L’édition juridique

Dernier ajout : 28 février.

Derniers articles

Edition juridique et sécurité informatique : quelques questions d’actualité

Jeudi 25 février 2021

Lire la suite »

Editeurs juridiques, connaissez-vous les cyberattaques ? Etes-vous (bien) protégés ? Que prévoyez-vous en cas de hack ?

Inutile de se voiler la face : les abonnements papier en documentation juridique sont en train de faire les frais de la crise économique liée à l’épidémie mais aussi au développement du télétravail, devenu fortement recommandé (mais non pas obligatoire stricto sensu puisqu’il s’agit de droit mou) et de l’évolution déjà en cours depuis longtemps des habitudes de travail des juristes.

Je ne cherche pas à dire ici que le papier ne garde pas ses avantages ou que la coexistence du en ligne et de l’imprimé est dépassée, pas du tout [1]. Juste que l’époque est on ne peut plus favorable au en ligne.

Et alors, me dira-t-on, où est le problème ?

Pandémie => ↑ du télétravail => ↑ du en ligne => ↑ des coûts

Il y a déjà un problème bien connu des gestionnaires de budgets et de collection : le coût. Les plateformes en ligne des éditeurs coûtent beaucoup plus cher que leurs équivalents papier, surtout pour les moyennes et grandes structures, avec la fréquente tarification au nombre d’utilisateurs (réels et plus encore, potentiels).

Pour les pannes, cela fait longtemps que certains documentalistes recommandent de faire ajouter une clause dans les conditions particulières [2] (dite clause pénale [3], même si c’est du droit civil) dans le contrat : en cas de panne totale de plus de 24h, on enlève, au prorata, la somme de la facturation.

Et je ne parle pas des risques sur le réseau téléphonique et fibre (inondations, gel par grand froid, tempêtes (décembre 1999), etc.).

Pandémie => ↓ du papier => besoin d’archives numériques

Il y a aussi le problème des archives non fournies : le client paye pendant des années pour des ouvrages à mise à jour, des revues et s’il se désabonne, il n’a plus rien. On conçoit l’impossibilité technique de délivrer des archives des ouvrages à mise à jour ou d’une base de jurisprudence [4]. En fait, on pense à une archive des revues en PDF, ni plus ni moins. Et comme les éditeurs juridiques sont de plus en plus nombreux à les publier sur leur plateforme en PDF, ça ne devrait pas être si compliqué ni si cher que ça ... [5]

Pandémie => ↑ du télétravail => ↑ du en ligne => ↑ des hacks

Mais il y a un dernier problème, qui va devenir crucial : les cyberattaques.

Illustration actuelle : un éditeur juridique est victime d’une cyberattaque : depuis jeudi dernier 18 février, les sites de l’Afnor ne fonctionnent plus, soit une semaine entière. En interne, les équipes informatiques ont pris des mesures pour empêcher le ransomware Ryuk de continuer à se répandre. Comment faire pour aller consulter ou acheter une de ses publications si vous ne l’aviez pas gardée précieusement sur votre réseau interne ?

Depuis 2020, le problème est devenu plus que réel : incontournable. Hôpitaux, municipalités, grandes entreprises, même les spécialistes de la cybersécurité voient leurs réseaux informatiques infiltrés/cryptés. Il semble que toutes les catégories d’organismes soient touchées ou à (fort) risque. Et le délai de retour à la normale totale cité dans les articles sur le sujet oscille entre 2 semaines et plus souvent 2 mois.

Pouvez-vous vous passer de votre abonnement Navis, Lexis 360, Lamyline, Dalloz.fr, Lexbase, Revue Fiduciaire (Groupe RF) ou Lextenso pendant deux semaines ? Y a-t-il assez de documentation gratuite en ligne pour vous permettre de traiter les questions posées par les contentieux que vous traitez, surtout si vous n’avez pas de bibliothèque papier interne ?

Ajoutons que les CGV des éditeurs ne prévoient aucune indemnisation en cas de panne ou bug de leurs plateformes et aucun "dépannage" sous forme de fourniture d’archive numérique (cf supra).

