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Du rififi à l’European Law Journal : le board meurt mais ne se rend pas

... et pourrait créer une autre revue de droit européen

Vendredi 3 avril 2020

Le 31 janvier 2020, après un conflit qui aura duré deux ans, les membres des "editorial and advisory boards" (comités éditorial et scientifique) de la revue European Law Journal (ELJ) ont collectivement démissionné. L’éditeur Wiley ayant refusé d’inscrire dans leur contrat qu’ils avaient droit de nomination sur les rédacteurs-en-chef, ce qu’ils réclamaient.

Rébellion

En conclusion de leur post, ils/elles laissent entendre qu’ils aimeraient créer une autre revue de droit européen (« The European Law Journal is an intellectual project we are determined to continue »), sous un autre titre évidemment.

L’ELJ, lui, continue. Wiley recherche un rédacteur-en-chef. C’était justement le point de départ de la querelle en 2018. Selon les membres des "boards", l’éditeur voulait nommer de nouveaux "editors-in-chief" sans les consulter.

Ils ont « démissionné en masse de leurs postes en signe de protestation après que l’éditeur, Wiley, ait refusé de "céder” le contrôle et l’autorité sur les nominations et les décisions de la rédaction aux universitaires qui siègent aux comités de la revue ». Sur le blog de la revue, ils relatent leur « petit acte de résistance » car ils pensent « qu’il y a peut-être des leçons à tirer pour la communauté universitaire au sens large ».


La liste des signataires

Naïveté et ambiguïté

A travers leur communiqué, on les sent partagés. D’un côté, ils aimeraient bien trouver un éditeur qui respecte leur indépendance académique — et le fait que c’est eux qui font le travail d’évaluation ("peer review"). De l’autre, ils se rendent compte que l’éditeur possède bel et bien la revue et qu’il est donc maître à bord.

Moi aussi je suis partagé. D’un côté, je souhaite bonne chance à leur projet de revue alternative (je suppose qu’ils n’ont pas de clause de non-concurrence dans leur contrat). De l’autre, je ne voudrais pas paraître irrespectueux, mais quand ils se disent « peut-être naïfs », eh bien, objectivement, le "peut-être" semble de trop.

Il y a pourtant de grands enseignants dans ces deux comités. Daniela Caruso, par exemple, enseigne le droit européen des contrats à la Boston University. Quant à Gráinne de Búrca, elle enseigne le droit européen à l’Université de New York après avoir été à l’Institut Universitaire Européen de Florence, Oxford puis Harvard. Elle est l’auteure avec Paul Craig d’un manuel universitaire de droit européen dominant et indéboulonnable dans les facultés de droit : EU law : text, cases, and materials qui en est à sa 6e édition (2015) chez Oxford University Press. Francis Snyder, lui, fut carrément membre des groupes de travail ayant préparé les traités de Nice et d’Amsterdam et fonda l’ELJ.

De grands juristes, donc, mais qui n’ont pas tenu compte des réalités économiques et des rapports de force et n’ont pas pas immédiatement tiré, dès leur entrée au comité, les conclusions de la situation juridique où Wiley et eux se trouvaient. Certes, ils concluent leur billet par le constat "Business as usual". Mais c’est pour finir sur l’espoir que démissionnant en bloc, ils emporteront l’esprit de la revue avec eux (« Or do they ? », une belle formule [1]).

Certes, ils semblent être conscients que l’édition scientifique est un business formidable où « les universitaires ne sont que des prestataires intellectuels merveilleusement bon marché » [2]. Mais ils ne prononcent pas une seule fois les expressions "open access" ou "revue financée par l’Université" (quoique l’open access ne soit pas en soi une garantie de respect des universitaires).

On retrouve ici l’attitude "vouloir le beurre et l’argent du beurre" (ou, dit autrement et en anglais, "wishful thinking") très présente chez les enseignants et les chercheurs dans leur relation aux revues et aux éditeurs. Attitude illustrée récemment par une enquête publiée par le consortium Couperin [3] et commentée par Archimag [4].

Emmanuel Barthe
juriste, bibliothécaire documentaliste, veilleur


Datajust : un traitement de données pour élaborer un algorithme en matière d’indemnisation du préjudice corporel ...

... et pour évaluer les politiques publiques en matière de responsabilité civile et administrative

Vendredi 3 avril 2020

Décret n° 2020-356 du 27 mars 2020 portant création d’un traitement automatisé de données à caractère personnel dénommé « DataJust », JORF n° 77 du 29 mars 2020 texte n° 2

Présentation officielle : ce décret autorise le ministre de la justice à mettre en œuvre, pour une durée de deux ans, un traitement automatisé de données à caractère personnel, dénommé « DataJust », ayant pour finalité le développement d’un algorithme destiné à permettre l’évaluation rétrospective et prospective des politiques publiques en matière de responsabilité civile et administrative, l’élaboration d’un référentiel indicatif d’indemnisation des préjudices corporels, l’information des parties et l’aide à l’évaluation du montant de l’indemnisation à laquelle les victimes peuvent prétendre afin de favoriser un règlement amiable des litiges, ainsi que l’information ou la documentation des juges appelés à statuer sur des demandes d’indemnisation des préjudices corporels. Le décret définit les finalités du traitement, la nature et la durée de conservation des données enregistrées ainsi que les catégories de personnes y ayant accès. Il précise enfin les modalités d’exercice des droits des personnes concernées.

C’est en fait un vieux projet, rendu public il y a maintenant deux ans, lors de la deuxième édition de la Vendôme Tech, en décembre 2018, et événement désormais annuel de présentation des projets de transformation numérique de la Justice. Un projet s’inscrit dans le cadre de l’avant-projet de réforme de la responsabilité civile et vide à donner à la Cour de cassation et au ministère de la Justice des données et des armes, donc, dans le débat sur le coût de cette réforme pour les assureurs (et les primes d’assurance).

Premiers commentaires :

  • Christiane Ferahl-Schuhl dans sa réaction sur son compte LinkedIn considère implicitement que ce traitement et futur algorithme est un danger pour la personnalisation de la réparation du préjudice. D’autres avocats précisent que les barèmes existant font déjà le travail d’uniformisation et que ce traitement viserait d’abord à baisser les évaluations (i.e. irait dans le sens des assureurs)
  • Pierre Januel (journaliste juridique, ex-porte-parole du ministère de la Justice) sur Twitter tend à relativiser les peurs, notamment des avocats
  • idem pour les Actualités du droit (Lamy).

Coronavirus : vrais problèmes, épidémie, précautions, droit du travail

Vendredi 3 avril 2020

Parce que fin février, j’avais comme l’impression que la France allait être plus concernée qu’initialement prévu par l’épidémie de coronavirus 2019, j’ai pris le temps de faire ce point (mis en ligne le 23 février et régulièrement mis à jour). Pour le rédiger et le mettre à jour, je n’utilise que des sources fiables et diversifiées (site de l’OMS, sites gouvernementaux, presse y compris étrangère, études scientifiques).

Pour les veilleurs, vous trouverez en fin de ce billet des sources fiables pour la veille, incluant des comptes Twitter.

Sommaire

Relativiser, oui mais ...

La grippe espagnole, de 1918 à 1919, fut responsable d’environ 50 millions de morts. La grippe classique en France cause 10 000 à 15 000 décès chaque année (entre 8000 et 9900 durant l’hiver 2018-2019 selon Santé publique France). La létalité (voir définition infra) du coronavirus au niveau mondial depuis le début de l’épidémie se situerait entre 1,5 et 5,6% selon le mode de calcul.

Selon le Dr Samira Fafi-Kremer, cheffe du laboratoire de virologie au CHU de Strasbourg, interrogée par France Info le 1er mars, « certes, on voit que ce nouveau coronavirus est contagieux, mais pas davantage que la grippe et d’autres virus aussi » — c’est ce qu’on appelle le taux de reproduction de base, ou R0 (voir définition infra). Elle complète : « la plupart des personnes infectées n’ont pas de symptômes sévères ».

Et d’après le ministère de la Santé, « dans 85% des cas, la maladie guérit avec du repos ».

Or au 3 avril, en France, alors même que le haut de la vague n’est pas encore passé, on s’approche du nombre de morts annuels de la grippe : le coronavirus 2019 a causé 6507 décès pour 64338 cas confirmés soit un taux de létalité de 10,11% avec les maisons de retraite prises en compte (2,26% au 16 mars, 3,38% au 19 mars, 3,88% au 21 mars mais sans les EHPAD) [5].

On sait aujourd’hui que le Dr Fafi-Kremer sous-estimait la situation (voir infra). Et sur la contagiosité, elle se trompait lourdement. A l’époque, plutôt que les médecins, ce sont les épidémiologistes et les modélisateurs que nous aurions dû écouter, l’auteur de ce billet compris [6].

En clair : on nous a dit au début de cette épidémie qu’en France, on risquait plus de mourir d’un cancer, de la grippe classique ou d’un accident automobile que du coronavirus. Ce qui, déjà, entre parenthèses, n’est absolument pas une raison pour ne pas prendre de précautions. Et ce qui n’est pas totalement exact (oui, c’est une litote) puisqu’il est fort probable que le coronavirus tue in fine plus que la grippe en France. C’était déjà le cas au 18 mars en réanimation [7]. De plus, la dangerosité du Covid-19 par rapport à la grippe est sans commune mesure, comme le montre aisément le graphique diffusé par le Dr Dominique Dupagne sur son blog Atoute. Voir ci-dessous pour plus de détails.

Les vrais problèmes sont (aussi) ailleurs : économie au ralenti, hôpitaux débordés

Les problèmes les plus importants [8] sont ailleurs :

- Dans l’embouteillage des hôpitaux, qui seront alors incapables de traiter les malades à problème respiratoire (SARS) en surnombre et les autres affections.

En Italie, la semaine dernière, on n’en était pas loin et au 15 mars, d’après le gouverneur de la Lombardie et son adjoint, on y est quasiment. D’après un médecin italien sur place, on y est tout court.

J’écrivais ici le 15 mars que dans certaines régions en France, on n’en était pas loin. Mais ce 21 mars, on y est : le CHU de Mulhouse a commencé le tri des malades redouté. Selon Marc Noizet, le chef des urgenczs du CHU, la situation est la suivante [9] :

« Tous les jours, il faut inventer le moyen d’accueillir quinze à vingt-cinq patients supplémentaires dans l’hôpital. » Des patients dans « un état critique », en détresse respiratoire, qui « exigent une intubation et une ventilation rapide ». Dans des services de réanimation accueillant, en temps normal, en moyenne trois patients par semaine. Comment faire quand on dispose tout au plus de 110 lits dans les deux centres hospitaliers du Haut-Rhin ? Organiser des « norias d’hélicos pour projeter ces patients en dehors du département ». Pour faire face à cette situation, et « au vu du retour italien », Marc Noizet et ses collègues réanimateurs, gériatres ou encore infectiologues, ont pris une mesure drastique : « Au-delà de 75 ans, avec ou sans comorbidité (Facteurs aggravant l’effet du virus.), on n’intube plus ».

