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La main au collet

Le Web est bien en train de devenir payant

Bientôt du ménage sur le Web ?

Mardi 19 octobre 2021

Les médias sociaux deviennent progressivement partiellement payants, comme l’a repéré l’excellent magazine L’ADN centré sur la création numérique [1]. Twitter, par exemple, si vous voulez y éviter la pub, vous impose de payer son service.

Mais il n’y a pas que les "RS". Des sites web banals mais tout autant quotidiennement utilisés sont passés au "laissez-nous afficher de la publicité et vous traquer sinon payez un petit abonnement" (souvent 2 euros par mois, parfois 4). Leur version à eux du RGPD ... Pour un élément de comparaison, 4 euros c’est le prix de certains DVD vendus dans des magasins spécialisés à Paris.

Faites vous vous-même une idée en cliquant par exemple sur les 14 premiers résultats de la recherche de la bande annonce (une courte vidéo à but elle-même, déjà, publicitaire) de La main au collet, le film de Hitchcock avec Grace Kelly et Cary Grant. Vous constaterez que la majorité des résultats vous soumettent à ce choix désagréable.

Vous soumettent au choix supra "vos données ou votre argent" — ce qui fait un peu penser à un chantage (liste à compléter) :

  • Google
  • Youtube (qui affiche une publicité toutes les 5 mn — pire qu’à la télévision américaine)
  • Allô Ciné
  • Télé-Loisirs
  • Télé 2 Semaines
  • Femme Actuelle.fr (la preuve)
  • Gala.fr
  • Challenges.fr
  • ...

Ne pratiquent pas ce chantage et vous laissent les consulter même si vous refusez la pub et la traque de vos données :

  • Dailymotion
  • Vodkaster (un site communautaire de Télérama)
  • Rakuten.tv
  • L’Express.fr
  • Le Monde.fr
  • ...

Je parie que ces choix suivent les frontières des grands groupes de presse. Ce serait logique. Et concernant la presse, cette évolution va de pair avec la très nette réduction, voire suppression, du nombre d’articles consultables gratuitement (Les Échos, Le Monde ...) [2].

Pourquoi est-ce que je parle de chantage ? Parce que :

  • on a affaire à une interprétation que je qualifierais de "tendancieuse" du RGPD
  • certains de ces sites sont incontournables, on ne peut pas surfer sur le Web sans passer par eux en pratique
  • j’ai tendance à considérer que c’est soit option n° 1, soit option n° 2 :
    • option n° 1 : on ne paye pas, c’est gratuit et on peut être amené à regarder de la pub mais pas à avoir en plus à céder ses données personnelles. Je considère que "j’ai déjà donné" en devant "me payer" la pub [3]
    • option n° 2 : on paye et il n’y a pas de pub. Or quand bien même on accepte de payer, nombre de ces sites affichent une publicité très invasive (Les Echos.fr ...)
    • et puis, dans l’option n° 1, pour prendre un exemple précis, est-ce qu’une simple bande annonce de film (sur Allô Ciné) vaut 2 euros ? J’ai tendance à en douter : une bande annonce, c’est déjà de la publicité, je ne vois donc pas très bien en quoi sa valeur dépasserait au mieux quelques centimes — et encore, pour des films anciens.

On ne peut pas mettre son argent partout (si tant est qu’on aie envie de payer), il va falloir faire des choix. Et selon toute probabilité, ce seront les gros sites qui en profiteront, ceux dont le contenu est déjà énorme et qui dominent le secteur.

Ou je me trompe, ou il va y avoir du ménage sur le Web à moyen terme.

Emmanuel Barthe


Vidéos, podcasts : de nouveaux médias pour l’édition juridique

Vendredi 15 octobre 2021


Vidéo et webinars (qui sont essentiellement des vidéos en direct et enregistrées en fait) sont de nouvelles catégories de médias juridiques. Poussées par YouTube et une pratique quotidienne de "vlogging" aux Etats-Unis depuis 2005, leur émergence est désormais un fait acquis.