J’ajouterai enfin que l’ANSSI, la Gendarmerie et le Gouvernement recommandent de plus en plus vocalement aux organismes touchés par des ransomwares de ne pas payer la rançon demandée. De toute manière, vu la situation, les primes des assurances cyber ne peuvent qu’augmenter en flèche. Selon S&P, les primes de cyber-assurance pourraient augmenter de 20 à 30% par an [6].

L’édition juridique est allée très loin dans la diffusion en ligne, éphémère. Vu les sommes et les risques croissants en jeu, il faudrait faire revenir le balancier vers la conservation sur site, durable elle.

Emmanuel Barthe
bibliothécaire documentaliste juridique


Contre la fonctionnalité "feuilletage" des revues juridiques en ligne

Jeudi 18 février 2021

Lire la suite »

Les éditions Lextenso proposent depuis janvier 2019 un service (payant) de "feuilletage" électronique pour consulter toutes leurs revues (Gazette du Palais, Petites Affiches, Defrénois, Bulletin Joly Sociétés, la série L’Essentiel ...) sur deux supports :

Les revues diffusées se trouvent aussi sur la Base Lextenso.

Pour un exemple de ce que ça donne, consultez gratuitement et sans codes d’accès un numéro du Bulletion Joly Sociétés.

Ce service m’a permis de repérer la création d’une nouvelle revue chez Lextenso : le Bulletin Joly Travail, dont le n° 1 remonte à septembre 2018.

Proposer un nouveau service est une initiative louable de la part de l’éditeur. Et le résultat est très élégant puisque identique au papier.

Pour autant, plusieurs de mes collègues et moi-même estimons que ces applications dites de "feuilletage" n’apportent pas grand’ chose. Et de nombreux juristes parmi nos "clients" vont dans le même sens.

Par exemple, ici, je suis obligé de cliquer trois voire quatre fois sur la loupe “+” pour grossir le texte et pouvoir le lire. Et pas de recherche dans le texte des articles, uniquement par les mots du titre de ceux-ci. Sans parler du fait qu’on a envie de demander pitié pour l’ergonomie, la praticité ... et nos yeux.

La version disponible sur Labase-Lextenso.fr (non feuilletable) nous semble bien plus pratique. Parce qu’elle nous évite tous ces redimensionnements et ces allez retours à droite puis à gauche puis en haut puis en bas. Le texte s’adapte automatiquement à la taille de l’écran et de la fenêtre.

Les fonctionnalités de Dalloz-Revues n’emballent pas non plus les utilisateurs. Exemple infra avec une double page de l’AJDA affichée sur grand écran et non grossie.

Pourquoi si peu de revues juridiques en PDF — à part chez Lamy [7] et, depuis quelques années, chez LexisNexis ? On en revient (presque) toujours au même argument : la crainte des éditeurs de voir leurs PDF circuler sous le manteau. L’argument est usé :

  • déjà, il est possible — et depuis très longtemps — de mettre des protections techniques (DRMs, watermark) sur des fichiers PDF [8]
  • et aujourd’hui, ce qu’on veut, c’est moins lire un document unique que chercher et trouver facilement plusieurs documents. Télécharger et envoyer par mail un PDF, c’est moins bien et c’est plus long
  • enfin, si LexisNexis, connu pour son attention aux choses de la propriété intellectuelle, s’est lancé, de toute évidence, dans un programme de mise en ligne progressive de ses revues en fac-similé PDF du papier, l’argument ne tient plus.

Ce qui est réellement utile et réellement demandé par les juristes, c’est soit du HTML soit du PDF (pour imprimer proprement), soit du ePub parce que c’est un format adapté aux petits écrans et qui se charge très vite. Et, très sincèrement, rien d’autre.

Et vous, vous en pensez quoi ?

Emmanuel Barthe
juriste documentaliste, veilleur


Le difficile équilibre financier des ouvrages de droit : chiffres de vente et prix moyen

Ou "bibliothèques numériques" v. ouvrages papier

Vendredi 5 février 2021

Lire la suite »

Prix moyens et rentabilité des livres de droit

Les abonnements aux revues papier et surtout ceux aux bases de données sont beaucoup plus rentables pour les éditeurs juridiques que les traités et ouvrages de cours.