Le docteur belge Philippe Devos a fait le calcul qu’avec la "contagiosité" (le R0, pour être précis, voir infra) du Covid-19, les hôpitaux belges risquent d’être saturés et qu’une fois ce point atteint les patients devraient être soignés (nettement moins bien, donc) à domicile [10]. Il s’appuie notamment sur l’exemple italien : « la mortalité du virus en Italie est de 2,6%. Elle monte à 3,9% dans les zones où les hôpitaux ont été saturés ». Les journalistes français présents en Italie, correspondants des médias français comme le Figaro ou l’AFP, écrivaient le 12 mars :

« Nous avons pu constater la progression fulgurante de la maladie et avons recueilli les témoignages du personnel de santé italien. Beaucoup nous font part de la situation tragique dans les hôpitaux : les services de thérapie intensive saturés, le triage des patients, ceux – les plus faibles – que l’on sacrifie faute de respirateurs artificiels suffisants. [...] Nous observons en effet un décalage spectaculaire entre la situation à laquelle nous assistons quotidiennement dans la péninsule et le manque de préparation de l’opinion publique française à un scénario, admis par l’énorme majorité des experts scientifiques, de propagation importante, si ce n’est massive, du coronavirus. [...] Certains Français n’ont pas conscience qu’en cas de pathologie grave, autre que le coronavirus, ils ne seront pas pris en charge correctement faute de places, comme c’est le cas en Italie depuis plusieurs jours. Soulignons aussi que le système sanitaire impacté aujourd’hui est celui du Nord, soit le meilleur d’Italie, un des meilleurs en Europe. La France doit tirer les leçons de l’expérience italienne. »

Ils ne sont pas seuls à dénoncer le manque de réalisme des gouvernements : des médecins italiens, avec plus de 800 morts et 12 000 cas 12 mars, donnent de la voix. Dans un post Facebook du 7 mars, un médecin chirurgien de Bergame (Lombardie), Daniele Macchini avertit :

« Arrêtons de dire que c’est une mauvaise grippe, les pauvres malheureux qui se présentent aux urgences ont tout sauf les complications d’une grippe. [...] C’est une pneumonie interstitielle bilatérale. »

Autre façon de le dire, celle du Youtubeur belge Chat sceptique :

« Le truc avec ce virus, c’est qu’il pousse une fraction relativement importante des contaminés à l’hospitalisation pendant parfois de longues semaines avant d’aller mieux.
Dans un monde ou les hôpitaux auraient une capacité infinie, l’affaire serait vite pliée. Le présent thread n’existerait pas et on serait tous occupés à discuter du réchauffement climatique ou de comment écraser le cancer en prenant le thé.
Mais voilà, les hopitaux n’ont pas une capacité infinie. Et à mesure que le virus se propage, les hospitalisations longues explosent et foutent les hôpitaux dans la merde : manque de lits et de matériel de soins urgents, genre assistance respiratoire. »

Ce risque est corroboré par le conseil scientifique, un groupe de dix experts mis en place le 11 mars à la demande du président de la République « pour éclairer la décision publique ».

Le 15 mars à 13h58, Le Monde.fr écrit :

« Le nombre de cas de Covid-19 double maintenant toutes les 72 heures et 300 personnes sont déjà hospitalisées en réanimation. Dans les régions où le virus est le plus présent, les services de réanimation font depuis quelques jours face à un afflux de patients graves, et redoutent de ne plus pouvoir faire face si le rythme de l’épidémie ne ralentit pas. Mardi 10 mars, le directeur général de la santé, Jérôme Salomon, a annoncé que 5 000 lits de réanimation étaient disponibles en France et 7 364 lits dans les unités soins intensifs. Mais ces capacités risquent d’être vite débordées. [...]
Dans tous les cas, l’effet de ces nouvelles mesures dites de "distanciation sociale" ne se fera pas sentir avant plusieurs semaines. " Compte tenu du délai d’incubation – cinq jours en moyenne – et de l’évolution de la maladie sur plusieurs jours, il faut s’attendre à une augmentation du nombre de cas graves au cours des deux-trois prochaines semaines ", explique Simon Cauchemez, épidémiologiste à l’Institut Pasteur. [...] De nombreux hôpitaux parisiens sont déjà à saturation, et des mesures d’urgence ont été prises en fin de semaine pour libérer de nouveaux lits, notamment en réanimation. [...]
D’autant que les mesures prises par le gouvernement ne régleront pas sans doute pas la totalité du problème. " Avec des mesures fortes comme celles qui ont été prises samedi et une très forte implication de la population, on peut potentiellement éteindre la première vague ", explique Simon Cauchemez. " Mais dans la mesure où il n’y aura pas suffisamment d’immunité, qui ne peut être conférée que par la vaccination ou par une infection naturelle, il peut y avoir une seconde vague, et la question des mesures à prendre se reposera, poursuit-il. C’est toute la difficulté de cette stratégie, qui n’avait jusqu’à présent jamais été envisagée pour un virus circulant de façon globalisée, en raison de son coût économique et social." »

Selon les modélisations confidentielles du conseil scientifique, dont Le Monde a eu connaissance [11] :

« L’épidémie de Covid-19 pourrait provoquer en France, en l’absence de toute mesure de prévention ou d’endiguement, de 300 000 à 500 000 morts. Précision extrêmement importante : ce scénario a été calculé en retenant les hypothèses de transmissibilité et de mortalité probables les plus élevées, et ce en l’absence des mesures radicales de prévention et d’éloignement social qui viennent d’être prises. Dans ce cas de figure, entre 30 000 et 100 000 lits de soins intensifs seraient nécessaires pour accueillir les patients au pic de l’épidémie. »

Sur TF1 dimanche 15 mars, lors de la soirée électorale, Philippe Juvin, chef de service à l’hôpital Georges Pompidou et élu LR, plaidait très clairement pour le confinement total. Il était suivi par la majorité des médecins présents sur les plateaux de télévision de TF1, France Télévision et BFMTV.

- L’autre grand risque indirect, annoncé fin février et aujourd’hui avéré, c’est le fort ralentissement voire quasi-arrêt de l’économie [12]. Fin février, le coronavirus impactait déjà fortement le commerce mondial : selon les Échos fin février, « il est d’ores et déjà assuré que les statistiques au titre du premier trimestre seront désastreuses. La fermeture des entreprises de la principale usine du monde, la Chine, a réduit ses importations de matières premières, tout en amputant ses exportations. » Enfin, le coronavirus rend la finance très nerveuse : trouver du financement devient plus difficile, et les taux des CDS, qui sont un indicateur avancé du risque de défaut global des entreprises, se tendaient le 6 mars alors même qu’à part l’Italie, les pays occident1ux ne s’étaient pas encore confinés. Selon certains consultants, l’impact boursier de l’épidémie est également dû à l’importance des hausses précédentes et des soutiens des banques centrales face aux précédentes crises, autrement dit selon eux une bulle.


Source : Le Monde.fr 22 février 2020.

Aspects politiques

Les positions et le discours officiels des gouvernements et de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) sont pour une très large part le reflet de l’avis de leurs nombreux experts.

Mais pas seulement, comme on le verra plus loin en détail sur le sujet des masques faciaux :

- Le souci initial des gouvernements, tant que l’épidémie n’est pas flagrante, est de ménager autant que possible le commerce interne et les relations commerciales et touristiques avec l’étranger. C’est évident en ce qui concerne la Chine : non seulement les autorités locales de Wuhan ont initialement choisi de faire taire Li Wenliang et les sept autres médecins qui avaient donné l’alerte [13] mais la censure continue sur le sujet sur les réseaux sociaux chinois, notamment WeChat, plus ou moins efficace [14]. En France, c’est moins évident, mais des indices vont dans ce sens : le président de la République se rendant au théâtre le 7 mars et déclarant « La vie continue. Il n’y a aucune raison, mis à part pour les populations fragilisées, de modifier nos habitudes de sortie » [15], l’avis le 4 mars de la porte-parole du Gouvernement, Sibeth Ndiaye, sur l’épidémie ("cela (lui) semble peu probable" que la France n’atteigne jamais le stade 3), l’aveu d’Agnès Buzyn, ou encore le sous-entendu — voir infra en italique — dans les propos de l’épidémiologiste Simon Cauchemez : « Avec des mesures fortes comme celles qui ont été prises samedi et une très forte implication de la population, on peut potentiellement éteindre la première vague. Mais dans la mesure où il n’y aura pas suffisamment d’immunité, qui ne peut être conférée que par la vaccination ou par une infection naturelle, il peut y avoir une seconde vague, et la question des mesures à prendre se reposera, poursuit-il. C’est toute la difficulté de cette stratégie, qui n’avait jusqu’à présent jamais été envisagée pour un virus circulant de façon globalisée, en raison de son coût économique et social. »

- Plus subtil et moins grave en apparence seulement, une censure par omission sur certains sujets qui fâchent. Une enquête de Mediapart sur la pénurie de masques utilise, elle, le terme « mensonge d’Etat » [16].

Ainsi, le gouvernement français cherche à masquer la pénurie (d’autant que que l’Etat a volontairement laissé baisser le stock d’Etat de masques FFP2 depuis 2011, soit un après la fin de l’épidémie de grippe H1N1, préférant demander aux établissements de stocker les FFP2) [17] et éviter une ruée sur les produits quand il recommande officiellement de réserver le port du masque aux patients atteints par le virus et à leur entourage. La réalité, c’est que le port du masque et particulièrement du FFP2 (voir infra) est également très utile pour ne pas attraper le virus dans les environnements de foule et les transports en commun.

De même, si le Gouvernement parle le moins possible des tests jusqu’à début avril, c’est parce que très peu sont disponibles en France, ainsi que les détecteurs de température sans contact. En réalité, de l’avis de nombreux spécialistes internationaux comme des scientifiques interrogés par Mediapart, une politique massive de dépistage serait pourtant un complément crucial au confinement [18]. Mais même si beaucoup plus de tests étaient disponibles, la pénurie de gants, de lunettes et de masques limite les prélèvements possibles sans risquer de contaminer les infirmiers et laborantins.

- Enfin, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a été elle-même ambiguë voire trop prudente dans sa communication, en tardant notamment à déclencher le stade d’alerte approprié pour le Covid-19. Là aussi, il y a des raisons : la Chine est un membre influent, les grandes économies sont les principaux contributeurs financiers de l’OMS et les nombreux pays en voie de développement (1 pays = 1 voix, peu important sa contribution financière) ont eu peur pour leurs revenus touristiques. De plus, lors de l’épidémie de H1N1, l’OMS en avait surestimé la dangerosité, et les Etats avaient commandé des stocks de vaccins totalement inutiles et ruineux, ce qu’ils n’avaient pas manqué de reprocher à l’OMS, qui est donc devenue très prudente quand il s’agit de qualifier une épidémie [19].