Sommaire

La vidéo juridique : efficacité, pédagogie et présente depuis 2006 en juridique

Ce n’est pas comme si le phénomène était nouveau dans le secteur de la documentation et de l’édition juridique. Pour mémoire, sur ce blog, nous avions déjà communiqué sur plusieurs expériences de vidéo juridique et ce, dès 2006. En 2010, j’écrivais sur ce blog : « Juristes adorateurs du papier et de l’écrit, entraînez vous à parler et convaincre devant une caméra ! »

Et puis, quoi de plus efficace pour expliquer et faire passer une idée en droit qu’un professeur ou avocat médiatique comme Bruno Dondero ou Me Landot ? Les nouveaux chargés de cours privés sur Internet, quant à eux (Jurixio [4], Fiches-Droit.com [5] ...) utilisent Youtube pour leur publicité [6] ... mais, c’est à noter, vendent des supports écrits, qui constituent ni plus ni moins des concurrents pour les mémentos Dalloz et Carrés Rouge.

D’ailleurs, quelque part, la vidéo en droit participe du legal design [7]. Si le legal design consiste en résumé à faire comprendre le droit français avec du graphisme et un langage clair et à se mettre à la place du client, la vidéo peut clairement en faire partie.

D’autant que le survol en diagonale des vidéos — un des gros problèmes des vidéos à l’origine — commence à devenir possible avec leur segmentation et titrage automatique par Youtube depuis 2020.

Les juridictions suprêmes françaises sont depuis un bail ;-) sur Vimeo et Dailymotion

Il y a aussi de la vidéo juridique française sur Vimeo. Celles de la Cour de cassation, par exemple, une institution qui en publie (tous ses colloques notamment ...) depuis septembre 2014 [8] et qui a dépassé en 2021 les 1000 vidéos postées sur Vimeo. Le Conseil d’Etat met lui aussi ses vidéos sur Vimeo.

Le Conseil constitutionnel, lui, héberge ses vidéos chez le français Dailymotion. Particulièrement la retransmission de toutes ses auditions de jugement.

Au-delà de la qualité de ses vidéos, très supérieure en moyenne à celle de Youtube [9], Vimeo me semble avoir toutefois un inconvénient : Vimeo n’est pas "mainstream", est relativement peu connu et offre de facto peu d’interactions entre les membres de sa communauté.

Les éditeurs juridiques : de timides débuts. Et pourtant ...

Les éditeurs juridiques, vu leur vogue dans la jeune génération, vont donc devoir s’y impliquer plus sérieusement. Ils ont commencé (voir infra), mais sur les franges de leurs contenus principaux. Autrement dit, les commentaires/la doctrine restent écrits, on n’envisage pas encore une migration.

Il faut reconnaître qu’il est difficile avec les moyens techniques standards actuels de faire des distinctions précises, d’énoncer de longues définitions, de lister des critères d’application de règles de droit, de discuter du champ d’application d’un article du Code de procédure civile, de citer en note de bas de page ... Le format habituellement court de la vidéo (5 mn à 10 mn recommandé) n’aide pas non plus. Les colloques, toutefois, passent. Mais honnêtement, sans leurs actes écrits, il serait beaucoup plus difficile de les exploiter [10]. Les vidéos publiées par les éditeurs ressortent pour l’instant davantage du marketing et du domaine de la publicité qu’autre chose.

Pourtant, la vidéo (les webinars en tout cas) devient rentable, ce qui devrait motiver plus encore les éditeurs. Voir par exemple ce que la Lettre A écrit [11] à propos du groupe InfoPro Digital (qui inclut Le Moniteur) : « Les webinars [d’InfoPro] se sont taillés une place de choix pendant le confinement. Le groupe de presse professionnelle, qui a organisé pas moins de 250 webinars en 2020, entend maintenir sa croissance sur ce segment complémentaire des salons et événements qui ont repris en présentiel. Ils ont l’avantage d’élargir la jauge de participants tout en réalisant des économies sur les frais d’organisation. [...] Le groupe a de gros progrès à faire sur la vidéo où les médias notamment ne sont pas encore positionnés ou bien mal identifiés. Infopro Digital peut enfin compter sur son potentiel data, et compte faire progresser cette ligne de revenus. »

Un développement de la vidéo chez les éditeurs posera la question de l’hébergement. Car la vidéo demande une puissance serveur et une bande passante extrêmement importantes. Pour l’instant, Youtube, Vimeo et Dailymotion "font le job". Mais puisque les éditeurs juridiques français ont désormais majoritairement migré leur sites payants chez AWS [12], ils ont de la puissance chez le géant américain. Et la coupure d’avec les communautés YouTube ne devrait pas être un problème si ces vidéos sont privées, caractéristique des sites payants. Le coût, en revanche, pourrait être un problème, AWS devenant cher quand il est massivement utilisé.


