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Impossible de retrouver les revues et les documents pré-2004

Refonte du site AMF : attention !

Utilisez les moteurs internes du site (l’ancien et le nouveau) en attendant que Google répare ses liens

Samedi 28 mars 2020

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La nouvelle page Erreur 404 du site AMF

[Mise à jour à juin 2020 : les difficultés listées dans ce billet ont dans leur grande majorité disparu. Demeure la disparition des revues COB et AMF et des documents anciens.]

Depuis ce jeudi 27 février, l’Autorité des marchés financiers (AMF) est en train d’implémenter une nouvelle version de son site web.

Certaines parties du site n’ont pas été migrées. La doctrine et le règlement général de l’AMF seront migrés ultérieurement sur le nouveau site. Voici les liens vers ces rubriques (notez le sous-domaine devant amf-france.org) :

D’après la direction de la communication de l’AMF, des problèmes de redirections sont en cours de résolution et des corrections ont déjà été apportées depuis le lancement du site.

En effet, le moteur de recherche de la BDIF, qui pendant un temps ne fonctionnait plus, est revenu. Mais il reste un certain nombre de problèmes à régler. Nous allons les passer en revue.

Des plus et des moins

Il y a des plus :

  • c’est plus élégant
  • le site est désormais adapté aux smartphones (site dit "responsive web design" — RWD — ou adaptatif)
  • et il propose (si vous désactivez votre AdBlock) un outil de management des cookies et fichiers de suivi des visiteurs.

Mais cette refonte a aussi eu — et encore largement pour l’instant — des effets de bord très gênants :

- De très nombreux liens vers le site sont passés en Erreur 404, comme les Voeux 2020 de Robert Ophèle ou les Priorités 2020 de l’AMF [1].

Les recherches Google (temporairement — voir infra) et surtout les liens dans les intranets sont donc touchés. Chez Google, initialement, les deux tiers des liens environ ne fonctionnaient plus, mais la situation est en train de se rétablir. Dans les intranets, c’est quasiment tous les liens qui ont touchés. En effet, au 5 mars, aucune redirection automatique vers les nouvelles adresses n’avait été mise en place.

Toutefois, depuis le 6 mars au soir, il semble que des redirections automatiques soient en place concernant la doctrine et uniquement les pages web (pas les fichiers PDF). Par exemple, alors que Google n’a toujours pas mis à jour sa version de la page HTML de l’instruction DOC-2014-12 [2], si on clique ce 9 mars sur le résultat pertinent, on aboutit quand même sur la bonne (nouvelle) page.

Certes, le nouveau site a une "XML site map" (censée recenser toutes les pages du site) et depuis peu un plan du site (recensant toutes les rubriques et sous-rubriques) [3].

La "XML site map" est automatiquement produite par Drupal, le logiciel de gestion de contenu (CMS) qui équipe le nouveau site. Espérons que Google la parcoure et la prenne en compte rapidement. Mais pour l’instant, au 3 mars, Google ne l’a pas encore fait, comme l’indiquent mes tests sur les décisions de sanction, qui ont pourtant bien été migrées sous Drupal.

De plus, comme elle le mentionne elle-même, la XML site map du nouveau site ne porte que sur les pages générées par le CMS Drupal. Or les erreurs 404 qu’on a quand on passe par Google, Bing ou un intranet d’entreprise concernent essentiellement la doctrine AMF (positions et recommandations). L’AMF ne les a pourtant pas migrées sous le nouveau CMS. Alors pourquoi ces liens en erreur ? En fait, même si la mise en page de la doctrine AMF n’a pas changé, ses adresses, elles, ont bien changé. Du type : https://www.amf-france.org/technique/multimedia%3FdocId%3Dworkspace://SpacesStore/, elles sont passées au modèle : https://doctrine.amf-france.org/technique/multimedia%3FdocId%3Dworkspace://SpacesStore/ "www" a été remplacé par "doctrine". C’est ça et non le nouveau CMS qui cause les erreurs 404 dans Google et les intranets. Et la nouvelle XML site map, qui ne couvre pas cette partie du site, n’y pourra donc rien tant que la doctrine et la réglementation n’auront pas été migré vers Drupal.