Un exemple de censure par omission : les tests. Le Monde, 20 mars 2020

Appellations

Il y a deux choses : le virus et la maladie qu’il déclenche. Les termes utilisés ressortent de l’un ou de l’autre :

  • nouveau coronavirus (il existe plusieurs types de coronavirus, celle-ci est la plus récente, apparue en 2019)
  • 2019-nCoV (appellation temporaire du virus)
  • SARS-CoV-2 (nom définitif du virus)
  • pneumonie ou pneumopathie de Wuhan
  • COVID-19 (nom définitif de la maladie).

Ces divers noms ne sont pas anecdotiques : comme le rappelle un collègue veilleur formateur, Serge Courrier, le choix du vocabulaire des requêtes [20] est fondamental pour une recherche ou une veille sur cette épidémie.

Aspects médicaux du coronavirus 2019

Le coronavirus 2019 a d’abord été décrit comme assimilable à une grosse, très méchante grippe de par ses symptômes (ses effets sur le corps humain). En fait, pour les malades qui ne déclenchent pas de syndrome respiratoire, c’est une très méchante grippe, ok. Mais pour ceux qui déclenchent un SRAS (Severe acute respiratory syndrome : syndrome respiratoire aigu sévère), comme indiqué par le médecin italien cité plus haut, c’est une pneumopathie interstitielle bilatérale (les *deux* poumons sont touchés).

Symptômes (signes permettant de repérer la maladie) :

  • fièvre supérieure ou égale à 38°, frissons
  • fatigue intense, douleurs musculaires inhabituelles, maux de tête
  • toux sèche
  • manque de souffle, difficulté à respirer, pneumonie
  • insuffisance rénale
  • perte de l’odorat et du goût.

S’attrape par contact avec les fluides (éternuement, morve, postillons) des personnes infectées. Donc suite à une forte proximité (moins d’un mètre) avec eux.

Période d’incubation (pendant laquelle on est déjà contaminant mais on n’a pas les symptômes) : de 2 à 14 jours après avoir été soi-même contaminé.
Une étude isolée et non encore "peer-reviewed" parle toutefois de 24 jours. Cette hypothèse laisse les scientifiques sceptiques. « On n’y a jamais beaucoup cru, les données les plus récentes vont au contraire plutôt dans le sens d’une diminution de la durée d’incubation », dit le docteur Daniel Lévy-Bruhl, de l’agence sanitaire française Santé publique France à France TV Info. Selon lui, « il y a très peu de chances que des durées d’incubation aillent au-delà » des 14 jours.

Dangerosité : taux de létalité et taux de reproduction de base

Le taux de létalité (taux de mortalité des personnes diagnostiquées comme touchées par le virus, en anglais "case fatality rate") officiel global est souvent donné comme étant de 3% mais il est en réalité encore incertain [21] (létalité des coronavirus précédents : SRAS 10%, MERS 34%) [22] Selon la docteure Sybille Bernard-Stoecklin, experte à Santé publique France, interrogée par le Parisien le 27 février, « les modèles épidémiologiques estiment ce taux à environ 1% » [23].

Mais des sources début février parlaient de 18% en Chine et 5% hors de Chine. Et une étude publiée le 12 mars par la célèbre revue médicale The Lancet estime, sur des chiffres datant du 1er mars, que la véritable [24] létalité mondiale serait de 5,7%, ce qui est cohérent avec les estimations actuelles de l’OMS [25]. Ça se vérifie : les chiffres au niveau mondial au 3 février rassemblés par l’AFP donnent une létalité de 5,18% [26] et ceux de l’European Center for Disease Control (ECDC) 5,15%.


Source : The Lancet, 12 mars 2020

A titre de comparaison, la létalité de la grippe classique est de 0,1%.

Le calcul de la létalité de la Covid-19, même corrigé comme dans l’étude publié au Lancet, comporte toutefois un biais au sens où, pour chaque cas connu de coronavirus, cinq à dix autres cas ne sont pas détectés [27], selon une étude publiée dans Nature [28]. Ces cas non détectés, notamment les personnes atteintes par le virus mais ne déclarant aucun symptôme (dits asymptomatiques), sont un des facteurs supplémentaires de la contagiosité du virus.

Le Covid-19 est très dangereux pour les personnes déjà faibles (personnes âgées) ou affaiblies par des maladies pré-existantes. 80% des décès causés par le nouveau coronavirus concernent des personnes de 60 ans et plus et les personnes de plus de 80 ans touchées par la maladie ont 18% de chances (au 24 février) 15% de chances d’en décéder contre 0,2% pour les 20-29 ans [29].

Pourtant, le risque n’est pas nul pour les moins de 60 ans puisque selon le directeur général de la Santé lui-même, lors de son point presse du 18 mars, parmi les 931 patients dans un état grave, la moitié sont âgés de moins de 60 ans et 7 % des personnes qui ont succombé au virus étaient âgées de moins de 65 ans. Là aussi, comme pour la contagiosité, comme pour la gravité de la maladie, comme pour les masques, comme pour les tests, des sources normalement fiables sont-elles à remettre en cause ?

Les enfants sont très nettement moins infectés que les adultes et semblent également plus résistants. Aucune personne infectée de moins de 9 ans n’est décédée jusqu’ici. Ce qui ne veut pas dire que les enfants sont totalement à l’abri du virus. Aucune catégorie ne l’est [30]. Par exemple, « on a 9 patients suspects de coronavirus qui nécessitaient une hospitalisation dont un de 23 ans et un de 24 ans », explique Philippe Juvin, chef des Urgences à l’Hopital Pompidou (et homme politique LR), à l’occasion de son point complet sur la situation de l’épidémie de coronavirus au 13 mars. Il ajoute que les décès concernent souvent des personnes ayant des problèmes respiratoires préexistants (anciens fumeurs, bronchopathies chroniques obstructives ...) [31].


En gros, les statistiques moyenne tirée de la littérature sur les symptômes de la COVID19 (source : Pr. Axel Kahn et Mathieu M.J.E. Rebeaud)

Après, « même si seuls 3% des cas décèdent, ça peut faire des chiffres importants si 30% ou 60% d’une population sont infectés », souligne le docteur Simon Cauchemez, de l’Institut Pasteur à Paris [32]. Autrement, dit, la dangerosité d’une maladie ne dépend pas seulement du taux de létalité, mais aussi de sa faculté à se répandre plus ou moins largement — ce qui explique pourquoi les Etats les plus touchés confinent leurs citoyens chez eux (Chine, Italie). En matière de mesure du danger d’une épidémie, il faut donc également citer le taux de reproduction de base (R0). C’est le nombre moyen d’individus qu’une personne infectieuse pourra infecter, tant qu’elle sera contagieuse. Il est important pour estimer la taille finale de l’épidémie.

Le Covid-2019 est toutefois plus dangereux que la grippe par au moins un aspect : il est plus contagieux et entraîne des cas sévères sur des gens de plus de 50 ans, ce qui est très rare pour la grippe, explique le Dr Bernard-Stoecklin au Parisien. « Les études montrent qu’une personne qui a le coronavirus 2019 en contamine entre 2 et 3, voire plus de 3 [en l’absences de mesures de contrôle]. Alors qu’une personne grippée en contaminera en moyenne 1,3 », selon le Dr. Bernard-Stoecklin. En sens inverse, le Covid-19 est nettement moins contagieux que la rougeole (plus de 12) et comparable au SRAS (3).

C’est pourquoi, pour le Dr Devos (post précité), « la première chose à faire est d’empêcher le virus de se propager comme une grippe. L’objectif est ici d’éviter d’atteindre le [seuil du nombre de] personnes contaminées [à partir duquel les hôpitaux sont saturés] ».


Source : Early epidemiological analysis of the coronavirus disease 2019 outbreak based on crowdsourced data : a population-level observational study, The Lancet, 20 février 2020.

Traitements :

  • aucun médicament spécifique n’est recommandé pour l’instant pour prévenir ou traiter l’infection par le nouveau coronavirus.
    La chloroquine (connue en France sous le nom de Nivaquine) recommandée par le Pr. Didier Raoult (IHU Marseille) suite à un test limité est actuellement testée par une autre équipe française mais aussi américaine. En espérant que les stocks ne fondent pas suite aux annonces du président américain le 19 mars
  • le coronavirus est un virus, les antibiotiques sont donc sans effet sur lui
  • on n’attrape pas deux fois le même type (souche) de grippe. Après avoir attrapé le coronavirus (Covid-2019), on devrait donc être en quelque sorte vacciné. Selon les experts avec lesquels le magazine Time s’est entretenu, il est probable que les rapports de patients qui semblaient s’être rétablis mais qui ont ensuite été testés à nouveau positifs ne soient pas des exemples de réinfection, mais des cas où une infection persistante n’a pas été détectée par les tests pendant un certain temps.

Comment les tests de diagnostic fonctionnent-ils ?
En cas de suspicion clinique, le diagnostic peut être confirmé par un test de détection rapide de l’ARN de ces coronavirus, par une technique dite "de PCR en temps réel". L’examen est réalisé à partir d’un prélèvement respiratoire, et le résultat est obtenu après trois et cinq heures. En France, ces tests sont actuellement pratiqués dans les centres nationaux de référence (CNR) des virus respiratoires, et quelques laboratoires hospitaliers [33].

La quasi-certitude de la pandémie dès fin février

Ce qui inquiétait fin février les spécialistes des épidémies, ce n’est pas la remontée du nombre de cas, mais :

  • l’apparition mi-février de foyers infectieux loin de et/ou sans lien clairement établi avec la Chine (Japon, Iran, Liban, Italie ...)
  • leur certitude — discrète — que le nombre de cas réel était beaucoup plus important que celui des cas diagnostiqués. Ainsi une étude estimait que début février à Wuhan, le nombre de cas diagnostiqués était 19 fois inférieur à la réalité. Les tests utilisés sont d’ailleurs reconnus comme imparfaits
  • le risque énorme que constitue l’Afrique, dont la Chine est le premier partenaire commercial et avec qui les pays africains n’ont pas interrompu les liaisons aériennes
  • enfin, leur quasi-certitude que la pandémie était pour bientôt. Pour le secrétaire général de l’OMS , « ce virus est [...] l’ennemi public numéro un et il n’est pas traité comme tel ». L’OMS ajoutait vendredi 21 que « la fenêtre de tir pour enrayer l’épidémie est en train de se réduire ». Le 21 février, la Russie fermait ses frontières avec la Chine.