Voici les chaînes des principaux éditeurs juridiques. Il sont tous sur Youtube, en contraste très net avec les institutions, qui ont choisi, on l’a vu, Vimeo et Dailymotion. On voit bien en parcourant les vidéos publiées par les éditeurs les aspects frange et marketing/publicité :

Un exemple (rare) d’éditeur juridique publiant des vidéos de manière consistante et pas trop à la frange de son contenu principal ? ActuEL DJ, la newsletter de veille juridique des Editions Législatives (groupe Lefebvre Dalloz) à direction ... des directions juridiques « est très heureuse d’avoir reçu une Caméra d’argent dans la catégorie "Enjeux juridiques et économiques" à l’occasion du @BLF_Paris Trophée. Une belle récompense pour L’œil de la rédac’, ses vidéos mensuelles dédiées à l’actualité des DAJ ». ActuEL DJ s’est lancé dans la vidéo en novembre 2018, avec une vidéo sur ... le legal design. ActuEL publient eux aussi sur Vimeo.

Podcasts les éditeurs juridiques

Question nouveaux médias adoptés par la jeune génération et à adopter par les éditeurs juridiques, il faut ajouter les podcasts, où les extraits des programmes radio dominent.

Lexbase est en avance avec sa Lexradio et les podcasts qu’elle en tire (mais on aimerait des voix plus animées).

Mais les autres éditeurs n’ont pas oublié de lancer leurs podcasts, même s’ils sont moins systématiques que Lexradio. Pour en savoir plus sur les podcasts juridiques, lisez sur ce blog Podcasts juridiques : tentative de recensement et ébauche critique.

Emmanuel Barthe
documentaliste juridique, veilleur


Forum ministériel européen sur la justice numérique

Accès au droit, IA, cybersécurité, e-Codex

Mercredi 13 octobre 2021

La Commission européenne a organisé le 12 octobre 2021 un forum ministériel sur la justice numérique, retransmis en direct en ligne.

J’ai jeté un coup d’œil aux interventions et questions entre 13h20 et 14h10.

J’en retire quatre impressions — et autant de commentaires.

1. Le thème de l’accès au droit est décidément à la mode. Il est systématiquement question dans les interventions de mettre le citoyen/justiciable au centre des efforts (et donc des outils développés, comme en France le portail Justice.fr) en matière de justice numérique. Mais il s’agit là de la simple variante "accès au droit brut" de l’accès au droit.
_Tout cela semble éloigné d’un strict réalisme. Car ce dont les justiciables personnes physiques et TPE ont besoin en matière d’accès au droit, c’est aussi et surtout de comprendre les finesses d’une matière très technique et les enjeux (familiaux, financiers ...) de leurs contentieux. Donc d’explications en libre accès et de conseil plus que d’outils. Besoin donc :
* a. de sites de vulgarisation du droit comme Service-Public.fr, Legavox, le Village de la Justice, les sites de certains avocats comme Me Landot ou Gossement etc.
* b. d’avocats et de conseils juridiques.

2. Il est beaucoup question d’intelligence artificielle (IA)
Mais aucun intervenant ne la définit (en fait, c’est juste de l’informatique avancée, il n’y a ni réelle intelligence ni bon sens dedans) ni n’a parlé de ses limites bien réelles en performances ou de ses biais (le plus souvent contenus dans ou découlant des données).

3. Certains intervenants ont parlé de cybersécurité.
Trop peu. Au vu de l’actualité, les systèmes d’information sur les contentieux, voire dans le futur de jugement en ligne, *seront* hackés. Que fait-on d’ores et déjà ? Où sont les équipes de sécurité informatique de e-Codex par exemple ? Et quand on voit la lenteur des progrès de l’ENISA ...

4. e-Codex, justement.
Je trouve que les intervenants n’en ont pas assez parlé. Parce qu’en reliant entre eux les systèmes informatiques judiciaires des États membres de l’UE, cette initiative pourrait entraîner à terme leur convergence sur des standards techniques. Or on sait, depuis le RPVJ/RPVA/e-Barreau que les outils techniques ont une influence sur les règles de procédure (cf les éditoriaux et articles du professeur Hervé Croze à la revue Procédure).