Prenons un exemple pour mieux comprendre :
Version PDF de la position recommandation AMF DOC-2012-11 Guide relatif aux fonds de capital investissement et aux fonds professionnels de capital investissement
 :
ancienne adresse : https://www.amf-france.org/technique/multimedia%3FdocId%3Dworkspace://SpacesStore/8b50b27e-bc88-4e51-9789-3b144d228faf_fr_1.0_rendition
nouvelle adresse : https://doctrine.amf-france.org/technique/multimedia?docId=workspace://SpacesStore/8b50b27e-bc88-4e51-9789-3b144d228faf_fr_2.3_rendition
Pour obtenir la nouvelle adresse du document, il faudrait remplacer www par doctrine. La difficulté quand on passe par Google, c’est que :
1. le moteur de recherche web masque la véritable (ancienne) adresse
2. Drupal renvoie immédiatement sur la page Error 404 du site au lien de laisser le navigateur afficher l’ancienne URL (qu’on pourrait alors corriger manuellement).

Quant au plan du site [4], il affiche (très logiquement) un lien vers cette nouvelle adresse de la doctrine AMF, apportant enfin aux moteurs de recherche du Web (Google, Bing ...) la pièce du puzzle qui leur manquait. Ce plan du site devrait normalement être parcouru par les robots indexeurs de Google et Bing, qui devraient finir par tomber sur les liens vers les rubriques (un exemple) de la table des matières de la Doctrine et enfin les URLs des positions et recommandations elles-mêmes. Toutefois, au 9 mars, leurs résultats continuaient à pointer vers les anciennes adresses des positions et recommandations. C’est en fait la redirection automatique des URLs des pages web de la doctrine évoquée plus haut qui fait le travail pour l’instant.

- A part les bases BDIF (et l’archive de la BDIF qu’avait demandée et obtenue l’association Juriconnexion) et GECO, l’ancien moteur de recherche interne du site, que ce soit sa version simple ou sa version avancée, ne répond plus, alors qu’il est toujours accessible en haut des très nombreuses pages non converties à la nouvelle charte graphique (les pages de la doctrine et du règlement général AMF) et que le nouveau moteur n’a pas encore pris complètement et correctement le relais (voir infra).

- Impossible de retrouver les archives des revues COB et AMF. La rubrique Publications finit sur une page qui ne liste que des rapports, études et analyses. Les anciennes URLs de la Revue mensuelle de la COB puis de l’AMF sont renvoyées vers la page d’accueil..

- D’autres documents anciens sont introuvables : hors doctrine, il n’y a quasiment aucun document pré-2004 selon le nouveau moteur de recherche. Par exemple, le rapport COB Esambert de 1998 sur le rachat par les sociétés de leurs propres actions n’est plus en ligne sur le site AMF (j’ai interrogé Google, et l’ancien et le nouveau moteurs du site). Et impossible de le trouver ailleurs sur Internet. Ces documents anciens seront-ils remis en ligne ?


Le rapport Esambert est un document COB ancien (1998) mais important. Il a disparu du site AMF et donc d’Internet

- Le nouveau moteur de recherche fonctionne plus ou moins bien. Notamment :

  • l’affinage par date ou période ne fonctionne pas
  • la liste de résultats n’est pas toujours pertinente
  • les pages non migrées et les documents qui leur sont liés (doctrine et réglementation, cf supra) ne sont pas cherchables par ce nouveau moteur, qui semble être lié au CMS Drupal, voire être celui par défaut de Drupal. On note ainsi que lorsqu’on cherche une position ou une recommandation (de la doctrine, donc) dans le nouveau moteur par son numéro (exemple : 2005-11), on tombe essentiellement sur des décisions de sanction. Or elles, justement, ont été migrées. Le seul moyen de trouver la doctrine est de cliquer sur Recherche avancée puis sur le bouton radio Doctrine, ce qui renvoie à l’ancien moteur, avant de taper ses critères de recherche.

- Les flux RSS du site AMF :

Il est regrettable de ne pas avoir prévenu, beaucoup de veilleurs s’appuyant sur les flux RSS pour leur veille et non sur les emails, trop lourds à gérer [6].

