Bibliothèque numérique : pendant que le projet européen piétine, Microsoft et Google avancent à marche forcée

Mardi 12 décembre 2006

Sur le sujet Bibliothèque numérique européenne (BNUE) [1], Olivier Ertzscheid signale que pendant que l’EU — et Yahoo avec son Open Content Alliance dans une moindre mesure — piétinent, Microsoft et Google avancent à marche forcée.

On le voit à travers les conclusions du Conseil (européen) "sur la numérisation et l’accessibilité en ligne du matériel culturel et sur la conservation numérique" (ouf ! c’est la nouvelle façon très officielle et communautaire de parler du projet de BNUE). Publié au Journal officiel de l’UE C 297 du 7 décembre 2006 p. 1, ce court texte de deux pages [2] « invite les Etats membres à se saisir des questions [...], à renforcer leurs stratégies et objectifs nationaux [...], à contribuer à améliorer la [BNUE] et à contribuer à la réalisation d’un état des lieux ». Si l’on n’en est qu’au stade de l’état des lieux et de l’invitation à se coordonner, c’est qu’on n’a guère avancé et presque tout reste à faire.

Certes, comme le rappelle mon collègue Rémy Nerrière sur la liste Juriconnexion [3], il existe une maquette prometteuse et très web 2.0 de la BNUE, dénommée apparemment Europeana. La BNF l’a présentée officiellement les 7 et 8 décembre 2006 lors des 4e Entretiens de la BNF Commentaires de Marlène et Olivier.

La presse française d’hier et aujourd’hui (les Echos, Le Figaro, ...) l’annonce : Microsoft lance Live Search Books. L’interface de recherche/vente n’est pas encore opérationelle ; ce qui est lancé, c’est le programme de numérisation des collections des bibliothèques et de partenariat avec les éditeurs). Prenant le contrepied de Google, la firme de Redmond entend respecter strictement le droit d’auteur, autrement dit ne numériser que des ouvrages tombés dans le domaine public et donc ne pas demander aux ayant droit de leur signaler ce qu’ils veulent voir retirer. Microsoft a déjà signé des partenariats de numérisation avec plusieurs grands bibliothèques américaines, dont la New York Public Library.

Pendant ce temps, Google a très nettement amélioré l’interface et les fonctionnalités de Google Book Search (GBS) [4]. Voir sur Figoblog la critique plutôt élogieuse de notre collègue Manue, citée par Olivier Ertzscheid.

On en viendrait presque à regretter que les éditeurs juridiques français ne fassent pas numériser et vendre sur Google Book Search leurs traités et thèses. Ce serait au moins une réponse aux critiques de Nicolas Morin (signalées en notes sous cet article) contre les éditeurs franco-français (indépendants des grands groupes internationaux).

Notes de bas de page

[1Sur les étapes précédentes du projet de BNUE, voir cette chronologie sur format-ouverts.org — plus complète et à jour que celle tenue par la BNF —, ce communiqué de la Commission européenne du 2 mars 2006 et nos brèves suivantes : Bibliothèque numérique européenne : création d’un comité de pilotage français, Le projet de bibliothèque numérique européenne : précisions sur les actions préparatoires françaises, Bibliothèque numérique européenne : un prototype français, Bibliothèque numérique européenne : les actions préparatoires passent au niveau européen. Un site web de préfiguration est celui de la Bibliothèque européenne, qui interroge plusieurs catalogues nationaux en même temps.

[2Deux pages seulement, c’est très, très court pour une instance officielle communautaire.

[3Premier à signaler cette maquette : le Bibliobuzz de l’excellent wiki Bibliopedia.

[4Les contrats de Google avec les bibliothèques participant à GBS restent en revanche toujours aussi sujets à caution.

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