Emmanuel Barthe
juriste documentaliste


Dernières brèves

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Bientôt du ménage sur le Web ?

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Mais il n’y a pas que les "RS". Des sites web banals mais tout autant quotidiennement utilisés sont passés au "laissez-nous afficher de la publicité et vous traquer sinon payez un petit abonnement" (souvent 2 euros par mois, parfois 4). Leur version à eux du RGPD ... Pour un élément de comparaison, 4 euros c’est le prix de certains DVD vendus dans des magasins spécialisés à Paris.

Faites vous vous-même une idée en cliquant par exemple sur les 14 premiers résultats de la recherche de la bande annonce (une courte vidéo à but elle-même, déjà, publicitaire) de La main au collet, le film de Hitchcock avec Grace Kelly et Cary Grant. Vous constaterez que la majorité des résultats vous soumettent à ce choix désagréable.

Vous soumettent au choix supra "vos données ou votre argent" — ce qui fait un peu penser à un chantage (liste à compléter) :

  • Google
  • Youtube (qui affiche une publicité toutes les 5 mn — pire qu’à la télévision américaine)
  • Allô Ciné
  • Télé-Loisirs
  • Télé 2 Semaines
  • Femme Actuelle.fr (la preuve)
  • Gala.fr
  • Challenges.fr
  • ...

Ne pratiquent pas ce chantage et vous laissent les consulter même si vous refusez la pub et la traque de vos données :

  • Dailymotion
  • Vodkaster (un site communautaire de Télérama)
  • Rakuten.tv
  • L’Express.fr
  • Le Monde.fr
  • ...

Je parie que ces choix suivent les frontières des grands groupes de presse. Ce serait logique. Et concernant la presse, cette évolution va de pair avec la très nette réduction, voire suppression, du nombre d’articles consultables gratuitement (Les Échos, Le Monde ...) [2].

Pourquoi est-ce que je parle de chantage ? Parce que :

  • on a affaire à une interprétation que je qualifierais de "tendancieuse" du RGPD
  • certains de ces sites sont incontournables, on ne peut pas surfer sur le Web sans passer par eux en pratique
  • j’ai tendance à considérer que c’est soit option n° 1, soit option n° 2 :
    • option n° 1 : on ne paye pas, c’est gratuit et on peut être amené à regarder de la pub mais pas à avoir en plus à céder ses données personnelles. Je considère que "j’ai déjà donné" en devant "me payer" la pub [3]
    • option n° 2 : on paye et il n’y a pas de pub. Or quand bien même on accepte de payer, nombre de ces sites affichent une publicité très invasive (Les Echos.fr ...)
    • et puis, dans l’option n° 1, pour prendre un exemple précis, est-ce qu’une simple bande annonce de film (sur Allô Ciné) vaut 2 euros ? J’ai tendance à en douter : une bande annonce, c’est déjà de la publicité, je ne vois donc pas très bien en quoi sa valeur dépasserait au mieux quelques centimes — et encore, pour des films anciens.

On ne peut pas mettre son argent partout (si tant est qu’on aie envie de payer), il va falloir faire des choix. Et selon toute probabilité, ce seront les gros sites qui en profiteront, ceux dont le contenu est déjà énorme et qui dominent le secteur.

Ou je me trompe, ou il va y avoir du ménage sur le Web à moyen terme.

Emmanuel Barthe


Vidéos, podcasts : de nouveaux médias pour l’édition juridique

Vendredi 15 octobre 2021

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Vidéo et webinars (qui sont essentiellement des vidéos en direct et enregistrées en fait) sont de nouvelles catégories de médias juridiques. Poussées par YouTube et une pratique quotidienne de "vlogging" aux Etats-Unis depuis 2005, leur émergence est désormais un fait acquis.