La direction de la communication de l’AMF contactée par nos soins nous a indiqué travailler avec son intégrateur sur ces deux problèmes.

- Sur un ordinateur de bureau, la page est "trouée" de zones vides comme un gruyère et peu pratique à lire ni à utiliser. On retrouve là une tendance qui en donnant la priorité aux appareils mobiles — ce qui est positif — oublie les ordinateurs de bureau des professionnels — ce qui est moins positif.

Respect des bonnes pratiques et service public

Il semble donc que, pour l’implémentation de cette nouvelle version de ce site, certaines bonnes pratiques n’aient pas été prises en compte [7]. Notamment :

  • assurer la permanence des liens
  • et prévenir à l’avance les utilisateurs.

Dommage, d’autant que communication et dialogue peuvent exister par ailleurs. Un exemple chez l’ADLC qui vient elle aussi de refaire son site [8]. On pense aussi au Conseil constitutionnel, qui a été jusqu’à inviter juristes et documentalistes pour discuter de son site, avant même que les choix techniques soient faits.


A part la BDIF, pas d’archive des documents AMF sur data.gouv.fr

La question du respect des bonnes pratiques (celles en cause ici, archi-connues) se pose, car actuellement les utilisateurs du site de l’AMF (financiers, banquiers, juristes, documentalistes, particuliers) sont perdus et ont beaucoup de mal à retrouver "leurs" documents et services. C’est gênant car les documents du site AMF ne sont pas archivés en libre accès ailleurs, notamment pas sur data.gouv.fr. Alors que les jeux de données de la CNIL y sont, eux.

Le site de l’AMF est pourtant un service public de droit des sociétés et de droit financier. De plus, sa consultation est obligatoire selon la réglementation (positions, recommandations, GECO, BDIF). Le nouveau site lui-même le rappelle d’ailleurs (copie écran infra).

Que faire ? Des tentatives de solution

Pour la recherche :

- Sachez repérer cette petite loupe qui mène au *nouveau* moteur de recherche. En attendant que Google et Bing indexent les nouvelles URLs, c’est par là qu’il faut passer. Même s’il marche mal ... En pratique, comme expliqué supra, BDIF et GECO mises à part, il semble qu’il faille utiliser le nouveau moteur *simple* pour tout ce qui a été migré et le moteur *avancé* pour tout ce qui ne l’a pas été (doctrine et réglementation).

- Une solution efficace mais qui ne donne pas accès au format PDF : le cache de Google : cliquez sur la petite flèche noire vers le bas au bout du titre du résultat Google. On obtient par le cache non seulement une copie des pages au format HTML mais également une copie HTML du contenu des fichiers PDF. C’est fiable à 99,9%, le cache de Google étant censé se mettre à jour à chaque crawl du document. Or un site comme celui de l’AMF est crawlé au moins une fois par jour par Google parce que c’est un site 1. officiel ("domain authority"), 2. à mise à jour fréquente et 3. à gros contenu (documents très nombreux et très longs) [9]. Exemple : Pratique de marché admise AMF n° 2005-12 Acquisition d’actions propres aux fins de conservation et de remise ultérieure dans le cadre d’opérations de croissance externe : lien AMF mort mais cache Google fonctionne.


La version cache Google d’un document AMF.

- Pour la BDIF, son moteur spécialisé marche toujours, utilisez-le. Idem pour la base GECO (gestion collective : en un mot, les SICAV/OPCVM).

Pour les communiqués, positions et recommandations AMF (la doctrine AMF), si vous ne les retrouvez pas par Google ou par les liens que vous avez cliqués :

  • allez sur la page d’accueil de la Doctrine AMF et utilisez la table des matières à gauche (ça, ça n’a pas changé). Idem pour le RGAMF
  • comme vu supra, repérez l’ancienne adresse web du document dans votre intranet ou Google/Bing, puis remplacez dedans le sous-domaine www par celui qui convient
  • sinon, si vous avez un abonnement à Lexis 360 ou Lamyline, allez-y. L’essentiel devrait y être. Comme quoi, parfois, l’archivage privé de données publiques peut dépanner. Même si très franchement, ce n’est pas une situation à reproduire ni à faire perdurer.


