De l’utilité de connaître les alternatives aux outils Google

En randonnée, dans la campagne, utilisez l’appli Géoportail

Et laissez tomber Google Maps

Mardi 4 janvier 2022, par Emmanuel Barthe // Logiciels, Internet, moteurs de recherche

Il y a plusieurs années, j’écrivais un billet détaillé sur les lacunes de Google Maps. J’en ai aussi, bien avant, écrit un autre sur celles de Google Books comparé à Gallica, la bibliothèque numérique de la BNF.

J’aimerais revenir ici sur une limite majeure de GMaps, surtout quand on le compare avec l’application Géoportail de l’IGN (Institut géographique national). NB : le site web Géoportail fonctionne également très bien.

Dès que vous vous écartez des villes, dès que vous partez en randonnée, en forêt, en montagne, sur des sentiers de grande randonnée (dits GR) etc., Google Maps est lacunaire. Souvent, certains sentiers manquent. Dans certaines zones sur Google Maps, il n’y a même aucun sentier, comme par exemple dans le parc naturel régional des Calanques près de Marseille (cf copie écran infra).

Cela n’a rien de surprenant : Google a en effet, dès l’origine, choisi d’acheter one-time les cartes de l’IGN puis de ne pas y rester abonné, et d’acheter sa cartographie ailleurs.


Pour accéder à la calanque de Morgiou près de Marseille, aucun sentier n’existe selon GMaps ...


Alors que sur Géoportail, le moindre sentier, même non GR, y est : ce sont les tirets et les pointillés

Alors qu’en province l’appli Géoportail est un pur bonheur : toutes les cartes IGN en direct avec l’avantage du GPS, le relief (ne me parlez pas de celui de GMaps), les courbes de niveau, le moindre sentier valable. En petite ou moyenne montagne, notamment, pour des randonnées d’une journée maximum (cartes papier obligatoires au-delà), pour des raisons de sécurité, je recommande de ne *pas* utiliser Google Maps mais Géoportail à la place à condition évidemment d’avoir un smartphone chargé à 100%.

Et question photos, où Google habituellement excelle, ces contrées non urbaines en sont vides sur Maps. Alors qu’un simple site personnel à l’ancienne (qui se rémunère ici avec des liens affiliés Amazon et un sponsor) sur les Calanques en affiche deux dizaines en plus d’un plan des sentiers d’accès à Morgiou.

Ajoutons que depuis début 2021, l’IGN a changé de modèle économique : ses données sont gratuites [1]. Son nouveau président Sébastien Soriano explique : « L’enjeu c’est d’éviter que quelques grandes multinationales s’accaparent cet espace et façonnent notre représentation du territoire. Face à ces grands acteurs qui ont des modèles fermés, nous devons construire du commun, il faut produire ensemble de la donnée, partager de l’information. C’est grâce à ces alliances qu’on pourra rester dans la course et apporter une alternative qui soit souveraine. » Bien noter le mot : souverain.

Certes, Géoportail est surchargé en tracés et en informations, et il ne vous donnera pas votre trajet en métro avec les horaires.

Mais le calcul de trajet, y compris par les autoroutes, est en version bêta sur Géoportail. Et cette richesse en informations, cette fiabilité, devraient faire de Géoportail l’application de cartographie recommandée dans pas mal de travaux et projets. Imposer l’installation de Qwant sur les postes de travail du service public était une décision contestable vu le peu de d’intérêt de ce moteur de recherche, abonné en réalité très largement à Bing. Fortement recommander l’utilisation de Géoportail pour quantité de projets du service public aurait en revanche du sens, puisqu’on parle de souveraineté. Ça a d’ailleurs déjà été fait pour les documents d’urbanisme : ils doivent obligatoirement être transmis et portés sur le Géoportail de l’urbanisme, une version spéciale de Géoportail.


Sur GMaps, à propos de la colline près de Bard-les-Epoisses en Bourgogne (nous y sommes montés), aucune information ...


Alors que sur Géoportail, on voit les bâtiments, les antennes télécom (les ronds cochés par des croix), la forêt — et des sentiers qui manquent sur GMaps.

Et je ne parle pas de Google Maps pour vous guider sur la route. Hem ... Récemment en vacances une semaine en Bourgogne, nous avons géré tous nos trajets sur Waze. Oui, je sais, Google l’a racheté : justement, ce n’est pas pour rien. J’avais à plusieurs reprises les deux applications ouvertes sur mon smartphone et je passais de l’une à l’autre. Les graphismes de Waze rendent son utilisation bien plus aisée que GMaps. GMaps veut tout (trop) faire. Waze ne fait que la carto et le guidage routiers mais il le fait très bien. La seule supériorité de GMaps sur Waze à mes yeux, c’est quand on cherche un restaurant sur la route ! Et encore, je continue à tomber sur des notes/évaluations de restaurants trafiquées [2] publiées sur Maps. Beaucoup moins souvent qu’il y a 7-8 ans mais quand même [3].

En matière de recherche inversée d’image (localisation de photos, technique OSINT), également, le moteur russe Yandex dame souvent le pion à Google Images.

Moralité : les outils de Google, pour utiles qu’ils soient dans la vie quotidienne urbaine, ne sont pas des outils vraiment universels. Sur certaines utilisations et dans plusieurs domaines, il vaut infiniment mieux utiliser les alternatives.

Emmanuel Barthe

Notes de bas de page

[2Expérience personnelle récente : ce thaï marseillais ne vaut en aucune façon sa note moyenne de 4,2/5, mais pas non plus les 1/5 vengeurs (ou menteurs ?) qui le pourchassent.

[3Amazon n’est pas immunisé contre ce problème des faux avis, loin de là.

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1 Message

  • Voir aussi... 4 janvier 21:52

    ... iphigénie, une belle appli (payante mais pas chère) qui pousse très loin la cartographie basée sur l’IGN, avec aussi un accès hors connexion. C’est ce type de besoin (télécharger à l’avance un fond de carte au cas où on n’ait pas de connexion 4G... ça arrive... souvent).

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