Coronavirus : vrais problèmes, précautions, aspects politiques

Risque sous-évalué, censure chinoise, crise organisationnelle ...

Lundi 16 novembre 2020, par Emmanuel Barthe // Liens en vrac

Parce que fin février, j’avais comme l’impression que la France allait être plus concernée qu’initialement prévu par l’épidémie de coronavirus 2019, j’ai pris le temps de faire ce point (mis en ligne le 23 février et régulièrement mis à jour depuis).

Parce que sur la Covid-19, il faut expliquer qu’un article sur dix publiés en ligne l’est sur un site de désinformation et que trois sites parmi les dix les plus référencés sont d’origine russe ou chinoise [1].

Pour rédiger et mettre à jour ce billet, je n’utilise que des sources fiables et diversifiées (site de l’OMS, sites gouvernementaux, presse y compris étrangère, études scientifiques).

Pour les veilleurs, vous trouverez en fin de ce billet des sources fiables pour la veille, incluant des comptes Twitter.

Sommaire

Relativiser, oui mais ...

La grippe espagnole, de 1918 à 1919, fut responsable d’environ 50 millions de morts. La grippe classique en France cause 10 000 à 15 000 décès chaque année (entre 8000 et 9900 durant l’hiver 2018-2019 selon Santé publique France). Au 1er mars 2020, la létalité (voir définition infra) du coronavirus au niveau mondial depuis le début de l’épidémie se situerait entre 1,5 et 5,6% selon le mode de calcul.

Selon le Dr Samira Fafi-Kremer, cheffe du laboratoire de virologie au CHU de Strasbourg, interrogée par France Info le 1er mars, « certes, on voit que ce nouveau coronavirus est contagieux, mais pas davantage que la grippe et d’autres virus aussi » — c’est ce qu’on appelle le taux de reproduction de base, ou R0 (voir définition infra). Elle complétait : « la plupart des personnes infectées n’ont pas de symptômes sévères ».

Le 5 mars, soit une semaine avant les premières mesures de confinement, la porte-parole du gouvernement Sibeth Ndiaye disait sur LCI : « Il faut avoir conscience que 80% des malades ont un gros rhume, une grosse grippe au maximum. Il y a 20% de cas qui sont compliqués. On ne va pas arrêter le pays ». Mme Ndiaye ajoutait alors que la grippe « fait malheureusement plusieurs milliers de décès chaque année. Aujourd’hui, on a plus de décès en France de la grippe que dans le monde du coronavirus ».

Le ministère de la Santé expliquait à la même époque que « dans 85% des cas, la maladie guérit avec du repos ».

Fin février, début mars, de nombreux "pontes" médicaux — incluant le professeur Raoult et Christophe Prud’homme, président de l’association des médecins urgentistes de France —, comme le rappelle le Canard enchaîné, parlaient publiquement d’exagérations sur le danger de la Covid-19 :

Or le 13 avril, en France, alors même que le haut de la vague n’était pas encore passé, on avait déjà atteint le nombre de morts annuels de la grippe : le coronavirus 2019 avait déjà causé 14967 décès pour 98076 cas confirmés [2]. Les chiffres devant être relativisés car de très nombreux cas de contamination restent inconnus, du fait de l’existence de patients dits asymptomatiques (ne développant pas les symptômes) et de la pénurie de tests.

On sait aujourd’hui que ces médecins sous-estimaient la situation (voir infra). Et sur la contagiosité, le Dr Fafi-Kremer se trompait lourdement. A l’époque, plutôt que les médecins, ce sont les épidémiologistes et les modélisateurs que nous aurions dû écouter, l’auteur de ce billet compris [3].

Qantité de sources habituellement fiables dans les médias racontaient jusqu’à mi mars que le Covid-19 n’était qu’une grosse grippe. Parmi tant d’autres, le Dr Michel Cymes, consultant pour de nombreuses chaînes de télévision, qui a fini par reconnaître qu’il avait trop rassuré les Francais.

En clair : on nous a dit au début de cette épidémie qu’en France, on risquait plus de mourir d’un cancer, de la grippe classique ou d’un accident automobile que du coronavirus. Ce qui, déjà, entre parenthèses, n’était absolument pas une raison pour ne pas prendre de précautions contre la Covid-19. Et qui est faux puisqu’il est aujourd’hui évident que le coronavirus tue plus que la grippe en France. C’était déjà le cas au 18 mars en réanimation [4]. De plus, la dangerosité du Covid-19 par rapport à la grippe est sans commune mesure, comme le montre aisément le graphique diffusé par le Dr Dominique Dupagne, un généraliste et excellent vulgarisateur, sur son blog Atoute. Voir ci-dessous pour plus de détails.

Toutefois, grâce au confinement, les conséquences sanitaires de l’épidémie ont été limitées au printemps, ainsi que le révèlent les résultats de la première enquête épidémiologique en France, réalisée par des chercheurs de l’Institut Pasteur, de Santé publique France et de l’Inserm :

  • taux de létalité : 0,53% mais 8,3% chez les plus de 80 ans
  • Reffectif [5] : le nombre d’individus contaminés par chaque personne infectée est passé de 3,3 avant la mise en place du confinement le 17 mars à 0,5, soit une réduction de 84 %
  • probabilité d’être hospitalisé : 2,6%
  • mais on est très loin de l’immunité collective : 5,7% de la population a été contaminée (12% en Ile-de-France et dans le Grand Est). Or c’est 70 % qui serait nécessaire pour obtenir une protection collective par la seule immunité de groupe.

Les vrais problèmes sont (aussi) ailleurs : économie en récession, hôpitaux débordés

D’autres problèmes [6] existent :

- Dans l’embouteillage des hôpitaux, qui sont alors incapables de traiter les malades à problème respiratoire (SARS) en surnombre et les autres affections.

En Italie, début mars, on n’en était pas loin et au 15 mars, d’après le gouverneur de la Lombardie et son adjoint, on y était quasiment. D’après un médecin italien sur place, on y était tout court.

J’écrivais ici le 15 mars que dans certaines régions en France, on n’en était pas loin. Mais le 21 mars, on y était bel et bien : le CHU de Mulhouse avait commencé le tri des malades redouté. Selon Marc Noizet, le chef des urgences du CHU, la situation était la suivante [7] :

« Tous les jours, il faut inventer le moyen d’accueillir quinze à vingt-cinq patients supplémentaires dans l’hôpital. » Des patients dans « un état critique », en détresse respiratoire, qui « exigent une intubation et une ventilation rapide ». Dans des services de réanimation accueillant, en temps normal, en moyenne trois patients par semaine. Comment faire quand on dispose tout au plus de 110 lits dans les deux centres hospitaliers du Haut-Rhin ? Organiser des « norias d’hélicos pour projeter ces patients en dehors du département ». Pour faire face à cette situation, et « au vu du retour italien », Marc Noizet et ses collègues réanimateurs, gériatres ou encore infectiologues, ont pris une mesure drastique : « Au-delà de 75 ans, avec ou sans comorbidité (Facteurs aggravant l’effet du virus.), on n’intube plus ».

Le week-end du 3-4 avril, alors que le ministre de la Santé ne « peut pas imaginer qu’ [un tri des malades handicapés] existe », Le Parisien publie deux articles où des médecins reconnaissent, là aussi sans anonymat, trier parmi les malades de la Covid-19 ceux en mauvaise santé ou trop âgés qui n’iront pas en réanimation [8].

Le 7 avril, on y est toujours : saturation des hôpitaux français et des décès en EHPAD faute de prise en charge. C’est ce qu’Emmanuel Grégoire, premier adjoint à la mairie de Paris, explique à BFMTV : « Il est arrivé que nous soyons confrontés à des appels qui ne puissent pas être pris en charge et qui ont donc conduit à la mort en établissement de patients atteints de Covid-19. [...] Le SAMU ne vient pas, le SAMU dit "Je ne peux pas" et les patients restent dans leurs chambres. C’est ça qui se passe dans les EHPAD en France. [...] [Le SAMU] n’a pas les capacités. [...] saturation des lits de réanimation. »

Le docteur belge Philippe Devos avait fait le calcul qu’avec la "contagiosité" (le R0, pour être précis, voir infra) du Covid-19, les hôpitaux belges risquaient d’être saturés et qu’une fois ce point atteint les patients devraient être soignés (nettement moins bien, donc) à domicile [9]. Il s’appuyait notamment sur l’exemple italien : « la mortalité du virus en Italie est de 2,6%. Elle monte à 3,9% dans les zones où les hôpitaux ont été saturés ». Les journalistes français présents en Italie, correspondants des médias français comme le Figaro ou l’AFP, écrivaient le 12 mars :

« Nous avons pu constater la progression fulgurante de la maladie et avons recueilli les témoignages du personnel de santé italien. Beaucoup nous font part de la situation tragique dans les hôpitaux : les services de thérapie intensive saturés, le triage des patients, ceux – les plus faibles – que l’on sacrifie faute de respirateurs artificiels suffisants. [...] Nous observons en effet un décalage spectaculaire entre la situation à laquelle nous assistons quotidiennement dans la péninsule et le manque de préparation de l’opinion publique française à un scénario, admis par l’énorme majorité des experts scientifiques, de propagation importante, si ce n’est massive, du coronavirus. [...] Certains Français n’ont pas conscience qu’en cas de pathologie grave, autre que le coronavirus, ils ne seront pas pris en charge correctement faute de places, comme c’est le cas en Italie depuis plusieurs jours. Soulignons aussi que le système sanitaire impacté aujourd’hui est celui du Nord, soit le meilleur d’Italie, un des meilleurs en Europe. La France doit tirer les leçons de l’expérience italienne. »

Ils n’étaient alors pas seuls à dénoncer le manque de réalisme des gouvernements : des médecins italiens, avec plus de 800 morts et 12 000 cas 12 mars, donnaient de la voix. Dans un post Facebook du 7 mars, un médecin chirurgien de Bergame (Lombardie), Daniele Macchini, avertissait :

« Arrêtons de dire que c’est une mauvaise grippe, les pauvres malheureux qui se présentent aux urgences ont tout sauf les complications d’une grippe. [...] C’est une pneumonie interstitielle bilatérale. »

Autre façon de le dire, celle du Youtubeur belge Chat sceptique :

« Le truc avec ce virus, c’est qu’il pousse une fraction relativement importante des contaminés à l’hospitalisation pendant parfois de longues semaines avant d’aller mieux.
Dans un monde ou les hôpitaux auraient une capacité infinie, l’affaire serait vite pliée. Le présent thread n’existerait pas et on serait tous occupés à discuter du réchauffement climatique ou de comment écraser le cancer en prenant le thé.
Mais voilà, les hopitaux n’ont pas une capacité infinie. Et à mesure que le virus se propage, les hospitalisations longues explosent et foutent les hôpitaux dans la merde : manque de lits et de matériel de soins urgents, genre assistance respiratoire. »

Ce risque était corroboré par le conseil scientifique, un groupe de dix experts mis en place le 11 mars à la demande du président de la République « pour éclairer la décision publique ».

Le 15 mars à 13h58, Le Monde.fr écrivait :

« Le nombre de cas de Covid-19 double maintenant toutes les 72 heures et 300 personnes sont déjà hospitalisées en réanimation. Dans les régions où le virus est le plus présent, les services de réanimation font depuis quelques jours face à un afflux de patients graves, et redoutent de ne plus pouvoir faire face si le rythme de l’épidémie ne ralentit pas. Mardi 10 mars, le directeur général de la santé, Jérôme Salomon, a annoncé que 5 000 lits de réanimation étaient disponibles en France et 7 364 lits dans les unités soins intensifs. Mais ces capacités risquent d’être vite débordées. [...]
Dans tous les cas, l’effet de ces nouvelles mesures dites de "distanciation sociale" ne se fera pas sentir avant plusieurs semaines. " Compte tenu du délai d’incubation – cinq jours en moyenne – et de l’évolution de la maladie sur plusieurs jours, il faut s’attendre à une augmentation du nombre de cas graves au cours des deux-trois prochaines semaines ", explique Simon Cauchemez, épidémiologiste à l’Institut Pasteur. [...] De nombreux hôpitaux parisiens sont déjà à saturation, et des mesures d’urgence ont été prises en fin de semaine pour libérer de nouveaux lits, notamment en réanimation. [...]
D’autant que les mesures prises par le gouvernement ne régleront pas sans doute pas la totalité du problème. " Avec des mesures fortes comme celles qui ont été prises samedi et une très forte implication de la population, on peut potentiellement éteindre la première vague ", explique Simon Cauchemez. " Mais dans la mesure où il n’y aura pas suffisamment d’immunité, qui ne peut être conférée que par la vaccination ou par une infection naturelle, il peut y avoir une seconde vague, et la question des mesures à prendre se reposera, poursuit-il. C’est toute la difficulté de cette stratégie, qui n’avait jusqu’à présent jamais été envisagée pour un virus circulant de façon globalisée, en raison de son coût économique et social." »

Selon les modélisations confidentielles du conseil scientifique, dont Le Monde a eu connaissance [10] :

« L’épidémie de Covid-19 pourrait provoquer en France, en l’absence de toute mesure de prévention ou d’endiguement, de 300 000 à 500 000 morts. Précision extrêmement importante : ce scénario a été calculé en retenant les hypothèses de transmissibilité et de mortalité probables les plus élevées, et ce en l’absence des mesures radicales de prévention et d’éloignement social qui viennent d’être prises. Dans ce cas de figure, entre 30 000 et 100 000 lits de soins intensifs seraient nécessaires pour accueillir les patients au pic de l’épidémie. »

Sur TF1 dimanche 15 mars, lors de la soirée électorale, Philippe Juvin, chef de service à l’hôpital Georges Pompidou et élu LR, plaidait très clairement pour le confinement total. Il était suivi par la majorité des médecins présents sur les plateaux de télévision de TF1, France Télévision et BFMTV.

- L’autre grand risque indirect, annoncé fin février et aujourd’hui avéré, c’est le fort ralentissement voire quasi-arrêt de l’économie [11]. Fin février, le coronavirus impactait déjà fortement le commerce mondial : selon les Échos fin février, « il est d’ores et déjà assuré que les statistiques au titre du premier trimestre seront désastreuses. La fermeture des entreprises de la principale usine du monde, la Chine, a réduit ses importations de matières premières, tout en amputant ses exportations. » Enfin, le coronavirus rend la finance très nerveuse : trouver du financement devient plus difficile, et les taux des CDS, qui sont un indicateur avancé du risque de défaut global des entreprises, se tendaient le 6 mars alors même qu’à part l’Italie, les pays occidentaux ne s’étaient pas encore confinés. Selon certains consultants, l’impact boursier de l’épidémie est également dû à l’importance des hausses précédentes et des soutiens des banques centrales face aux précédentes crises, autrement dit selon eux une bulle. Le confinement quasi-généralisé a fini le travail de démolition, mettant gravement à mal les trésoreries des entreprises. Les tribunaux de commerce français prévoyaient mi-mai une vague de procédures collectives en septembre.

Après, il y a le grand débat : est-ce le confinement qui tue l’économie ou le virus ? Voici le point légèrement iconoclaste de vue de Mathias Dewatripont, professeur d’économie à l’Université libre de Bruxelles [12] :
« Une raison essentielle du retard dans la maîtrise de la contamination est la crainte de paralyser l’activité économique. Ceci est paradoxal, puisque c’est le virus qui tue l’économie (par la peur qui déprime la demande) bien plus que les mesures de confinement proprement dites. Une étude américaine montre ainsi que seuls les Etats américains qui n’ont rouvert leur économie qu’après une baisse suffisante de la circulation du virus ont réussi à la relancer durablement (How Did Covid-19 and Stabilization Policies Affect Spending and Employment ?, Raj Chetty et alii, Working Paper n° 27431, National Bureau of Economic Research). Une analyse du Fonds monétaire international sur 128 pays abonde dans ce sens (Covid’s Impact in Real Time : Finding Balance Amid the Crisis, Francesco Grigoli et Damiano Sandri, IMFBlog, 8 octobre 2020). »


Source : Le Monde.fr 22 février 2020

Appellations

Il y a deux choses : le virus et la maladie qu’il déclenche. Les termes utilisés ressortent de l’un ou de l’autre :

  • nouveau coronavirus (il existe plusieurs types de coronavirus, celle-ci est la plus récente, apparue en 2019)
  • 2019-nCoV (appellation temporaire du virus)
  • SARS-CoV-2 (nom définitif du virus)
  • pneumonie ou pneumopathie de Wuhan
  • COVID-19 (nom définitif de la maladie).

Ces divers noms ne sont pas anecdotiques : comme le rappelle un collègue veilleur formateur, Serge Courrier, le choix du vocabulaire des requêtes [13] est fondamental pour une recherche ou une veille sur cette épidémie.

Aspects médicaux du coronavirus 2019

Le coronavirus 2019 a d’abord été décrit comme assimilable à une grosse, très méchante grippe de par ses symptômes (ses effets sur le corps humain). En fait, pour les malades qui ne déclenchent pas de syndrome respiratoire, c’est une très méchante grippe, ok. Mais pour ceux qui ont déjà d’autres affections ou qui déclenchent un SRAS (Severe acute respiratory syndrome : syndrome respiratoire aigu sévère), comme indiqué par le médecin italien cité plus haut, c’est une pneumopathie interstitielle bilatérale (les *deux* poumons sont touchés).

Symptômes (signes permettant de repérer la maladie) :

  • fièvre supérieure ou égale à 38°, frissons
  • fatigue intense, douleurs musculaires inhabituelles, maux de tête
  • toux sèche
  • manque de souffle, difficulté à respirer, pneumonie
  • insuffisance rénale
  • perte de l’odorat et du goût.

S’attrape :

  • par contact avec les fluides (éternuement, morve, postillons) des personnes infectées. Donc suite à une forte proximité (moins de deux mètres) avec eux
  • par "aérolisolisation" du virus. Selon un article du 2 novembre 2020 du grand quotidien espagnol El Pais [14] : « L’infection par les aérosols se produit lorsque l’on respire ces particules infectieuses invisibles exhalées par une personne malade qui se comportent comme de la fumée en sortant de sa bouche. Sans ventilation, elles restent en suspension et elles se condensent dans la pièce au fur et à mesure que le temps passe. »
  • théoriquement par contact avec une surface contaminée. C’est la thèse de l’OMS, mais les Centers for Disease Control and Prevention (CDC) américains indiquent que ce cas est le moins probable, et le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies avertit [15] qu’aucune contagion par cette voie n’a été décrite.

L’aérosol, à la différence du postillon, peut rester en suspension dans l’air. Le simple fait de parler ou tousser, également, émet des aérosols contaminants (mais qui ne vont pas loin et ont une charge infectieuse plus faible) [16]. Pour la simple respiration, c’est moins évident, mais porter des masques en intérieur devrait être systématique (c’est ce qui est devenu obligatoire dans les commerces et en entreprise). En milieu clos, le virus peut se répandre jusqu’à 4 mètres et rester dans l’air 3 à 4 heures selon des études scientifiques. Des experts estiment que le virus peut ainsi se répandre dans une pièce. L’Organisation mondiale de la Santé (OMS), après la publication des résultats obtenus par plus de 200 chercheurs provenant de 32 pays différents [17], a fini par reconnaître début juillet que des « preuves émergeaient » concernant ce mode de contamination. Arnaud Fontanet, membre du conseil scientifique Covid-19, précise : « Ce qu’on ignore encore avec précision, c’est la durée pendant laquelle il peut rester dans l’air et à quelle fréquence il contient du virus infectieux ». L’article précité d’El Pais simule les probabilités d’infection dans trois scénarios quotidiens en fonction de la ventilation, du port ou non du masque et de la durée de la rencontre, selon un outil développé par José Luis Jiménez, un expert en chimie et dynamique des particules dans l’air de l’Université du Colorado. Il insiste non seulement sur le port du masque mais egalement sur la nécessité de laisser les pièces aérées. Ce qui est recommandé dans le protocole sanitaire pour les établissements d’enseignement [18], c’est : 15 mn d’aération au minimum toutes les deux heures. Au vu de la simlulation publiée par El Pais, c’est insuffisant. Dans le lycée de ma fille, les fenêtres de la salle de classe restent ouvertes en permanence : c’est mieux.