La loupe mène au (nouveau) moteur de recherche du site, mais il est loin d’être au point à 100%

La WayBack Machine d’Archive.org ne peut guère aider. Voici pourquoi :

  • son fonctionnement suppose d’avoir gardé l’adresse exacte (URL) du document recherché. Les moteurs de recherche internes des sites archivés ne fonctionnent pas, en effet, sur http://archive.org Exemples infra en copies écran avec la BDIF
  • seule une petite partie du site fonctionne avec des URLs ne nécessitant pas de passer par un moteur (essentiellement les positions et recommandations — la doctrine AMF, restée d’ailleurs sous l’ancienne mise en page)
  • la WayBack Machine est très lente.

Pour la veille :

  • on peut s’abonner aux alertes email du site AMF, si elles fonctionnent (je teste depuis le 2 mars : à ce jour, je n’air rien reçu)
  • mettre sous surveillance les pages principales avec un logiciel de veille comme WebSite Watcher (prix de départ 99 euros) ou un service HTML to RSS [10]
  • l’ultra basique (et ultra efficace si il n’y en a pas trop), mettre les pages centrales dans son bookmark ou dans l’annuaire Outlook et les consulter une fois par jour.

En conclusion, on ne peut que souhaiter :

  • à l’AMF, de finir au plus vite la migration en passant sous Drupal sa doctrine et son règlement général
  • aux utilisateurs, d’arriver à faire entendre à l’Autorité leurs difficultés.

Emmanuel Barthe
juriste documentaliste, veilleur


Les greffes de commerce couvrent désormais toute la France

Du nouveau sur Infogreffe et les K-bis

Arnaque au K-bis

Lundi 10 février 2020

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Le nouveau logo d’Infogreffe

Les chantiers d’Infogreffe

La loi Pacte du 22 mai 2019 est en passe de consacrer l’acteur déjà ultra-dominant et bientôt unique du marché des greffes gérant le registre du commerce et des sociétés (RCS). Il est en bonne position pour gérer l’ensemble de l’information sur les sociétés françaises.

Infogreffe couvre tout le territoire

Les greffes de commerce ont repris l’enregistrement au RCS et la tenue de ce registre dans les DROM (département et régions d’Outre-Mer) et l’Alsace-Lorraine, les dernières zones géographiques qui leur échappaient. C’est ce que nous apprend Actualités du droit (ADD, Lamy) [11].

Ainsi, explique le président d’Infogreffe Dieudonné Mpouki à ADD, « aujourd’hui, Infogreffe est une réalité à Saint Pierre de la Réunion et en Martinique : la diffusion d’extrait Kbis ou l’immatriculation sont désormais possibles en ligne (les modifications le seront bientôt), tout comme le dépôt des comptes annuels. Le déploiement se poursuit actuellement à Saint Denis de la Réunion, Mayotte, etc. » M. Mpouki précise : « Depuis janvier 2018, nous diffusons les Kbis à Strasbourg et à Mulhouse, via Infogreffe. Nous avons commencé début décembre à permettre d’accomplir toutes les formalités RCS à Strasbourg, Mulhouse, Colmar et Metz. Pour les autres villes, le déploiement sera progressif et effectif d’ici la fin de l’année. Ce sera donc la fin des zones grises ».

Infogreffe a donc perdu une manche face à l’INPI (voir notre billet Data Inpi : le portail open data du RCS (enfin) lancé) et en a gagné une autre face aux greffes civils de commerce. Il pourrait gagner remporter d’autres chantiers : ceux de la loi Pacte.

Infogreffe et les chantiers de la loi Pacte : guichet unique électronique et registre dématérialisé des entreprises

Les deux premiers articles de la loi Pacte concernent en effet :

  • art. 1er : un guichet unique électronique : il centralisera les déclarations des entreprises (création, modification de leur situation et cessation de leur activité)
  • art. 2 : un registre général dématérialisé des entreprises : il centralisera le recueil, la conservation et la diffusion des informations concernant les entreprises.

Sur le guichet unique, selon son président, Infogreffe s’est « positionné pour mettre à disposition [leur] outil aux pouvoirs publics ». Et reconnaissons-le, Infogreffe semble difficile à éviter.