Au 3 mars, les hôpitaux français, sous-financés depuis des années étaient déjà débordés par le nombre de personnes voulant passer un test.

Les précautions à prendre - Les gestes d’hygiène

Pour l’essentiel, des recommandations de l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

- Nettoyez-vous les mains fréquemment de préférence à l’eau chaude et au savon, sinon avec un gel hydroalcoolique. Au minimum à chaque fois que vous revenez de l’extérieur et avant de préparer le repas et de manger. Préférez le savon : il est plus efficace (c’est un virologue qui le dit). Faites le pendant au moins 20 secondes et sans oublier le dos des mains et entre les doigts. Regardez donc la vidéo ci-dessous pour devenir un expert :

- Couvrez-vous la bouche et le nez avec le pli du coude ou avec un mouchoir en cas de toux ou d’éternuement – jetez le mouchoir immédiatement après dans une poubelle fermée.

- Dans les lieux très fréquentés, particulièrement au travail et dans les transports en commun, évitez de toucher les rampes, colonnes et poignées de porte. Nettoyez-vous les mains aussitôt après en être sorti.

- Evitez de porter vos mains à votre bouche, votre nez ou vos yeux sauf si vous venez de vous les laver. Le virus passe essentiellement par là.
Et méfiez-vous : contrairement à ce vous pensez, vous touchez votre visage entre 3 et 23 fois par heure. Le virologue Ian McKay recommande d’en faire un jeu : dès qu’une personne touche son visage, elle a perdu, elle fait la vaisselle ce soir.
Le virus ne passe pas par la peau. Mais en revanche, il survit un certain temps sur votre peau. A fortiori sur les surfaces touchées par des dizaines, centaines, milliers de personnes par jour.

- Port de masque de protection faciale : les informations sont contradictoires ou ambigües, voire fausses, probablement parce que les gouvernements et les autorités sanitaires cherchent, face à la pénurie [34], à éviter une ruée des particuliers sur les masques les plus protecteurs (les FFP2) et à privilégier les soignants dans les hôpitaux, qui sont les plus exposés. Plus en détail :

  • la meilleure qualité de masques est en pratique réservée, vu la pénurie mondiale, aux hôpitaux [35]. C’est le FFP2 [36], identifiable à ses élastiques jaunes. Il protège non seulement les autres d’un porteur du masque malade mais aussi le porteur du masque des personnes malades. Dans un avis de du 1er juillet 2011, le Haut Conseil pour la santé publique (HCSP) fixe la stratégie concernant le « stock d’État de masques respiratoires » [37] : « en cas d’agent respiratoire hautement pathogène, le port d’un APR de type FFP2 chez les soignants doit être envisagé pour toute situation exposant à un risque de transmission aérienne de l’agent (…) quel que soit le mode d’exercice (hospitalier ou libéral et le lieu d’exercice (hôpitaux, cliniques, Ehpad, établissements pour handicapes, cabinets médicaux…) »
  • le FFP1 à élastique blanc ainsi que le masque chirurgical en papier, bien que moins efficaces que le FFP2, ne doivent pas être négligés (si vous avez réussi à vous en procurer avant la réquisition par l’Etat). Ils vous protègent en effet (le masque chirurgical nettement moins que le FFP1) contre les gouttelettes émises par les personnes contaminées si pour une raison ou une autre vous ne pouvez pas rester chez vous
  • l’OMS vous dit de ne porter un masque que si vous toussez ou éternuez (pour éviter de contaminer les autres) ou bien si vous vous occupez d’une personne malade. Ce qui revient à dire que les masques ne servent pas à grand’ chose mais qu’en même temps ils servent à quelque chose — c’est absurde, on ne peut pas dire une chose et son contraire en même temps. En fait, explique François Godement, conseiller pour l’Asie à l’Institut Montaigne et interviewé par l’AFP, « l’affirmation [que les masques ne serviraient à rien] est énorme, car elle confond les masques chirurgicaux (limitant la contamination vers autrui) avec les masques plus élaborés (N95 et de norme minimale FFP2) qui limitent la contamination vers leurs porteurs ». Inutiles, les masques  ? Le Monde du 20 mars pose la question : « Lors de son point presse, le 27 janvier, Jérôme Salomon avait pourtant noté qu’en Chine les meilleures armes contre l’épidémie étaient le port de masques  : pour les malades, mais aussi, "  les professionnels du transport  et "  les professionnels du soin  ". Tout comme les tests systématiques des personnes manifestant des symptômes permettaient là-bas " la mise à l’isolement des personnes infectées  ". »
  • il existait en février un stock d’Etat de masques FFP2, mais il ne comptait que 15 millions de masques (d’après deux pharmaciens que j’ai interrogés, une fois livré, il est parti en quelques jours) et les commandes de l’Etat pour le réapprovisionner tardaient à être livrées. De toute façon, ce stock était réservé aux professionnels de santé. Étant insuffisant, ce stock a été complété par la réquisition des stocks existants et de la production des quatre usines françaises (publication au Journal officiel le 4 mars d’un décret relatif aux réquisitions nécessaires dans le cadre de la lutte contre le virus Covid-19). Le texte de ce décret est très clair :
    « Eu égard à la nature de la situation sanitaire et afin d’en assurer un accès prioritaire aux professionnels de santé et aux patients dans le cadre de la lutte contre le virus covid-19, sont réquisitionnés, jusqu’au 31 mai 2020 :
    1° Les stocks de masques de protection respiratoire de type FFP2 détenus par toute personne morale de droit public ou de droit privé ;
    2° Les stocks de masques anti-projections détenus par les entreprises qui en assurent la fabrication ou la distribution.
    Les masques de protection respiratoire de type FFP2 et les masques anti-projections produits entre la publication du présent décret et le 31 mai 2020 sont réquisitionnés, aux mêmes fins, jusqu’à cette date. »
    Autrement dit, pour éviter la spéculation, mais aussi et surtout parce qu’il n’en possède pas assez, l’Etat a réquisitionné *tous* les stocks de masques, y compris ceux possédés par les entreprises *privées*. Au temps pour les employeurs qui avaient anticipé (et leurs salariés) !
  • les masques ne doivent pas être réutilisés ni lavés. Ils doivent être changés et jetés toutes les 3 à 8 heures (et on se lave les mains après). Mais ... mais comme un particulier n’a pu au mieux en acheter que quelques dizaines, et que, comme expliqué ci-dessus, ils sont utiles même si on n’est pas atteint par le virus, que faire ? Le billet précité du Dr Dupagne sur la Covid-19 donne des indices : « Le virus ne résiste pas au passage en lave-linge à 40°C. Mettre un tissu au sèche linge après l’avoir légèrement humecté est un bon moyen pour le stériliser rapidement par chauffage à plus de 50°C.. »


Source : Le Monde 20 mars 2020

- Tenez-vous à deux mètres au moins d’une personne qui tousse ou éternue et ne porte pas de masque ou avec qui vous parlez. Les gouttelettes respirables se projettent à 1 m au maximum d’une personne qui tousse ou éternue.


Les gestes d’hygiène contre la grippe classique sont parfaitement adaptés au coronavirus 2019 : vidéo de Pierre Parneix, président de la Société française d’hygiène hospitalière

- Evitez les transports en commun autant que possible. Allez au travail en vélo, moto, trottinette, voiture ou taxi/VTC [38].

- Demandez à votre employeur si vous pouvez télétravailler.

- En cas de fièvre, de toux — sans plus — consultez un médecin par téléconsultation.

- En cas de retour d’une zone à risque :

  • mettez-vous en quarantaine pendant 14 jours, après avoir prévenu votre employeur et votre entourage, si possible seul en chambre d’hôtel
  • surveillez votre température deux fois par jour, matin et soir
  • portez un masque facial en présence de votre entourage.

- Si vous avez les symptômes du Covid-19 décrits supra, ne vous rendez pas aux urgences ni directement chez votre médecin, mais appelez le d’abord et voyez si c’est sérieux avec lui (téléconsultation).
N’appelez le 15 que si vous avez des problèmes respiratoires et des signes d’étouffement.
 [39]

Le 18 mars, l’Assurance-Maladie a ouvert la possibilité aux sujets à risque de se mettre eux-mêmes en arrêt-maladie sur le site https://declare.ameli.fr, sans passer par leur médecin ni leur employeur, au cas où le télétravail est impossible dans leur entreprise. Cet arrêt-maladie pourra être rétroactif et démarrer le vendredi 13 mars.

Comme l’écrit le Dr Dupagne dans sa remarquable synthèse sur la Covid-19 publiée sur son blog :

« Il est important de comprendre que le symptôme inquiétant, celui qui pourrait conduire à une hospitalisation, c’est un essoufflement. La toux, la fatigue, la respiration sifflante, la fièvre, tout cela est désagréable, mais ça ne tue pas. Ce qui tue, c’est une pneumonie particulière, qui infiltre les poumons et empêche le sang de s’oxygéner correctement. Dans ce cas, les malades sont essoufflés au moindre effort, voire au repos, comme s’ils venaient de monter des escaliers. C’est cela qui est vraiment inquiétant et qui justifie d’appeler le SAMU. De toute façon, dans le cas contraire, on vous dira de rester chez vous, même si vous êtes à risque de complications. »

Voici tous les conseils (PDF) que le Dr Dupagne donne à ses patients présentant des symptômes évoquant une infection à coronavirus COVID-19.

- Evitez au maximum de vous rassembler, stoppez les réunions amicales et familiales (fermeture des bars, restaurants, cinémas et autres commerces à compter du 15 mars, à l’exception des commerces essentiels : alimentation, pharmacie, banques, bureau de tabac).

- Les grands-parents doivent éviter de garder leurs petits-enfants.

- Ne partagez pas les objets comme les verres, les couverts et évidemment les brosses à dents ou les serviettes de bain et les gants de toilette.

- Pour acheter et cuisiner des denrées alimentaires sans risque : les conseils du professeur Didier Lepelletier, médecin hygiéniste et coprésident du groupe de travail national au Haut Conseil à la santé publique (HCSP) sur le coronavirus :

  • aller faire ses courses seul, sans enfants ni conjoint
  • horaires : privilégier l’après-midi
  • les gestes barrières (se laver les mains souvent, tousser dans son coude, éviter de se toucher le visage ou la bouche) sont à respecter scrupuleusement
  • ne pas porter de gants pendant ses achats, sauf s’il sont à usage unique (on les jette à la sortie du magasin)
  • se laver les mains avec du gel hydroalcoolique avant d’entrer dans le magasin
  • se débarrasser au maximum des emballages et ne pas rentrer de cartons dans le frigo
  • se laver les mains en revenant des courses mais seulement après avoir déballé ses paquets
  • par précaution, lavez les fruits et légumes en les frottant. Ou pelez-les. Mais pour le reste, selon l’Autorité européenne de sécurité des aliments (AFSA), les aliments ne transmettent pas le coronavirus
  • plus aucun risque quand c’est cuit : la cuisson suffit à inactiver le virus.