Deux précisions qui ont leur importance :

  • la présence du virus et son caractère actif (sur une surface ou dans l’air) doivent absolument être distingués de la dose infectieuse. C’est pour cela que l’on peut détecter le virus 3 jours après sur certaines surfaces (métal) mais que les spécialistes considèrent que pour la plupart d’entre elles, il suffit d’attendre 3 à 4 heures pour pouvoir les toucher sans danger aucun (voir Précautions infra)
  • il n’existe pas de preuve scientifique que le virus est porté loin par l’air comme micro-particule, contrairement à la thèse italienne d’une contamination liée à la pollution de de l’air en Italie du Nord, une thèse qui a largement circulé sur les réseaux sociaux durant le confinement [19]. En revanche, en milieu clos (commerces, salles, bureaux, domicile), comme il y a aérosolisation, la prudence est de rigueur.

Période d’incubation (pendant laquelle on est déjà contaminant mais on n’a pas les symptômes) : de 2 à 14 jours après avoir été soi-même contaminé [20].

Dangerosité : taux de létalité, taux de reproduction R et coefficient de dispersion K

Huit mois après le début officiel de l’épidémie, le taux de létalité (taux de mortalité des personnes diagnostiquées comme touchées par le virus, en anglais "case fatality rate") officiel global est le plus souvent donné comme étant de 3% [21].


Source : The Lancet, 12 mars 2020

A titre de comparaison :

  • la létalité de la grippe classique est de 0,1%
  • voici la létalité des coronavirus précédents : SRAS 10%, MERS 34% [22].

Le calcul de la létalité de la Covid-19, surtout au jour le jour, comporte toutefois deux biais :

  • d’abord au sens où, pour chaque cas connu de coronavirus, beaucoup d’autres cas ne sont pas détectés (cinq à dix autres cas pour un cas connu, mi-mars 2020) [23], selon une étude publiée dans Nature [24]. Ces cas non détectés, notamment les personnes atteintes par le virus mais ne déclarant aucun symptôme (dits asymptomatiques), sont un des facteurs supplémentaires de la contagiosité du virus
  • ensuite, de manière moins gênante (mais perturbant pas mal le calcul du chiffre à jour au jour d’aujourd’hui), différents délais séparent l’apparition de symptômes d’une part (qui est un marqueur non pas certain mais probable) ou du test, de la date de contamination, et d’autre part, de celles de l’entrée à l’hôpital et du décès éventuel (qui sont des marqueurs sûrs que la personne est contaminée) : la période d’incubation maximale est supposée être de 14 jours au maximum (mais en général de 2 à 5 jours) alors que le délai médian entre l’apparition des symptômes et l’admission en unité de soins intensifs est d’environ 10 jours. L’OMS a indiqué que le délai entre l’apparition des symptômes et le décès variait de 2 à 8 semaines environ. Tout ces délais font que les chiffres du jour ont au minimum deux semaines de retard, voire plus, sur la réalité de l’épidémie.

Le Covid-19 est très dangereux pour les personnes déjà faibles (personnes âgées) ou affaiblies par des maladies pré-existantes. 80% des décès causés par le nouveau coronavirus concernent des personnes de 60 ans et plus et les personnes de plus de 80 ans touchées par la maladie ont 15% de chances (au 24 février) d’en décéder contre 0,2% pour les 20-29 ans [25]. Une vaste étude anglaise (preprint) publiée en mai 2020 relativise le poids des maladies associées et met en évidence le rôle prépondérant de l’âge. Par exemple, selon le Dr Dupagne qui a analysé l’étude, « les deux comorbidités (maladies associées) les plus associées au décès obtiennent le même score que le passage de la tranche d’âge 18-40 ans à la tranche 40-50 ans ! Quand aux sujets âgés de plus de 80 ans, leur risque de décès est 180 fois supérieur aux 18-40 ans ! » [26]. Attention toutefois, on appelle "facteur de risque" en France des facteurs associé statistiquement à un événement. Ce qui peut prêter à confusion en supposant une causalité [27]. Facteur pronostique serait un terme plus approprié.

Pourtant, le risque n’est pas nul pour les moins de 60 ans puisque selon le directeur général de la Santé lui-même, lors de son point presse du 18 mars, parmi les 931 patients dans un état grave, la moitié sont âgés de moins de 60 ans et 7 % des personnes qui ont succombé au virus étaient âgées de moins de 65 ans.

Toutefois, comme le souligne le Dr Dominique Dupagne, « cela veut aussi dire que 999 malades sur 1000 n’en meurent pas ! Dans près de 99% des cas, la maladie est bénigne, bien que parfois très fatigante, seuls 1 à 4% des adultes jeunes infectés doivent être hospitalisés. »

D’où vient la vulnérabilité des patients souffrant d’une forme sévère de Covid-19, alors que l’infection reste silencieuse ou bénigne chez une majorité de personnes ? Dans deux articles scientifiques publiés 27 septembre 2020 dans la revue américaine Science, le Laboratoire de génétique humaine des maladies infectieuses de l’Institut Imagine, situé à l’hôpital Necker, explique Le Figaro du 28, apporte un premier élément de réponse à cette question essentielle. Ses études mettent en évidence, chez près de 14 % des malades hospitalisés pour un Covid-19 grave, un défaut de production ou d’action des interférons, qui participent à la défense immunitaire de première ligne face aux virus.

Les enfants sont très nettement moins infectés que les adultes et semblent également plus résistants. Aucune personne infectée de moins de 9 ans n’est décédée jusqu’ici. Ce qui ne veut pas dire que les enfants sont totalement à l’abri du virus. Aucune catégorie ne l’est [28]. Par exemple, « on a 9 patients suspects de coronavirus qui nécessitaient une hospitalisation dont un de 23 ans et un de 24 ans », explique Philippe Juvin, chef des Urgences à l’Hopital Pompidou (et homme politique LR), à l’occasion de son point complet sur la situation de l’épidémie de coronavirus au 13 mars. Il ajoute que les décès concernent souvent des personnes ayant des problèmes respiratoires préexistants (anciens fumeurs, bronchopathies chroniques obstructives ...) [29].


En gros, les statistiques moyennes tirées de la littérature sur les symptômes de la COVID19 (source : Pr. Axel Kahn et Mathieu M.J.E. Rebeaud). Attention : ce schéma, devenu viral, comporte de nombreuses erreurs ou approximations selon Bruno Hoen, directeur de la recherche médicale à l’Institut Pasteur et Gilles Pialoux, chef du service des maladies infectieuses et tropicales de l’hôpital Tenon à Paris. Je n’en ai pas trouvé d’autres, donc faute de mieux je le garde

Après, « même si seuls 3% des cas décèdent, ça peut faire des chiffres importants si 30% ou 60% d’une population sont infectés », souligne le docteur Simon Cauchemez, de l’Institut Pasteur à Paris [30]. Autrement, dit, la dangerosité d’une maladie ne dépend pas seulement du taux de létalité, mais aussi de sa faculté à se répandre plus ou moins largement — ce qui explique pourquoi les Etats les plus touchés confinent les uns après les autres leurs citoyens chez eux. En matière de mesure du danger d’une épidémie, il faut donc également citer le taux de reproduction de base (R0). C’est le nombre moyen d’individus qu’une personne infectieuse pourra infecter, tant qu’elle sera contagieuse. Il est important pour estimer la taille finale de l’épidémie. Le Reffectif, lui, est le taux de reproduction en cours de pandémie et le taux communiqué par les autorités françaises depuis juin 2020.

Le Covid-2019 est toutefois plus dangereux que la grippe par au moins un aspect : il est plus contagieux et entraîne des cas sévères sur des gens de plus de 50 ans, ce qui est très rare pour la grippe, explique le Dr Bernard-Stoecklin au Parisien. « Les études montrent qu’une personne qui a le coronavirus 2019 en contamine entre 2 et 3, voire plus de 3 [en l’absence de mesures de contrôle]. Alors qu’une personne grippée en contaminera en moyenne 1,3 », selon le Dr. Bernard-Stoecklin. En sens inverse, le Covid-19 est nettement moins contagieux que la rougeole (plus de 12) et comparable au SRAS (3).

C’est pourquoi, pour le Dr Devos (post précité), « la première chose à faire est d’empêcher le virus de se propager comme une grippe. L’objectif est ici d’éviter d’atteindre le [seuil du nombre de] personnes contaminées [à partir duquel les hôpitaux sont saturés] ».


Source : Early epidemiological analysis of the coronavirus disease 2019 outbreak based on crowdsourced data : a population-level observational study, The Lancet, 20 février 2020

Un autre indicateur joue un rôle clé dans l’épidémie : le coefficient de dispersion K (prononcez "kappa") [31]. Le R0 n’est qu’une moyenne et ne permet pas de repérer les supercontaminateurs ("superspreaders"). Le coefficient K, lui, mesure si les infections sont réparties équitablement (chaque malade infecte à peu près autant d’autres personnes que les autres malades ; K est élevé) ou pas (K est proche de zéro). C’est plutôt le 2e cas ici : 10 % des malades seraient responsables de 80 % des infections au SARS-CoV-2, selon une étude écossaise. D’ailleurs, on devrait parler plutôt de causes super-propagatrices plutôt que d’individus super-propagateurs. Il y a en effet des lieux (abattoirs, prisons, maisons de retraite ...) ou des événements super-propagateurs (concerts, rave-parties ...). Le coefficient K est important en début d’épidémie ou pour éviter une nouvelle vague. L’élimination des situations à risque (K proche de 0) permettrait en effet de faire baisser le Reffectif à 1, ce qui signifie que l’épidémie serait arrêtée.

L’intérêt de fonder une politique de lutte contre la Covid sur le coefficient K est illustré et défendu par un excellent article de la professeure Zeinep Tufecki à The Atlantic [32]. Je la cite (les liens sont d’elle) [33] :
« Il existe des incidents COVID-19 dans lesquels une seule personne a probablement infecté 80 % ou plus des personnes présentes dans la pièce en quelques heures seulement. Mais, à d’autres moments, COVID-19 peut être étonnamment beaucoup moins contagieux. La surdispersion et la superpropagation de ce virus sont constatées dans les recherches menées à travers le monde. Un nombre croissant d’études estiment qu’une majorité de personnes infectées ne peut pas infecter une seule autre personne. Un article récent a révélé qu’à Hong Kong, où les tests et la recherche des contacts sont très poussés, environ 19 % des cas étaient responsables de 80 % de la transmission, tandis que 69 % des cas n’infectaient pas une autre personne. Cette constatation n’est pas rare : de multiples études menées depuis le début ont suggéré que seulement 10 à 20 % des personnes infectées pouvaient être responsables de 80 à 90 % de la transmission, et que de nombreuses personnes la transmettaient à peine. [...]
« Au Japon, ils ont remarqué les caractéristiques de surdispersion de COVID-19 dès février, et ont donc créé une stratégie axée principalement sur l’éclatement des clusters, qui tente d’empêcher un cluster d’en enflammer un autre. Le Japon a donc adopté une approche de lutte contre les clusters en entreprise, notamment en procédant à des recherches rétrospectives agressives pour découvrir les clusters en entreprise. Le Japon a également mis l’accent sur la ventilation, en conseillant à sa population d’éviter les endroits où les trois C se rejoignent — les foules dans les espaces fermés sont en contact étroit, surtout s’il y a des conversations ou du chant —, ce qui a permis d’associer la science de la surdispersion à la reconnaissance de la transmission par aérosols, ainsi qu’à la transmission présymptomatique et asymptomatique.
« La stratégie japonaise, qui a permis de cerner très tôt presque toutes les caractéristiques importantes de la pandémie, fait contraste avec la réponse occidentale, qui tente d’éliminer la maladie "une par une" alors que ce n’est pas nécessairement la principale façon dont elle se propage. En effet, le Japon a réussi à faire baisser le nombre de cas, mais a maintenu sa vigilance : lorsque le gouvernement a commencé à remarquer une augmentation du nombre de cas dans les communautés, il a décrété l’état d’urgence en avril et s’est efforcé d’inciter les types d’entreprises susceptibles de provoquer des événements de grande ampleur, tels que les théâtres, les salles de musique et les stades, à fermer temporairement. Aujourd’hui, les écoles reprennent leurs cours en personne, et même les stades sont ouverts, mais sans chanter.
« La question n’est pas toujours de savoir si les règles sont restrictives, mais si elles ciblent les bons dangers. Comme l’a dit Morris, "l’engagement du Japon dans la lutte contre les clusters en entreprises lui a permis d’obtenir des résultats impressionnants grâce à des restrictions judicieusement choisies. Les pays qui ont ignoré la super-diffusion ont risqué d’obtenir le pire des deux mondes : des restrictions lourdes qui ne permettent pas d’obtenir une atténuation substantielle. La récente décision du Royaume-Uni de limiter les rassemblements en plein air à six personnes tout en autorisant les pubs et les bars à rester ouverts n’est qu’un exemple parmi d’autres". »

En pratique, comme l’explique en octobre Slate, « lorsque l’on rapporte un cas confirmé, ce ne sont donc pas ses contacts qu’il faut rechercher en priorité ("stratégie prospective"), mais plutôt qui l’a contaminé, et quels sont tous les contacts de ce cas "parent" identifié ou même suspecté ». [34]. Or « les brigades le font certes partiellement aujourd’hui déjà, mais ont tendance à s’épuiser à conduire la recherche prospective des contacts. Elles ne devraient faire cette recherche prospective que s’il leur reste du temps, des ressources et de l’énergie, après avoir complété la recherche rétrospective. »

Où attrape-t-on le Covid-19 ?

Réponse dans une infographie du parisien (enquête de Santé publique France sur le nombre de clusters, réalisée entre le 9 mai et le 28 septembre 2020, hors Ehpad et et milieu familial restreint) :

  • d’abord en entreprise (privées et publiques, 1ère place) et à l’école/Université — et de loin. D’où le confinement total de mars à mai 2020 ...
  • 3e place du palmarès : surprise ! en établissement de santé
  • 4e place : événement public ou privé (rassemblement temporaire)
  • 5e : milieu familial élargi
  • les transports n’arrivent qu’en 10e place, surprise là aussi !

Traitements :

  • aucun médicament spécifique n’est recommandé pour l’instant pour prévenir ou traiter l’infection par le nouveau coronavirus.
    La chloroquine (connue en France sous le nom de Nivaquine) recommandée par le Pr. Didier Raoult (IHU Marseille) suite à un test limité et biaisé a été testée sans succès par une autre équipe française mais aussi américaine
  • le coronavirus est un virus, les antibiotiques sont donc sans effet sur lui
  • on n’attrape pas deux fois le même type (souche) de grippe. Après avoir attrapé le coronavirus (Covid-2019), on devrait donc être en quelque sorte vacciné. Selon les experts avec lesquels le magazine Time s’est entretenu, il est probable que les rapports de patients qui semblaient s’être rétablis mais qui ont ensuite été testés à nouveau positifs ne soient pas des exemples de réinfection, mais des cas où une infection persistante n’a pas été détectée par les tests pendant un certain temps.

La commercialisation de vaccins efficaces et correctement testés est attendue pour l’été 2021. Le New York Times tient une liste à jour des vaccins ayant atteint le stade des tests sur l’homme [35]. Ce qui ne veut pas dire que les vaccins eux-mêmes ne seront pas prêts avant, mais que nous ne pourrons probablement pas les utiliser sans danger avant l’été 2021.

Pour les traitements, le New York Times tient également à jour une liste des traitements contre le coronavirus dont on parle le plus, avec pour chacun l’indication s’il promet ou pas.

Comment les tests de diagnostic fonctionnent-ils ?
En cas de suspicion clinique, le diagnostic peut être confirmé par un test de détection rapide de l’ARN de ces coronavirus, par une technique dite "de PCR en temps réel". L’examen est réalisé à partir d’un prélèvement respiratoire, et le résultat est obtenu après trois et cinq heures. En France, ces tests sont actuellement pratiqués dans les centres nationaux de référence (CNR) des virus respiratoires, et quelques laboratoires hospitaliers [36].

Les précautions à prendre - Les gestes d’hygiène

Pour l’essentiel, des recommandations de l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

- Nettoyez-vous les mains fréquemment de préférence à l’eau chaude et au savon, sinon avec un gel hydroalcoolique. Au minimum à chaque fois que vous revenez de l’extérieur et avant de préparer le repas et de manger. Préférez le savon : il est plus efficace (c’est un virologue qui le dit). Faites le pendant au moins 20 secondes et sans oublier le dos des mains et entre les doigts. Regardez donc la vidéo ci-dessous pour devenir un expert :

- Couvrez-vous la bouche et le nez avec le pli du coude ou avec un mouchoir en cas de toux ou d’éternuement – jetez le mouchoir immédiatement après dans une poubelle fermée.

- Evitez les ascenseurs, transports en commun, commerces et autres lieux bondés, particulièrement les supermarchés [37] (un masque chirurgical réduit le risque de contamination [38] mais seul le FFP2 ou 3 est quasi-100% protecteur dans ce cas). Parce que, comme expliqué plus haut, en parlant ou toussant et en milieu clos, les gouttes de salive ou morve deviennent des particules aérosol et se répandent progressivement dans la pièce.

- Dans les lieux très fréquentés, particulièrement au travail, dans les transports en commun et les supermarchés, évitez de toucher les rampes, colonnes et poignées de porte. Nettoyez-vous les mains aussitôt après en être sorti.

- Evitez de porter vos mains à votre bouche, votre nez ou vos yeux sauf si vous venez de vous les laver.
Et méfiez-vous : contrairement à ce vous pensez, vous touchez votre visage entre 3 et 23 fois par heure. Le virologue Ian McKay recommande d’en faire un jeu : dès qu’une personne touche son visage, elle a perdu, elle fait la vaisselle ce soir.
Le virus ne passe pas par la peau. Mais en revanche, il survit un certain temps sur votre peau. A fortiori sur les surfaces touchées par des dizaines, centaines, milliers de personnes par jour. Toutefois, comme mentionné plus haut, les CDC américains et celui de l’Union européenne estiment que ce cas est le moins probable.