La création d’un registre général dématérialisé des entreprises est là aussi un chantier fait pour Infogreffe, semble-t-il. Une mission interministérielle a été mise en place pour accompagner ce projet [12]. Reste à attendre la décision des pouvoirs publics, qui devrait intervenir au 1er trimestre 2020, et la mise en place effective, au plus tard le 1er janvier 2021. Là encore, Infogreffe a proposé son expertise : « Nous faisons déjà l’open data des informations RCS grâce à data.infogreffe. Demain, nous pourrons aussi tenir le registre général dès lors que tout passe par Infogreffe. 80 % des entreprises sont déjà gérées par Infogreffe ».

Interconnexion des greffes de commerce par une blockchain privée

Par ailleurs, l’article d’ADD nous informe que l’expérimentation lancée au printemps dernier pour interconnecter les registres de greffe via une blockchain privée (Lyon, Paris, Meaux et Saint-Étienne) [13] est en cours d’extension à d’autres greffes.

Open data des décisions des Tcom

Enfin, le président d’Infogreffe confirme à ADD confirme que le ministère de la Justice a demandé à Infogreffe de sortir l’open data des décisions de tribunaux de commerce. Mais là, très peu de précisions. Sauf celle-ci : « Nous sommes en train de réfléchir à l’opportunité de traiter le stock de décisions qui ont 10 ans d’ancienneté. Peut-être ne faut-il remonter qu’à 3, 4 ou 5 ans. Bien évidemment, le travail ne sera pas le même en fonction de l’antériorité qui sera retenue. Cet arbitrage n’est pas encore fait. » Un open data bridé ?


Un site illégal

Vente illégale de K-bis

Des sites "vendent" des K-bis en violation de la loi, et sans que ces versions puissent être produites en justice (on dit aussi "opposables") :
Evidemment, ces sites ont achetés de la publicité Google Ads et se retrouvent ainsi artificiellement en tête des résultats de recherche quand on tape "kbis" dans Google.

En effet, selon l’article R. 123-150 du Code de commerce :
« Les greffiers et l’Institut national de la propriété industrielle [INPI, base data.inpi.fr, voir sur ce blog Data Inpi : le portail open data du RCS (enfin) lancé ] sont astreints et seuls habilités à délivrer à toute personne qui en fait la demande des certificats, copies ou extraits des inscriptions portées au registre et actes déposés en annexe, sauf en ce qui concerne les inscriptions radiées et les documents comptables, qui sont communiqués dans des conditions fixées par l’arrêté prévu à l’article R. 123-166. »

Infogreffe confirme, par son compte Twitter :

Ainsi que le précisent les art. R123-150 & suivants du code de commerce, seuls les greffiers des tribunaux de commerce sont habilités à délivrer, au greffe ou via Infogreffe, des documents & actes issus du RCS comme le KBIS. Ces sites sont donc des arnaques.

Emmanuel Barthe
documentaliste juridique, veilleur, formateur


Et un autre site illégal


Les ordonnances : les repérer, les suivre

Guide pour les veilleurs

Mardi 4 février 2020

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Une ordonnance publiée au JO

[Ce billet fait partie d’une série sur les ordonnances. Le premier billet : Les ordonnances, des lois mal documentées. ]

Les ordonnances sont un type de texte officiel de nature ambigüe en droit constitutionnel français, ce qui rend leur parcours — et leur suivi — assez complexe.

Pour ceux qui ne sont pas veilleurs juridiques professionnels, voici ce qu’il faut savoir et quelques trucs utiles.

Les ordonnances, ou quand le Gouvernement fait le travail du Parlement

La façon dont les ordonnances sont élaborées a des implications sur la veille. Il est donc vital pour les documentalistes, journalistes et veilleurs de comprendre ce qui suit.

- Sous notre Ve République (depuis 1958 donc), une loi n’est pas une loi parce qu’elle a été votée par le Parlement (Assemblée nationale + Sénat). Non, elle est une loi parce qu’elle intervient sur des sujets qui sont, selon la Constitution de 1958, du "domaine de la loi". Hors de ce domaine [14], le Gouvernement est son propre maître (nous ne parlerons pas ici du pouvoir de facto du président de la République, chef de parti, sur son Gouvernement). Cette frontière a été créée parce que le fondateur de la Ve, le général de Gaulle, voulait limiter l’influence du Parlement sur le Gouvernement. Désormais, chacun sa "zone".