Sommaire

La vidéo juridique : efficacité, pédagogie et présente depuis 2006 en juridique

Ce n’est pas comme si le phénomène était nouveau dans le secteur de la documentation et de l’édition juridique. Pour mémoire, sur ce blog, nous avions déjà communiqué sur plusieurs expériences de vidéo juridique et ce, dès 2006. En 2010, j’écrivais sur ce blog : « Juristes adorateurs du papier et de l’écrit, entraînez vous à parler et convaincre devant une caméra ! »

Et puis, quoi de plus efficace pour expliquer et faire passer une idée en droit qu’un professeur ou avocat médiatique comme Bruno Dondero ou Me Landot ? Les nouveaux chargés de cours privés sur Internet, quant à eux (Jurixio [4], Fiches-Droit.com [5] ...) utilisent Youtube pour leur publicité [6] ... mais, c’est à noter, vendent des supports écrits, qui constituent ni plus ni moins des concurrents pour les mémentos Dalloz et Carrés Rouge.

D’ailleurs, quelque part, la vidéo en droit participe du legal design [7]. Si le legal design consiste en résumé à faire comprendre le droit français avec du graphisme et un langage clair et à se mettre à la place du client, la vidéo peut clairement en faire partie.

D’autant que le survol en diagonale des vidéos — un des gros problèmes des vidéos à l’origine — commence à devenir possible avec leur segmentation et titrage automatique par Youtube depuis 2020.

Les juridictions suprêmes françaises sont depuis un bail ;-) sur Vimeo et Dailymotion

Il y a aussi de la vidéo juridique française sur Vimeo. Celles de la Cour de cassation, par exemple, une institution qui en publie (tous ses colloques notamment ...) depuis septembre 2014 [8] et qui a dépassé en 2021 les 1000 vidéos postées sur Vimeo. Le Conseil d’Etat met lui aussi ses vidéos sur Vimeo.

Le Conseil constitutionnel, lui, héberge ses vidéos chez le français Dailymotion. Particulièrement la retransmission de toutes ses auditions de jugement.

Au-delà de la qualité de ses vidéos, très supérieure en moyenne à celle de Youtube [9], Vimeo me semble avoir toutefois un inconvénient : Vimeo n’est pas "mainstream", est relativement peu connu et offre de facto peu d’interactions entre les membres de sa communauté.

Les éditeurs juridiques : de timides débuts. Et pourtant ...

Les éditeurs juridiques, vu leur vogue dans la jeune génération, vont donc devoir s’y impliquer plus sérieusement. Ils ont commencé (voir infra), mais sur les franges de leurs contenus principaux. Autrement dit, les commentaires/la doctrine restent écrits, on n’envisage pas encore une migration.

Il faut reconnaître qu’il est difficile avec les moyens techniques standards actuels de faire des distinctions précises, d’énoncer de longues définitions, de lister des critères d’application de règles de droit, de discuter du champ d’application d’un article du Code de procédure civile, de citer en note de bas de page ... Le format habituellement court de la vidéo (5 mn à 10 mn recommandé) n’aide pas non plus. Les colloques, toutefois, passent. Mais honnêtement, sans leurs actes écrits, il serait beaucoup plus difficile de les exploiter [10]. Les vidéos publiées par les éditeurs ressortent pour l’instant davantage du marketing et du domaine de la publicité qu’autre chose.

Pourtant, la vidéo (les webinars en tout cas) devient rentable, ce qui devrait motiver plus encore les éditeurs. Voir par exemple ce que la Lettre A écrit [11] à propos du groupe InfoPro Digital (qui inclut Le Moniteur) : « Les webinars [d’InfoPro] se sont taillés une place de choix pendant le confinement. Le groupe de presse professionnelle, qui a organisé pas moins de 250 webinars en 2020, entend maintenir sa croissance sur ce segment complémentaire des salons et événements qui ont repris en présentiel. Ils ont l’avantage d’élargir la jauge de participants tout en réalisant des économies sur les frais d’organisation. [...] Le groupe a de gros progrès à faire sur la vidéo où les médias notamment ne sont pas encore positionnés ou bien mal identifiés. Infopro Digital peut enfin compter sur son potentiel data, et compte faire progresser cette ligne de revenus. »

Un développement de la vidéo chez les éditeurs posera la question de l’hébergement. Car la vidéo demande une puissance serveur et une bande passante extrêmement importantes. Pour l’instant, Youtube, Vimeo et Dailymotion "font le job". Mais puisque les éditeurs juridiques français ont désormais majoritairement migré leur sites payants chez AWS [12], ils ont de la puissance chez le géant américain. Et la coupure d’avec les communautés YouTube ne devrait pas être un problème si ces vidéos sont privées, caractéristique des sites payants. Le coût, en revanche, pourrait être un problème, AWS devenant cher quand il est massivement utilisé.