- Port de masque de protection faciale : les informations furent contradictoires ou ambigües, voire fausses, probablement parce que les gouvernements et les autorités sanitaires cherchent, face à la pénurie [39], à éviter une ruée des particuliers sur les masques les plus protecteurs (les FFP2) et à privilégier les soignants dans les hôpitaux, qui sont les plus exposés. Plus en détail :

  • la meilleure qualité de masques est en pratique réservée, vu la pénurie mondiale, aux hôpitaux [40]. C’est le FFP2 [41], identifiable à ses élastiques jaunes. Il protège non seulement les autres d’un porteur du masque malade mais aussi le porteur du masque des personnes malades. Dans un avis de du 1er juillet 2011, le Haut Conseil pour la santé publique (HCSP) fixe la stratégie concernant le « stock d’État de masques respiratoires » [42] : « en cas d’agent respiratoire hautement pathogène, le port d’un APR de type FFP2 chez les soignants doit être envisagé pour toute situation exposant à un risque de transmission aérienne de l’agent (…) quel que soit le mode d’exercice (hospitalier ou libéral et le lieu d’exercice (hôpitaux, cliniques, Ehpad, établissements pour handicapes, cabinets médicaux…) »
  • le FFP1 à élastique blanc ainsi que le masque chirurgical en papier, bien que moins efficaces que le FFP2, ne doivent pas être négligés (si vous avez réussi à vous en procurer avant la réquisition par l’Etat). Ils vous protègent en effet (le masque chirurgical nettement moins que le FFP1) contre les gouttelettes émises par les personnes contaminées si pour une raison ou une autre vous ne pouvez pas rester chez vous
  • l’OMS vous disait de ne porter un masque que si vous tousseiz ou éternuiez (pour éviter de contaminer les autres) ou bien si vous vous occupiez d’une personne malade. Ce qui revenait à dire que les masques ne servaient pas à grand’ chose mais qu’en même temps ils servaient à quelque chose — c’est absurde, on ne peut pas dire une chose et son contraire en même temps. En fait, expliquait en mars François Godement, conseiller pour l’Asie à l’Institut Montaigne et interviewé par l’AFP, « l’affirmation [que les masques ne serviraient à rien] est énorme, car elle confond les masques chirurgicaux (limitant la contamination vers autrui) avec les masques plus élaborés (N95 et de norme minimale FFP2) qui limitent la contamination vers leurs porteurs ». Inutiles, les masques  ? Le Monde du 20 mars pose la question : « Lors de son point presse, le 27 janvier, Jérôme Salomon [directeur général de la santé] avait pourtant noté qu’en Chine les meilleures armes contre l’épidémie étaient le port de masques  : pour les malades, mais aussi, "  les professionnels du transport  et "  les professionnels du soin  ". Tout comme les tests systématiques des personnes manifestant des symptômes permettaient là-bas " la mise à l’isolement des personnes infectées  ". » Le professeur Wiliam Dab, ancien directeur général de la santé, plaide dans le JDD du 4 avril 2020 pour la généralisation des masques et une campagne massive de tests pour mieux lutter contre le coronavirus. Enfin, pour établir l’utilité des masques, un collectif d’ingénieurs a procédé à une analyse qualitative de l’impact du port du masque dans la crise du Covid-19 [43]. Sa conclusion : « S’agissant de pays aussi différents en terme de densité, pratiques hygiéniques et sanitaires, culture de prévention médicale, taux de tests, équipement hospitalier que de densité, modes de transport, la corrélation observée entre port du masque d’une part et taux de réplication d’autre part laisse peu de doute sur l’importance au premier ordre de cette pratique. Si corrélation n’est pas causalité, l’ordre de magnitude de la différence entre pays "à masques" et pays "sans masques" est telle que le doute est faible.
    Dans le cas de la France, en l’absence à court terme de stocks suffisant de masques jetables ou aux normes dont la fabrication se fera de manière graduelle, l’obligation de port d’un masque "fait maison" paraît une alternative crédible pour redémarrer l’activité économique en sortie de confinement strict. »
  • il existait en février un stock d’Etat de masques FFP2, mais il ne comptait que 15 millions de masques (d’après deux pharmaciens que j’ai interrogés, une fois livré, il est parti en quelques jours) et les commandes de l’Etat pour le réapprovisionner tardaient à être livrées. De toute façon, ce stock était réservé aux professionnels de santé. Étant insuffisant, ce stock a été complété par la réquisition des stocks existants et de la production des quatre usines françaises (publication au Journal officiel le 4 mars d’un décret relatif aux réquisitions nécessaires dans le cadre de la lutte contre le virus Covid-19). Le texte de ce décret est très clair :
    « Eu égard à la nature de la situation sanitaire et afin d’en assurer un accès prioritaire aux professionnels de santé et aux patients dans le cadre de la lutte contre le virus covid-19, sont réquisitionnés, jusqu’au 31 mai 2020 :
    1° Les stocks de masques de protection respiratoire de type FFP2 détenus par toute personne morale de droit public ou de droit privé ;
    2° Les stocks de masques anti-projections détenus par les entreprises qui en assurent la fabrication ou la distribution.
    Les masques de protection respiratoire de type FFP2 et les masques anti-projections produits entre la publication du présent décret et le 31 mai 2020 sont réquisitionnés, aux mêmes fins, jusqu’à cette date. »
    Autrement dit, pour éviter la spéculation, mais aussi et surtout parce qu’il n’en possède pas assez, l’Etat a réquisitionné *tous* les stocks de masques, y compris ceux possédés par les entreprises *privées*. Au temps pour les employeurs qui avaient anticipé (et leurs salariés) !
  • le simple fait de parler émet des aérosols contaminants et pas uniquement des gouttelettes (sources : lettre du 1er avril 2020 de Harvey Fineberg, US National Academies à K. Droegemeier, Office of Science and Technology Policy auprès du président américain et D. Dupagne). Pour la simple respiration, c’est moins évident, mais porter des masques en intérieur devrait être systématique pour les personnes à risque ou contaminées
  • en théorie (au moins en milieu médical) les masques ne doivent pas être réutilisés ni lavés. Ils doivent être changés et jetés toutes les 3 à 8 heures (et on se lave les mains après). Mais ce sont là des règles d’hygiéniste pour hôpital. Comme pour un particulier, c’est un coût relativement élevé (sans compter que pendant début du confinement, il ne pouvait en acheter que quelques dizaines), et que, comme expliqué ci-dessus, ils sont utiles même si on n’est pas atteint par le virus, que faire ?
    Selon un billet du Dr Dominique Dupagne, généraliste et vulgarisateur, le virus ne résiste pas à une température supérieure à 50°C (il cite là une vidéo du Dr Alexandre Bleibtreu, infectiologue à la Pitié Salpêtrière), et un lavage à 40° avec de la lessive est suffisant, ce virus étant particulièrement sensible aux détergents [44]. On peut donc, si on n’a pas d’autre solution, laver son masque [45]. Le 7 avril, peu après que l’exécutif français ait enfin reconnu l’utilité du masque, un article de France Info confirme ce que toute personne sensée pouvait penser depuis le début de l’épidémie : « Peut-on réutiliser un masque déjà utilisé ? Tout dépend du type de masque. Certains sont à usage unique, d’autres sont lavables plusieurs fois. Un masque souillé peut être lavé en machine à 60 degrés au minimum pendant 30 minutes. Le séchage doit en outre être particulièrement soigné. "Les masques doivent être séchés complètement, voire sur-séchés" moins de deux heures après le lavage, conseille l’Afnor. Le masque ne doit donc pas sécher à l’air libre, mais de préférence dans un sèche-linge. » Interviewé par France Bleu Nord le 21 septembre, un enseignant-chercheur spécialiste du textile, Philippe Vroman, assure que le masque chirurgical reste « très efficace en termes de filtrage », même après lavage. Bruno Grandbastien, médecin hygiéniste et président de la Société française d’hygiène hospitalière, précise tout de même qu’ « un [masque] chirurgical [en meltblown] va effectivement filtrer 95 % des gouttelettes de 3 microns, tandis que les masques grand public [en tissu] filtrent 90 % des particules, mais ces derniers peuvent se laver 15 à 50 fois selon les modèles » [46]. Je précise avoir constaté qu’un simple masque dit chirurgical en coton s’avère résistant au lavage à condition de le laver à la main avec des gants (je le rince à l’eau brûlante en le tenant par les élastiques). Il "tient" (odeur, élastiques, peluchage) selon mon expérience environ 5 lavages.

Le port du masque reste en pratique un sacré problème, entre ceux qui ne le portent pas en public (en effet, il ne sert à rien, sauf événement type Fête de la musique, mais en revanche, il évite de rentrer dans un commerce sans lui), ceux pour qui il faut le porter dehors pour montrer l’exemple, ceux qui le portent sous le nez (ce qui en diminue très nettement l’efficiacité) ceux qui pensent que c’est inamical de le porter entre amis etc. (voir cet article révélateur du Monde : « Un vrai sujet d’engueulades » : le masque au temps du Covid-19, objet de toutes les discussions).


Source : Le Monde 20 mars 2020

- Tenez-vous à deux mètres au moins d’une personne qui tousse ou éternue et ne porte pas de masque ou avec qui vous parlez. Les gouttelettes respirables se projettent à 1 m au maximum d’une personne qui tousse ou éternue.


Les gestes d’hygiène contre la grippe classique sont parfaitement adaptés au coronavirus 2019 : vidéo de Pierre Parneix, président de la Société française d’hygiène hospitalière

- Evitez les transports en commun autant que possible. Allez au travail en vélo, moto, trottinette, voiture ou taxi/VTC [47].

- Demandez à votre employeur si vous pouvez télétravailler.

- En cas de fièvre, de toux — sans plus — consultez un médecin par téléconsultation.

- En cas de retour d’une zone à risque :

  • mettez-vous en quarantaine pendant 14 jours, après avoir prévenu votre employeur et votre entourage, si possible seul en chambre d’hôtel
  • surveillez votre température deux fois par jour, matin et soir
  • portez un masque facial en présence de votre entourage.

- Si vous avez les symptômes du Covid-19 décrits supra, ne vous rendez pas aux urgences ni directement chez votre médecin, mais appelez le d’abord et voyez si c’est sérieux avec lui (téléconsultation).
N’appelez le 15 que si vous avez des problèmes respiratoires et des signes d’étouffement.
 [48]

Comme l’écrit le Dr Dupagne dans sa remarquable synthèse sur la Covid-19 publiée sur son blog :

« Il est important de comprendre que le symptôme inquiétant, celui qui pourrait conduire à une hospitalisation, c’est un essoufflement. La toux, la fatigue, la respiration sifflante, la fièvre, tout cela est désagréable, mais ça ne tue pas. Ce qui tue, c’est une pneumonie particulière, qui infiltre les poumons et empêche le sang de s’oxygéner correctement. Dans ce cas, les malades sont essoufflés au moindre effort, voire au repos, comme s’ils venaient de monter des escaliers. C’est cela qui est vraiment inquiétant et qui justifie d’appeler le SAMU. De toute façon, dans le cas contraire, on vous dira de rester chez vous, même si vous êtes à risque de complications. »

Voici tous les conseils (PDF) que le Dr Dupagne donne à ses patients présentant des symptômes évoquant une infection à coronavirus COVID-19.

Vous avez de la toux, de la fièvre et des maux de tête ? Vous avez côtoyé un malade du Covid-19 ? Si vous pensez être atteint, retrouvez la marche à suivre grâce à l’arbre de décision proposé par Les Décodeurs (Le Monde). C’est simple à lire et très pratique en cas de.

- Evitez les rassemblements de personnes sans masque, notamment les réunions amicales et familiales sans masque avec des personnes à risque. La famille est un "cluster" bien connu, mais aussi le travail, les transports en commun et les spectacles/événements.

- Les grands-parents doivent éviter de garder leurs petits-enfants. De manière générale, les personnes de plus de 65 ans doivent faire particulièrement attention lors de leurs sorties. En France, elles représentent 9 décès sur 10 dûs au coronavirus.

- Ne partagez pas les objets comme les verres, les couverts et évidemment les brosses à dents ou les serviettes de bain et les gants de toilette.

- Pour acheter et cuisiner des denrées alimentaires sans risque : les conseils du professeur Didier Lepelletier, médecin hygiéniste et coprésident du groupe de travail national au Haut Conseil à la santé publique (HCSP) sur le coronavirus :

  • aller faire ses courses seul, sans enfants ni conjoint
  • horaires : privilégier l’après-midi
  • les gestes barrières (se laver les mains souvent, tousser dans son coude, éviter de se toucher le visage ou la bouche) sont à respecter scrupuleusement
  • ne pas porter de gants pendant ses achats, sauf s’il sont à usage unique (on les jette à la sortie du magasin)
  • se laver les mains avec du gel hydroalcoolique avant d’entrer dans le magasin
  • se laver les mains en revenant des courses
  • par précaution, lavez les fruits et légumes en les frottant. Ou pelez-les. Mais pour le reste, selon l’Autorité européenne de sécurité des aliments (AFSA), les aliments ne transmettent pas le coronavirus. Ce que confirme une ingénieure matériaux dans le génie civil, également docteur en chimie des matériaux
  • plus aucun risque quand c’est cuit : la cuisson suffit à inactiver le virus.

- Aérez votre intérieur tous les jours entre 10 et 15 minutes pour renouveler l’air et éviter la prolifération des virus.

- Nettoyez deux fois par jour, de préférence avec un produit désinfectant (Javel ... [49]), les nids à microbes comme les poignées de porte, les télécommandes, les étuis et coques de téléphone portable ainsi que les surfaces fréquemment utilisées (table, plan de travail ...). Pour les smartphones eux-mêmes, privilégiez un chiffon en tissu microfibres avec un peu d’eau tiède et savonneuse. Lavez le plus souvent possible les serviettes, torchons et gants de toilette.
Combien de temps le virus peut-il survivre sur des surfaces ? Selon le Wall Street Journal, l’OMS dit que ce n’est pas clair.
Toujours selon le WSJ, un examen récent de 22 études a montré que les coronavirus peuvent survivre de deux heures à neuf jours sur des surfaces telles que le métal, le verre ou le plastique. Et selon une nouvelle étude américaine non encore vérifiée par les pairs rapportée par le Parisien, le Covid-19 peut survivre jusqu’à trois jours sur des bouteilles en plastique [50], mais il est trop tôt pour dire si ces particules sont, à ce moment-là, encore contagieuses. En effet, toujours dixit Le Parisien, la persistance de particules ne signifie en aucun cas que ces dernières sont encore infectieuses. Présence ne veut pas dire contamination. Après quelques heures, le taux d’activité des cellules, et donc le risque d’infection, chuterait même drastiquement, selon cette même étude. Et cela qu’importe la surface.
Pour le docteur Alexandre Bleibtreu, infectiologue à l’Hôpital de la Pitié Salpétrière à Paris et qui s’exprime dans une vidéo mise en ligne par le Gouvernement, un délai de 4 heures est suffisant pour être tranquille. Donc, il suffit de ne pas toucher vos courses ou tout objet acheté à l’extérieur pendant 4 heures pour être tranquille.

- Il est sans danger de recevoir une lettre ou un colis de Chine. Les coronavirus ne survivent en effet pas longtemps sur des objets (cf supra).

- Nos amis animaux domestiques ne risquent pas d’attraper la maladie.

- NB : d’après le même François Godement, « la France – et la plupart des pays européens – possèdent très peu de scanners thermiques ».

Comment on sort de la Covid-19

Un important article paru dans une des trois revues médicales de référence au plan mondial, The Lancet, fait un bilan comparatif international des politiques menées contre la COVID [51]. Voici ses recommandations, résumées par le médecin Quentin Durand-Moreau :

Les auteurs sont inquiets qu’aucune stratégie cohérente, commune pour le déconfinement ou la levée des restrictions ne soit identifiée. Parfois, il n’y a pas de critères clairs et transparents pour décider. La transmission aérosol a rarement été prise en compte.

Il semble intuitif qu’un pays ne devrait pas se rouvrir sans un bon système de surveillance et la confirmation que l’infection est maîtrisée. Malheureusement, comme nous le montrent certains pays, cette idée a souvent été simplement écartée.
Les restrictions devraient être relâchées lorsque les estimations du Reffectif sont clairement en dessous de 1. Les auteurs pointent les problèmes des messages incompréhensibles, notamment sur la distance à adopter (qui varie entre 1 et 2 m).

Les auteurs écrivent clairement que la réouverture des écoles ne semble pas toujours avoir été guidée par l’intérêt des enfants, mais plutôt pour faire travailler les parents.

La Covid est une maladie sociale, révélatrice des inégalités. L’amélioration des conditions de vie des travailleurs migrants à Singapour a donc fait partie de la réponse à la pandémie.

Le contact tracing doit être plus agressif : en Corée du Sud, il inclut les données GPS et les transactions des cartes de crédit. Et demande également plus de moyens humains (similarité avec le besoin de personnel médical formé au chevet des lits de réanimation). Maurice Ronai, ancien commissaire de la CNIL, constate au 21 octobre qu’ « en Europe, les programmes de traçage sont sous tension. Voire au bord de la rupture. Face à l’afflux de nouveaux cas, le traçage perd du terrain. La liste des cas-contact à appeler sous 24 heures s’allonge de jour en jour L’objectif de joindre 75% des cas-contacts dans les 24 heures s’éloigne. Certains pays s’efforcent de renforcer les effectifs (France, Allemagne). Ou font appel à l’armée (Israël, plusieurs Länder) ». Pour la France, il précise : « avec en moyenne 2,8 cas contacts par "patient zéro", les brigades sanitaires de la CNAM doivent passer 110 000 appels dans un délai de 24 heures Le dispositif commence cependant à perdre du terrain. La CNAM ne parvient à joindre que 90% des personnes-contacts à risques, contre 97 % la semaine précédente. 19% des cas contacts ne sont pas joints en temps et en heure. Près de 75 % des nouveaux cas identifiés ne sont liés à aucun cas connu. »

L’Europe a pâti de plus d’une décade d’austérité qui a considérablement affaibli son système de santé. Les pays impactés par le SARS et le MERS avaient, au contraire, davantage investi.

Le relâchement des mesures doit se faire UNE FOIS qu’on a la capacité de tester-tracer-isoler (pas avant). Il faut former des contact-traceurs en masse.

Il vaut mieux que les gens soient isolés en institution plutôt qu’au domicile. Ce point est capital selon l’épidémiologiste et ancien directeur général de la Santé (à la retraite) William Dab interrogé sur BFMTV le 1er novembre : « On ne contrôle pas une épidémie sans isolement des personnes contagieuses. C’est aussi valable pour l’avenir. » Or les hôtels sont vides : début août, en pleine saison touristique, leur taux d’occupation moyen était de 53% seulement. Le groupe Accor a d’ailleurs confirmé que ses hôtels étaient à la disposition des autorités, mais au 1er novembre 2020, aucun n’a été réquisitionné selon W. Dab.

Aspects politiques : omissions, erreurs "rationnelles", économies budgétaires, manque de données et crise organisationnelle — ou la question des responsabilités

Une communication officielle biaisée

Les positions et le discours officiels des gouvernements et de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) sont pour une très large part le reflet de l’avis de leurs nombreux experts.

