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La recherche documentaire en droit, ça s’apprend
Non, ce n’est pas inné. Mais aussi : non, ce n’est pas compliqué

Dans la catégorie "Choses qui fâchent", un coup de gu... contre la croyance dans les perfection des moteurs de recherche, bases de données, logiciels et autres automatismes.

Quand certains juristes (jeunes d’abord mais d’autres aussi) utilisent une base de données/moteur de recherche, ils tapent les mots qui leur viennent à l’esprit et espèrent la pertinence ... Peu optimisent, utilisent les options (opérateurs logiques, champs etc.).

Et plus le moteur produit des résultats à peu près pertinents, plus on fait confiance a priori aux résultats [1]. Alors qu’ils sont presque toujours améliorables et que les méthodes classiques (passer par un ouvrage à mise à jour et un traité et exploiter les notes de bas de page) sont le plus souvent tout aussi efficaces.

Plus un outil automatise un processus de recherche, plus on devient paresseux (i.e. moins on vérifie/refait soi-même). Les raisons en sont évidentes :

  • la faute en partie aux "expectations" (dûes en partie à la hype de la technologie) [2]
  • pourquoi vérifier et donc refaire si c’est automatisé ?
  • la recherche documentaire est considérée comme un "no brainer", pas un apprentissage.

Mais cette paresse se heurte à des obstacles :

  • le processus complet de recherche n’est pas automatisé à 100% et il n’est pas près de l’être : voir par exemple les limites des soi-disantes IA en droit [3]
  • si on n’y ajoute pas une méthode valable, la recherche automatisée n’offre aucune donc certitude de fiabilité ni d’exhaustivité
  • la recherche documentaire n’a rien d’inné. C’est un savoir technique qui s’apprend (selon mon expérience, seul un juriste sur dix développe de vraies compétences en recherche documentaire)
  • la qualité des résultats se dégrade chez certains outils de recherche. Voir infra.

Du côté des moteurs de recherche gratuits, pour tous ceux qui veulent approfondir des sujets, ou dont les besoins s’exercent dans le cadre professionnel (veilleurs, analystes, chercheurs, enseignants…), le "Search" de Google perd (lentement, certes, mais quand même) en puissance et en qualité depuis plusieurs années [4]. Comme l’écrit l’ "information broker" français et spécialiste des outils de recherche FLA :

« Le nombre de résultats proposés par Google ne fait que diminuer d’année en année. Alors qu’on pouvait avoir 800/1000 résultats à se mettre sous la dent il y a une dizaine d’années pour les questions larges, on est rapidement passé à 200/300 résultats il y a quelques années pour atteindre souvent péniblement les 100 résultats aujourd’hui. Google continue d’indexer et d’avoir dans ses bases toute la richesse et la diversité du Web mais ne donne accès qu’à une infime portion, et certainement pas la plus intéressante. [...] Une recherche sur Google, c’est aujourd’hui bien souvent une sélection de publicités étiquetées comme telles et de publicités déguisées :

  • d’un côté les résultats sponsorisés propulsés dans les premiers résultats de recherche. Il y a aujourd’hui beaucoup plus de résultats sponsorisés sur mobile que sur desktop. On notera également qu’il y a de nombreuses requêtes qui ne génèrent pas d’AdWords ni sur mobile ni sur desktop , surtout dans le monde du B2B
  • de l’autre côté, et c’est même le plus gros problème pour la recherche d’information, des résultats naturels qui ont l’apparence de contenus informatifs, mais qui ont avant tout un but commercial. »

Pour le dire en une phrase : « Les spécialistes du référencement qui se frayent un chemin jusqu’au sommet de chaque résultat de recherche Google pourraient aussi bien être des robots. »

Du côté des plateformes juridiques en ligne payantes, le classement par pertinence est dans environ 10 à 20% des cas contestable. Et la synonymie automatique, surtout dans les bases de jurisprudence, n’est pas toujours au rendez-vous.

Conclusion : juristes, si vous voulez être performant en droit, et donc dans vos recherches, formez-vous aux techniques de recherche. Ce n’est pas si compliqué.

Ce n’est pas une science mais de l’artisanat, avec un niveau de difficulté similaire à celui des bases du bricolage. Et les formateurs, internes (bibliothécaires documentalistes, KML ...) comme externes (assistance des éditeurs, indépendants) sont nombreux et disponibles.

Emmanuel Barthe
juriste documentaliste, formateur

Ce billet est en licence Creative Communs CC BY-NC-SA

Notes

[1D’autant qu’éditeurs et legaltech se gardent bien de souligner les limites et défauts des moteurs de recherche inclus dans leurs produits électroniques.

[2Dans le sens de Garfield qui se prend la fenêtre sur la nuque : "I must lower my expectations" :-)

[4Google Search Is Dying, DKB.io, 15 février 2022. La recherche sur Google se meurt, et maintenant ?, par Carole Tisserand-Barthole, blog Bases Netsources, 30 mars 2022.