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Dernier ajout : 30 août 2021.

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Pas assez de juges en France, rien n’a changé

La France n’est pas une nation de juristes

Lundi 17 janvier 2022

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Je le constatais déjà en 2010 sur ce blog : le nombre de juges professionnels en France est un des plus bas d’Europe. Y compris les procureurs.

Les comparaisons avec les autres Etats européens sont très défavorables à la France. Il y a ainsi deux fois plus de juges par habitant en Allemagne qu’en France selon le rapport 2020 de la CEPEJ [1]. Voir aussi Base de données dynamique des systèmes judiciaires européens (CEPEJ-STAT). Au point que le ministre de la Justice Eric Dupond-Moretti songe à faire siéger des avocats aux côtés des juges pour réduire (et non écluser) l’énorme retard des tribunaux ... [2]

En 2018 la France consacrait — hors administration pénitentiaire — 69,5 euros par /habitant à sa justice contre 84,1 euros pour les pays européens comparables (toujours selon les chiffres du rapport CEPEJ 2020). Comme le rappelle l’avocat Alexandre Archambault sur la base là encore de statistiques officielles, la France consacre à la Justice 40 centimes pour 100 euros de dépenses publiques, soit le dernier rang parmi les nations les plus développées. En termes d’effectifs, il y a en France :

  • 10,9 juges pour 100 000 habitants contre 17,7 dans les pays comparables,
  • 3 procureurs pour 100 000 habitants contre 11,2 sur l’ensemble des 48 pays étudiés.

Sous-financement budgétaire

Pour l’avocat Omega (sur son compte Twitter), cette situation se comprend (entre guillemets) « si on se penche sur le budget alloué à la justice ces 20 dernières années [3] et le sens des réformes prises. A force de retirer de plus en plus de contentieux aux juges, d’éloigner de plus en plus le justiciable de la justice et de lancer des réformes sans moyens. »


Evolution des crédits de paiement de la mission « Justice » depuis 2012 à périmètre courant et de la part que la mission représente dans le budget de l’État. C’est la ligne rouge qui compte, pas les barres bleues (qui de plus sont truquées car pas à zéro en bas) ... [4]

Conséquences de ce sous-financement budgétaire, comme l’écrit le magistrat français Judge Dread sur Twitter :

« Ainsi, on réduit drastiquement la collégialité. Pourquoi être jugé par trois juges quand un seul peut faire le job ? Et même jusqu’en cour d’appel ! Et pourquoi permettre au justiciable de s’expliquer devant un juge quand ce dernier peut prendre la décision tout seul ?
Les ordonnances pénales, autrefois réservées aux affaires de route, sont aujourd’hui possible pour la grande majorité des délits. Au civil, on peut désormais divorcer sans passer devant un juge. Toujours dans les cartons, le projet d’enlever l’assistance éducative aux juge des enfants pour la confier aux conseils généraux. Et la gestion des impayés de pension alimentaire aux CAF.
Au Parquet, le développement du traitement en temps réel a été mis en place pour accélérer le traitement des dossiers = trop de procédures à lire, alors on ne les lit plus et on se contente des comptes rendus téléphoniques des enquêteurs.
Je pourrais multiplier encore les exemples, tous vont dans le même sens = réduire les interventions des magistrats, diminuer la place de l’audience, tout ça pour pallier le manque d’effectifs. [...] »

Un autre exemple plus concret donné par Judge Dread :

« Ce soir j’ai envoyé un homme en prison. Et j’étais seule à le décider. Pas de collègue avec qui discuter, la loi ne le prévoit pas. Le juge des libertés et de la détention que je suis doit prendre sa décision seul. [...]
La collégialité (3 juges au lieu d’un) pour décider d’une détention provisoire a toujours été revendiquée par les magistrats, a même été votée, mais jamais mise en application faute de moyens humains suffisants. [...]
En gros, décider de la prison avant, c’est favoriser ++ la prison après. Et cette décision doit être prise par un magistrat tout seul, statuant souvent tard le soir, donc en proie à la fatigue et l’envie pressante d’abréger. [...]
A trois, on réfléchit mieux que tout seul. On confronte ses doutes, on remet en cause ses certitudes. Et la décision n’en ait que plus forte et acceptée. Ce n’est pas un seul juge qui statue, ce sont 3 juges, dont au moins deux sont convaincus.
Alors oui, supprimer la collégialité, ça permet de libérer le temps de 2 autres magistrats, qui pourront faire autre chose.
Mais est-ce vraiment la justice que l’on souhaite ? Sacrifier la qualité sur l’autel du rendement ? [...] On ne parle pas d’un frigo à réparer, on parle de la vie des hommes. »