Mais pas seulement, comme on le verra plus loin en détail sur le sujet des masques faciaux :

- Le souci initial des gouvernements, tant que l’épidémie n’est pas flagrante, est de ménager autant que possible le commerce et l’industrie internes et les relations commerciales et touristiques avec l’étranger, en tentant de préserver la réputation du pays [52]. C’est évident en ce qui concerne la Chine : non seulement les autorités locales de Wuhan ont initialement choisi de faire taire Li Wenliang et les sept autres médecins qui avaient donné l’alerte [53] mais la censure continue sur le sujet sur les réseaux sociaux chinois, notamment WeChat, plus ou moins efficace [54]. En France, c’est moins évident, mais des indices vont dans ce sens : le président de la République se rendant au théâtre le 7 mars et déclarant « La vie continue. Il n’y a aucune raison, mis à part pour les populations fragilisées, de modifier nos habitudes de sortie » [55], l’avis le 4 mars de la porte-parole du Gouvernement, Sibeth Ndiaye, sur l’épidémie ("cela (lui) semble peu probable" que la France n’atteigne jamais le stade 3), l’aveu d’Agnès Buzyn, ou encore le sous-entendu — voir infra en italique — dans les propos déjà cités de l’épidémiologiste Simon Cauchemez : « Avec des mesures fortes comme celles qui ont été prises samedi et une très forte implication de la population, on peut potentiellement éteindre la première vague. Mais dans la mesure où il n’y aura pas suffisamment d’immunité, qui ne peut être conférée que par la vaccination ou par une infection naturelle, il peut y avoir une seconde vague, et la question des mesures à prendre se reposera, poursuit-il. C’est toute la difficulté de cette stratégie, qui n’avait jusqu’à présent jamais été envisagée pour un virus circulant de façon globalisée, en raison de son coût économique et social. »

- Plus subtil et moins grave en apparence seulement, une censure par omission sur certains sujets qui fâchent. Une enquête de Mediapart sur la pénurie de masques utilise, elle, le terme « mensonge d’Etat » [56].

Ainsi, le gouvernement français, jusqu’à début avril, a cherché à masquer la pénurie (d’autant que que l’Etat a volontairement laissé baisser le stock d’Etat de masques FFP2 depuis 2011, soit un an après la fin de l’épidémie de grippe H1N1, préférant demander aux établissements de stocker les FFP2 [57]) et à éviter une ruée sur les produits quand il recommandait officiellement de réserver le port du masque aux patients atteints par le virus et à leur entourage. La réalité, c’est que le port du masque et particulièrement du FFP2 (voir infra) est également très utile pour ne pas attraper le virus dans les environnements de foule (principalement les transports en commun et les commerces). Le Gouvernement cherchait peut-être aussi à éviter que l’on parle de l’expertise faite à la demande en 2018 du DGS Jérôme Salomon sur le stock d’Etat de masques.

De même, si le Gouvernement parlait le moins possible des tests jusqu’à début avril, c’est parce que très peu sont disponibles en France, ainsi que les détecteurs de température sans contact. Selon le point presse du directeur général de la santé du 7 avril, depuis le début de l’épidémie en France, seulement 77 000 tests PCR du Covid-19 ont été réalisés. Au 24 mars, la capacité de la France était de 4000 tests par jour. Les réactifs nécessaires à ces test sont essentiellement produits en Chine, aux Etats-Unis et Allemagne ... Plutôt que les seules mesures de confinement, l’Allemagne mise depuis le début de la pandémie Covid-19 sur les tests de dépistage et en réalise 500 000 par semaine, une cadence qu’elle doit à ses fabricants nationaux de réactifs et de dispositifs.

En réalité, de l’avis de nombreux spécialistes internationaux comme des scientifiques interrogés par Mediapart en mars 2020, une politique massive de dépistage serait pourtant un complément crucial au confinement [58]. Mais même si beaucoup plus de tests étaient disponibles, la pénurie de gants, de lunettes et de masques limite les prélèvements possibles sans risquer de contaminer les infirmiers et laborantins.

Pourtant, selon deux consultants en communication de crise qui analysent la façon dont les autorités informent la population sur l’épidémie et sur leur stratégie, dans la crise sanitaire, il est « vain de chercher à rassurer la population à tout prix — un changement radical par rapport à la communication de crise des années 1980 et 1990 » et « dire qu’on ne sait pas n’est ni un aveu de faiblesse ni un aveu de culpabilité » [59].

- Enfin, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a été elle-même ambiguë voire trop prudente dans sa communication, en tardant notamment à déclencher le stade d’alerte approprié pour le Covid-19. Là aussi, il y a des raisons : la Chine est un membre influent, les grandes économies sont les principaux contributeurs financiers de l’OMS et les nombreux pays en voie de développement (1 pays = 1 voix, peu important sa contribution financière) ont eu peur pour leurs revenus touristiques. De plus, lors de l’épidémie de H1N1, l’OMS en avait surestimé la dangerosité, et les Etats avaient commandé des stocks de vaccins totalement inutiles et ruineux, ce qu’ils n’avaient pas manqué de reprocher à l’OMS, qui est donc devenue très prudente quand il s’agit de qualifier une épidémie [60].


Un exemple de censure par omission : les tests. Le Monde, 20 mars 2020

Au vu du succès de la Corée du Sud qui, dès qu’elle a su que la Chine avait une épidémie en cours, a dépisté massivement sa population et les entrant sur son territoire et a équipé tous ses citoyens de masques (même succès pour Hong-Kong), certains observateurs, notamment dans le monde médical, posent la question : le gouvernement français a-t-il fait les bons choix ? Si une telle politique aurait pu être efficace au tout début de l’épidémie, elle n’est plus préconisée en France au moment où tout le territoire se retrouve touché. Pour le ministre de la Santé, un dépistage massif sera néanmoins nécessaire à la fin du confinement.

Un certain nombre d’articles de presse récents, d’anciens rapports officiels ainsi que les auditions de la commission d’enquête parlementaire sur le Covid-19 permettent de mieux comprendre les erreurs commises, qui à l’époque pouvaient paraître des choix justifiés.

Des biais cognitifs ... pourtant connus

Les gouvernements successifs depuis le gouvernement Fillon (2011) ont été victimes d’une erreur d’appréciation qui a pourtant paru rationnelle à l’époque : l’épidémie de H1N1 avait poussé la ministre de la Santé de l’époque, Roselyne Bachelot, à commander un énorme stock de vaccins et de masques qui s’avérèrent inutiles. Dépense qui lui fut reprochée. Par ailleurs, les Ebola, SRAS et MERS n’arrivèrent pas en France. Par ailleurs, la dernière grande épidémie ayant touchée la France, la grippe de Hongkong, qui fit, en deux mois de l’hiver 1969-1970, 31 226 morts en France, fut largement ignorée par la presse et n’intéressa ni le public ni les pouvoirs publics. Quant à la grippe espagnole (1918-1920), aucun vivant ne l’a connue. S’est donc développé une fausse impression de sécurité vis-à-vis des épidémies. La doctrine officielle a pu donc changer à partir de 2013 : on est passé d’un stock d’Etat massif de FFP2 à un transfert de l’obligation de stock de FFP2 de l’Etat vers les employeurs et les établissements de soins (l’Etat gardant en revanche un stock de masques chirurgicaux).

Dans un éditorial, Bloomberg généralise, constatant que « chaque gouvernement a d’abord cru que son pays serait moins exposé, surestimé sa capacité à contrôler la situation, ignoré les leçons en temps réel des autres Etats, avant de prendre finalement des mesures dans la précipitation. » Il ne s’agirait pas (seulement) d’une question de mauvaise gouvernance, puisque même les populations ont souvent d’abord sous-estimé les dangers. En citant les travaux de plusieurs chercheurs en neurosciences, Bloomberg explique que la raison se trouve, tout simplement, dans nos cerveaux : « Nous basons nos décisions sur nos expériences passées et des schémas connus. Ce qui expliquerait pourquoi les Etats qui ont le mieux réagi sont ceux qui ont déjà été confrontés à des épidémies similaires [particulièrement le SARS], comme Hong Kong, Singapour et la Corée du Sud » [ajouter le Vietnam et Taïwan].

Rien de rare ni d’original dans ce mécanisme de biais cognitifs, hélas : en 2002 déjà et loin d’être le premier, le sociologue et DRH Christian Morel, avait montré dans sa série d’ouvrages Les Décisions absurdes que les erreurs radicales et persistantes sont fréquentes et s’expliquent, notamment par « l’interprétation cognitive qui fait ressortir la puissance des erreurs élémentaires de raisonnement » [61]. Les travaux de Ch. Morel sont semble t-il connus des dirigeants. Pour preuves : son premier ouvrage m’a été prêté par un cadre supérieur du secteur des équipementiers automobiles. Et les distinctions décernées aux Décisions absurdes ne manquent pas : le magazine Challenges, en 2016, a cité les tomes 1 et 2 parmi les dix livres culte du XXIe siècle en management. Le premier tome a reçu le grand prix du Livre de stratégie et de management de l’Expansion et McKinsey et le prix Adrien-Duvand de l’Académie des sciences morales et politiques. Le prix du Livre RH Le Monde-Sciences Po-Syntec et la distinction Le Stylo d’or de l’Association nationale des DRH ont été décernés au second tome.

Ce qui fait penser ici à des erreurs rationnelles / décisions absurdes, c’est tout particulièrement le manque de compréhension des implications du taux de contagion R0 du Covid-19 et le côté "business first" de la politique du Gouvernement. Alors que le R0 indiquait dès le départ qu’il était illusoire d’espérer se la jouer grosse grippe/on laisse la population s’immuniser toute seule par contamination de 60% de la population : le R0 ce sont des mathématiques de base. Le R0 montrait aussi que si on partait sur une stratégie de confinement, elle devait se faire ASAP.

Court-termisme électoral

Alain Trannoy, professeur à l’école d’économie d’Aix-Marseille, dans une tribune aux Echos, note lui que le court-termisme électoral conduit à sacrifier le long terme. Pour lui, la véritable réponse réside non dans la "bouc-émissarisation" des hommes politique, mais dans « la création d’agences indépendantes du pouvoir politique du moment, sur le modèle des banques centrales, dans un certain nombre de domaines essentiels, comme la santé et la prévention des risques, l’environnement et la recherche. Les ressources doivent faire l’objet d’un engagement pluriannuel non renégociable, son dirigeant nommé sur proposition du président de la République et approbation des Assemblées, avec un conseil où puissent siéger des parlementaires, des experts, des représentants de la société civile qui vérifient que les missions de service public sont correctement prises en charge par l’agence. »

La dictature du court terme est également une des explications proposées par les sociologues des organisations Henri Bergeron, Olivier Borraz, Patrick Castel et François Dedieu, dans un article publié dans la revue AOC (Analyse Opinion Critique) [62].

Après, il y a aussi la thèse de Philippe Juvin sur la faute des conseillers, mais j’ai trop peu lu sur le sujet (et il y a peu à lire) pour évaluer sa pertinence.

Absence de cogniticiens et de prospectivistes

Olivier Oullier, professeur de sciences comportementales et du cerveau et président de la startup Emotiv, s’il excuse diplomatiquement dans une tribune aux Echos les dirigeants français sur le thème « Nul n’était préparé certes, mais personne n’aurait pu l’être », souligne toutefois en passant qu’initialement aucun expert dans le domaine cognitif et sciences comportementales ne siégeait au sein du comité scientifique Covid-19, mais que depuis, des spécialistes de la Direction interministérielle de la transformation publique et de la BVA Nudge Unit travaillent au quotidien avec le gouvernement.

Dans son roman L’Année du lion, paru en France en 2017, l’écrivain sud-africain Deon Meyer avait anticipé une épidémie due à un coronavirus, après s’être beaucoup documenté. Dans un entretien au Monde, il expose que « beaucoup de [...] scientifiques très respectés dans divers domaines avertissaient qu’une pandémie se préparait et que ce n’était qu’une question de temps avant qu’un virus ou une bactérie ne fasse de vrais ravages ». Pour autant, lui aussi exonère les dirigeants politiques et renvoie la responsabilité sur les électeurs :

« Les grands dirigeants ne manquent pas d’imagination. A leur décharge, ils ont peut-être eu tellement de sujets à gérer ces dernières années – l’économie mondiale, la crise des réfugiés, le terrorisme, le Brexit, un imbécile à la Maison Blanche, la montée des extrêmes droites et des nationalismes, la menace croissante du réchauffement climatique – qu’ils n’ont tout simplement pas eu le loisir nécessaire pour s’inquiéter des pandémies virales. Ni l’argent nécessaire pour s’y préparer, d’ailleurs.
Pour moi, nous vivons dans un monde divisé et largement débordé par ses problèmes écologiques, économiques et politiques. Même les très grands hommes politiques n’ont ni les moyens ni le soutien nécessaire pour faire tout simplement ce qu’il faudrait. En tant qu’électeurs, nous devons également en assumer la responsabilité. Si nous ne commençons pas à nous unir derrière les dirigeants qui veulent penser un monde durable, nos enfants en paieront le prix. »

Sinon, il ne reste quasiment rien de l’important organisme de prospective du Gouvernement autrefois appelé Commissariat au Plan et devenu France Stratégie. Les deux documents publiés par France Stratégie sur les risques pandémiques datent de 2007 et 2010 et ne sont pas des rapports majeurs. Et rien depuis la crise du H1N1. De plus, en 2017, France Stratégie avait été recadré et mis sous tutelle par la Président de la république et le Premier ministre suite à la publication d’un rapport mercredi aux pistes volontairement "radicales" pour résorber les dettes publiques en Europe. On peut contester les propositions émises par France Stratégie mais si ce très petit organisme doit, pour reprendre les mots du Premier ministre, « travailler sur nos réformes plutôt que sur des idées farfelues », il ne fait alors plus de la prospective.

Selon les mots de trois consultants d’une cabinet de conseil en gestion de crise, « il semblerait que l’Etat n’ait toujours pas encore admis l’intérêt de conduire des travaux de réflexion et d’anticipation interministérielle pour l’aider à construire ses décisions » [63].

Cette absence de présence de la prospective à l’exécutif surprend. Ce n’est pas comme s’il s’agissait d’une science toute neuve ou occulte. Elle existe en France depuis les années 50 [64].

Pourquoi la pénurie de masques

Abandonner le stock d’Etat et transférer la responsabilité de maintenir des stocks aux employeurs et plus particulièrement aux établissements de santé et se reposer, pour la production des masques FFP2, sur la délocalisation de la production (comme d’habitude, dirons-nous), a été une autre erreur [65].

Déjà, espérer que tous les employeurs suivent la consigne et suffisamment pour compenser le désengagement de l’Etat relève de toute évidence du vœu pieux, surtout en l’absence de contrôle. À propos des hôpitaux, il faut ajouter qu’ils ne sont pas budgétairement autonomes et n’ont pas d’espaces de stockage à eux ... Ensuite, produire des millions de masques, même en urgence et sans pénurie, cela demande un délai. Or il est évident qu’en cas de pandémie, la demande ne peut que créer une pénurie. Maintenir un stock d’Etat a donc un sens. Par ailleurs, les masques FFP2 équipés d’une membrane filtrante et d’élastiques ont une durée de vie évaluée à quatre ou cinq ans, donc limitée. Et vu les besoins [66], tout stock ne peut que s’épuiser rapidement en cas de pandémie. Ce qui compte autant que le stock, c’est donc la production de masques. Or avec le changement de doctrine en 2013 évoqué plus haut lors d’une réunion du Secrétariat général de la Défense nationale (SGDN) (Marisol Touraine était alors ministre de la Santé, mais elle nie toute responsabilité [67]), on a non seulement renoncé à un stock d’Etat de masques FFP2 mais on s’est mis en plus à compter sur les pays asiatiques et surtout la Chine pour produire ces masques en cas d’épidémie. Ce que les pouvoirs publics avaient négligé, c’est que ces pays, particulièrement la Chine, sont des foyers fréquents d’épidémie et pourraient se réserver leur production ou la voir désorganisée. C’est ce qui s’est passé en décembre 2019-février 2020.

L’émission "C à vous" résume un peu trop rapidement : Xavier Bertrand a sorti les FFP2 des stocks d’Etat, Marisol Touraine n’a commandé que 100 millions masques chirurgicaux, Agnès Buzyn 100 autres millions, Jérôme Salomon savait que le stock était insuffisant dès 2019 (il ordonné une expertise en 2018) et a fait détruire les masques périmés [68], et Olivier Véran a récupéré ce qu’il pouvait au pied de l’incinérateur.

Pour être complet sur les raisons de la pénurie de masques, il faut en fait retracer toute l’histoire de l’EPRUS et des stocks de masques. Ce que fait Aurélien Rouquet, professeur de logistique et supply chain à la Neoma Business School [69]. En fait, selon Aurélien Rouquet, il y a un enchaînement d’erreurs, chacune amenant ou favorisant la suivante (ce qui de notre point de vue ne supprime pas les responsabilités individuelles mais les relativise par leur contexte) :

  • beaucoup de battage a été fait sur la grippe A(H1N1), elle touche peu la France
  • => l’État et Mme Bachelot, ministre de la Santé, sont accusés d’avoir gaspillé l’argent du contribuable. C’est alors l’occasion pour l’État de revoir sa politique, et une série de trois décisions plus ou moins contestables sur les masques et leurs stocks va alors intervenir entre 2011 et 2013 :
    • en juillet 2011, le Haut conseil de la santé publique (HCSP), émet un avis sur la stratégie à adopter vis-à-vis du stock État de masques respiratoires. Si l’avis souligne en texte gras que « le stock État de masques respiratoires devra être constitué de masques anti-projections et d’appareils de protection respiratoire », il fait légèrement évoluer la doctrine sur les masques. Pour les salariés exposés fréquemment au public, le HCSP préconise le port de masques chirurgicaux plutôt que de type FPP2, notamment car ils sont mieux tolérés. Surtout, pour ce qui est du port du masque par la population, il n’est finalement pas recommandé, sur la base de son inefficacité présumée pour faire face à la grippe saisonnière
    • le 2 novembre 2011, une instruction ministérielle relative à la préparation de la réponse aux situations exceptionnelles dans le domaine de la santé introduit une distinction entre deux types de stocks de produits de santé : les « stocks stratégiques » détenus et gérés par l’EPRUS ; les stocks « tactiques », situés dans certains « établissements de santé »
    • enfin, le 13 mai 2013, le Secrétariat général de la sûreté et de la défense nationale (SGDSN) édicte une doctrine de protection des travailleurs face aux maladies hautement pathogènes à transmission respiratoire. Il décide de manière étonnante qu’il revient à « chaque employeur de déterminer l’opportunité de constituer des stocks de masques pour protéger son personnel »
    • « puisque le port des masques FPP2 n’est plus conseillé par le HCSP que pour les seuls salariés directement exposés au risque (les soignants) qui travaillent dans les établissements de santé, et que ces établissements doivent désormais avoir un stock de produits « tactiques », pourquoi donc conserver un stock État « stratégique » de masques FFP2 ? En dépit de l’avis du HCSP sur la nécessité d’avoir un stock État de masques chirurgicaux et FFP2, et de l’instruction qui souligne que le stock stratégique est censé être là « en appui des moyens tactiques », le stock de masques FFP2 État ne va plus être renouvelé. Chaque établissement de santé aura son stock de masques FPP2, qu’il financera sur son budget, et cela sera autant d’économies sur le budget de l’EPRUS… et de l’Etat, qui le finance à parité avec l’assurance maladie ! Deuxièmement, puisque ce sont aux employeurs de prévoir des stocks de masques pour leurs salariés, et que le HCSP n’a pas clairement stipulé que l’Etat devait en fournir à la population, le stock Etat de masques chirurgicaux ne devra au fond plus être dimensionné que pour fournir les personnes malades et leur entourage. Cela ne représente pas grand monde, et l’Etat ne va donc pas renouveler l’intégralité de son stock de masques. Au fil des ans, celui-ci va diminuer par dix, pour passer d’un milliard à 123 millions fin 2019. »
      « Dans ce cadre, l’Etat ne va alors pas reconduire la convention qu’il avait signée avec le producteur de masques… et laisser ainsi péricliter une industrie qu’il avait lui-même créée ! Mais ce n’est pas bien grave, puisqu’en cas de besoin, il y a maintenant des producteurs en Chine, moins chers, et qu’on pourra très facilement se réapprovisionner ! »

C’en est à ce point que, le 26 septembre 2018, le directeur général de l’époque de l’agence de sécurité sanitaire Santé publique France (SpF), François Bourdillon, alerte par un courrier le directeur général de la santé, Jérôme Salomon, sur la non-conformité de 600 millions de masques du stock de l’Etat (sur un total d’un peu plus de 700 millions) et demande des instructions sur la marche à suivre [70]. Le 30 octobre, la réponse tombe : « une commande de 50 millions de masques, voire de 100 millions de masques si les moyens financiers le permettent », et la « destruction » de ceux devenus inutilisables. Avec moins d’un masque sur dix remplacés, on est très loin du stock "stratégique" d’un milliard d’unités recommandé par les experts pour protéger les malades et leurs contacts. François Bourdillon souligne par ailleurs les incertitudes portant sur l’état des stocks « "tactiques", placés sous la responsabilité des établissements de santé et destinés aux soignants. Problème de doctrine ou problème financier ? « Difficile de répondre. On était plutôt dans la croyance de la non-efficacité des masques pour la population générale », a indiqué l’ancien responsable de l’agence, en rappelant que « beaucoup considéraient que c’était inutile ».