- Aérez votre intérieur tous les jours entre 10 et 15 minutes pour renouveler l’air et éviter la prolifération des virus.

- Nettoyez deux fois par jour, de préférence avec un produit désinfectant (Javel ... [40]), les nids à microbes comme les poignées de porte, les télécommandes, les étuis et coques de téléphone portable ainsi que les surfaces fréquemment utilisées (table, plan de travail ...). Pour les smartphones eux-mêmes, privilégiez un chiffon en tissu microfibres avec un peu d’eau tiède et savonneuse. Lavez le plus souvent possible les serviettes, torchons et gants de toilette.
Combien de temps le virus peut-il survivre sur des surfaces ? Selon le Wall Street Journal, l’OMS dit que ce n’est pas clair.
Toujours selon le WSJ, un examen récent de 22 études a montré que les coronavirus peuvent survivre de deux heures à neuf jours sur des surfaces telles que le métal, le verre ou le plastique. Et selon une nouvelle étude américaine non encore vérifiée par les pairs rapportée par le Parisien, le Covid-19 peut survivre jusqu’à trois jours sur des bouteilles en plastique [41], mais il est trop tôt pour dire si ces particules sont, à ce moment-là, encore contagieuses. En effet, toujours dixit Le Parisien, la persistance de particules ne signifie en aucun cas que ces dernières sont encore infectieuses. Présence ne veut pas dire contamination. Après quelques heures, le taux d’activité des cellules, et donc le risque d’infection, chuterait même drastiquement, selon cette même étude. Et cela qu’importe la surface.
Pour le docteur Alexandre Bleibtreu, infectiologue à l’Hôpital de la Pitié Salpétrière à Paris et qui s’exprime dans une vidéo mise en ligne par le Gouvernement, un délai de 4 heures est suffisant pour être tranquille. Donc, il suffit de ne pas toucher vos courses ou tout objet acheté à l’extérieur pendant 4 heures pour être tranquille.
Par ailleurs, ajoute le Dr Dupagne, le virus ne résiste pas à une température supérieure à 50°C, et un lavage à 40° avec de la lessive est suffisant, ce virus étant particulièrement sensible aux détergents. On peut donc tenter, si on n’a pas d’autre solution, de laver son masque.

- Il est sans danger de recevoir une lettre ou un colis de Chine. Les coronavirus ne survivent en effet pas longtemps sur des objets (cf supra).

- Nos amis animaux domestiques ne risquent pas d’attraper la maladie.

- NB : d’après le même François Godement, « la France – et la plupart des pays européens – possèdent très peu de scanners thermiques ».

Des erreurs "rationnelles" et des économies budgétaires

Au vu du succès de la Corée du Sud qui, dès qu’elle a su que la Chine avait une épidémie en cours, a dépisté massivement sa population et les entrant sur son territoire et a équipé tous ses citoyens de masques (même succès pour Hong-Kong), certains observateurs, notamment dans le monde médical, posent la question : le gouvernement français a-t-il fait les bons choix ? Si une telle politique aurait pu être efficace au tout début de l’épidémie, elle n’est plus préconisée en France au moment où tout le territoire se retrouve touché. Pour le ministre de la Santé, un dépistage massif sera néanmoins nécessaire à la fin du confinement.

Un certain nombre d’articles de presse et de rapports officiels anciens permettant aujourd’hui de mieux comprendre les erreurs commises, qui à l’époque pouvaient paraître des choix justifiés voire nécessaires :

- Les gouvernements successifs depuis le gouvernement Fillon (2011) ont été victimes d’une erreur d’appréciation qui a pourtant paru rationnelle à l’époque : l’épidémie de H1N1 avait poussé la ministre de la Santé de l’époque, Roselyne Bachelot, à commander un énorme stock de vaccins et de masques qui s’avérèrent inutiles. Dépense qui lui fut reprochée. Par ailleurs, les Ebola, SRAS et MERS n’arrivèrent pas en France. Par ailleurs, la dernière grande épidémie ayant touchée la France, la grippe de Hongkong, qui fit, en deux mois de l’hiver 1969-1970, 31 226 morts en France, fut largement ignorée par la presse et n’intéressa ni le public ni les pouvoirs publics. Quant à la grippe espagnole (1918-1920), aucun vivant ne l’a connue. S’est donc développé une fausse impression de sécurité vis-à-vis des épidémies. La doctrine officielle a pu donc changer à partir de 2013 : on est passé d’un stock d’Etat massif de FFP2 à un transfert de l’obligation de stock de FFP2 de l’Etat vers les employeurs et les établissements de soins (l’Etat gardant en revanche un stock de masques chirurgicaux).

Dans un éditorial, Bloomberg généralise, constatant que « chaque gouvernement a d’abord cru que son pays serait moins exposé, surestimé sa capacité à contrôler la situation, ignoré les leçons en temps réel des autres Etats, avant de prendre finalement des mesures dans la précipitation. » Il ne s’agirait pas (seulement) d’une question de mauvaise gouvernance, puisque même les populations ont souvent d’abord sous-estimé les dangers. En citant les travaux de plusieurs chercheurs en neurosciences, Bloomberg explique que la raison se trouve, tout simplement, dans nos cerveaux : « Nous basons nos décisions sur nos expériences passées et des schémas connus. Ce qui expliquerait pourquoi les Etats qui ont le mieux réagi sont ceux qui ont déjà été confrontés à des épidémies similaires, comme Hong Kong, Singapour et la Corée du Sud. »

Rien de rare ni d’original dans ce mécanisme de biais cognitifs hélas : en 2002 déjà et loin d’être le premier, le sociologue et cadre dirigeant Christian Morel, avait montré que les erreurs radicales et persistantes sont fréquentes et s’expliquent, notamment par « l’interprétation cognitive qui fait ressortir la puissance des erreurs élémentaires de raisonnement » [42].

- Abandonner le stock d’Etat et se reposer, pour la production des masques FFP2, sur la délocalisation de la production (comme d’habitude, dirons-nous), a été une autre erreur [43]. Déjà, produire des millions de masques, même en urgence et sans pénurie, cela demande un délai. Or il est évident qu’en cas de pandémie, la demande ne peut que créer une pénurie. Maintenir un stock d’Etat a donc un sens. Par ailleurs, les masques FFP2 équipés d’une membrane filtrante et d’élastiques ont une durée de vie évaluée à quatre ou cinq ans, donc limitée. Et vu les besoins [44], tout stock ne peut que s’épuiser rapidement en cas de pandémie. Ce qui compte autant que le stock, c’est donc la production de masques. Or avec le changement de doctrine en 2013 évoqué plus haut (Marisol Touraine était alors ministre de la Santé, mais elle nie toute responsabilité), on a non seulement renoncé à un stock d’Etat de masques FFP2 mais on s’est mis en plus à compter sur les pays asiatiques et surtout la Chine pour produire ces masques en cas d’épidémie. Ce que les pouvoirs publics avaient négligé, c’est que ces pays, particulièrement la Chine, sont des foyers fréquents d’épidémie et pourraient se réserver leur production ou la voir désorganisée. C’est ce qui s’est passé en décembre 2019-février 2020.

- Le stock de masques a été réduit depuis 2011 en partie par souci d’économies budgétaires, comme les dépenses pour l’hôpital public depuis 1997 et l’établissement dans la loi (loi de financement de la sécurité sociale (LFSS) pour 1997) de l’Objectif national de dépenses de l’Assurance maladie (Ondam), fixé chaque année par le gouvernement et voté dans la LFSS. C’est depuis 2010 que l’Ondam est réellement utilisé comme un outil de restriction budgétaire. Soyons clair : d’après le Panorama 2019 des établissements de santé cité par le magazine Actusoins, environ les 3/4 des recettes des hôpitaux publics français (54 milliards d’euros sur 69,7) proviennent de l’Assurance Maladie, autrement dit elles proviennent des charges sociales prélevées sur les feuilles de paye. Et notez bien que sous le double effet du progrès médical et du vieillissement de la population, le taux de croissance naturel des dépenses de santé est de l’ordre de 4,5 % par an. « Un Ondam à 2,5 %, ce sont donc encore des mesures d’économies », souligne le sociologue et spécialiste des politiques de santé Frédéric Pierru [45]. Un exemple de l’effet du calcul du nombre de lits d’hôpital au plus près, selon l’Ondam donc : en cas d’épidémie, il n’y en pas assez pour faire face puisque par définition, on fait face à une hausse brutale.

- Comme le souligne l’article de Mediapart sur le mensonge d’Etat sur les masques FFP2, Santé Publique France, l’organisme dans lequel a été intégré l’Etablissement de préparation et de réponse aux urgences sanitaires (EPRUS) constitué en 2007 et dissous en 2016, a totalement manqué de souplesse et de rapidité, notamment du fait de l’utilisation de procédures de marchés publics dépassées vu l’urgence et le déséquilibre entre la demande et l’offre de masques. Là aussi, malheureusement, rien de neuf. Il suffit de rappeller les propos tenus par le sociologue Michel Crozier en 1987 : « J’ai essayé dans mon nouveau livre "Etat modeste, Etat moderne" (Fayard, 1987), de faire réfléchir les élites françaises administratives, politiques et plus généralement technocratiques sur le caractère tout à fait archaïque des modèles de rationalité qui sont sous-jacents à leurs modes de décision et de gouvernement. C’est cet archaïsme qui permet d’expliquer l’extraordinaire répétition d’erreurs commises aussi bien à droite qu’à gauche et que nous devons constater. Le problème bien sûr ne se limite pas du tout à la France. » [46]

Après la pandémie de Covid-19, des Français pourraient se retourner contre l’Etat, notamment pour carence fautive de masques de protection. Sa responsabilité peut-elle vraiment être engagée devant les tribunaux administratifs ? La réponse d’Anne Jacquemet-Gauché, professeure de droit public à l’université Clermont Auvergne, à la lumière de la jurisprudence passée.

D’ailleurs, puisque nous en sommes à parler de responsabilités : une étude de l’Université de Southampton suggère que 95% des contaminations dans le monde auraient pu être évitées si la Chine avait agi trois semaines plus tôt. Et ne parlons pas de la probable sous-estimation de la contamination comme des décès par les autorités chinoises.

Coronavirus et travail

Avertissement  : cette partie date du 23 février et est à mettre à jour. De nombreux changements sont intervenus avec la loi d’urgence du 23 mars et les ordonnances.

Il faut d’abord regarder si le plan de continuité d’activité (PCA) de l’entreprise a prévu quelque chose dans le cas d’une épidémie.

