Documentaliste juridique : les meilleures formations

Samedi 25 août 2012, par Emmanuel Barthe // La documentation juridique

Je voudrais apporter des précisions à l’évaluation des diplômes de documentation utiles en milieu juridique faite par Laurence Gomez dans un message du 23 avril 2004 sur la liste Juriconnexion : Complément sur le métier de documentaliste : la formation. Celui-ci complétait un premier message de L. Gomez sur le métier de documentaliste.

Ancien de la faculté de droit de Sceaux et de l’Ecole de Bibliothécaires Documentalistes (EBD) où je fus également enseignant pendant vingt ans, ce que j’écris ici est forcément partial.

Une remarque générale d’abord. Depuis environ 2014, les professionnels des centres de documentation juridiques font un constat : ils rencontrent de notables difficultés à recruter des assistants bibliothécaires/documentalistes compétents en documentation juridique ou même simplement motivés par la documentation juridique. Idem pour les stagiaires. Les raisons ? L’évolution des cursus des écoles et formations initiales vers le numérique (GED, webmastering, community manager, records management, document controller etc.), l’évolution de l’enseignement supérieur dans le secteur public et le désintérêt croissant pour le papier et la bibliothèque des étudiants.

Pourtant, dans le secteur juridique (et d’autres), la demande liée au format imprimé (papier) demeure (catalogage, classement, classifications, archives, commandes de Codes et de traités) et le numérique ne supprimera jamais des fonctions clés de la bibliothéconomie comme la gestion d’abonnements et la négociation des budgets et contrats.

DESS de l’INTD

Le DESS de l’INTD semble mieux convenir aux entreprises et aux centres de documentation peu papier. La formation à l’INTD dure un an contre deux pour l’EBD. En revanche, l’INTD ne recrute que sur maîtrise. L’INTD assure elle aussi une formation continue de licence en partenariat avec le CEFE-IRTD de Rouen.

Sur le plan électronique et bases de données, le meilleur enseignement en documentation était probablement le DESS de Sciences Po Paris Gestion de l’information dans l’entreprise : voir la liste des enseignements. Cette formation a été supprimée, vers 2008 si ma mémoire est bonne.

IUT de documentation

Il me semble qu’il faudrait citer aussi les IUT de documentation, certes dans l’ensemble moins présents en documentation juridique. Je pense en fait surtout à l’IUT de Paris V-Versailles qui formait (ce DUT s’est hélas arrêté à la fin de l’année 2003-2004) en deux ans après le bac au DUT Information communication option Communication d’entreprise, dont sont sortis plusieurs excellents professionnels, dont la chef de doc du bureau de Paris d’un grand cabinet d’avocats américain. Cet IUT donnait une formation certes moins poussée que l’EBD ou l’INTD, mais de fait, les gens qui en sont sortis sont d’un bon niveau.

EBD (ICP)

Le nom de l’Ecole ("Ecole de *Bibliothécaires Documentalistes*") ne correspond plus tellement à la réalité : formations au livre ancien, à la conservation du papier, à la bibliographie traditionnelle et au catalogage dans toute sa rigueur, aux notions juridiques et à la recherche documentaire en droit ont régressé ou disparu dans le cursus, afin de coller aux tendances actuelles et aux exigences et évolutions de l’enseignement supérieur national, notamment en terme d’équivalences [1].

L’EBD, tout particulièrement, ne fournit plus de contingent aux bibliothèque-documentation des cabinets d’avocats et directions juridiques d’entreprise. L’information numérique a clairement pris le pas dans le cursus. La présence de "documentaliste juridique", voire celle de "bibliothécaire" dans la liste des métiers préparés à l’EBD ne se justifie plus selon les professionnels du secteur [2].

DIU Droit et informatique

Très spécialisé, un nouveau diplôme s’est lancé à la rentrée 2012 : le DIU Droit et informatique [3] [4]. A la demande notamment de professionnels de l’informatique juridique, les Universités Paris Sud et Paris 1 ont décidé de le créer conjointement.

Ce diplôme entend former au knowledge management (KM), à la légistique, à la normologie juridique et, de manière plus générale, permettre aux juristes et aux informaticiens de mieux maîtriser les interactions existant entre leur monde. Il est nécessaire, pour suivre cette formation, de posséder de bonnes connaissances en droit et en informatique.

Le DIU propose d’offrir aux étudiants et aux professionnels une formation théorique et pratique de haut niveau sur les questions intéressant l’informatique appliquée au droit. L’originalité de ce DIU réside plus spécifiquement dans la formation qu’il propose en KM juridique.

Un autre point fort du DIU est d’offrir une formation en légistique et en normologie juridique. La légistique peut être définie comme l’étude portant sur la manière de formuler et de rationnaliser les normes juridiques (directives, lois, etc.).