L’avis rendu en mai 2019 par Santé publique France sur le stock de masques est hélas dans ces mêmes lignes : « L’observance du port du masque apparaît peu élevée. Le port du masque chirurgical par l’individu malade peut être efficace, cependant le risque de dérive est important. Au vu de ces éléments, on peut conclure que peu d’éléments factuels permettent d’affirmer que le masque est une protection très efficace dans la communauté. L’hygiène des mains (avec ou sans solution hydro-alcoolique) apparaît au moins aussi efficace que le port du masque. Il est donc proposé le port du masque pour l’individu malade et l’hygiène des mains pour tous. Préconiser le port du masque dans les transports est discutable. »

Economies budgétaires ou le respect strict de l’Ondam

Le stock de masques a été réduit depuis 2011 en partie par souci d’économies budgétaires, comme les dépenses pour l’hôpital public depuis 1997 et l’établissement dans la loi (loi de financement de la sécurité sociale (LFSS) pour 1997) de l’Objectif national de dépenses de l’Assurance maladie (Ondam), fixé chaque année par le gouvernement et voté dans la LFSS. C’est depuis 2010 que l’Ondam est réellement utilisé comme un outil de restriction budgétaire. Soyons clair : d’après le Panorama 2019 des établissements de santé cité par le magazine Actusoins, environ les 3/4 des recettes des hôpitaux publics français (54 milliards d’euros sur 69,7) proviennent de l’Assurance Maladie, autrement dit elles proviennent des charges sociales prélevées sur les feuilles de paye. Et notez bien que sous le double effet du progrès médical et du vieillissement de la population, le taux de croissance naturel des dépenses de santé est de l’ordre de 4,5 % par an. « Un Ondam à 2,5 %, ce sont donc encore des mesures d’économies », souligne le sociologue et spécialiste des politiques de santé Frédéric Pierru [71]. Un exemple de l’effet du calcul du nombre de lits d’hôpital au plus près, selon l’Ondam donc : en cas d’épidémie, il n’y en pas assez pour faire face puisque par définition, on fait face à une hausse brutale.

Interrogé le 22 juin 2020 par les députés de la commission d’enquête sur le Covid-19, William Dab, ancien directeur général de la santé (DGS) de 2003 à 2005, médecin et épidémiologiste, a profité de cette tribune pour réitérer son discours sur l’importance de la prévention [72] :
« En France, la santé publique a toujours été prise comme un secteur purement administratif et sans valeur ajoutée », a-t-il exposé. « Dans la structure nationale de santé, chaque fois que nous dépensons 100 euros, 96 vont aux soins individuels, 4 vont à la prévention organisée. Les pays à forte santé publique sont plutôt sur un ratio de 90-10 ». Déplorant « un pilotage par les moyens plus que par les objectifs », l’expert a plusieurs fois souligné le manque d’injections financières dans Santé publique France, agence qu’il juge trop limitée pour déployer des « forces de santé publique sur le terrain ». Puis William Dab a répété : « Il faut savoir prendre des risques en sécurité sanitaire, il faut parfois investir. Globalement quand on investit en prévention, on gagne. »

Manque de souplesse et de rapidité

Lenteur : la France a été beaucoup plus lente que les pays asiatiques. Exemple de la réaction rapide du Vietnam décrite par les Echos : « Alors qu’en Europe, les premières mesures prophylactiques sérieuses n’ont été prises que fin février, le ministère vietnamien de la Santé alertait les agences publiques de santé dès le 16 janvier. Instruit par l’épidémie de SARS de 2003, Hanoï a installé quelques jours plus tard un comité de gestion de crise réunissant scientifiques et ministères, réquisitionné personnels de soins retraités et étudiants en médecine, supervisé une montée en puissance de la production de masques et interdit la réouverture des écoles le 13 février après les vacances du Têt. Surtout, Hanoï a suspendu le trafic aérien en provenance de Chine peu après l’enregistrement, le 23 janvier, du premier cas sur son territoire et a été, le 1er février, un des premiers pays, après la Russie, à fermer sa frontière terrestre avec la Chine »

Comme le souligne l’article de Mediapart sur le mensonge d’Etat sur les masques FFP2, Santé Publique France, l’organisme dans lequel a été intégré l’Etablissement de préparation et de réponse aux urgences sanitaires (EPRUS) constitué en 2007 et dissous en 2016, a totalement manqué de souplesse et de rapidité, notamment du fait de l’utilisation de procédures de marchés publics dépassées vu l’urgence et le déséquilibre entre la demande et l’offre de masques.

Autre organisation sans aucune souplesse ni rapidité : à la fin de janvier, plutôt que de déclencher le plan Pandémie, le gouvernement a choisi de confier aux seules agences régionales de santé (ARS) la gestion de la crise. Résultat, les préfets sont restés l’arme au pied pendant plusieurs semaines. Et les ARS on fait ce qu’elles ont pu, c’est-à-dire peu, du fait de leurs moyens limités et en baisse constante et de la tutelle tres étroite et avare qu’exerce sur elles le ministère de la Santé et Bercy. Il faut lire ce qu’écrit le Canard Enchaîné à ce sujet : « la Santé et Bercy ont pour manie d’envoyer plus de 200 instructions par an aux ARS. Leurs directeur mes doivent les exécuter sans ciller, alors même que les trois quarts d’entre elles n’ont rien d’indispensables selon un rapport de l’IGAS publié en novembre 2018. Faute de moyens — leurs effectifs ont baissé de 30% depuis 2010 —, les 18 ARS passent leur temps à obéir aux ordres parisiens plutôt que de s’occuper des vrais besoins des patients de leur région. Pour tout arranger, leur autonomie financière est une aimable plaisanterie car elles ne peuvent utiliser que 10 à 15% des 3,5 milliards de crédits mis à leur " libre " disposition. Le solde est décidé par la tutelle ... [...] "Durant le mois de mars on n’a eu aucun appui, témoigne Christophe Lannelongue, ex-patron de l’ARS Grand Est, région tôt et très durement touchée par le Covid,. L’ARS a été livrée à elle-même." Il a même fallu que l’agence passe outre aux ordres de sa tutelle, qui lui interdisait tout achat de masques, et s’en procurer des centaines de milliers sur ses propres fonds pour faire face aux besoins les plus urgents ! »

Sans dialogue avec les ARS, « les préfets ont été relégués au second plan », d’après le document. Avec pour conséquence, « l’oubli des Ehpad, laissant seules les collectivités territoriales face aux décès en nombre de nos aînés ».

Aux commandes, les ARS ont eu selon le rapport précité des pompiers une « gestion comptable et financière du système de santé » et n’étaient « aucunement préparées à la gestion des situations d’urgence. Elles ont semblé accaparées par la gestion du nombre de places en réanimation hospitalière et par les remontées statistiques. »

Le Canard Enchaîné fait semblant d’ignorer que c’est là l’application d’une règle de fonctionnement inflexible de l’administration française : celle du chef de bureau. Le bureau est la plus petite unité au sein de l’administration française. Toute l’autonomie décisionnelle est répartie, découpée bureau par bureau, l’échelon hiérarchique au-dessus du bureau étant le service. Ce qui ne relève pas de la compétence officielle d’un bureau, quand bien même ses fonctionnaires auraient la compétence métier et de bonnes idées, lui est totalement inaccessible. En sens inverse, le même bureau défendra bec et ongles son champ officiel de compétence (autrement dit son pouvoir) s’il est attaqué. De plus, si quelque chose doit sortir d’un bureau ou nécessite une coordination avec un autre bureau, les fonctionnaires du bureau, à part leur chef de bureau, n’ont pas le droit de communiquer ni a fortiori de décider quoi que ce soit sans que cela soit préalablement vu et validé par leur chef de bureau (c’est la nature *politique* de l’action de l’administration qui veut ce contrôle). L’ancien ministre Alain Lambert rêve que s’applique le principe de confiance a priori, où le pouvoir central aurait confiance dans ses fonctionnaires et les jugerait a posteriori. « En France, c’est le système de la défiance a priori qui prévaut : l’agent doit d’abord obtenir une autorisation pour agir, ce qui fait perdre un temps colossal, et on ne s’occupe pas de savoir après s’il a bien ou mal agi. [...] Les préfets passent leur vie à téléphoner à l’administration centrale pour se couvrir. C’est insensé, car la personne qui leur répond est moins gradée qu’eux ! »

Cela veut également dire, contrairement à ce qui se passe dans le secteur privé, qu’un chef de service n’empiète pas sur les prérogatives de ses chefs de bureau ni ne peut les démettre rapidement. Tant qu’il n’y a pas d’urgence et que le contexte n’évolue pas brutalement, ce système fonctionne. A sa vitesse, mais il fonctionne. Comme le dit Francis Rol-Tanguy, haut fonctionnaire à la retraite : « Le temps de l’administration est le moyen terme, pas celui de BFM TV ».

Une crise organisationnelle : mauvaise organisation, guerre des chefs, défiance envers la haute administration et la sécurité civile

Trois sociologues, spécialistes des catastrophes et auteurs du livre Covid-19, une crise organisationnelle [73], plutôt que des défaillances individuelles ou des dysfonctionnements techniques, mettent en avant des facteurs organisationnels [74] : mauvaises leçons tirées du passé, faux sentiment de sécurité, confiance aveugle dans les outils de planification. Leur analyse des relations de pouvoir dans la gestion de la crise révèle la méfiance vis-à-vis de la haute administration (pourtant chargée au quotidien d’appliquer les plans de lutte sanitaire ....), la création de nouvelles instances dans un paysage déjà saturé d’organisations et le niveau inédit de coopération au sein des hôpitaux.

Là aussi, malheureusement, rien de neuf. Il suffit de rappeller les propos tenus par le sociologue Michel Crozier en 1987 : « J’ai essayé dans mon nouveau livre "Etat modeste, Etat moderne" (Fayard, 1987), de faire réfléchir les élites françaises administratives, politiques et plus généralement technocratiques sur le caractère tout à fait archaïque des modèles de rationalité qui sont sous-jacents à leurs modes de décision et de gouvernement. C’est cet archaïsme qui permet d’expliquer l’extraordinaire répétition d’erreurs commises aussi bien à droite qu’à gauche et que nous devons constater. Le problème bien sûr ne se limite pas du tout à la France. » [75]

Le Canard Enchaîné du 3 juin 2020 détaille une guerre des chefs à pleurer vu les circonstances :

  • la Cellule interministérielle de crise (CIC), compétente selon la circulaire du Premier ministre du 1er juillet 2019 en cas de crise majeure n’a pas été chargée de la lutte contre l’épidémie, car le Premier ministre (PM) la jugeait plutôt dédiée à la lutte antiterroriste. Les trois sociologues précités auteurs de l’ouvrage "Covid-19, une crise organisationnelle" ajoutent qu’une fois (tardivement) activée, « la cellule se voit immédiatement dotée d’autres cellules qui ne correspondent pas aux protocoles auxquels les responsables de la gestion de crise, dans les ministères, ont été formés et habitués. Ils éprouvent les pires difficultés pour s’y retrouver. Ils ne comprennent pas comment et où se prennent les décisions auxquelles ils ne sont pas associés »
  • en février, Agnès Buzy, ministre de la santé mais candidate à Paris, active le Centre opérationnel de régulation et de réponse aux urgences sanitaires et sociales (CORRUSS) avec comme pilote le directeur général de la santé Jérôme Salomon
  • Olivier Véran succède à Mme Buzyn. Cornaqué par Matignon, il intègre au sein du CORRUSS une task force interministérielle qui a pour chef le préfet Thomas Degos
  • après l’annonce du confinement (17 mars), la panique gagne. Le PM reprend l’etandard et en appelle à la ... CIC ! Le chef de la CIC, son directeur de cabinet Benoît Ribadeau-Dumas, opère une synthèse avec les décideurs d’au moins quatre ministères : la Santé, Bercy (où la très puissante DGE coordonne les commandes publiques pour faire face au virus), le Quai d’Orsay et l’Intérieur enfin, chargé selon le Code de la défense de la « conduite opérationnelle des crises sur le territoire de la République »
  • début avril, Edouard Philippe recrute Jean Castex, préfet, pour devenir ” M. Déconfinement" et le général de gendarmerie, ex-patron de la Gendarmerie nationale Richard Lizurey pour le conseiller sur les « modalités de pilotage interministériel ». Deux missions normalement dévolues au SGDN ...

Cette guerre des instances est justement confirmée par le rapport (non publié) de Richard Lizurey, dont le Canard Enchaîné a publié des extraits [76] : prolifération de cellules de crise, refus des ministères de partager l’information sur des plateformes, rivalité préfets/ARS ...

La Fédération nationale des sapeurs-pompiers dit la même chose autrement : leur rapport, qui a fuité dans le Parisien début juillet, dénonce une « crise […] du leadership de la communication. [...] Pour être efficace la gestion d’une crise d’ampleur doit mobiliser un directeur unique, un commandant des opérations unique et des conseillers techniques » [77]. Selon le rapport, « on a confié le rôle de commandant de crise à des conseillers techniques », ce qui a provoqué un « travail en silo des administrations, un brouillage des décisions stratégiques ».

L’historien Patrick Weill, lui, pour expliquer le peu d’efficacité initial et de pragmatisme des décideurs publics, rappelle que, contrairement aux années d’entre-deux-guerres, les hauts fonctionnaires sont presque tous des énarques et des conseillers d’Etat, autrement dit des administratifs et des juristes, et non des ingénieurs.

Mediapart, qu’on peut difficilement soupçonner d’être défavorable au service public ou à l’administration par principe, souligne le faible poids, l’acharnement sur les procédures et le manque d’efficacité du ministère de la Santé et plus particulièrement de la Direction générale de la santé (DGS) et de France Santé publique, en première ligne toutes les deux (l’autre grande direction, celle de la Sécurité sociale, étant plus efficace et puissante car branchée finances et donc peuplée d’un peu plus d’énarques). On retrouve la même analyse chez France Info, là aussi peu susceptible de se méfier par principe de l’administration.

Les quatre sociologues des organisations, dans leur article précité à AOC, notent que « les exercices, malgré leur caractère récurrent dans les administrations centrales et locales, ne préparent pas les participants à une situation aussi inédite ».

Mediapart ajoute également que, sur la gestion des commandes de masques, il y eu des livraisons en retard, des occasions ratées, des interlocuteurs fiables méprisés et, in fine, des importations plus efficaces pour les entreprises que pour les soignants. Plus précisément (je cite [78]) :

  • « en termes de livraisons de masques, les annonces ne sont pour l’heure pas suivies d’effets, avec des objectifs seulement remplis à 50 %. Et au rythme où vont les choses, il faudrait en théorie deux ans à la France pour acheminer les 2 milliards de masques promis par le ministère de la santé
  • « en mars, alors que l’épidémie faisait déjà des ravages, le gouvernement a raté l’importation de dizaines de millions de masques, y compris les précieux FFP2 pour les soignants, avec des entreprises pourtant jugées fiables par l’État lui-même
  • « les entreprises et les collectivités locales françaises, qui ont elles aussi passé de grosses commandes, ont déjà réussi à se faire livrer au moins 50 millions de masques, soit bien davantage que les 35 millions livrés à l’État, destinés au personnel soignant
  • « la stratégie gouvernementale apparaît toujours aussi incohérente. Alors que les soignants continuent de manquer cruellement de protection, des dizaines de millions de masques arrivent aux entreprises… avec l’aide de la puissance publique »
  • « le 11 avril au soir, le directeur général de la santé Jérôme Salomon, a indiqué que la France avait réussi à importer seulement 35 millions de masques chinois en deux semaines
  • « aucune réquisition de masques destinés aux entreprises privées n’a été dévoilée au 10 avril par l’Etat, alors qu’il réquisitionne des commandes de régions. Cette incohérence apparente s’explique en partie par le seuil minimum de réquisition de 5 millions de pièces que le gouvernement a lui-même fixé et que plusieurs collectivités ont dépassé. Mais comme la majorité des commandes des entreprises sont en dessous du seuil, l’État s’est privé du moyen de les saisir. C’est d’autant plus dommage que Bercy connaît très bien l’état des stocks privés : selon les informations de Mediapart, la DGE demande à toutes les entreprises de lui rapporter chaque semaine, via un tableur informatique, le nombre de masques commandés et livrés. L’État ne devrait-il pas abaisser le seuil pour récupérer les commandes des entreprises, au lieu de déshabiller les Ehpad ? Le ministère de la santé et Bercy n’ont pas souhaité répondre. »

Les trois sociologues auteurs de l’ouvrage "[Covid-19, une crise organisationnelle" soulignent aussi l’improvisation qui règne au sein du Gouvernement (on pense par contraste à la célèbre maxime « Gouverner, c’est prévoir ») :
« Cette annonce [le couvre feu et la déclaration de l’état d’urgence sanitaire d’octobre 2020] inspire un sentiment de déjà-vu. Elle ressemble, par bien des points, à l’annonce du confinement il y a sept mois. D’abord, aucune des deux ne faisait partie de l’arsenal des mesures prévues pour gérer une crise sanitaire. Aucune des deux ne constitue à proprement parler une mesure de santé publique.
Ensuite, ce sont deux mesures sur lesquelles on ne dispose que de très peu de connaissances, qu’il s’agisse de leurs effets pour contrôler une épidémie, ou de leurs "effets secondaires", sanitaires, économiques ou sociaux. C’est d’autant plus surprenant que la science est mise en avant pour justifier ces décisions, sans qu’elles n’aient jamais été véritablement testées ou étudiées.
Une troisième ressemblance tient au fait que ces décisions ont été toutes les deux prises dans l’urgence, sans anticipation ou préparation. Dans les deux cas, les services de l’Etat n’ont que quelques jours pour définir les modalités de mise en œuvre. »

Enfin, les mêmes auteurs mettent en cause « le geste technocratique qui consiste à croire que la technologie ou l’organisation suffit à permettre la coordination entre les individus. C’est également cette tendance à penser que "l’intendance suivra" et donc à négliger les considérations de mise en œuvre, certes moins nobles que la création de structures, de plans stratégiques ou de nouvelles applications… mais qui s’avèrent pourtant décisives pour l’efficacité des politiques publiques. »

Toutes ces lacunes sont également cohérentes avec l’approche "business first" qui semble avoir été suivie en janvier-février et à laquelle l’exécutif n’a renoncé au printemps et en octobre que contraint et forcé. Elle semble d’ailleurs n’avoir été que partiellement abandonnée en mars-avril.