Mais publier un ouvrage de cours ou un traité permet généralement à l’éditeur de s’assurer de la fidélité de l’auteur et de sa collaboration, justement, aux revues (commentaires d’arrêts) et plus encore à la rédaction et la mise à jour des études, fascicules, chapitres des ouvrages à mise à jour (JurisClasseurs, Répertoires Dalloz, collection Lamy droit, Dictionnaires Joly ...) qui constituent le fonds le plus utile des plateformes en ligne (Dalloz-Avocats, Lexis 360, Lextenso, Lamyline ...) [9].

Un Mémento Francis Lefebvre papier, c’est dans les 130 euros HT minimum, un grand traité dans les 70 euros HT minimum et un ouvrage de cours peut ne coûter que 35 euros HT. Alors que les bases de données/plateformes en ligne, elles, selon leur contenu, le forfait choisi, le nombre d’accès simultanés ou de juristes (utilisateurs potentiels) et la négociation, démarrent à un peu moins de 1000 euros HT pour un utilisateur.

Un succès de librairie en droit, comme me l’expliquait il y a quinze ans un libraire (le dirigeant-fondateur de Soficom), c’est 500 exemplaires vendus. Un gros traité de 2009 sur les OPA publié chez un grand éditeur juridique fit seulement 450 ventes en dix ans. C’est pourtant un ouvrage réputé, et constamment emprunté.

Cela dit, on constate de bien meilleures ventes des ouvrages de révision (anciennement appelés "mémentos"), notamment ceux de l’éditeur Ellipses et de la collection Carrés Gualino. C’est eux les vrais best sellers du droit.

La concurrence d’Internet ...

De surcroît, d’après les libraires, les achats d’ouvrages des étudiants ont beaucoup baissé depuis une dizaine d’années, notamment avec l’arrivée des fonds en ligne sur les ENT et surtout le développement des "polycopiés" fournis en ligne sur l’ENT et de l’information juridique de base mais de qualité correcte (sans plus) et gratuite sur Internet.

Sans compter que les professionnels du droit [10], bien que plus aisés, sont moins nombreux que les étudiants et collectivement moins riches que les BU.

... pas encore des plateformes d’éditeurs — mais bientôt ?

Si on combine ces faibles chiffres de vente avec l’évolution vers le en ligne — renforcée par le télétravail imposé par la pandémie actuelle —, l’avenir des livres de cours et traités pourrait sembler résider dans les plateformes dites improprement "bibliothèques numériques" [11]. Les principales existant actuellement en droit sont :

  • Dalloz-Bibliothèque (le précurseur en droit français, quasi-exhaustive, mais dont l’interface et le moteur n’ont quasiment pas évolué depuis dix ans)
  • et la rubrique Ouvrages de la base Lextenso (non exhaustive à l’heure actuelle mais augmentée chaque année et plus ergonomique que sa concurrente) [12].

Les limites des soi-disant "bibliothèques numériques"

Pourtant, il y a un problème de coût, comme le montrent les prix approximatifs donnés ci-dessus. Car les "bibliothèques numériques" des éditeurs ne sont pas vendues livre par livre, mais en bloc. Sans compter qu’on a du mal à trier les ouvrages qu’on veut de ceux qu’on ne veut pas [13]. D’un point de vue tarifaire et contenu, ce sont donc des plateformes en ligne comme les autres.

Il y a là un problème d’accès à l’information juridique qui approche ...

Mais aussi un problème pour les éditeurs juridiques car, dans le contexte actuel de télétravail et de crise économique, s’ils n’assurent pas aux auteurs (pour qui publier et être lus est une condition sine qua none de leur carrière académique [14]) que leurs ouvrages seront publiés en ligne et lus ... D’autant plus que l’attractivité et la lecture des revues juridiques des mêmes éditeurs, dans lesquelles écrivent ces mêmes auteurs, baisse face aux newsletters et réseaux sociaux et que les éditeurs sont en train d’en supprimer certaines [15] ...

Emmanuel Barthe
bibliothécaire documentaliste juridique


1 | 2 | 3 | 4 | 5 | 6 | 7 | 8 | 9 | ... | 53

Dernières brèves