Voici les chaînes des principaux éditeurs juridiques. Il sont tous sur Youtube, en contraste très net avec les institutions, qui ont choisi, on l’a vu, Vimeo et Dailymotion. On voit bien en parcourant les vidéos publiées par les éditeurs les aspects frange et marketing/publicité :

Un exemple (rare) d’éditeur juridique publiant des vidéos de manière consistante et pas trop à la frange de son contenu principal ? ActuEL DJ, la newsletter de veille juridique des Editions Législatives (groupe Lefebvre Dalloz) à direction ... des directions juridiques « est très heureuse d’avoir reçu une Caméra d’argent dans la catégorie "Enjeux juridiques et économiques" à l’occasion du @BLF_Paris Trophée. Une belle récompense pour L’œil de la rédac’, ses vidéos mensuelles dédiées à l’actualité des DAJ ». ActuEL DJ s’est lancé dans la vidéo en novembre 2018, avec une vidéo sur ... le legal design. ActuEL publient eux aussi sur Vimeo.

Podcasts les éditeurs juridiques

Question nouveaux médias adoptés par la jeune génération et à adopter par les éditeurs juridiques, il faut ajouter les podcasts, où les extraits des programmes radio dominent.

Lexbase est en avance avec sa Lexradio et les podcasts qu’elle en tire (mais on aimerait des voix plus animées).

Mais les autres éditeurs n’ont pas oublié de lancer leurs podcasts, même s’ils sont moins systématiques que Lexradio. Pour en savoir plus sur les podcasts juridiques, lisez sur ce blog Podcasts juridiques : tentative de recensement et ébauche critique.

Emmanuel Barthe
documentaliste juridique, veilleur


Forum ministériel européen sur la justice numérique

Accès au droit, IA, cybersécurité, e-Codex

Mercredi 13 octobre 2021

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La Commission européenne a organisé le 12 octobre 2021 un forum ministériel sur la justice numérique, retransmis en direct en ligne.

J’ai jeté un coup d’œil aux interventions et questions entre 13h20 et 14h10.

J’en retire quatre impressions — et autant de commentaires.

1. Le thème de l’accès au droit est décidément à la mode. Il est systématiquement question dans les interventions de mettre le citoyen/justiciable au centre des efforts (et donc des outils développés, comme en France le portail Justice.fr) en matière de justice numérique. Mais il s’agit là de la simple variante "accès au droit brut" de l’accès au droit.
_Tout cela semble éloigné d’un strict réalisme. Car ce dont les justiciables personnes physiques et TPE ont besoin en matière d’accès au droit, c’est aussi et surtout de comprendre les finesses d’une matière très technique et les enjeux (familiaux, financiers ...) de leurs contentieux. Donc d’explications en libre accès et de conseil plus que d’outils. Besoin donc :
* a. de sites de vulgarisation du droit comme Service-Public.fr, Legavox, le Village de la Justice, les sites de certains avocats comme Me Landot ou Gossement etc.
* b. d’avocats et de conseils juridiques.

2. Il est beaucoup question d’intelligence artificielle (IA)
Mais aucun intervenant ne la définit (en fait, c’est juste de l’informatique avancée, il n’y a ni réelle intelligence ni bon sens dedans) ni n’a parlé de ses limites bien réelles en performances ou de ses biais (le plus souvent contenus dans ou découlant des données).

3. Certains intervenants ont parlé de cybersécurité.
Trop peu. Au vu de l’actualité, les systèmes d’information sur les contentieux, voire dans le futur de jugement en ligne, *seront* hackés. Que fait-on d’ores et déjà ? Où sont les équipes de sécurité informatique de e-Codex par exemple ? Et quand on voit la lenteur des progrès de l’ENISA ...

4. e-Codex, justement.
Je trouve que les intervenants n’en ont pas assez parlé. Parce qu’en reliant entre eux les systèmes informatiques judiciaires des États membres de l’UE, cette initiative pourrait entraîner à terme leur convergence sur des standards techniques. Or on sait, depuis le RPVJ/RPVA/e-Barreau que les outils techniques ont une influence sur les règles de procédure (cf les éditoriaux et articles du professeur Hervé Croze à la revue Procédure).

Emmanuel Barthe
juriste documentaliste


 

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