Les trois sociologues plaident aussi pour tirer les leçon de cette crise pour l’avenir :
« Après chaque crise, il y a des rapports d’inspection et des enquêtes parlementaires qui singularisent l’événement, pointent des responsabilités, mais ne tirent pas des leçons pour préparer les prochaines réponses. Il faut [...] s’intéresser aux récurrences qui surviennent à chaque fois.
Quant à la formation des élites, elle n’est pas tout mais elle devrait être l’occasion de confronter les étudiants avec les sciences, et les sciences sociales notamment. D’une façon générale, les sciences humaines et sociales [SHS, dont le droit] ont été peu mobilisées durant cette crise alors qu’elles ont beaucoup à dire sur, par exemple, la résistance des citoyens à certaines informations ou injonctions. N’oublions pas non plus que les dynamiques de diffusion du virus sont aussi des dynamiques sociales. Les raisonnements ont été trop technicistes (capacité à tester) ou hospitalo-centrés. La formation doit aussi apprendre à se frotter à l’incertitude et à la complexité. »

William Dab, épidémiologiste et ancien directeur général de la Santé le 1er novembre sur BFMTV confirme et ajoute un manque de débat et de stratégie :
« Un des problèmes que nous avons en France, c’est que les responsabilités en matière de santé sont dispersées. Par exemple, le ministère de la Santé n’a aucune prise sur la santé au travail dans les entreprises. C’est le ministère du Travail. Avec le nombre de clusters qu’on a dans les entreprises, le rôle de la médecine du travail est [pourtant] essentiel. [...] La Direction générale de la Santé est une petite direction, c’est environ 300 personnes — c’est 100 postes de moins que quand je la dirigeais. Elle n’est pas équipée pour faire face à une telle quantité de travail. [...] Donc il faut un pilotage qui va nécessairement être interministériel. [...]
L’usage des test n’a jamais été pensé de façon stratégique. On a fait un énorme effort et on va dépenser vraisemblablement 2 milliards d’euros pour les tests mais on n’a pas réfléchi au bon usage des tests. Moyennant quoi, encore aujourd’hui, sur les données de Santé Publique France, le délai moyen entre le début des symptômes et le test est de 3 jours. Vous ajoutez à ça 2 jours en moyenne pour avoir le résultat. C’est un test inutile. [...] Il ne suffit pas de faire 2 millions de tests par semaine. [...] Il faut une véritable organisation [W. Dab veut dire coordonnée et scientifiquement fondée sur les indicateurs de contamination] [...]
La stratégie ciblée [proposée par le Conseil scientifique (avis du 26 octobre)] protégant les personnes les plus âgées et les personnes les plus vulnérables méritait un débat et nous ne l’avons pas eu. Ce n’est pas sans poser des problèmes éthiques et juridiques. Après tout, on fait des grandes conférences citoyennes sur le climat. Nous avons des instances pluralistes ou tout ça peut être discuté. [...] Ca aurait pû être construit à partir du mois de juin. [...]
En l’absence d’un commandement qui prépare une stratégie qui prépare un doctrine, le sentiment qu’on a, c’est qu’il y a beaucoup de décisions qui sont prises assez rapidement, dans l’urgence, avec un manque d’anticipation et je pense que c’est surtout ça le problème. Il faut nous servir de cette expérience pour construire un déconfinement solide. [...] »

Dans une tribune publiée au Figaro du 16 novembre 2020, les économistes Serge Blondel (université d’Angers) et François Langot (université du Mans, Ecole d’Economie de Paris et Institut universitaire de France), membres de la fédération Théorie et évaluation des politiques publiques (TEPP), vont dans le sens de Willialm Dab à propos des personnes âgées :
« si l’on exclut les plus de 70 ans des statistiques de la COVID-19, on réduit de 69% les hospitalisations et de 88% le nombre de décès. [...] Il est donc évident qu’il faut davantage protéger nos anciens pour qu’ils n’enrichissent pas davantage le "tableau de chasse" de la Covid-19. [...] Ce confinement pourrait être optimisé en imposant, aux inactifs et donc aux plus âgés, des horaires spécifiques de fréquentation des lieux publics (transport, commerces, etc..). La mise en place de ces créneaux horaires stoppant le brassage des populations à très fort risque avec les autres permettra ainsi de ré-ouvrir les commerces et activités dits "non-essentielles". Bien entendu, tous ces efforts seraient annihilés si des réunions de familles avec grands-parents et arrière grands-parents étaient organisées. »

Coté économie, l’économiste Camille Landais, professeur d’économie à la London School of Economics et membre du Conseil d’analyse économique rattaché à Matignon, va dans le même sens en se faisant l’avocat d’une sortie de la « politique de stop-and-go » et d’un « pilotage de long terme » [79]  :
« Le virus est là pour durer. Ce qu’il nous faut penser c’est donc un pilotage de long terme. Il nous faut de la visibilité, de la prévisibilité. Et un cadre démocratique. La politique de « stop and go » que nous menons actuellement, en confinant, déconfinant, reconfinant se révèle in fine extrêmement coûteuse. »

Camille Landais propose :

  • un système de permis à points, avec un objectif à atteindre et des options pour l’atteindre, chacune rapportant tant de points
  • et d’associer la population au choix entre les différentes options. Ce qui fait écho au souci de pédagogie de l’ancien DGS William Dab (voir Manque de données supra).

Pour citer C. Landais : « Les gens sont relativement altruistes, et prêts à accepter des mesures contraignantes pour aider à freiner l’épidémie. Il faut donc associer de façon beaucoup plus étroite les citoyens aux décisions. Le chef de l’Etat ne peut décider seul de ces arbitrages. C’est un problème collectif qui se pose à nous dans la durée. On ne peut, tous les six mois, avoir des mesures aussi extrêmes prises dans une telle opacité démocratique. Il nous faut une concertation citoyenne, sous peine de saper les conditions d’acceptabilité de telles mesures. Il faudrait sans doute commencer par mener une grande enquête représentative auprès de la population pour mesurer précisément ces coûts. »

Manque de données

Parmi les causes de la crise sanitaire, un aspect très peu mis en avant est celui de la "data". L’épidémiologiste et ancien directeur général de la Santé William Dab insiste dessus dans son intervention sur BFMTV le 1er novembre [80] :

« Il y a beaucoup d’inconnues. [...] Il y a un problème de pédagogie, [...] d’explication, de logique, [...] d’argumentation derrière tout ça. Chacun a son opinion. [...] Tant qu’on n’aura pas de données, ce sera une bataille d’opinion. Il est urgent d’avoir des enquêtes — que l’on sait faire, ce ne sont pas des enquêtes compliquées — sur les sources de contamination et d’avoir des enquêtes sur échantillons représentatifs pour avoir les taux de personnes infectées au niveau des départements français ». Pour l’instant, ce qu’on a, dit William Dab en substance, c’est le nombre de clusters, mais tous ne sont pas représentés et identifiés. Notamment, on ne sait presque rien des contaminations dans un cadre privé ou familial. « Ce que Santé Publique France nous offre, ce sont les clusters sous investigation. Actuellement, ceux-ci sont majoritairement dans les EHPAD, les établissements de santé, les hôpitaux, les universités et les lycées et les entreprises. » Enfin, « le nombre de contaminations quotidiennes est tellement important qu’il n’est pas du tout évident que les services des ARS et de Santé Publique France aient la capacité de faire face et de traiter quasiment en temps réel une telle masse d’informations. »

Absence d’imprévisibilité de la crise, même à court terme

Contrairement semble-t-il à ce que les autorités françaises et tous les ministres de la santé des vingt dernières années prétendent [81], elles ont été prévenues et elles avaient les moyens d’avoir une très bonne idée de ce qui les attendait — nous attendait.

Déjà, sur le principe même : la probabilité statistique d’une épidémie grave de type grippe était relativement élevée. Selon l’analyste Henry Allen, qui travaille chez Deutsche Bank (note du 16 juin 2020, s’appuyant lourdement sur des statistiques), « les pandémies sont l’une des plus grandes menaces auxquelles nous sommes confrontés. [...] Bien que l’amélioration des conditions sanitaires et les progrès scientifiques nous permettent d’être bien mieux préparés, nous vivons dans un monde beaucoup plus urbanisé et globalisé, ce qui augmente les risques de propagation des maladies. » Henry Allen rappelle qu’en 2017, avant que le Covid-19 ne frappe, une équipe de chercheurs de Metabiota, une entreprise spécialisée dans la modélisation du risque épidémique, avait calculé que, chaque année, il y avait une chance sur cinquante qu’une pandémie de grippe fasse 2,2 millions de morts dans le monde, là où normalement, en moyenne, une grippe saisonnière est responsable de 290.000 à 650.000 morts, selon les chiffres de l’OMS. Cette probabilité annuelle de 2%, mesurée par Nita Madhav et ses collègues, « signifie qu’il est plus probable qu’improbable qu’une telle pandémie se produise sur une période de 40 ans », traduit Henry Allen [82].

Un thread Twitter anonyme (mais parfaitement sourcé et daté) sur les responsabilités de l’exécutif dans la gestion de la crise sanitaire liée au Covid-19 [83] présente les retards et erreurs gouvernementales dans la gestion de la crise au premier trimestre 2020, dans l’ordre chronologique. En résumé : les autorités françaises ont été dûment prévenues (notamment par l’OMS et les pays d’Asie dont Chine et Taïwan) mais les mesures prises de fin décembre 2019 à début mars 2020 équivalèrent à trop peu, trop tard alors que la progression exponentielle de la contagion exigeait de frapper le maximum, d’un coup et le plus tôt possible [84].

En effet, dès fin février, l’OMS et beaucoup de spécialistes des épidémies avaient exprimé leur quasi-certitude de la pandémie. En effet, ce qui inquiétait fin février les spécialistes des épidémies, ce n’était pas la remontée du nombre de cas, mais :

  • l’apparition mi-février de foyers infectieux loin de et/ou sans lien clairement établi avec la Chine (Japon, Iran, Liban, Italie ...)
  • leur certitude — discrète mais pourtant évidente — que le nombre de cas réel était beaucoup plus important que celui des cas diagnostiqués. Ainsi une étude estimait que début février à Wuhan, le nombre de cas diagnostiqués était 19 fois inférieur à la réalité. Les tests utilisés sont d’ailleurs reconnus comme imparfaits
  • le risque énorme que constituait l’Afrique, dont la Chine est le premier partenaire commercial et avec qui les pays africains n’avaient pas interrompu les liaisons aériennes
  • enfin, leur quasi-certitude que la pandémie était pour bientôt. Pour le secrétaire général de l’OMS , « ce virus est [...] l’ennemi public numéro un et il n’est pas traité comme tel ». L’OMS ajoutait vendredi 21 février que « la fenêtre de tir pour enrayer l’épidémie est en train de se réduire ». Le 21 février, la Russie fermait ses frontières avec la Chine.

Mediapart remonte plus loin dans le temps : « la pandémie de Covid-19 n’est pas un coup de tonnerre dans un ciel serein. Elle s’inscrit dans une histoire parfaitement connue depuis une bonne vingtaine d’années avec de nombreux épisodes graves. Grippe H5N1 en 1997 et en 2005, SRAS en 2003, H1N1 en 2009, MERS en 2012, sans oublier Ebola. Chaque fois, ces maladies émergentes ont sonné l’alarme sur ce que de nouvelles pandémies pouvaient provoquer. »

Le consultant en intelligence économique belge Pierre-Yves Debliquy le confirme à sa façon [85] : « D’une part, peu de pays ont pris les meilleures décisions, même dans le clan des champions en IE, et d’autre part, la crise ne s’est probablement pas jouée sur des informations particulièrement difficiles à obtenir et analyser. On ne peut même pas parler de défaut d’analyse de risques ni d’anticipation puisque le risque pandémique était pris en compte dans de nombreux plans de crises dans lesquels l’option "confinement généralisé" était largement refusée au profit de l’identification des personnes contaminées et de leur isolement temporaire.
En fait, comme souvent, de nombreuses décisions opérationnelles (prises durant la crise) sont la conséquence de décisions stratégiques prises bien en amont. Par exemple, dans le cas qui nous préoccupe, la politique de gestion des stocks de masques qui à un moment n’ont plus été regardés comme un actif mais comme un coût à réduire au maximum.
En fait, ma pratique et mes lectures me laissent penser que très souvent, les décideurs disposent de bien assez d’informations pour prendre leurs décisions. Mais que ce qui fait défaut, c’est plutôt les mécanismes de prises de décisions ainsi que les objectifs et les motivations (réduire les stocks de masques dans un objectif de réduction des coûts était sans doute une bonne décision...) Dans cette analyse, rajouter une couche technologique pour "améliorer" le côté information de l’équation ne me paraît pas la démarche la plus utile. »

Le Parisien cite aussi le rapport remis en 2003 au ministre de la santé par le professeur Didier Raoult — et aussitôt enterré en plein été caniculaire. Dans ce rapport prémonitoire, il mettait déjà en garde contre « le risque d’apparition de mutants de virus respiratoires, en particulier de la grippe ». Un phénomène que l’infectiologue considérait alors comme « le plus redoutable » parmi les maladies émergentes.

Pour William Dab, épidémiologiste et ancien directeur général de la Santé, interrogé le 1er novembre sur BFMTV :
« Beaucoup d’observateurs, de médecins, d’épidémiologistes ont été surpris de la faiblesse de la réponse le 15 septembre lors de la conférence de presse du Premier ministre. [...] Il faut entendre Mme Merkel expliquer ce qu’est un modèle exponentiel à son peuple et lui dire : "Un modèle exponentiel, ça commence très doucement. Mais à un moment donné, quand la courbe s’infléchit, on ne peut plus contrôler. Et donc, ça va vous paraître curieux, mais je vais être obligée de prendre aujourd’hui des mesures, alors que la situation n’est pas si grave, parce que si je ne les prend pas maintenant, voilà ce qui va se passer." Il fallait expliquer ça aux Français le 15 septembre et tester, tracer et isoler (mais l’isolement, qui permet de contrôler l’épidémie, a été un raté. Les chambres d’hôtel du groupe Accord ne sont pas utilisées. El les gens qui vivent seuls [...] il y a toute une organisation locale de solidarité locale à organiser qui a fait complètement défaut. On ne contrôle pas une épidémie sans isolement des personnes contagieuses. C’est aussi valable pour l’avenir). A 5000 cas par jour, on peut le faire. Pas à 100 000 (20 000 en Allemagne). [...] Si le confinement actuel ne casse pas suffisamment vite la courbe épidémique, avec un R° à 1,3 et temps de doublement des cas à 10-14 jours [86] [...], je pense que fin novembre une situation dramatique dans les hôpitaux [incapables d’accueillir les nouveaux malades] n’est pas à exclure ».

Erreurs dans la stratégie de confinement

L’importante étude anglaise citée plus haut peut laisser penser qu’il n’était pas nécessaire de confiner toute la population mais uniquement les plus de 50 voire 60 ans, ni d’arrêter toute l’économie. Mais elle n’était pas disponible début mars quand les décisions ont été prises.

Pour autant, selon Le Monde du 11 mai, « le confinement [du printemps 2020] aurait permis d’éviter en France près de 62 000 décès, soit une réduction de 67 % à 96 %, selon des modélisations réalisées par une équipe de l’école des hautes études de la santé publique (EHESP), non encore publiées. Selon cette même étude, le confinement aurait aussi réduit de 87,8 % les hospitalisations en France (-587 730 personnes), de 90,8 % les admissions en réanimation (-140 320), évitant la saturation du système hospitalier. Mais cette analyse a été critiquée par Eric Le Bourg (CNRS), Quentin de Larochelambert et Jean-François Toussaint (Irmes) qui mettent en cause plusieurs paramètres, notamment l’intervalle de confiance. Ces modèles mathématiques sont sujets à discussion. Il ne fait cependant aucun doute que le confinement a sauvé un grand nombre de personnes.

Mais certains redoutent des effets collatéraux de cette mesure de protection de la population. Notamment sur les retards de consultation en matière de cancer, qui ont, c’est connu, une effet de surmortalité sur les patients (cf même article).

Anne-Claude Crémieux, professeure d’infectiologie à l’hôpital Saint-Louis, citée par le même article du Monde, alerte elle sur un autre point : « "Quand nous avons vu qu’après trois semaines de confinement les niveaux d’infection restaient très élevés, nous avons réclamé un changement de stratégie." Comme casser notamment les chaînes familiales en développant les accueils de malades dans des hôtels médicaux. Différentes études internationales ont montré, il est vrai, le rôle des contaminations à domicile. Dès février, les premières études chinoises conduites sur les clusters de plus de trois cas ont conclu que 80 % étaient familiaux. Une autre étude, réalisée à Hong-Kong sur 318 regroupements de malades, a trouvé le même résultat. Loin derrière figuraient les transports. »

Pas si mal, après tout ?

Le Français est un « ingrat », si l’on en croit le New York Times du 5 juin 2020 [87]. Pour le quotidien américain, le gouvernement français avait relativement bien réussi son combat contre le coronavirus, était parvenu à éviter des licenciements massifs, avait réussi à aider financièrement les chômeurs et, finalement, avait obtenu un taux de mortalité liée au coronavirus inférieur à ceux enregistrés par la plupart de ses voisins, à l’exception notable de l’Allemagne.

Pour le journal, qui dressait un portrait louangeur du locataire de l’Elysée, en comparaison des Etats-Unis, de l’Italie, de l’Espagne et surtout du Royaume Uni, la France en juin s’en sortait mieux.

L’Institut Montaigne est plus nuancé. Pour le directeur des publications du think tank, repris par Les Echos, « si notre système a tenu grâce à l’engagement exceptionnel des personnels de santé, et si des mesures rapides et efficaces ont permis de soutenir le tissu économique pendant la première phase du choc, la gestion de la crise par l’État a révélé des dysfonctionnements de l’action publique qui renvoient à des traits structurels ». La "verticalité" du pouvoir a été un frein à la mobilisation efficace des collectivités territoriales, des entreprises, de la société civile.

Plus précisément, selon Nicolas Bauquet, qui a mené pour cette note une cinquantaine d’entretiens avec des acteurs de la crise :

  • « en matière de gestion de crise, les premiers pas ont été chaotiques. Du 27 janvier au 17 mars, c’est le ministère de la Santé qui a piloté seul la réponse de l’Etat, via les Agences régionales de santé. Or elles étaient équipées pour distribuer des crédits, pas pour mettre en place dans l’urgence une logistique de masques, de transferts de patients, etc. »
  • « le 17 mars, la cellule interministérielle de crise est activée au sein du ministère de l’Intérieur, qui sait gérer l’urgence. Mais elle veut tout régenter, et s’empêtre dans les détails de ce qu’il faut interdire pendant le confinement »
  • « l’Etat est apparu entravé par sa propre organisation, notamment du fait de l’absence de chaîne hiérarchique claire entre les préfets et les agences régionales de santé (ARS). Il est aussi apparu prisonnier d’une logique centrée sur le maintien de l’ordre public, souvent déconnecté des défis concrets que devaient relever, dans l’urgence, les acteurs locaux pour assurer la continuité des services essentiels et répondre aux inquiétudes de leurs administrés »
  • « les associations ont été peu associées à une lutte sanitaire pour laquelle leur capacité de contact avec les populations aurait pu se révéler précieuse ».