Au titre des exemples des dégâts causés par ce manque de magistrats et de greffiers, on peut aussi citer Ludovic Friat, vice-président du tribunal judiciaire de Bobigny et secrétaire général de l’Union syndicale des magistrats (USM) [5] :

« L’origine de ces difficultés est pourtant simple ! Le diamètre du « tuyau justice », c’est-à-dire sa capacité à juger des affaires, est clairement sous-dimensionné par rapport au diamètre du tuyau Police-Gendarmerie, d’où sortent les dossiers et les gardés à vue. Tout comme le tuyau judiciaire est surdimensionné par rapport au tuyau pénitentiaire qui peine à assurer des conditions dignes de détention aux personnes condamnées à une peine d’emprisonnement ferme. [...]
Ainsi ce sous-dimensionnement produit un audiencement totalement irréaliste, en mode « surbooking » permanent. A Bobigny, en comparution immédiate, la limite est fixé à 12 dossiers et 15 prévenus maximum par audience. Or, chacun sait qu’il est impossible de juger autant d’affaires à raison d’une moyenne d’une heure par dossier, ce qui inclut le temps d’extraction et de trajet entre les geôles et la salle d’audience, la durée de l’audience contradictoire et celle du délibéré. [...]
A Bobigny, une fin d’audience à 21h00 est considérée comme "très acceptable voire enviable", à 22h00 comme "habituelle", à 23h00 comme "un peu tardive mais pas si rare". Après on entre dans une autre dimension, celle de l’audience se terminant le lendemain, plus rare mais non exceptionnelle. »

J’ajouterai le développement systématique, non demandé et forcé, de la conciliation et de la médiation. La dernière étape en date : avec la loi de réforme de la Justice du 23 mars 2019 et son décret d’application du 11 décembre 2019, la conciliation ou médiation préalable est devenue obligatoire pour les litiges en dessous de 5000 euros et les conflits de voisinage. Les conciliateurs sont bénévoles, ils sont seulement remboursés de leurs frais de déplacement et bénéficient d’une indemnité forfaitaire royale pour compenser les frais d’équipement de ... 650 euros annuels : autant dire que l’Etat s’offre des "pré-juges" quasi-gratuits. Forts d’une campagne en 2019, explique un excellent article du Monde, ils sont désormais 2 588, soit 567 de plus qu’en 2017 [6].

D’autres raisons

Le désamour ancien et quasi-systématique des politiques pour la justice et les juges est assez simple à expliquer. Pour citer Me Eolas : « La justice est un contre-pouvoir, le seul qui peut frapper les individus derrière les fonctions. L’exécutif et le législatif n’ont aucun intérêt à ce que ce contre-pouvoir soit populaire ni n’ait les moyens d’agir promptement et efficacement. »

NB : le terme de contre-pouvoir suppose que la Justice soit le 3e pouvoir, le pouvoir judiciaire. Or en France cette thèse a de nombreux adversaires sur le plan institutionnel et juridico-juridique, mais sur le fond, quelque soit le nom que l’on donne au pouvoir des juges, Eolas, comme l’explique très clairement la professeure Marie-Anne Frison-Roche, a de facto raison [7].

En dehors de la responsabilité des gouvernements successifs et des politiques, il y a d’autres raisons, historico-sociologiques, dont on parle moins : les Français, s’ils sont un peuple de plaideurs (un peu moins de 4 millions de décisions de justice par an tout compris), ne sont pas pour autant une nation de juristes, contrairement aux Anglo-Saxons.

Selon les mots de l’avocate Michèle Bauer, « la rumeur est constante, persistante, l’avocat est cher et l’avocat pas cher n’existerait pas ! » (ce qui est à la fois vrai et faux, comme elle l’explique très bien) [8].