Ensuite, selon le droit positif, l’employeur doit prendre toutes les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique de ses salariés (article L. 4121-1 du Code du travail). Lorsque le risque est exclusivement ou principalement environnemental, comme une pandémie grippale, les employeurs sont tenus, au minimum, à une obligation de moyens (circulaire DGT 2009/16 du 3 juillet 2009 émise à l’occasion de l’épidémie de grippe H1N1). Mais cette précision doit aujourd’hui être interprétée au regard de l’évolution jurisprudentielle de l’obligation de sécurité vers une obligation de prévention des risques professionnels depuis l’arrêt Air France du 25 novembre 2015 (Cass. soc., 25 novembre 2015, nº 14-24.444).

En théorie, les salariés peuvent :

  • en cas de danger grave et imminent au travail pour leur santé, invoquer leur droit de retrait (= ne pas venir travailler ; article L. 4131-1 du Code du travail : les salariés peuvent se retirer de toute situation de travail dont ils ont un motif raisonnable de penser qu’elle présente un danger grave et imminent pour leur vie ou leur santé), sans que l’employeur puisse les contraindre à reprendre le travail ni les sanctionner (C. trav., art. L. 4131-3). Le droit de retrait s’apprécie du point de vue du salarié. L’appréciation est donc subjective. Le salarié n’a pas à démontrer qu’il y a bien un danger, mais il doit se sentir menacé par un risque sérieux de blessure, d’accident ou de maladie. Mais le droit de retrait ne peut pas être utilisé comme substitut de la grève ou pour faire passer des revendications classiques sur les conditions de travail
  • ou demander, dans la mesure où cela est techniquement possible, à télétravailler.

Mais en l’absence d’une claire épidémie en France (contrairement aux salariés basés en Chine), il n’est pas certain qu’ils puissent l’exiger. Toutefois, le ministre français de la santé Olivier Véran déclarait au Parisien dimanche 23 février : « Une épidémie ? Nous nous y préparons. » Et ce 2 mars, ne serait-ce qu’au vu des déclarations du même ministre, il est évident qu’on en au stade de l’épidémie en France.

Il est donc plus prudent pour les salariés d’aborder le sujet par le biais du CSE et de chercher à organiser avec l’employeur un télétravail extensif et/ou un roulement des équipes.

Cela dit, et comme le souligne BFM Bourse, un argument évident et scientifique à la fois devrait pousser l’employeur à laisser ses salariés prendre des arrêts de travail ou rester chez eux au moindre risque : selon une étude d’Erik Nesson, professeur à l’Université Ball State (Indiana), parue dans la revue Economics & Human Biology, à propos de la grippe, les employeurs devraient rapidement prendre conscience que si quelqu’un vient travailler alors qu’il est malade, cela pourrait lui coûter énormément d’argent, du fait du risque de contaminer un nombre de salariés plus important encore. D’après l’universitaire, chaque augmentation du taux d’emploi d’un point de pourcentage correspondrait à une hausse de 16% des visites médicales liées à la grippe, et l’effet semble d’autant plus fort que la composante des services est importante dans l’économie.

Des mesures existent pour inciter les employeurs à laisser leurs salariés rester chez eux :

  • le chômage partiel (de son nom officiel activité partielle). Le contrat de travail est suspendu mais non rompu. Les salariés perçoivent une indemnité horaire de leur employeur qui doit correspondre au minimum à 70% de la rémunération antérieure brute (environ 84% du salaire net). Cette indemnité est remboursée par l’Etat et l’Unedic. Chaque entreprise peut en faire la demande en ligne auprès de la Direction régionale des entreprises, de la consommation, la concurrence, du travail et de l’emploi (Direccte) si elle estime que son activité est menacée par l’épidémie. L’administration a 48 heures pour réagir, contre 15 jours habituellement et la ministre du Travail Muriel Pénicaud a promis que 100 % du chômage partiel lié au coronavirus sera pris en charge par l’Etat. Le salarié n’est pas en mesure de refuser le chômage partiel. La demande est effectuée pour une période de six mois. Elle peut ensuite être renouvelée selon certaines conditions. Auparavant, au-delà de ce délai, l’employeur était tenu de licencier du personnel, mais le gouvernement a annoncé supprimer cette obligation, précise Le Parisien.
  • si le salarié est confiné/mis à l’isolement par un médecin, avec arrêt de travail, un décret du 31 janvier 2020 lui donne le droit de toucher exceptionnellement des indemnités journalières pendant 20 jours alors même qu’il n’est pas malade [47]
  • lorsque crèches et établissements d’enseignement sont fermés pour limiter la propagation du virus, les parents qui sont contraints de rester chez eux pour garder leurs enfants peuvent bénéficier d’un arrêt de travail indemnisé. L’Assurance maladie a mis en place le télé-service declare.ameli.fr pour permettre aux employeurs de déclarer un arrêt de travail en ligne pour ces salariés.
     [48].

Il faut exiger de l’employeur la mise à disposition de masques (trop tard : tous les stocks publics et privés ont été réquisitionnés par l’Etat ...), gel hydroalcoolique, mouchoirs et lingettes et le rappel des consignes.

Tout ceci a évolué avec les ordonnance en matière sociale.

Pour en savoir plus et se tenir au courant

Deux comptes Twitter et quatre pages web dédiées au suivi de l’épidémie de coronavirus :

Timelines et cartes tenues à jour :

Compteurs, statistiques :

Info ou intox ? : les articles du service CheckNews de Libération sur le coronavirus.

Informations médicales et articles scientifiques :

  • pour le grand public :
  • des comptes Twitter :
  • OMS : Q&A on coronaviruses (COVID-19) (en anglais) (version française moins à jour)
  • European Centre for Disease Prevention and Control (ECDC) : COVID-19
  • The Lancet : COVID-19 Resource Centre (accès libre et gratuit aux articles de la célèbre revue médicale)
  • l’article de Wikipedia en anglais et ses références (bibliographie)
  • un groupe d’archivistes a publié un répertoire contenant plus de 5000 études liées aux coronavirus sur The-Eye.eu L’objectif est de booster la recherche médicale en donnant accès à ces informations à un maximum de scientifiques. Cette manœuvre est illégale, mais ils estiment que le droit d’auteur ne doit pas primer sur le libre accès à la connaissance scientifique. Pour plus d’informations sur cette initiative, lire l’article de l’Usine Digitale et celui d’origine de Motherboard. Fin janvier 2020, certains éditeurs, dont Elsevier, Wiley et Springer Nature, ont annoncé la suppression de leurs "paywalls" pour certaines études liées aux coronavirus. Le directeur de la communication d’Elsevier a déclaré que l’éditeur mettra bientôt en libre accès plus de 2400 articles de recherche sur plusieurs souches du coronavirus sur ScienceDirect.

Emmanuel Barthe
veilleur


Dernières brèves

Open Access or not Open access ?

Du rififi à l’European Law Journal : le board meurt mais ne se rend pas

... et pourrait créer une autre revue de droit européen

Vendredi 3 avril 2020

Lire la suite »

Le 31 janvier 2020, après un conflit qui aura duré deux ans, les membres des "editorial and advisory boards" (comités éditorial et scientifique) de la revue European Law Journal (ELJ) ont collectivement démissionné. L’éditeur Wiley ayant refusé d’inscrire dans leur contrat qu’ils avaient droit de nomination sur les rédacteurs-en-chef, ce qu’ils réclamaient.

Rébellion

En conclusion de leur post, ils/elles laissent entendre qu’ils aimeraient créer une autre revue de droit européen (« The European Law Journal is an intellectual project we are determined to continue »), sous un autre titre évidemment.

L’ELJ, lui, continue. Wiley recherche un rédacteur-en-chef. C’était justement le point de départ de la querelle en 2018. Selon les membres des "boards", l’éditeur voulait nommer de nouveaux "editors-in-chief" sans les consulter.

Ils ont « démissionné en masse de leurs postes en signe de protestation après que l’éditeur, Wiley, ait refusé de "céder” le contrôle et l’autorité sur les nominations et les décisions de la rédaction aux universitaires qui siègent aux comités de la revue ». Sur le blog de la revue, ils relatent leur « petit acte de résistance » car ils pensent « qu’il y a peut-être des leçons à tirer pour la communauté universitaire au sens large ».


La liste des signataires

Naïveté et ambiguïté

A travers leur communiqué, on les sent partagés. D’un côté, ils aimeraient bien trouver un éditeur qui respecte leur indépendance académique — et le fait que c’est eux qui font le travail d’évaluation ("peer review"). De l’autre, ils se rendent compte que l’éditeur possède bel et bien la revue et qu’il est donc maître à bord.

Moi aussi je suis partagé. D’un côté, je souhaite bonne chance à leur projet de revue alternative (je suppose qu’ils n’ont pas de clause de non-concurrence dans leur contrat). De l’autre, je ne voudrais pas paraître irrespectueux, mais quand ils se disent « peut-être naïfs », eh bien, objectivement, le "peut-être" semble de trop.

Il y a pourtant de grands enseignants dans ces deux comités. Daniela Caruso, par exemple, enseigne le droit européen des contrats à la Boston University. Quant à Gráinne de Búrca, elle enseigne le droit européen à l’Université de New York après avoir été à l’Institut Universitaire Européen de Florence, Oxford puis Harvard. Elle est l’auteure avec Paul Craig d’un manuel universitaire de droit européen dominant et indéboulonnable dans les facultés de droit : EU law : text, cases, and materials qui en est à sa 6e édition (2015) chez Oxford University Press. Francis Snyder, lui, fut carrément membre des groupes de travail ayant préparé les traités de Nice et d’Amsterdam et fonda l’ELJ.

De grands juristes, donc, mais qui n’ont pas tenu compte des réalités économiques et des rapports de force et n’ont pas pas immédiatement tiré, dès leur entrée au comité, les conclusions de la situation juridique où Wiley et eux se trouvaient. Certes, ils concluent leur billet par le constat "Business as usual". Mais c’est pour finir sur l’espoir que démissionnant en bloc, ils emporteront l’esprit de la revue avec eux (« Or do they ? », une belle formule [1]).

Certes, ils semblent être conscients que l’édition scientifique est un business formidable où « les universitaires ne sont que des prestataires intellectuels merveilleusement bon marché » [2]. Mais ils ne prononcent pas une seule fois les expressions "open access" ou "revue financée par l’Université" (quoique l’open access ne soit pas en soi une garantie de respect des universitaires).

On retrouve ici l’attitude "vouloir le beurre et l’argent du beurre" (ou, dit autrement et en anglais, "wishful thinking") très présente chez les enseignants et les chercheurs dans leur relation aux revues et aux éditeurs. Attitude illustrée récemment par une enquête publiée par le consortium Couperin [3] et commentée par Archimag [4].

Emmanuel Barthe
juriste, bibliothécaire documentaliste, veilleur


Datajust : un traitement de données pour élaborer un algorithme en matière d’indemnisation du préjudice corporel ...