- Mais en réalité, vu le pouvoir réel (bien plus important que celui du Parlement) du Gouvernement, il a souvent besoin d’intervenir dans le domaine de la loi (il le faisait déjà sous les IIIe et IVe Républiques par ce qu’on appelait les décrets-lois). Notamment quand il faut :

  • faire passer rapidement les réformes promises par le président de la République (application de son programme de campagne ou bien changement important de sa politique)
  • ou, souvent en urgence, transposer une directive européenne, c’est-à-dire l’adapter au droit français, par le biais d’une loi (ici, donc, une ordonnance, texte à valeur législative) dédiée à cela.

François Hollande, président de la République de 2012 à 2017, a ainsi justifié le recours accru aux ordonnances afin « de faire avancer les dossiers » [15].

Voilà pour le but des ordonnances.

Maintenant, techniquement — et c’est très important pour la veille —, qu’es-ce qu’une ordonnance ? C’est un texte qu’aurait dû prendre le Parlement et que le Gouvernement va prendre à sa place, mais avec son autorisation a priori (avant que l’ordonnance soit publiée) puis sa validation a posteriori (après qu’elle ait été publiée). Comme le mot ordonnance a été et est encore utilisé pour désigner d’autres types de documents, les spécialistes parlent des ordonnances de l’article 38, car c’est cet article de la Constitution qui les a créées.

- Le Gouvernement doit donc demander l’autorisation au Parlement d’intervenir dans sa zone de compétence. Il le fait :

  • en annonçant dans la presse, dans ses discours et dans l’exposé des motifs du projet de loi (plus le dossier de presse sur le site du ministère) ce qu’il veut faire avec son idée d’ordonnance. Ca reste cependant peu détaillé [16]
  • en faisant voter au Parlement une loi d’habilitation. En réalité, il s’agit désormais d’un article vers la fin d’une longue loi (exemple : la loi Pacte du 22 mai 2019) et non plus d’une loi dédiée uniquement à cela. Cet article est assez court et précise seulement dans quel sujet le Gouvernment entend prendre une ordonnance.

- Pour éviter l’effet "blanc seing", une fois l’ordonnance publiée au JO et appliquée, le Gouvernement doit ensuite la faire ratifier par le Parlement en présentant et faisant voter un projet de loi de ratification.

Les ordonnances sont donc des textes considérés au début de leur existence comme étant de nature réglementaire — mais ayant l’effet d’une loi. Puis, une fois ratifiés, ils deviennent de vraies lois tout en gardant leur nom d’ordonnance.

Pour plus d’informations sur le statut des ordonnances et notamment le manque de transparence attaché à leur élaboration, lire notre billet Les ordonnances, des lois mal documentées.

Comment trouver et suivre une ordonnance

- Au tout début, faites d’abord une recherche sur les moteurs de recherche et dans la presse pour avoir des informations sur le contenu de la future ordonnance.

- Repérez la mention de l’ordonnance à venir à travers la presse et identifiez ainsi précisément le projet de loi et l’article de cette future loi qui donnera l’autorisation au Gouvernement de prendre l’ordonnance.

- Suivez l’évolution de l’article en question de ce projet de loi sur les sites du Sénat et de l’Assemblée.

- Une fois la loi publiée au Journal officiel, le Gouvernement n’a qu’à faire passer en conseil des ministres l’ordonnance pour pouvoir la faire publier dès le lendemain dans le JORF.

Pour savoir si l’ordonnance a été publiée au JO, allez :

  • sur le site du Sénat, en bas du dossier législatif consacré à la loi, et consultez le lien Etat d’application de la loi [17]. NB : les échéanciers d’application des lois sur Legifrance ne sont consacrés qu’aux seuls décrets [18]
  • moyen complémentaire (car le site du Sénat peut avoir quelques jours de retard) : balayer le JO sur Legifrance :

Une ordonnance comporte au début des visas (« Vu le texte … »). Ceux-ci citent donc la directive si l’ordonnance en transpose une.

