Erik Orsenna sur l’e-book : facile !

Jeudi 20 mars 2008

Dans un entretien avec le magazine Challenges, Erik Orsenna, qui fut un des fondateurs de la défunte start-up fabriquant des e-books Cytale, donne son avis sur l’e-book, notamment pour l’édition juridique [1].

« Challenges : [L’e-book] va-t-il bouleverser les règles du jeu dans l’édition ?

Erik Orsenna : C’est évident. L’e-book va révolutionner le secteur. Prenez les livres juridiques. Sous forme papier, ils peuvent contenir jusqu’à 8000 ou 9000 signes par page, ce qui les rend quasiment illisibles. De surcroît, ils ne sont jamais à jour : il y a toujours un décret qui est dépassé. Le livre électronique permet d’éviter ces inconvénients majeurs. C’est vrai pour tous les livres techniques, les encyclopédies, les guides, qui sont toujours partiellement périmés »

Sans vouloir diminuer la valeur des écrits littéraires de M. Orsenna, je note simplement qu’il s’agit de l’avis d’un partisan des e-book [2]. Et qu’il ne fait que répéter le discours à la mode actuellement, comme quoi le e-book est mûr, etc.

Bien sûr que le e-book s’est amélioré. Mais ...

Si je peux faire quelques remarques de praticien à un triple titre [3] :

  • ni Challenge ni M. Orsenna ne se posent la question de pourquoi le droit change tout le temps et de ses conséquences [4]. Ca en vaudrait pourtant le coup, vu les enjeux
  • pourquoi donc les juristes impriment ils dès que ça dépasse trois pages, au lieu de lire à l’écran ? Et ses corollaires, le coût en imprimantes, toner et papier et pour l’environnement
  • pourquoi les juristes préfèrent les Lamy, les Mémentos Francis Lefebvre et les Dalloz Action papier aux plateformes en ligne des mêmes éditeurs ? Mais pas les JurisClasseurs ? Autrement dit, la question centrale de l’ergonomie des applications numériques éditoriales [5] est à peine abordée [6], en réalité esquivée. Or elle demeure, avec l’inflation des coûts, le principal frein à l’adoption des version en ligne des produits des éditeurs juridiques.

Enfin, je formulerais bien un souhait : qu’on nous épargne les MTP (mesures techniques de protection, improprement mais communément appelées DRM) comme celles que la CCI met sur ses e-books PDF. Le genre de protection qui rend l’ouvrage immprimable une seule fois et en rend le prêt impossible — il reste "scotché" sur le PC ou le serveur qui l’a téléchargé.

Notes de bas de page

[1Erik Orsenna, écrivain : « Le livre électronique va révolutionner l’édition » / Bertrand Fraysse, Challenges n° 116 20 mars 2008 p. 32.

[2Erik Orsenna : « Moi, c’est le contenu qui m’intéresse, pas le support. Je ne suis pas du tout bibliophile. »

[3J’ai une licence en droit, je suis formateur en Internet juridique et en droit des NTIC pour documentalistes — spécialiste notamment du droit d’auteur, du droit des bases de données et du droit des contrats/licences d’accès aux ressources électroniques — et bien sûr documentaliste juridique, en contact quotidien avec les utilisateurs professionnels.

[6Erik Orsenna : « Le coeur de l’affaire, c’est qu’il faut avoir une bonne plate-forme : simple, légère, pas chère. La nôtre était encore trop compliquée, trop lourde et trop chère. Ce n’est plus le cas aujourd’hui : l’iPod du livre va exister. »

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