D’après les épidémiologistes, comme Pascal Crépey [88] le confinement, en tout cas, était le bon choix à faire pour les politiques [89].

Nombreux procès

Avec la pandémie de Covid-19, des Français se retournent contre l’Etat et ses représentants, notamment pour carence fautive de masques de protection, ou vers des établissements de santé.

Au 12 mai 2020, soixante-trois plaintes visaient déjà des membres du gouvernement selon le décompte de la Cour de justice de la République, seule instance habilitée à juger des actes commis par des membres du gouvernement dans leurs fonctions (mais débordée et manquant de moyens). Le chef de l’Etat, Emmanuel Macron, est lui irresponsable pénalement des actes réalisés dans l’exercice de ses fonctions.

Au 10 novembre 2020, on compte 95 plaintes devant la Cour de justice de la République (visant des ministres, donc) et 328 plaintes mettant en cause des décideurs et structures publics nationaux déposées devant le procureur de la République de Paris. Quatre informations judiciaires ont été ouvertes contre X par le parquet de Paris, dans la gestion de l’épidémie de Covid-19.

La responsabilité de l’Etat peut-elle être engagée devant les tribunaux administratifs (et non la CJR ou les tribunaux judiciaires, comme supra) ? La réponse d’Anne Jacquemet-Gauché, professeure de droit public à l’université Clermont Auvergne, à la lumière de la jurisprudence passée. En fait, les actions en justice ont déjà commencé. Nombreuses. Par exemple, deux associations (dont Coronavictimes) déplorant une perte de chances pour les plus vieux patients ont engagé une action d’un type rare devant le Conseil d’Etat, un référé-liberté. Autre exemple : un collectif de professionnels de santé et de policiers du Var et des Bouches-du-Rhône a saisi la justice le 18 avril d’une plainte pour « mise en danger délibérée de la vie d’autrui » et « abstention volontaire de prendre ou de provoquer les mesures permettant de combattre le sinistre dont ont été victimes les plaignants ». Un site facilite même le dépôt de plaintes.

Selon un article du Monde, les plaintes au pénal contre les EHPAD ont peu de chances d’aboutir [90]. Au civil, les familles obtiennent des dommages et intérêts, lorsque les juges considèrent qu’ils ont manqué à leur obligation de sécurité de moyens.

A propos du tri des malades et de la responsabilité des médecins, il faut signaler ce long article expliquant comment en pratique et en droit les médecins hospitaliers trient les malades (et que le tri se pratique depuis très longtemps, particulièrement en matière de cancer ou en réanimation) : Réflexions sur le tri des patients en période de crise sanitaire, par Cécile Manaouil, médecin légiste, professeur de médecine légale et docteur en droit. Elle écrit notamment : « Débattre du "tri des malades" choque l’opinion publique de prime abord. Le phénomène n’est pas nouveau pour les médecins, mais il est médiatisé, depuis mars 2020, et probablement majoré avec la crise sanitaire actuelle. Cela ne choque pas les médecins habitués à évaluer la balance bénéfices/risques avant toute décision médicale. » Elle rappelle aussi que le tri — qui selon elle devrait être appelé choix (thérapeutique/du médecin) — est une procédure collégiale et que « la loi [Léonetti] du 22 avril 2005 a été complétée par la loi [Claeys] du 2 février 2016 et laisse une large possibilité de choix au médecin en charge du patient ("Les actes de traitements et de soins ne doivent pas être mis en œuvre ou poursuivis lorsqu’ils résultent d’une obstination déraisonnable") ».

Pour autant, elle reconnaît que dans une situation où des décisions d’admission en réanimation se prennent aux urgences en quelques minutes, avec une procédure collégiale parfois très limitée, il paraît encore plus difficile de respecter les réserves du Conseil constitutionnel si une famille s’oppose à une limitation des thérapeutiques. Et que face à la pénurie, même si les critères de tri sont des critères médicaux et non des critères financiers, les médecins sont actuellement soumis à des injonctions paradoxales par leur tutelle.

Pour se faire une idée plus nuancée, on peut consulter le rapport de la mission d’information Ferrand sur la crise Covid-19 [91]. Il a été rédigé [92] principalement par des parlementaires membres de la majorité ; toutefois la mission comprenait des députés de tous bords. Selon Pierre Januel, ce rapport indique que le stock de masques chirurgicaux [et non pas FFP2, les plus utiles au soignants] à la fin de l’année 2019 atteignait 534,5 millions d’unités. Dans ce chiffre, étaient inclus 360 millions de masques déclarés non conformes en 2018, qui avaient vocation à être détruits, ainsi que 72 millions arrivant à péremption fin 2019. Le nombre total de réquisitions de stocks de masques auprès des fournisseurs français s’est élevé à 44 millions d’unités, au 31 mai. Une entreprise française produisant en Chine est également tombée sous le régime de la réquisition pour 59 millions de masques.

La question de la responsabilité de la Chine

Et les autorités chinoises ?

D’ailleurs, puisque nous en sommes à parler de responsabilités : une étude de l’Université de Southampton suggère que 95% des contaminations dans le monde auraient pu être évitées si la Chine avait reconnu immédiatement l’épidémie, au lieu de la nier, et avait agi un mois plus tôt.

Comme l’écrit un contributeur externe sur le site de Marianne, « l’exécutif chinois a, certes, mis rapidement à disposition de la communauté internationale le séquençage du virus, mais a [selon toute vraisemblance] grandement minimisé le bilan en nombre de cas et victimes. Les publications scientifiques chinoises n’ont, par ailleurs, jamais mentionné le syndrome respiratoire sévère fréquemment déclenché par le virus. Ces retenues d’information ont participé à persuader des gouvernements occidentaux (dont la crédulité pose aussi question) qu’il s’agissait là juste d’une "grippette" et que donc des mesures drastiques ne s’imposaient pas. Pour sauver la face, Pékin a vraisemblablement fait pression sur l’Organisation mondiale de la santé pour qu’elle s’oppose à la fermeture des liaisons aériennes en provenance de la Chine, ou des frontières. Alors qu’on sait aujourd’hui que cela a contribué grandement à la diffusion du virus. »

L’économiste Alain Trannoy note que deux membres du conseil scientifique du Covid-19, Yazdan Yazdanpanah et Didier Raoult, ont écarté fin janvier la dangerosité de l’épidémie pour la France. Il avance que ceux-ci ont peut-être eux-mêmes été trompés par les annonces officielles du nombre de décès chinois relativement faible par rapport à la taille du pays.

Aux Etats-Unis, d’après la Nikkei Asia Review, diverses class actions ont été intentées contre le gouvernement chinois, affirmant que la Chine est juridiquement responsable de la pandémie et demandant des milliards de dollars en dommages-intérêts. L’Etat du Missouri, par exemple, a porté plainte le 21 avril contre la Chine, accusant Pékin d’avoir dissimulé la gravité de l’épidémie de coronavirus et causé ainsi des « dommages », économiques et humains, « irréparables » dans cet Etat américain et dans le monde. Des actions de groupe ont par exemple été organisées dans plusieurs Etats, comme en Floride, au Nevada, au Texas mais aussi au Nigeria.

Le retard chinois à reconnaître et déclarer l’épidémie peut être mis en regard avec le Règlement sanitaire international (texte intégral), selon lequel (article 6) les Etats membres de l’OMS doivent notifier l’Organisation « dans les 24 heures de l’évaluation des informations de santé publique, de tous les événements susceptibles de constituer une urgence de santé publique de portée internationale ». Les Etats sont également tenus de « continuer à communiquer à l’OMS les informations de santé publique précises et suffisamment détaillées dont ils disposent sur l’événement notifié ». Un article du Point du 22 mai reprend un rapport du service d’information du Congrès américain, qui établit une chronologie détaillée de la pandémie. Selon le rapport, « le gouvernement chinois semble avoir potentiellement hésité avant d’informer l’OMS, à la fois quand il a déterminé que le nouveau coronavirus était responsable de l’épidémie et quand ses scientifiques ont séquencé le génome du virus. » Le Point continue : « L’analyse du Congrès démontre en effet clairement que même quand les rapports de médecins et les analyses de laboratoire identifiant un nouveau coronavirus se sont accumulés à partir du 26 décembre 2019, les autorités sanitaires chinoises ont tout fait pour limiter et retarder au maximum l’information transmise au public et à l’OMS. »

Par ailleurs, dès 2010, des médecins chinois, dont Zhong Nanshan (l’un des plus grands pneumologues au monde, héros de la lutte contre le SRAS et ancien président de l’Association médicale chinoise) avaient publiquement demandé la fermeture des marchés traditionnels chinois (où s’entassent animaux domestiques et sauvages vivants dans des conditions d’hygiène "limite", avant d’être abattus sur place après leur achat), sans recevoir la moindre écoute.

Certes, Pékin a pris la décision en février 2020 d’interdire le commerce et la consommation d’animaux sauvages et on apprend par les Echos mi-octobre 2020 que d’ici la fin de l’année, la Chine va interdire l’élevage de 45 espèces d’animaux sauvages, dans le but de réduire le risque de transmission de maladies de l’animal à l’humain. Mais en réalité, « les espèces animales sauvages qui peuvent encore être élevées sont nettement plus nombreuses que les espèces répertoriées. Et les animaux sauvages soit-disant élevés à des fins autres que l’alimentation peuvent être secrètement envoyés dans des restaurants en l’absence d’une surveillance adéquate ».

Enfin, si l’hypothèse d’une origine du virus liée au pangolin devait s’avérer exacte, la Chine aurait alors une autre responsabilité dans cette épidémie transmise par un animal sauvage interdit de commerce, mais en vente publique dans ses marchés [93]. En effet, la Chine est signataire de la Convention internationale contre le trafic des espèces sauvages (Cites), qui protège le pangolin. Pour citer la tribune du Monde : « selon une étude chinoise officielle citée par le Los Angeles Times, l’élevage d’animaux sauvages est une industrie de près de 70 milliards d’euros, qui emploie 14 millions de personnes, en Chine – en particulier dans les zones les plus pauvres. Or, cette industrie est fortement encouragée par l’administration. [...] L’enjeu dépasse la crise mondiale du coronavirus : c’est aussi celui des maladies émergentes, dont entre 60 et 75 % proviennent d’espèces animales sauvages. »

Edouard Tétreau, consultant et éditorialiste, dans une tribune aux Echos, va jusqu’à proposer que « le G20 hors Chine impose une taxe annuelle de 20 % sur toutes les exportations sortant de Chine (2500 milliards USD annuels), pendant cinq ans. Ce fonds viendrait financer les gigantesques efforts de relance et de reconstruction que nos pays, victimes du coronavirus, doivent injustement assumer. Cette taxe, qui renchérirait de 20 % nos importations en provenance de Chine, aurait par ailleurs la vertu de nous inciter à relocaliser des productions stratégiques que nous avons un peu trop vite confiées à la Chine ».

Impossible procès contre la Chine

Pourtant, comme le note une professeure de droit international américaine, « n’importe quel universitaire ou praticien ayant un peu d’expérience du droit de l’immunité souveraine [le lien est de nous] aurait compris qu’il n’y a rien dans ces actions pour asseoir la compétence d’une juridiction américaine ».

Comme le relèvent les Echos, « une forme de procédure a été privilégiée jusqu’ici, à savoir le dépôt de plainte devant un tribunal national. Mais " qu’il s’agisse d’individus, d’entreprises, d’associations ou d’autorités locales, la procédure est la même : ils saisissent les tribunaux nationaux car ils n’ont pas la personnalité juridique internationale ", explique Catherine Le Bris, chercheuse au CNRS et spécialiste du droit international.
D’emblée, ce type de procédure est quasiment caduc. Et ce, à cause d’un principe clé du droit international, celui de l’immunité juridictionnelle d’un Etat qui le prémunit des sanctions judiciaires d’un autre. " Un Etat ne peut pas être poursuivi devant les tribunaux d’un autre Etat ", explique Raphaëlle Nollez-Goldbach, directrice des études Droit et administration publique à l’Ecole normale supérieure (ENS) et chercheuse en droit international au CNRS. « Ce serait porter atteinte à la souveraineté de la Chine », reformule Catherine Le Bris. " En outre,l’immunité d’exécution le protège contre l’exécution d’un jugement qui serait malgré tout prononcé contre lui ", explique Thibaut Fleury-Graff, professeur de droit international à l’Université de Versailles. »

Et, explique Raphaëlle Nollez-Goldbach, ni la Cour pénale internationale [94] ni la Cour internationale de justice [95] ne sont compétentes et la Chine ne reconnaît pas ces tribunaux.

De plus, dans les litiges entre Etats, établir en droit international la responsabilité d’un Etat est extrêmement difficile. Enfin, ces types de litige sont le plus souvent réglés par voie diplomatique et non judiciaire.

Pour en savoir plus et se tenir au courant

Deux comptes Twitter et quatre pages web dédiées au suivi de l’épidémie de coronavirus :

Timelines et cartes tenues à jour :

Compteurs, statistiques :

Info ou intox ? : les articles du service CheckNews de Libération sur le coronavirus.

Informations médicales et articles scientifiques :

  • pour le grand public :
  • des comptes Twitter :
  • pour les professionnels de santé :
    • la page Covid-19 du site de la Société de pathologie infectieuse de langue française (SPILF) tient à jour tous les documents et sites utiles pour lutter contre le virus et la maladie
    • Stéphane Dijoux, enseignant en activité physique adaptée (EAPA, le genre de professionnel qui aide les personnes âgées en EHPAD à garder leur mobilité, leur vie sociale et leur moral) tient à jour son mémento de la Covid-19, principalement un retour d’expérience
  • OMS : Q&A on coronaviruses (COVID-19) (en anglais) (version française moins à jour)
  • European Centre for Disease Prevention and Control (ECDC) : COVID-19
  • l’université américaine Johns Hopkins propose depuis janvier 2020 son centre de ressources en ligne sur le coronavirus, avec des points sur les chiffres/statistiques et une excellente carte interactive des cas et décès à travers le monde
  • The Lancet : COVID-19 Resource Centre (accès libre et gratuit aux articles de la célèbre revue médicale)
  • l’article de Wikipedia en anglais et ses références (bibliographie)
  • un groupe d’archivistes a publié un répertoire contenant plus de 5000 études liées aux coronavirus sur The-Eye.eu L’objectif est de booster la recherche médicale en donnant accès à ces informations à un maximum de scientifiques. Cette manœuvre est illégale, mais ils estiment que le droit d’auteur ne doit pas primer sur le libre accès à la connaissance scientifique. Pour plus d’informations sur cette initiative, lire l’article de l’Usine Digitale et celui d’origine de Motherboard. Fin janvier 2020, certains éditeurs, dont Elsevier, Wiley et Springer Nature, ont annoncé la suppression de leurs "paywalls" pour certaines études liées aux coronavirus. Le directeur de la communication d’Elsevier a déclaré que l’éditeur mettra bientôt en libre accès plus de 2400 articles de recherche sur plusieurs souches du coronavirus sur ScienceDirect.

Emmanuel Barthe
veilleur

Notes de bas de page

[1Source : David Lacombled cité in Le virus mortel de la désinformation, par Sabine Delanglade, les Echos.fr, 2 juin 2020. Fake news, l’autre virus, la chronique de David Lacombled, L’Opinion, 24 mars 2020.

[2Au départ les chiffres français ne prenaient en compte que les décès à l’hôpital. Début avril, la mortalité supplémentaire en EHPAD dûe au coronavirus est enfin prise en compte.

[3Les versions précédentes de ce billet pourraient en témoigner, j’ai cru, sur la foi des dires des médecins français en février, que nous avions affaire à une grippe aggravée, pas à une pneumonie interstitielle bilatérale. Mais tout garder (raturé) en ligne rendrait ce billet illisible et peu informatif.

[4En réanimation, le coronavirus a déjà plus tué que la grippe, Les Echos.fr, 18 mars 2020. Extrait : « Le nouveau coronavirus a déjà causé plus de morts en réanimation que la grippe saisonnière en France métropolitaine, et cela en moins de temps, selon les chiffres diffusés mercredi sur la grippe, dont le pic est passé dans la majorité des régions. »

[5Le R0 est le taux de reproduction initial du virus. Le Reffectif est celui en cours de pandémie (c’est lui que donnent les autorités sanitaires françaises depuis le mois de juin). Voir R0, R effectif et Covid-19 : carte du taux en France, R0 par région, Journal des femmes, article régulièrement mis à jour.

[6« Selon toute probabilité, les risques les plus importants », écrivais je ici le 24 février ... Ces risques se sont concrétisés.

[8Extraits : « On n’envoie quasiment plus de résidents d’Ehpad dans mon service, raconte l’infectiologue Gilles Pialou, à Tenon, à Paris. On limite les hospitalisations à cause du manque de places, les services de radiologie sont saturés, les labos débordés. Ça reste une forme de tri, même si on ne laisse pas les gens sans soins ! » Charlotte Chollet, directrice médicale adjointe du Samu à l’hôpital Mondor de Créteil : « Si une personne a 40 ans mais de très lourds problèmes de santé face à une autre plus âgée mais dans un bon état général, on privilégiera la seconde. »

[9Coronavirus : Armageddon ou Foutaise ?, par le Dr Philippe Devos, son blog, 2 mars 2020.

[10Modélisations réalisées selon toute probabilité par Simon Cauchemez.

[12« C’est le Covid-19 qui tue l’économie, bien plus que les mesures de confinement », tribune de Mathias Dewatripont, Le Monde.fr, 13 novembre 2020.

[13Non, on ne pose pas des questions à un moteur de recherche, mais on y tape/entre/saisit des *requêtes* (queries en anglais) : un ordinateur n’est pas un être humain.

[15Transmission of COVID-19, European Centre for Disease Prevention and Control, consulté le 3 novembre 2020.

[16Coronavirus : les zones d’ombre persistantes du SARS-CoV-2, par Olivier Modez, Les Echos.fr, 19 août 2020.

[17It is Time to Address Airborne Transmission of COVID-19, par Lidia Morawska, Donald K Milton, Clinical Infectious Diseases, ciaa939, https://doi.org/10.1093/cid/ciaa939, 6 juillet 2020.

[19C ’est pour cela que je ne met pas de lien vers elle ici.

[20Une étude isolée et non encore "peer-reviewed" a parlé toutefois de 24 jours. Cette hypothèse laisse les scientifiques sceptiques. « On n’y a jamais beaucoup cru, les données les plus récentes vont au contraire plutôt dans le sens d’une diminution de la durée d’incubation », dit le docteur Daniel Lévy-Bruhl, de l’agence sanitaire française Santé publique France à France TV Info. Selon lui, « il y a très peu de chances que des durées d’incubation aillent au-delà » des 14 jours.

