Les rapports officiels : souvent comme la cavalerie ...

Vendredi 6 août 2010

Les rapports officiels sont comme la cavalerie : ils arrivent souvent un peu tard. Pour autant, ils apportent des analyses détaillées et permettent de confirmer ce que des journalistes ont avancé. Parfois, ils se contentent largement de se retrancher derrière l’enquête des journalistes.

Comme ici dans le rapport d’information du Sénat sur le traitement de l’épidémie de grippe H1N1 (les liens et notes sont de nous), qui suit ceux de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe (APCE), de l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques (OPECST) et de la commission d’enquête de l’Assemblée nationale :

« Les critiques adressées à l’OMS sur son incapacité à gérer les conflits d’intérêts et son opacité, largement partagées et détaillées par le rapport de la commission de l’APCE, ont donné lieu à une enquête approfondie des journalistes Deborah Cohen et Philip Carter, publiée le 3 juin 2010 dans le British Medical Journal (BMJ) [1]. [...]

Le recours par l’OMS à un petit nombre d’experts également employés par l’industrie apparaît dans une mention au sein du plan antipandémique de 1999, précisant qu’il a été réalisé "en collaboration avec l’European Scientific Working Group on Influenza (ESWI)".

L’ESWI, créé en 1992, se présente comme un groupe indépendant, mais est en réalité financé par l’industrie. Il assume ouvertement depuis 1998 un rôle de lobbying en faveur de la nécessité de la vaccination contre la grippe, du recours aux antiviraux et de la constitution de stocks. [...]

Le manque de déclarations des liens d’intérêts ou la possibilité de conflits d’intérêts n’est pas propre à l’OMS : les mêmes experts peuvent aussi conseiller les agences nationales et l’Agence européenne des médicaments. Par exemple, toujours selon les enquêteurs du BMJ, deux des experts de l’Agence européenne des médicaments ayant participé au processus d’autorisation du Tamiflu auraient été en situation de conflits d’intérêts avec le laboratoire producteur de cet antiviral. [...]

L’anonymat des membres du comité d’urgence et la non-publicité des déclarations d’intérêts font apparaître un manque de transparence de l’OMS qui renforçe les critiques portant sur l’influence des laboratoires. [...]

Sous bénéfice d’inventaire de déclarations d’intérêts auxquelles n’a pas eu accès l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe (APCE), qui le déplore vivement, le critère de la compétence technique apparaît l’emporter sur celui de l’indépendance dans le choix de ses experts par l’OMS. [...]

Dans sa lettre au BMJ du 8 juin 2010 précitée, le directeur général de l’OMS reconnaît la nécessité d’améliorer les règles relatives aux conflits d’intérêts : "l’OMS doit établir et appliquer des règles plus strictes concernant les rapports avec l’industrie et c’est ce que nous faisons". »

Quant aux gouvernements, pas mieux que l’OMS, dans un style différent. Selon le Journal de l’environnement, « dans le rapport de l’OPECST, Marie-Christine Blandin et Jean-Pierre Door reprochent aux services tricolores de la santé d’avoir systématiquement privilégié le pire scénario, de ne pas avoir centralisé la prise de décision, d’avoir régulièrement changé de message et de s’être privé du conseil et de l’assistance des médecins généralistes. Les deux parlementaires avaient aussi fustigé le manque de solidarité entre les Etats membres de l’Union européenne. "On a vu des Etats membres négocier les uns contre les autres pour acquérir des vaccins ou des antiviraux, ce qui a fait le jeu des firmes pharmaceutiques", rappelait la sénatrice écologiste. »

Trop peu, trop tard, mais mieux vaut tard que jamais.

Notes de bas de page

[1L’article (en anglais) estdisponible gratuitement et in extenso sur le site du BMJ. Bien lire aussi la lettre de M. Girard, qui fut consultant pour les laboratoires. Son témoignage est très court mais révélateur.

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