... et pour évaluer les politiques publiques en matière de responsabilité civile et administrative

Vendredi 3 avril 2020

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Décret n° 2020-356 du 27 mars 2020 portant création d’un traitement automatisé de données à caractère personnel dénommé « DataJust », JORF n° 77 du 29 mars 2020 texte n° 2

Présentation officielle : ce décret autorise le ministre de la justice à mettre en œuvre, pour une durée de deux ans, un traitement automatisé de données à caractère personnel, dénommé « DataJust », ayant pour finalité le développement d’un algorithme destiné à permettre l’évaluation rétrospective et prospective des politiques publiques en matière de responsabilité civile et administrative, l’élaboration d’un référentiel indicatif d’indemnisation des préjudices corporels, l’information des parties et l’aide à l’évaluation du montant de l’indemnisation à laquelle les victimes peuvent prétendre afin de favoriser un règlement amiable des litiges, ainsi que l’information ou la documentation des juges appelés à statuer sur des demandes d’indemnisation des préjudices corporels. Le décret définit les finalités du traitement, la nature et la durée de conservation des données enregistrées ainsi que les catégories de personnes y ayant accès. Il précise enfin les modalités d’exercice des droits des personnes concernées.

C’est en fait un vieux projet, rendu public il y a maintenant deux ans, lors de la deuxième édition de la Vendôme Tech, en décembre 2018, et événement désormais annuel de présentation des projets de transformation numérique de la Justice. Un projet s’inscrit dans le cadre de l’avant-projet de réforme de la responsabilité civile et vide à donner à la Cour de cassation et au ministère de la Justice des données et des armes, donc, dans le débat sur le coût de cette réforme pour les assureurs (et les primes d’assurance).

Premiers commentaires :

  • Christiane Ferahl-Schuhl dans sa réaction sur son compte LinkedIn considère implicitement que ce traitement et futur algorithme est un danger pour la personnalisation de la réparation du préjudice. D’autres avocats précisent que les barèmes existant font déjà le travail d’uniformisation et que ce traitement viserait d’abord à baisser les évaluations (i.e. irait dans le sens des assureurs)
  • Pierre Januel (journaliste juridique, ex-porte-parole du ministère de la Justice) sur Twitter tend à relativiser les peurs, notamment des avocats
  • idem pour les Actualités du droit (Lamy).

Coronavirus : vrais problèmes, épidémie, précautions, droit du travail

Vendredi 3 avril 2020

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Parce que fin février, j’avais comme l’impression que la France allait être plus concernée qu’initialement prévu par l’épidémie de coronavirus 2019, j’ai pris le temps de faire ce point (mis en ligne le 23 février et régulièrement mis à jour). Pour le rédiger et le mettre à jour, je n’utilise que des sources fiables et diversifiées (site de l’OMS, sites gouvernementaux, presse y compris étrangère, études scientifiques).

Pour les veilleurs, vous trouverez en fin de ce billet des sources fiables pour la veille, incluant des comptes Twitter.

Sommaire

Relativiser, oui mais ...

La grippe espagnole, de 1918 à 1919, fut responsable d’environ 50 millions de morts. La grippe classique en France cause 10 000 à 15 000 décès chaque année (entre 8000 et 9900 durant l’hiver 2018-2019 selon Santé publique France). La létalité (voir définition infra) du coronavirus au niveau mondial depuis le début de l’épidémie se situerait entre 1,5 et 5,6% selon le mode de calcul.

Selon le Dr Samira Fafi-Kremer, cheffe du laboratoire de virologie au CHU de Strasbourg, interrogée par France Info le 1er mars, « certes, on voit que ce nouveau coronavirus est contagieux, mais pas davantage que la grippe et d’autres virus aussi » — c’est ce qu’on appelle le taux de reproduction de base, ou R0 (voir définition infra). Elle complète : « la plupart des personnes infectées n’ont pas de symptômes sévères ».

Et d’après le ministère de la Santé, « dans 85% des cas, la maladie guérit avec du repos ».

Or au 3 avril, en France, alors même que le haut de la vague n’est pas encore passé, on s’approche du nombre de morts annuels de la grippe : le coronavirus 2019 a causé 6507 décès pour 64338 cas confirmés soit un taux de létalité de 10,11% avec les maisons de retraite prises en compte (2,26% au 16 mars, 3,38% au 19 mars, 3,88% au 21 mars mais sans les EHPAD) [5].

On sait aujourd’hui que le Dr Fafi-Kremer sous-estimait la situation (voir infra). Et sur la contagiosité, elle se trompait lourdement. A l’époque, plutôt que les médecins, ce sont les épidémiologistes et les modélisateurs que nous aurions dû écouter, l’auteur de ce billet compris [6].

En clair : on nous a dit au début de cette épidémie qu’en France, on risquait plus de mourir d’un cancer, de la grippe classique ou d’un accident automobile que du coronavirus. Ce qui, déjà, entre parenthèses, n’est absolument pas une raison pour ne pas prendre de précautions. Et ce qui n’est pas totalement exact (oui, c’est une litote) puisqu’il est fort probable que le coronavirus tue in fine plus que la grippe en France. C’était déjà le cas au 18 mars en réanimation [7]. De plus, la dangerosité du Covid-19 par rapport à la grippe est sans commune mesure, comme le montre aisément le graphique diffusé par le Dr Dominique Dupagne sur son blog Atoute. Voir ci-dessous pour plus de détails.

Les vrais problèmes sont (aussi) ailleurs : économie au ralenti, hôpitaux débordés

Les problèmes les plus importants [8] sont ailleurs :

- Dans l’embouteillage des hôpitaux, qui seront alors incapables de traiter les malades à problème respiratoire (SARS) en surnombre et les autres affections.

En Italie, la semaine dernière, on n’en était pas loin et au 15 mars, d’après le gouverneur de la Lombardie et son adjoint, on y est quasiment. D’après un médecin italien sur place, on y est tout court.

J’écrivais ici le 15 mars que dans certaines régions en France, on n’en était pas loin. Mais ce 21 mars, on y est : le CHU de Mulhouse a commencé le tri des malades redouté. Selon Marc Noizet, le chef des urgenczs du CHU, la situation est la suivante [9] :

« Tous les jours, il faut inventer le moyen d’accueillir quinze à vingt-cinq patients supplémentaires dans l’hôpital. » Des patients dans « un état critique », en détresse respiratoire, qui « exigent une intubation et une ventilation rapide ». Dans des services de réanimation accueillant, en temps normal, en moyenne trois patients par semaine. Comment faire quand on dispose tout au plus de 110 lits dans les deux centres hospitaliers du Haut-Rhin ? Organiser des « norias d’hélicos pour projeter ces patients en dehors du département ». Pour faire face à cette situation, et « au vu du retour italien », Marc Noizet et ses collègues réanimateurs, gériatres ou encore infectiologues, ont pris une mesure drastique : « Au-delà de 75 ans, avec ou sans comorbidité (Facteurs aggravant l’effet du virus.), on n’intube plus ».

Le docteur belge Philippe Devos a fait le calcul qu’avec la "contagiosité" (le R0, pour être précis, voir infra) du Covid-19, les hôpitaux belges risquent d’être saturés et qu’une fois ce point atteint les patients devraient être soignés (nettement moins bien, donc) à domicile [10]. Il s’appuie notamment sur l’exemple italien : « la mortalité du virus en Italie est de 2,6%. Elle monte à 3,9% dans les zones où les hôpitaux ont été saturés ». Les journalistes français présents en Italie, correspondants des médias français comme le Figaro ou l’AFP, écrivaient le 12 mars :

« Nous avons pu constater la progression fulgurante de la maladie et avons recueilli les témoignages du personnel de santé italien. Beaucoup nous font part de la situation tragique dans les hôpitaux : les services de thérapie intensive saturés, le triage des patients, ceux – les plus faibles – que l’on sacrifie faute de respirateurs artificiels suffisants. [...] Nous observons en effet un décalage spectaculaire entre la situation à laquelle nous assistons quotidiennement dans la péninsule et le manque de préparation de l’opinion publique française à un scénario, admis par l’énorme majorité des experts scientifiques, de propagation importante, si ce n’est massive, du coronavirus. [...] Certains Français n’ont pas conscience qu’en cas de pathologie grave, autre que le coronavirus, ils ne seront pas pris en charge correctement faute de places, comme c’est le cas en Italie depuis plusieurs jours. Soulignons aussi que le système sanitaire impacté aujourd’hui est celui du Nord, soit le meilleur d’Italie, un des meilleurs en Europe. La France doit tirer les leçons de l’expérience italienne. »

Ils ne sont pas seuls à dénoncer le manque de réalisme des gouvernements : des médecins italiens, avec plus de 800 morts et 12 000 cas 12 mars, donnent de la voix. Dans un post Facebook du 7 mars, un médecin chirurgien de Bergame (Lombardie), Daniele Macchini avertit :

« Arrêtons de dire que c’est une mauvaise grippe, les pauvres malheureux qui se présentent aux urgences ont tout sauf les complications d’une grippe. [...] C’est une pneumonie interstitielle bilatérale. »

Autre façon de le dire, celle du Youtubeur belge Chat sceptique :

« Le truc avec ce virus, c’est qu’il pousse une fraction relativement importante des contaminés à l’hospitalisation pendant parfois de longues semaines avant d’aller mieux.
Dans un monde ou les hôpitaux auraient une capacité infinie, l’affaire serait vite pliée. Le présent thread n’existerait pas et on serait tous occupés à discuter du réchauffement climatique ou de comment écraser le cancer en prenant le thé.
Mais voilà, les hopitaux n’ont pas une capacité infinie. Et à mesure que le virus se propage, les hospitalisations longues explosent et foutent les hôpitaux dans la merde : manque de lits et de matériel de soins urgents, genre assistance respiratoire. »

Ce risque est corroboré par le conseil scientifique, un groupe de dix experts mis en place le 11 mars à la demande du président de la République « pour éclairer la décision publique ».