[21Ce taux a longtemps été incertain (2019-Novel Coronavirus (2019-nCoV) : estimating the case fatality rate – a word of caution, par Battegay Manuela, Kuehl Richarda, Tschudin-Sutter Saraha, Hirsch Hans H., Widmer Andreas F., Neher Richard A., Swiss Medical Weekly, 2020 ;150:w20203, publié le 7 février 2020). Selon la docteure Sybille Bernard-Stoecklin, experte à Santé publique France, interrogée par le Parisien le 27 février, « les modèles épidémiologiques [estimaient] ce taux à environ 1% » (Quelles différences avec la grippe, Le Parisien, 27 février 2020, p. 4). Des sources début février 2020 parlaient de 18% en Chine et 5% hors de Chine. Et une étude publiée le 12 mars 2020 par la célèbre revue médicale The Lancet estimait, sur des chiffres datant du 1er mars, que la véritable létalité mondiale était alors de 5,7%, ce qui était alors cohérent avec les estimations du moment de l’OMS (Real estimates of mortality following COVID-19 infection, par David Baud, Xiaolong Qi, Karin Nielsen-Saines et al., The Lancet, 12 mars 2020. Une estimation (publiée le 19 février) ajustée en fonction du délai indiquait que le taux de létalité du COVID-19 pourrait atteindre 20 % à Wuhan, l’épicentre de l’épidémie). Ça se vérifiait alors : les chiffres au niveau mondial au 3 février rassemblés par l’AFP donnaient une létalité de 5,18% [[53 693 décès pour 1 035 386 cas répertoriés (Coronavirus : le point du jour sur le Covid-19, Sciences et avenir.fr, 3 avril 2020) et ceux de l’European Center for Disease Control (ECDC) 5,15%.

[22Coronavirus chinois : les raisons pour lesquelles il ne faut pas paniquer, par Victor Garcia avec Stéphanie Benz, L’Express.fr, 2 février 2020.

[23Coronavirus Is Hiding in Plain Sight, par Benedict Carey, New York Times, 16 mars 2020.

[24Substantial undocumented infection facilitates the rapid dissemination of novel coronavirus (SARS-CoV2), par Ruiyun Li1, Sen Pei, Bin Chen, Yimeng Song, Tao Zhang, Wan Yang, Jeffrey Shaman et al., Science, 16 mars 2020, DOI : 10.1126/science.abb3221

[25Le Haut conseil de la santé publique (HCSP) considère que les personnes à risque de développer une forme grave d’infection à SARS-CoV-2 sont les suivantes :

  • personnes âgées de 70 ans et plus (même si les patients entre 50 ans et 70 ans doivent être surveillés de façon plus rapprochée)
  • patients présentant une insuffisance rénale chronique dialysée, insuffisance cardiaque stade NYHA III ou IV
  • les malades atteints de cirrhose au stade B au moins
  • les patients aux antécédents (ATCD) cardiovasculaires : hypertension artérielle, ATCD d’accident vasculaire cérébral ou de coronaropathie, chirurgie cardiaque
  • les diabétiques insulinodépendants ou présentant des complications secondaires à leur pathologie (micro ou macro angiopathie)
  • les insuffisants respiratoires chroniques sous oxygénothérapie ou asthme ou mucoviscidose ou toute pathologie chronique respiratoire susceptible de décompenser lors d’une infection virale
  • les personnes avec une immunodépression :
    • médicamenteuses : chimiothérapie anti cancéreuse, immunosuppresseur, biothérapie et/ou une corticothérapie à dose immunosuppressive
    • infection à VIH non contrôlé avec des CD4 < 200/mn³
    • consécutive à une greffe d’organe solide ou de cellules souche hématopoïétiques
    • atteint d’hémopathie maligne en cours de traitement
    • présentant un cancer métastasé
  • les femmes enceintes
  • les personnes présentant une obésité morbide (indice de masse corporelle > 40kg/m² : par analogie avec la grippe A(H1N1).

Comme pour beaucoup de maladies infectieuses, les personnes souffrant de maladies chroniques (hypertension, diabète), les personnes âgées (plus de 70 ans), immunodéprimées ou fragiles présentent un risque plus élevé. Dans les cas plus sévères, la maladie peut entraîner un décès.

[26Selon le Dr Dupagne, « la force de ce travail réside dans [le fait] qu’un traitement statistique complexe des données a permis d’isoler l’importance de chaque facteur de risque indépendamment des autres, alors qu’ils sont souvent mélangés entre-eux. »

[27Ces « scores de risque » manqueraient de pertinence méthodologique, selon Carole Dufouil, épidémiologiste, citée par Le Parisien. « Vous pouvez numériquement conclure beaucoup de choses du modèle mais à la base, il est faux », indique la directrice de recherches à l’Inserm. Elle pointe notamment du doigt des confusions entre les notions de causalité (une chose en provoque une autre) et de corrélation (un simple lien entre deux choses). Selon elle, il est impossible de tirer de telles conclusions en l’état. On peu toutefois constater que cette étude va dans le même sens que d’autres, en les renforçant.

[28Who is most at risk of contracting coronavirus ?, par Nicolas Davies, The Guardian.com, 21 février 2020.

[31Covid-19 : comment certains malades deviennent des supercontaminateurs (vidéo), Le Monde.fr, .

[32This Overlooked Variable Is the Key to the Pandemic. It’s not R, par Zeinep Tufecki, The Atlantic, 30 septembre 2020.

[33Traduction par Deepl.

[34Que faire si le couvre-feu ne donne pas les résultats espérés ?, par Jean-Yves Nau et Antoine Flahault, Slate.fr, 20 octobre 2020.

[35Coronavirus Vaccine Tracker, par Jonathan Corum, Denise Grady, Sui-Lee Wee et Carl Zimmer, The New York Times.

[36Source : D’où vient le coronavirus ? Comment s’en protéger ?, par Pascale Santi, Paul Benkimoun, Chloé Hecketsweiler, Aude Lasjaunias et Gary Dagorn, Le Monde.fr, mis à jour le 12 mars 2020 à 18h18.

[37Researchers modelling the spread of the coronavirus emphasise the importance of avoiding busy indoor spaces, Université d’Aalto (Finlande), 6 avril 2020. Eviter les supermarchés était une recommandation des médecins italiens aux Français début mars.

[38Respiratory virus shedding in exhaled breath and efficacy of face masks, par N.H.L Leung., D.K.W. Chu, E.Y.C. Shiu et al., Nature Medecine, 3 avril 2020.

[39Coronavirus : comment réussir à produire assez de masques ?, Europe1.fr, 25/02/2020. Covid-19 : y a-t-il une pénurie de masques de protection pour les professionnels de santé ?, par Cédric Mathiot et Fabien Leboucq, CheckNews.fr, 27 février 2020. Extrait : « Consigne a en effet été donnée aux pharmaciens de ne pas distribuer ces masques issus du stock de l’Etat aux particuliers. Ce que nous confirme Christophe Wilcke, président de l’Union régionale des professionnels de santé (URPS) Pharmaciens Grand-Est : "Mercredi à midi, tous les pharmaciens ont reçu un message de l’Ordre des pharmaciens indiquant que nous allions recevoir, via les grossistes répartiteurs, un stock d’Etat de masques de protection. Et puis à 20 h 56, un deuxième message indiquait que ce stock devait être réservé aux professionnels de santé contre un bon de l’assurance maladie, et qu’il n’était pas envisagé à ce stade de distribuer le stock à la population." »

[40« Tedros Adhanom Ghebreyesus, le responsable de l’Organisation mondiale de la santé, lors d’une réunion du comité exécutif de l’OMS à Genève a fait état de "graves ruptures" sur le marché mondial de ces équipements, avec "une demande jusqu’à cent fois supérieure à la normale et des prix jusqu’à vingt fois plus élevés". "En conséquence, nous avons maintenant des stocks à plat, et des délais de quatre à six mois" pour les livraisons, avec une situation particulièrement difficile pour les masques, très demandés, a-t-il dit à la presse. Le responsable de l’OMS a ajouté qu’il avait parlé à des responsables de la chaîne d’approvisionnement pour voir comment résoudre ces difficultés. "La première priorité, c’est le personnel médical, la seconde les personnes malades ou s’occupant de malades", a-t-il souligné, en ajoutant que l’agence onusienne "décourageait la constitution de stocks dans les pays et régions où la transmission (de la maladie) est basse". » (Coronavirus : pénurie mondiale de masques et autres équipements de protection, Capital.fr, 8 févier 2020)

[41Le FFP3, à élastiques rouges, existe mais d’après Wikipedia, le FFP2 suffit face aux grippes et au coronavirus.

[43Document disponible sur le site de l’association des anciens élèves de l’Ecole nationale supérieure de chimie de Montpellier (ENSCM).

[44Extraits du billet du Dr Dupagne (qui cite lui-même ses sources) : « Le virus ne résiste pas au passage en lave-linge à 40°C. Mettre un tissu au sèche linge après l’avoir légèrement humecté est un bon moyen pour le stériliser rapidement par chauffage à plus de 50°C. [...] Le virus ne résiste pas à une température supérieure à 50°C, et un lavage à 40° avec de la lessive ou du savon en paillettes est suffisant, ce virus étant particulièrement sensible aux détergents du fait de son enveloppe lipidique. »

[45Ce paragraphe a été rédigé mi-mars 2020, alors que l’exécutif français en était encore à la soi-disante inutilité du masque.

[46Les masques jetables seraient-ils lavables et réutilisables ?, par Brice Laemle, Le Monde.fr, 25 septembre 2020. Extraits plus complets :
« Comme ce masque a une efficacité globalement supérieure à la moyenne des autres masques, même après avoir été lavé et donc avoir perdu sa charge électrostatique, il reste plus efficace que les autres », estime l’enseignant chercheur. Selon lui, le masque chirurgical « filtre 95 % des particules mesurant trois microns et aussi des particules plus petites », donc son « niveau de filtration reste bien supérieur à celui des masques grand public, qui ne filtrent que 90 % des particules de trois microns ».
C’est une fausse bonne idée pour Bruno Grandbastien, médecin hygiéniste et président de la Société française d’hygiène hospitalière. « La qualité de filtration est certes importante, mais l’intégrité des élastiques après plusieurs lavages est également primordiale », rappelle le médecin, qui souligne la fragilité des masques chirurgicaux.
« Un [masque] chirurgical va effectivement filtrer 95 % des gouttelettes de 3 microns, tandis que les masques grand public filtrent 90 % des particules, mais ces derniers peuvent se laver 15 à 50 fois selon les modèles », précise M. Grandbastien. Le médecin appelle plus largement à porter un masque en tissu dans les espaces clos et sur son lieu de travail et à réserver les masques chirurgicaux aux soignants.
Le Haut Conseil de la santé publique et l’Académie de médecine partagent aussi cette analyse : il faut attribuer en priorité les masques chirurgicaux aux personnes atteintes du SARS-CoV-2 et au corps médical. « Si les masques alternatifs ont des performances légèrement inférieures à celles des masques chirurgicaux en termes de filtration et d’étanchéité, ils offrent généralement de meilleures qualités de confort et de “respirabilité” », note encore l’académie.

[47En Uber comme on dit de nos jours.

[48Source : Gouvernement.fr > Coronavirus > Consignes sanitaires.

[49Selon Le Parisien.fr du 14 mars, le dosage prescrit par l’Agence de santé fédérale américaine (CDC) : quatre cuillères à café pour un litre d’eau.

[50En février, les travaux de confrères anglais se montraient plus alarmistes, et tablaient sur neuf jours pour le plastique ou encore cinq pour le carton.

[51Lessons learnt from easing COVID-19 restrictions : an analysis of countries and regions in Asia Pacific and Europe, par Emeline Han, Melisa Mei Jin Tan, Eva Turk et al., The Lancet, 24 septembre 2020.

[52Lire par exemple : La diplomatie du masque de la Chine a fait flop, éditorial par Alain Frachon, Le Monde.fr, 23 avril 2020.

[53Obituary : Li Wenliang, par Andrew Green, The Lancet [en ligne], 18 février 2020.

[55Propos rapportés sur Twitter par Jean-Marc Dumontet, propriétaire du théâtre Antoine, et Paul Larrouturou, journaliste à l’émission Quotidien.

[56Masques : les preuves d’un mensonge d’Etat, par Yann Philippin, Antton Rouge et Marine Turchi, Mediapart, 2 1vril 2020.

[58Derrière l’absence de dépistage massif du Covid-19, la réalité d’une pénurie, par Géraldine Delacroix et Rozenn Le Saint, Mediapart 21 mars 2020. Confinement : les vingt jours où tout a basculé au sommet de l’Etat, par Paul Benkimoun, Chloé Hecketsweiler, Raphaëlle Bacqué et al., Le Monde.fr, 20 mars 2020.

[59Dans la crise sanitaire, « dire qu’on ne sait pas n’est ni un aveu de faiblesse ni un aveu de culpabilité », par Ludovic Blay, consultant au cabinet de conseil en communication de crise People Know, et Aline Zelter, formatrice et consultante en gestion et communication de crise, Le Monde.fr, 9 novembre 2020.

[60Enquête sur l’OMS, Enjeux Les Echos, mars 2020.

[62Extrait : « Une immense littérature consacrée à l’apprentissage organisationnel et au knowledge management nous apprend que les jeux des carrières et des mobilités, l’encombrement des agendas favorisant une vision à court-terme, ou encore les économies budgétaires contribuent à cette amnésie organisationnelle. Nul doute que l’on gagnerait à mieux analyser les acquis de cette littérature et à les spécifier dans le domaine des organisations publiques en temps de crise. »

[63Face aux crises multiples, « nos décideurs sont dans une véritable machine à laver », par Sylvie Garandel, Ludovic Pinganaud et Bertrand Wecke, consultants-associés du cabinet de conseil en gestion de crise Atris, Le Monde.fr, 9 novembre 2020.

[64Comment les entreprises peuvent-elles se projeter dans le futur pour anticiper les crises ? , par Valery Michaud, enseignant-chercheur - HDR, Neoma Business School, La Tribune, 9 avril 2020. Extraits : « Comment "penser l’impensable" avant qu’il n’arrive ? Dès les années 1950, apparaît en France et aux États-Unis une nouvelle discipline : la prospective. Dans cette discipline, on considère qu’il n’y a pas un futur déterminé mais plusieurs futurs possibles et qu’il est possible de mener des réflexions crédibles et rigoureuses pour les anticiper. Dès les années 1950 en France se crée une revue spécialisée nommée Futuribles de la contraction de futurs et possibles. […] La réflexion stratégique de chaque constructeur commence alors pour identifier la meilleure stratégie défensive ou proactive possible. Ce type de démarche est utilisée par certaines grandes entreprises publiques ou privées. C’est moins le cas des ETI ou des PME. »

[65Pénurie de masques : les raisons d’un "scandale d’État", par Benoît Collombat et la cellule investigation de Radio France, 3 mars 2020.

[66Olivier Véran parlait d’une consommation de 24 millions de masques par semaine. Plusieurs collectifs de médecins ont déclaré dans un communiqué, relayé par Le Figaro, un besoin de 105 millions de FFP2 par semaine, soit quatre fois plus, sans même prendre en compte les masques chirurgicaux. Selon une simulation du ministère de la Santé en 2006 citée par le Journal du dimanche, les besoins étaient alors évalués à plus de 561 millions de pièces pour faire face à une crise de 90 jours, soit 43 millions par semaine, soit deux fois plus. Source : Coronavirus : de combien de masques a-t-on besoin ?, CNews / AFP, 22 mars 2020.

[67Mme Touraine, dans sa défense, mélange masques chirurgicaux et FFP2, ce qui lui permet de prétendre qu’à son départ et même plus tard, il y avait toujours un important stock de masques d’Etat : oui, mais de masques chirurgicaux. Pas de FFP2.

[68La péremption des masques, c’est : des élastiques détendus, du "melt blown" abîmé et une charge électrostatique perdue.

[69La tragédie industrielle et logistique des masques : récit en cinq actes, par Aurélien Rouquet, The Conversation, 5 mai 2020.

[70La commission d’enquête obtient des réponses « précises » sur la pénurie de masques, Le Monde.fr 18 juin 2020.

[71Source (et à lire séance tenante) : le remarquable article du magazine Actusoins : L’Ondam, ou le baromètre des restrictions budgétaires en santé, par Adrien Renaud, 18 octobre 2018.

[73Les Presses de Sciences Po, 2020, 136 pages.

[74Covid-19 : « Aucune leçon n’a été tirée de la gestion de la crise entre mars et mai », propos recueillis par Hervé Morin et David Larousserie, Le Monde.fr, 22 octobre 2020.

[75Michel Crozier et l’étude des organisations, entrevue réalisée par Stéphane Dion, Mouvements et acteurs n° 12, 1987.

[76Le rapport secret qui étrille la gestion de crise du Covid, Le Canard Enchaîné, 27 octobre 2020.

[78Cet article est soutenue par une quantité remarquable d’entretiens avec les acteurs.

[79Camille Landais  : «  Il nous faut penser un pilotage de long terme   », propos recueillis par Claire Gatinois, Le Monde, 2 novembre 2020. Version en ligne sur Le Monde.fr.

[81Six ex-ministres de la Santé dédouanent le gouvernement sur une épidémie "imprévisible", AFP, 30 mars 2020. C’est une synthèse de ce dossier d’interviews du Quotidien du médecin (accès libre) : Covid-19 : six anciens ministres de la Santé décryptent la crise et sa gestion.

[83Par Maître Pandaï, 29 mars 2020. Copie plus lisible sur Thread Reader App.

[84Avertissement : auteur très à gauche, mais tous les faits, toutes les informations citées sont datés et sourcés.

[86Données Santé Publique France.

[87Macron Beat Back the Coronavirus. France Is Not Impressed, par Adam Nossiter New York Times, 5 juin 2020.

[89Même le professeur Didier Raoult, qui n’est toutefois qu’infectiologue (spécialiste des infections et maladies tropicales et non des épidémies) a cessé de contester le confinement. Jusqu’au 4 mai inclus, il mettait en cause son efficacité, mais le 26 mai il concédait que le confinement a eu au moins pour vertu d’éviter des mouvements de départ panique et se refusait à juger une décision « politique ».

[90De la difficulté de poursuivre un Ehpad, par Rafaële Rivais, Le Monde.fr, 16 mai 2020.

[92Les rédacteurs d’un rapport sont ceux nommés rapporteur et co-rapporteurs au début du document.

[93Coronavirus : « La Chine a une responsabilité dans cette épidémie transmise par un animal sauvage interdit de commerce », par Sylvie Lemmet, ex-directrice du Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE), Olivier Blon, président de l’association Respire et Yann Arthus Bertrand, président de la fondation GoodPlanet, le Monde.fr, 8 avril 2020.

[94La CPI ne juge que des personnes, pas les Etats, et elle ne juge que trois crimes : le génocide, le crime contre l’humanité et les crimes de guerre. Et en droit pénal international, comme en droit pénal interne, il faut, pour condamner, prouver l’intentionnalité de nuire, autrement dit que la Chine a conçu une arme biologique.

[95Côté CIJ, les tribunaux internationaux ne sont pas obligatoires, il faut qu’ils soient reconnus par un Etat pour qu’ils puissent le condamner.

[96Le compte WuFlu (en anglais) a été supprimé. Peut-être Twitter, qui comme les GAFAM lutte contre les fake news, a-t-il pris par erreur ce compte pour un "fake".

[97Ancien conseiller principal de l’OMS en matière de communication sur la grippe pandémique en 2005. Formateur à la communication des risques pour l’OMS et la FAO 2003-2016 (toutes les régions sauf la Méditerranée orientale).

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