dès 2011, en a fait la démonstration avec ses excellents résultats financiers 2017 : la spécialisation/les niches permettent aux pure players de s’en sortir [5]
  • à part la Lettre A et Mediapart, le Canard n’a plus d’autre concurrent sur le segment des "affaires". Marianne n’est plus vraiment un concurrent sur ce segment.

Emmanuel Barthe
veilleur presse

PS : attention, mettons-nous bien d’accord, je n’ai pas écrit que toute la presse pure player est par définition rentable. Loin de là : des initiatives originales (comme les défunts explicite.info et Owni) et de qualité ont de grandes difficultés [6]. La presse, quand elle n’exploite pas certains filons en nombre très limité — comme les affaires politico-économico-financières ou les "people" — a besoin d’investisseurs prêts à la soutenir contre vents et marées, qu’ils agissent par conviction, par intérêt ou par souci d’influence [7].

Notes de bas de page

[1Le plus vieux est Le Figaro ou le Journal de Saône et Loire, au choix. La Croix, lui, date de 1883.

[2Voire une quinzaine d’années au mieux.

[4Source : les chiffres cités dans les articles Wikipedia sur eux.

[5Pas aux généralistes (Rue89 ...).

[6Electron Libre survit mais c’est une newsletter très spécialisée, de niche et avec un angle "geek" (les sujets : propriété intellectuelle, médias et informatique) et avec des frais de fonctionnement faibles (pas de grandes enquêtes, peu d’articles longs). Explicite.info s’est arrêté fin janvier 2019, et Les Jours font appel aux dons de leurs lecteurs. Cf Les pure players de l’information luttent pour leur survie, Challenges, 14 février 2019. On se souvient aussi des déboires du défunt Owni.

[7Les exemples de soutien appuyé d’investisseurs à des titres de presse abondent, anciens aussi bien que récents. Dernier en date : Bolloré renfloue son quotidien gratuit CNews de 34 millions d’euros, La Lettre A/PresseNews, 30 janvier 2019.

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