La France, pas une nation de juristes, pourquoi ? Une comparaison avec les Etats-Unis, une nation très "juriste dans l’âme" comme les autres pays anglo-saxons, peut aider :

  • aux Etats-Unis, un procès coûte extrêmement cher, beaucoup plus cher qu’en France. Et le montant des dommages-intérêts est plus important qu’en France [9]. Pourtant, les Américains n’hésitent pas à consulter des avocats. Simplement, la plupart des actions en justice ne vont pas jusqu’au procès, elles se terminent par une transaction
  • en France, il n’y a pas de mythologie de la Constitution (un texte juridique fondamental qui donne des droits), comme c’est en revanche le cas aux aux USA
  • des rémunérations inférieures pour les juristes : 12 018 dollars US mensuels en moyenne pour un "lawyer" américain contre 6 775 euros pour un avocat en France (1 USD = 0,84 Euro). Comme le précise Maxime Bizeau, ex-avocat (cf lien précédent), certains avocats d’affaires ont des rémunérations très élevées, ce qui tire le salaire moyen vers le haut [10]. Chaque année, nombre d’avocats français, ne gagnant plus que le SMIC, quittent la profession [11]
  • et un pourcentage de juristes par habitant inférieur : environ 1,4 million juste en "attorneys" aux USA contre 68 000 avocats en France, auxquels il faut ajouter 17 000 juristes d’entreprise et moins de 50 000 magistrats pour que la comparaison soit juste, soit un total de 135 000, soit 0,42% de la population aux USA c/ 0,20% en France.

Après, comme le dit la journaliste judiciaire Olivia Dufour dans son ouvrage Justice une faillite française ? (2018) ainsi que deux rapports de l’Inspection générale de la Justice sur la difficulté à résorber les stocks d’affaires [12], le manque criant de personnel n’est pas la seule raison de la faillite de la Justice. Juste une très importante et très ancienne composante.

Emmanuel Barthe
juriste documentaliste, citoyen


Promotion des peines de substitution

Droit du travail d’intérêt général (TIG) : documents gratuits, guides

Le ministère de la Justice met l’accent sur les TIG

Lundi 30 août 2021

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Créé en France par une loi de 1983 [13], le travail d’intérêt général [14] est une peine de substitution, une alternative à la prison autrement dit. Ce travail n’est pas rémunéré. La surpopulation, pénale et le coût des prisons pour le ministère de la Justice poussent le Gouvernement vers ce type de peines — et notamment le TIG. En 5 mars 2018, le député Didier Paris et le chef d’entreprise David Layani remettaient justement au Premier Ministre un rapport intitulé "Les leviers permettant de dynamiser le travail d’intérêt général". Ce rapport préconisait notamment la création d’une agence pour développer le TIG.

Sur les origines du TIG en France, on trouvera une bibliographie sur le remarquable site Criminocorpus [15].

La section "bases de données" est produite par des chercheurs souhaitant valoriser et partager leurs résultats avec l’ensemble de la communauté scientifique.]].

Le Gouvernement a lancé la plateforme TIG 360° en 2019. Cette plateforme poursuit son extension et sera accessible aux avocats à partir du 4 octobre 2021. Selon la Chancellerie, « elle recense presque 21 000 postes actifs de TIG proposés par 13 500 structures d’accueil. Déjà ouverte aux magistrats, les avocats pourront à leur tour avoir connaissance des postes disponibles. Objectif ? Favoriser le prononcé de la peine de TIG. »

Côté ouvrages à mise à jour, les JurisClasseurs Pénal et Procédure pénale de LexisNexis et le Répertoire Dalloz de droit pénal et de procédure pénale contiennent des études mises à jour récemment (2021) sur le TIG :

  • JCl. Pénal Code, Art. 131-22 à 131-24, Fasc. 20 Travail d’intérêt général par Evelyne Bonis, professeure à l’université de Bordeaux (Institut de sciences criminelles et de la justice)
  • JCl. Procédure Pénale, Art. 733-1 et 733-2, Fasc. 20 Travail d’intérêt général par Audrey Bonnet, magistrat
  • Répertoire de droit pénal et de procédure pénale Dalloz, Travail d’intérêt général par Vincent Delbos, magistrat.

Mais je n’ai pas trouvé de livre récent sur le TIG et les études supra sont payantes, alors, pour aider à étoffer la documentation sur le sujet pour les pénalistes, avocats et structures d’accueil, voici une sélection de documents gratuits sur le TIG (attention à la réforme opérée par la LPJ, voir infra).

