Hommage à l’abbé Pierre : un lobbyiste hors pair

Lundi 22 janvier 2007

Pour une fois, voici un billet qui aura peu à voir avec le droit et encore moins avec la documentation. C’est juste un hommage.

Inspirateur de certains des mouvements et associations qui ont oeuvré pour la création d’un droit au logement opposable, l’abbé Pierre (Henri Grouès pour l’Etat civil) est décédé à 94 ans, lundi 22 janvier, à 5 h 25 à l’hôpital du Val-de-Grâce, à Paris.

La nécrologie [1] du Monde, rédigée par Michel Castaing [2] est très complète. Elle rappelle ainsi que :

  • l’abbé Pierre était un ancien député. Je cite l’article :

    « Poussé par ses amis résistants, il est élu, à la Libération, député indépendant de Meurthe-et-Moselle (il rejoint le MRP en 1946, puis la Gauche indépendante socialiste en 1950 avant d’être battu en 1951). Pour être proche du Palais-Bourbon, il retape, à Neuilly-Plaisance (Seine-Saint-Denis), un pavillon délabré, qui devient un lieu de réunion pour des équipes ouvrières et une auberge de jeunesse. »

  • et un lobbyiste hors pair :

    « L’abbé Pierre était un politique habile. Il savait jouer de son charisme sans céder aux sirènes politiciennes. "On me dit ’de gauche’, ça me fait sourire. Droite, gauche, je n’en sais rien, a-t-il écrit dans Testament. Mon choix est de montrer la réalité telle qu’elle est et de faire percevoir les priorités." Son indépendance d’esprit lui a permis, au fil des scrutins, d’interpeller les candidats sur le sort des plus démunis, notamment lors des divers projets de loi contre l’exclusion. »

Xavier Emmanuelli, fondateur et président du SAMU social, dans une brève interview donnée aux Echos du 23 janvier, explique :

« L’abbé Pierre n’était pas né de la dernière pluie, il avait été député MRP et c’était un homme de terrain. Avec son message de l’hiver 1954 sur RTL, il avait compris l’importance essentielle de l’opinion. En s’adressant directement à l’opinion pour faire bouger les choses, l’abbé Pierre a changé radicalement la donne. »

Voir aussi la dizaine de pages consacrées par le Parisien du même jour à l’abbé Pierre, un quasi-numéro spécial, qui raconte en détail son action — de facto — politique.

Notes de bas de page

[1Quel terme ... Mais enfin, c’est le mot.

[2Ironie du sort : M. Castaing, rédacteur initial de cette nécrologie, est mort en 2006. Le texte a été revu et complété par Bertrand Bissuel.

Répondre à cette brève