Les ordonnances sont d’autant plus « détectables » qu’elles sont accompagnées d’un rapport (au président de la République) qui les présente et résume leur contenu (exemple). Ce type de document est bien indexé par Google et surtout porte tous les mots-clés qu’il faut (et qui peuvent manquer dans l’ordonnance elle-même), facilitant ainsi la recherche.


Le rapport accompagnant l’ordonnance supra, publié lui aussi au JO

Attention aux délais

- Dans le cas d’une ordonnance, il faut bien vérifier deux délais :

  • le délai de publication de l’ordonnance elle-même. Il est généralement entre 3 et 18 mois (mais plus souvent 6 ou 12 mois) à compter de la promulgation de la loi d’habilitation. Si le Gouvernement oublie de publier l’ordonnance dans ce délai, il lui faudra retrouver dans l’agenda parlementaire un "trou" ou bien arriver à greffer l’habilitation par un amendement sur un projet de loi en examen [19] ou bien encore dégoter un futur projet de loi pouvant re-héberger la disposition d’habilitation. Beaucoup de retard à prévoir ...
    Si le Gouvernement laissait passer ce délai et prenait quand même l’ordonnance, elle serait illégale
  • le délai de publication au JO de la loi de ratification, défini là aussi par la loi d’habilitation. Généralement 3 ou 6 mois à compter de la publication de l’ordonnance au JO. Attention, il faut faire assez vite — en effet, la procédure parlementaire pour une loi prend au minimum deux mois. Si le Gouvernement est trop tardif à soumettre au Parlement le projet de loi de ratification, comme l’ordonnance a été prise par lui dans des matières qui lui sont normalement interdites, elle va perdre toute valeur. Tous les droits et devoirs qu’elle a créés disparaîtront ! C’est déjà arrivé [20] et une autre fois, ça a failli de très peu.

- Dans le cas d’une ordonnance de transposition de directive, il faut ajouter un troisième délai :

  • le délai imposé par la directive pour sa transposition. Souvent le 1er janvier de l’année n+2.

Pas de travaux préparatoires (en amont) ni d’échéancier des décrets d’application (en aval) pour une ordonnance

Comme expliqué plus en détail — et regretté — dans notre précédent billet sur les ordonnances Les ordonnances, des lois mal documentées, il y a un "dark side" des ordonnances :

  • qui dit ordonnance dit absence de travaux préparatoires, à l’exception de l’étude d’impact. Et pas de publication de l’avis du Conseil d’Etat [21]. Le Gouvernement peut choisir de rendre public l’avis du Conseil d’Etat sur le projet de loi d’habilitation (exemple) — qui précède et autorise l’ordonnance —, mais pas celui sur l’ordonnance elle-même
  • les documents préparatoires aux ordonnances ne sont même pas communicables au titre de l’accès aux documents administratifs car ils relèvent d’une exception appelée « secret des délibérations du Gouvernement » [22]. Donc pas moyen d’avoir accès aux travaux préparatoires des ordonnances
  • la fonctionnalité "échéancier des décrets d’application" sur Legifrance ne concerne pour l’instant que les lois. Pas les ordonnances.

Toutefois, si, une fois que vous êtes sur une ordonnance dans Legifrance, vous cliquez en haut sur le lien "En savoir plus sur ce texte", vous trouverez ce que Legifrance appelle "Textes d’application" . Il s’agit en réalité de la liste des décrets d’application déjà pris. Mais pas de la liste de ceux à prendre, ce qui distingue fondamentalement cette fonctionnalité des échéanciers des décrets d’application des lois. La distinction est d’autant plus nette que le lien "En savoir plus sur ce texte" est très discret. Peu de gens le connaissent, et encore moins l’utilisent [23].

Hélas :

  • d’une part, la liste des "Textes d’application" n’est pas exempte d’erreurs
  • d’autre part, dans la future version de Legifrance, cette fonctionnalité, dont le vrai nom est "Informations complémentaires sur le texte", ne sera pas reprise [24].

Emmanuel Barthe
juriste documentaliste, veilleur

Pour aller plus loin :


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