- Pour aller vite :

- Pour creuser :

- Sites web :

  • la nouvelle agence TIG (Agence du travail d’intérêt général et de l’insertion professionnelle, AGTIGIP). Son site donne accès à la plateforme (accès restreint). La plateforme a été évoquée plusieurs fois p. 135 à 143 du rapport de recherche précité
  • le site de l’ancien Forum TIG.

Emmanuel Barthe
juriste documentaliste, veilleur


Cyberharcèlement sur les réseaux sociaux : comment réagir ?

Lundi 26 juillet 2021

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Ce billet est en cours de rédaction ("work in progress"). Il sera amélioré et augmenté progressivement.

Agir à court terme

Premiers éléments urgents de réponse technique au cyberharcèlement d’abord :

  • se mettre en mode "Avion", puis couper les notifications de l’application
  • bannir les pires harceleurs
  • pour le reste limiter les personnes pouvant répondre répondre à vos messages (tweets etc).

Certes, il reste possible aux harceleurs de "citer" vos messages, notamment vos tweets. Mais cela sort le nouveau message du fil (thread), donc de la chaîne des réponses.

Inconvénient : ça limite aussi la portée de vos tweets.

Source : thread Twitter F. Mehrez 16 juillet 2021.

Voir aussi la page Que faire du site Non au harcèlement et surtout la remarquable liste de conseils et de ressources tenue par le site Féministes vs cyberharcèlement. Notamment :

  • appeler un numéro vert
  • faire appel à un soignant
  • augmenter la sécurité de vos comptes en ligne
  • ...

Pour les enfants et les adolescents, il y a la ligne gratuite Net Ecoute au 3018, gérée par l’association E-Enfance. 12 permanents y répondent au téléphone.

Agir à moyen terme : déposer plainte

Ensuite, répliquer, sur le plan juridique. Conseils pour se protéger et pour déposer plainte. Que faire, et dans quel ordre. Par l’officier de gendarmerie Matthieu Audibert, doctorant en droit privé et sciences criminelles, spécialiste cybercriminalité.

Car le harcèlement en ligne est punissable pénalement.

Source : Cyberharcèlement sur les réseaux sociaux : comment réagir (sur un plan juridique d’abord) ? Archive PDF par ThreadReader.

Agir à long terme : nettoyer, renforcer les obligations de modération

Pour agir efficacement contre le cyberharcèlement, il y a aussi les agences de de e-réputation, qui ne sont pas gratuites et ne remplaceront pas une action plus forte des pouvoirs publics et de Google, Facebook, Instagram, Twitter, Snapchat, Pinterest, etc. Attention : les agences de SEO (référencement web) ou de veille, ce n’est pas la même chose. Les agences de e-réputation sont des nettoyeurs ou plutôt des modificateurs de réputation en ligne.

La loi Avia a échoué, mais à notre sens, il ne faudrait pas abandonner la voie d’une obligation renforcée de modération rapide. Les ancêtres des réseaux sociaux, les listes de discussion par email puis les forums, étaient souvent modérés, certains a priori, d’autres a posteriori — ce qui n’empêcha pas de premiers abus [16]. J’ai été co-modérateur d’une liste de discussion et il m’est clairement apparu que la modération est une nécessité mais aussi un véritable travail — autrement dit, elle a généralement un coût ... La Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH) va clairement dans ce sens dans son avis relatif à la lutte contre la haine en ligne (A - 2021 - 9). La CNCDH est grosso modo satisfaite de l’état du droit ... mais pas des moyens alloués et préconise de faciliter certaines actions en justice. Et elle recommande de crééer des obligations de modération accrue pour les réseaux sociaux (recommandations n° 7 à 12) [17].

Sur le plan psychologique, il y a des exemples de résilience à glâner dans le livre de David Doucet La haine en ligne (Albin Michel, 2020, 232 pages, dans toute bonne librairie ou bien votre bibliothèque municipale). David Doucet procède également à une une analyse assez complète des causes du cyberharcèlement, auquel les adolescents sont extrêmement sensibles.