Le DIU recrute des :

  • étudiants titulaires d’une maîtrise ou d’un master 1
  • professionnels exerçant dans les domaines juridique, informatique ou de la documentation
  • niveau métiers :
    • avocats, juristes évoluant dans les milieux de l’informatique, de l’Internet
    • KM lawyers (responsables du savoir-faire juridique dans les administrations, les entreprises et les cabinets d’avocats)
    • informaticiens, documentalistes désirant se spécialiser dans l’informatique juridique.

Attention, aucun stage n’est prévu.

Un concurrent du DIU est le DU Transformation numérique du droit & Legaltech, dirigé par Bruno Deffains de l’Université Paris 2. Comme l’annonce son intitulé, son programme est plus axé legal tech. Les aspects documentation, recherche documentaire, gestion de l’information juridique et édition juridique en sont quasi totalement absents, raison pour laquelle je ne développe pas ici ce cursus.

Enfin, en 2004, année de la première version de ce billet, de nombreux documentalistes juridiques avaient uniquement un diplôme de droit ou uniquement une formation de documentaliste généraliste et apprennaient alors l’autre aspect de leur métier sur le tas, notamment au contact de leur "chef de doc" ou des juristes. Cela a changé : une forte proportion (que j’estimerais à 25% des effectifs) détient une double compétence droit + documentation, devenue très appréciée.

Emmanuel Barthe
promotion EBD 1993
documentaliste juridique en cabinet d’avocats, veilleur, formateur, webmestre

Notes de bas de page

[1Les diplômes d’Etat de l’Ecole sont donnés en convention avec l’Université Rennes 2 et en partenariat avec l’ICP.

[2Voici que j’écrivais ici et qui restait grosso modo valable jusqu’en septembre 2018, année de refonte de tout le cursus de l’EBD :
Dans les grands cabinets d’avocats et aussi de notaires, l’aspect bibliothèque traditionnelle et papier reste importante et très apprécié des avocats — notamment d’une majorité d’associés — mais ne fournit plus la majorité des résultats de recherche, le basculement vers les bases de données ayant eu lieu en 2009. Très logiquement, le diplôme le mieux reconnu dans ce milieu est donc celui de l’EBD (hébergée par l’Institut Catholique de Paris (ICP), rue d’Assas, mais indépendante de l’ICP, ne pas confondre), qui est restée "papier" tout en devenant aussi "numérique". A titre d’illustration, on peut consulter, sur le site web de l’EBD, la liste des stages et emplois des étudiants des promotions 2000 à 2003 (format PDF) :

  • postes (presque tous en CDI) : Jeantet (2 postes), Allen & Overy (2), Gide Loyrette Nouel (1), Ngo Migales (1), Shearman & Sterling (2), Norton Rose (1), Bibliothèque Interuniversitaire Cujas (droit et économie) (1), Jones Day Reavis & Pogue (1)
  • stages : De Pardieu Brocas Mafei & Leygonie, Etude de notaires KL, Clifford Chance, KPMG, Lacourte notaires, Ashurt Morris Crisp, UGGC, BBLP Moquet Borde, Rambaud Martel, Herbert Smith.

Le nom de l’Ecole ("Ecole de *Bibliothécaires Documentalistes*") illustre la permanence dans son cursus des formations au livre ancien, à la conservation du papier, à la bibliographie traditionnelle et au catalogage dans toute sa rigueur. La valeur de cette formation s’est renforcée depuis l’arrivée à la direction de l’EBD de Dominique Vignaud (ex-directrice technique de Sources d’Europe). Elle a fortement modernisé les enseignements (sans lâcher le papier ni la bibliothéconomie classique) et les moyens technologiques de l’Ecole et s’est assurée de la participation d’enseignants tous spécialisés et de grande qualité L’EBD recrute maintenant plus d’un tiers de ses étudiants après la maîtrise. Enfin, l’EBD offre avec ses cours du soir (Formation d’Assistants Bibliothécaires Documentalistes, FABDOC) une formation continue en un an. La meilleure preuve de la valeur accrue de la formation EBD, c’est quà l’été 2006, sur la base d’une analyse des compétences acquises par les étudiants de l’EBD et d’un gros dossier, le niveau de reconnaissance du diplôme de l’Ecole a été élevé du niveau III (bac + 2) au niveau II (bac + 3 et 4) avec l’intitulé "Gestionnaire de l’information" par la Commission nationale des certifications professionnelles (CNCP) (JORF du 5 mars 2006).

[4Disclaimer : j’y donne selon les années un (petit) cours.

Répondre à cet article

2 Messages