Emmanuel Barthe
juriste documentaliste


Liste des recommandations de la CNCDH dans son avis relatif à la lutte contre la haine en ligne (A - 2021 - 9) [18] :

Recommandation n° 1 : la CNCDH recommande aux pouvoirs publics :

  • d’augmenter les moyens humains et financiers octroyés au nouveau pôle spécialisé du Parquet du Tribunal judiciaire de Paris en raison de l’ampleur du phénomène de la haine en ligne ;
  • de veiller au maintien de la place du juge dans le contentieux relatif à la haine en ligne.

Recommandation n° 2 : La CNCDH recommande aux magistrats compétents de recourir davantage à la procédure sur requête aux fins d’identification de l’auteur du contenu litigieux.

Recommandation n° 3 : La CNCDH recommande au ministère de la justice de réfléchir à une simplification de cette procédure par double requête afin d’accélérer le traitement de ce contentieux, et d’en limiter les frais.

Recommandation n° 4 : La CNCDH recommande aux pouvoirs publics d’augmenter les moyens humains et financiers alloués à la plateforme PHAROS, qui permet de signaler des contenus illicites sur internet et fait partie intégrante du dispositif judiciaire de lutte contre la haine en ligne.

Recommandation n° 5 : la CNCDH recommande la création d’un organisme indépendant dédié à la lutte contre la haine en ligne, placé sous l’égide de l’ARCOM. Il serait notamment chargé de l’accompagnement de l’utilisateur des services numériques, et du développement de la recherche sur les systèmes algorithmiques de modération de contenus.

Recommandation n° 6 : La CNCDH recommande de promouvoir que, pour mener à bien ses missions, le Comité européen s’inspire de celles confiées au niveau national à l’organisme public indépendant, telles que définies précédemment.

Recommandation n° 7 : La CNCDH recommande de :

  • harmoniser les dispositifs de signalement internes aux plateformes ainsi que les critères de signalement, notamment par la création d’une interface commune aux plateformes à but lucratif, dont l’activité sur le territoire français, qu’elles y soient ou non établies, dépasse un seuil de nombre de connexions fixé par décret ;
  • mettre à la charge des plateformes l’obligation de renvoyer les utilisateurs vers les dispositifs publics de signalement, tel celui de PHAROS, dans un objectif de simplification et d’articulation des dispositifs de signalement existants ;
  • traiter, de manière prioritaire et dans les meilleurs délais, les notifications soumises par les signaleurs de confiance, afin de consacrer leur place dans le processus de signalement ;
  • informer sur la désignation et le rôle de ces signaleurs de confiance ;
  • mettre en place des mesures graduées contre les signalements abusifs, telles que plusieurs avertissements préalables à la suspension du traitement des notifications, et le déclassement de ces notifications.

Recommandation n° 8 : La CNCDH recommande que :

  • la prise de décision dans le cadre de la modération des contenus soit complétée, lorsque nécessaire, par l’intervention de modérateurs humains ;
  • les modérateurs humains bénéficient d’une formation professionnelle ainsi que d’un accompagnement adapté à la nature et au contexte culturel et linguistique de leur mission. Elle recommande également de garantir à ces travailleurs des conditions de travail transparentes et satisfaisantes.

Recommandation n° 9 : la CNCDH recommande aux plateformes de mettre en place les moyens nécessaires afin de mieux détecter les moyens de viralité artificielle dès lors qu’ils visent à diffuser les contenus haineux et, le cas échant, de suspendre les comptes ayant recours à de tels mécanismes. Elle recommande également de réfléchir à l’équilibre à trouver entre la liberté d’expression et le ralentissement voire le blocage de la diffusion de certains contenus viraux par les plateformes.

Recommandation n° 10 : la CNCDH recommande que les plateformes aient l’obligation de :

  • renseigner, dans leurs conditions générales d’utilisation, de façon aisément accessible et de manière claire et précise, les impacts d’un contenu haineux et les mécanismes clé de propagation de ces contenus ;
  • expliciter les critères selon lesquels les moyens humains et automatisés interviennent dans le dispositif de modération ;
  • fournir aux usagers les informations relatives à toute intervention sur la visibilité d’un contenu, tant dans le but d’augmenter que de restreindre sa viralité ;
  • mettre en place des mesures graduées permettant de diminuer la visibilité de certains contenus, afin que le dispositif de modération ne repose pas uniquement sur le retrait ou le blocage des contenus haineux.

Recommandation n° 11 : la CNCDH recommande que les plateformes soient sanctionnées au titre des pratiques commerciales trompeuses dès lors que leur communication publique n’est pas en conformité avec leurs pratiques de modération.

Recommandation n° 12 : la CNCDH recommande de prévoir la possibilité, pour l’auteur du contenu signalé, de s’exprimer avant que ne soit prise une décision de modération, afin de permettre un débat contradictoire.

Recommandation n° 13 : la CNCDH recommande de :

  • octroyer au CSA, et à la future ARCOM, les moyens matériels et humains de mener les audits des plateformes afin de contrôler le respect de leurs obligations prévues par le projet de loi confortant le respect des principes de la République et de lutte contre le séparatisme.
  • permettre au CSA et aux chercheurs indépendants d’accéder aux systèmes algorithmiques des très grandes plateformes.
  • prévoir que l’accès des chercheurs aux systèmes algorithmiques des très grandes plateformes soit consacré par le projet de loi confortant le respect des principes de la République et de lutte contre le séparatisme.

Recommandation n° 14 : La CNCDH recommande l’adoption d’un plan d’action national sur la formation à la citoyenneté numériques, afin d’assurer l’effectivité de l’éducation à la citoyenneté numérique dans le cadre scolaire en l’intégrant au sein d’un programme uniformisé à l’échelle nationale ; en garantissant une formation adéquate du personnel enseignant aux usages des nouvelles technologies, notamment par l’intervention d’acteurs associatifs ; en promouvant la sensibilisation de tous les publics, par un effort coordonné des pouvoirs publics, du milieu associatif et des plateformes ; en prenant en compte l’expérience utilisateur dans l’élaboration et le déploiement de ces ressources pédagogiques.

Recommandation n° 15 : La CNCDH recommande de :

  • prévoir d’adapter la sécurité, les fonctionnalités et l’ergonomie du service aux fins de protection des utilisateurs mineurs ;
  • prévoir d’accompagner les parents, par le biais de ressources adaptées et d’espaces de documentation dédiés au sein des plateformes, aux fins de promouvoir leur compréhension des activités en ligne de leurs enfants.

Recommandation n° 16 : La CNCDH recommande de garantir une traduction en FALC (facile à lire et à comprendre) [19] des dispositifs de formation et de signalement des utilisateurs, et leur respect des standards d’accessibilité numérique.

Recommandation n° 17 : La CNCDH recommande de renforcer le soutien aux associations et leurs partenariats avec les plateformes pour augmenter leur visibilité et accompagner les utilisateurs victimes de propos haineux.
Recommandation n° 18 : La CNCDH recommande de développer une application permettant d’orienter et de soutenir les victimes de contenus haineux ou choquants.

Recommandation n° 19 : La CNCDH recommande d’assurer l’effectivité de l’information de l’utilisateur par la plateforme par le biais de l’ergonomie des interfaces.

Recommandation n° 20 : La CNCDH recommande de :

  • consacrer au profit de l’utilisateur un droit au paramétrage effectif des contenus reçus et émis sur les très grandes plateformes, selon des modalités aisément accessibles et transparentes ;
  • promouvoir l’interopérabilité des plateformes.

Recommandation n° 21 : La CNCDH recommande de développer des solutions techniques permettant d’attirer l’attention de l’utilisateur sur le caractère potentiellement haineux de son contenu avant publication ou relais, dans le respect de la liberté d’expression, ainsi que des contenus reçus dès lors qu’ils ont fait l’objet de signalements.

Recommandation n° 22 : La CNCDH recommande d’inciter les plateformes à mettre à disposition de l’utilisateur un support pédagogique simple détaillant les principaux contenus illicites et le processus de signalement, puis à distinguer lors du signalement entre l’illicéité du contenu et le droit au paramétrage.

Recommandation n° 23 : La CNCDH recommande de permettre à l’utilisateur de désactiver, supprimer et filtrer les commentaires sous ses publications et d’être alerté lors du signalement d’un contenu sur son espace, afin de le mettre en mesure de le modérer.

Recommandation n° 24 : La CNCDH recommande d’encourager les actions des pouvoirs publics à l’encontre de détenteurs de pages, de comptes ou de sites internet en leur qualité d’hébergeur ou de directeur de la publication dans certaines circonstances, lorsque ceux-ci bénéficient d’une audience conséquente et tirent manifestement profit des commentaires haineux suscités par leurs contenus.


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