Le 15 mars à 13h58, Le Monde.fr écrit :

« Le nombre de cas de Covid-19 double maintenant toutes les 72 heures et 300 personnes sont déjà hospitalisées en réanimation. Dans les régions où le virus est le plus présent, les services de réanimation font depuis quelques jours face à un afflux de patients graves, et redoutent de ne plus pouvoir faire face si le rythme de l’épidémie ne ralentit pas. Mardi 10 mars, le directeur général de la santé, Jérôme Salomon, a annoncé que 5 000 lits de réanimation étaient disponibles en France et 7 364 lits dans les unités soins intensifs. Mais ces capacités risquent d’être vite débordées. [...]
Dans tous les cas, l’effet de ces nouvelles mesures dites de "distanciation sociale" ne se fera pas sentir avant plusieurs semaines. " Compte tenu du délai d’incubation – cinq jours en moyenne – et de l’évolution de la maladie sur plusieurs jours, il faut s’attendre à une augmentation du nombre de cas graves au cours des deux-trois prochaines semaines ", explique Simon Cauchemez, épidémiologiste à l’Institut Pasteur. [...] De nombreux hôpitaux parisiens sont déjà à saturation, et des mesures d’urgence ont été prises en fin de semaine pour libérer de nouveaux lits, notamment en réanimation. [...]
D’autant que les mesures prises par le gouvernement ne régleront pas sans doute pas la totalité du problème. " Avec des mesures fortes comme celles qui ont été prises samedi et une très forte implication de la population, on peut potentiellement éteindre la première vague ", explique Simon Cauchemez. " Mais dans la mesure où il n’y aura pas suffisamment d’immunité, qui ne peut être conférée que par la vaccination ou par une infection naturelle, il peut y avoir une seconde vague, et la question des mesures à prendre se reposera, poursuit-il. C’est toute la difficulté de cette stratégie, qui n’avait jusqu’à présent jamais été envisagée pour un virus circulant de façon globalisée, en raison de son coût économique et social." »

Selon les modélisations confidentielles du conseil scientifique, dont Le Monde a eu connaissance [11] :

« L’épidémie de Covid-19 pourrait provoquer en France, en l’absence de toute mesure de prévention ou d’endiguement, de 300 000 à 500 000 morts. Précision extrêmement importante : ce scénario a été calculé en retenant les hypothèses de transmissibilité et de mortalité probables les plus élevées, et ce en l’absence des mesures radicales de prévention et d’éloignement social qui viennent d’être prises. Dans ce cas de figure, entre 30 000 et 100 000 lits de soins intensifs seraient nécessaires pour accueillir les patients au pic de l’épidémie. »

Sur TF1 dimanche 15 mars, lors de la soirée électorale, Philippe Juvin, chef de service à l’hôpital Georges Pompidou et élu LR, plaidait très clairement pour le confinement total. Il était suivi par la majorité des médecins présents sur les plateaux de télévision de TF1, France Télévision et BFMTV.

- L’autre grand risque indirect, annoncé fin février et aujourd’hui avéré, c’est le fort ralentissement voire quasi-arrêt de l’économie [12]. Fin février, le coronavirus impactait déjà fortement le commerce mondial : selon les Échos fin février, « il est d’ores et déjà assuré que les statistiques au titre du premier trimestre seront désastreuses. La fermeture des entreprises de la principale usine du monde, la Chine, a réduit ses importations de matières premières, tout en amputant ses exportations. » Enfin, le coronavirus rend la finance très nerveuse : trouver du financement devient plus difficile, et les taux des CDS, qui sont un indicateur avancé du risque de défaut global des entreprises, se tendaient le 6 mars alors même qu’à part l’Italie, les pays occident1ux ne s’étaient pas encore confinés. Selon certains consultants, l’impact boursier de l’épidémie est également dû à l’importance des hausses précédentes et des soutiens des banques centrales face aux précédentes crises, autrement dit selon eux une bulle.


Source : Le Monde.fr 22 février 2020.

Aspects politiques

Les positions et le discours officiels des gouvernements et de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) sont pour une très large part le reflet de l’avis de leurs nombreux experts.

Mais pas seulement, comme on le verra plus loin en détail sur le sujet des masques faciaux :

- Le souci initial des gouvernements, tant que l’épidémie n’est pas flagrante, est de ménager autant que possible le commerce interne et les relations commerciales et touristiques avec l’étranger. C’est évident en ce qui concerne la Chine : non seulement les autorités locales de Wuhan ont initialement choisi de faire taire Li Wenliang et les sept autres médecins qui avaient donné l’alerte [13] mais la censure continue sur le sujet sur les réseaux sociaux chinois, notamment WeChat, plus ou moins efficace [14]. En France, c’est moins évident, mais des indices vont dans ce sens : le président de la République se rendant au théâtre le 7 mars et déclarant « La vie continue. Il n’y a aucune raison, mis à part pour les populations fragilisées, de modifier nos habitudes de sortie » [15], l’avis le 4 mars de la porte-parole du Gouvernement, Sibeth Ndiaye, sur l’épidémie ("cela (lui) semble peu probable" que la France n’atteigne jamais le stade 3), l’aveu d’Agnès Buzyn, ou encore le sous-entendu — voir infra en italique — dans les propos de l’épidémiologiste Simon Cauchemez : « Avec des mesures fortes comme celles qui ont été prises samedi et une très forte implication de la population, on peut potentiellement éteindre la première vague. Mais dans la mesure où il n’y aura pas suffisamment d’immunité, qui ne peut être conférée que par la vaccination ou par une infection naturelle, il peut y avoir une seconde vague, et la question des mesures à prendre se reposera, poursuit-il. C’est toute la difficulté de cette stratégie, qui n’avait jusqu’à présent jamais été envisagée pour un virus circulant de façon globalisée, en raison de son coût économique et social. »

- Plus subtil et moins grave en apparence seulement, une censure par omission sur certains sujets qui fâchent. Une enquête de Mediapart sur la pénurie de masques utilise, elle, le terme « mensonge d’Etat » [16].

Ainsi, le gouvernement français cherche à masquer la pénurie (d’autant que que l’Etat a volontairement laissé baisser le stock d’Etat de masques FFP2 depuis 2011, soit un après la fin de l’épidémie de grippe H1N1, préférant demander aux établissements de stocker les FFP2) [17] et éviter une ruée sur les produits quand il recommande officiellement de réserver le port du masque aux patients atteints par le virus et à leur entourage. La réalité, c’est que le port du masque et particulièrement du FFP2 (voir infra) est également très utile pour ne pas attraper le virus dans les environnements de foule et les transports en commun.

De même, si le Gouvernement parle le moins possible des tests jusqu’à début avril, c’est parce que très peu sont disponibles en France, ainsi que les détecteurs de température sans contact. En réalité, de l’avis de nombreux spécialistes internationaux comme des scientifiques interrogés par Mediapart, une politique massive de dépistage serait pourtant un complément crucial au confinement [18]. Mais même si beaucoup plus de tests étaient disponibles, la pénurie de gants, de lunettes et de masques limite les prélèvements possibles sans risquer de contaminer les infirmiers et laborantins.

- Enfin, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a été elle-même ambiguë voire trop prudente dans sa communication, en tardant notamment à déclencher le stade d’alerte approprié pour le Covid-19. Là aussi, il y a des raisons : la Chine est un membre influent, les grandes économies sont les principaux contributeurs financiers de l’OMS et les nombreux pays en voie de développement (1 pays = 1 voix, peu important sa contribution financière) ont eu peur pour leurs revenus touristiques. De plus, lors de l’épidémie de H1N1, l’OMS en avait surestimé la dangerosité, et les Etats avaient commandé des stocks de vaccins totalement inutiles et ruineux, ce qu’ils n’avaient pas manqué de reprocher à l’OMS, qui est donc devenue très prudente quand il s’agit de qualifier une épidémie [19].


Un exemple de censure par omission : les tests. Le Monde, 20 mars 2020

Appellations

Il y a deux choses : le virus et la maladie qu’il déclenche. Les termes utilisés ressortent de l’un ou de l’autre :

  • nouveau coronavirus (il existe plusieurs types de coronavirus, celle-ci est la plus récente, apparue en 2019)
  • 2019-nCoV (appellation temporaire du virus)
  • SARS-CoV-2 (nom définitif du virus)
  • pneumonie ou pneumopathie de Wuhan
  • COVID-19 (nom définitif de la maladie).

Ces divers noms ne sont pas anecdotiques : comme le rappelle un collègue veilleur formateur, Serge Courrier, le choix du vocabulaire des requêtes [20] est fondamental pour une recherche ou une veille sur cette épidémie.

Aspects médicaux du coronavirus 2019

Le coronavirus 2019 a d’abord été décrit comme assimilable à une grosse, très méchante grippe de par ses symptômes (ses effets sur le corps humain). En fait, pour les malades qui ne déclenchent pas de syndrome respiratoire, c’est une très méchante grippe, ok. Mais pour ceux qui déclenchent un SRAS (Severe acute respiratory syndrome : syndrome respiratoire aigu sévère), comme indiqué par le médecin italien cité plus haut, c’est une pneumopathie interstitielle bilatérale (les *deux* poumons sont touchés).

Symptômes (signes permettant de repérer la maladie) :

  • fièvre supérieure ou égale à 38°, frissons
  • fatigue intense, douleurs musculaires inhabituelles, maux de tête
  • toux sèche
  • manque de souffle, difficulté à respirer, pneumonie
  • insuffisance rénale
  • perte de l’odorat et du goût.

S’attrape par contact avec les fluides (éternuement, morve, postillons) des personnes infectées. Donc suite à une forte proximité (moins d’un mètre) avec eux.

Période d’incubation (pendant laquelle on est déjà contaminant mais on n’a pas les symptômes) : de 2 à 14 jours après avoir été soi-même contaminé.
Une étude isolée et non encore "peer-reviewed" parle toutefois de 24 jours. Cette hypothèse laisse les scientifiques sceptiques. « On n’y a jamais beaucoup cru, les données les plus récentes vont au contraire plutôt dans le sens d’une diminution de la durée d’incubation », dit le docteur Daniel Lévy-Bruhl, de l’agence sanitaire française Santé publique France à France TV Info. Selon lui, « il y a très peu de chances que des durées d’incubation aillent au-delà » des 14 jours.

Dangerosité : taux de létalité et taux de reproduction de base

Le taux de létalité (taux de mortalité des personnes diagnostiquées comme touchées par le virus, en anglais "case fatality rate") officiel global est souvent donné comme étant de 3% mais il est en réalité encore incertain [21] (létalité des coronavirus précédents : SRAS 10%, MERS 34%) [22] Selon la docteure Sybille Bernard-Stoecklin, experte à Santé publique France, interrogée par le Parisien le 27 février, « les modèles épidémiologiques estiment ce taux à environ 1% » [23].

Mais des sources début février parlaient de 18% en Chine et 5% hors de Chine. Et une étude publiée le 12 mars par la célèbre revue médicale The Lancet estime, sur des chiffres datant du 1er mars, que la véritable [24] létalité mondiale serait de 5,7%, ce qui est cohérent avec les estimations actuelles de l’OMS [25]. Ça se vérifie : les chiffres au niveau mondial au 3 février rassemblés par l’AFP donnent une létalité de 5,18% [26] et ceux de l’European Center for Disease Control (ECDC) 5,15%.


Source : The Lancet, 12 mars 2020

A titre de comparaison, la létalité de la grippe classique est de 0,1%.

Le calcul de la létalité de la Covid-19, même corrigé comme dans l’étude publié au Lancet, comporte toutefois un biais au sens où, pour chaque cas connu de coronavirus, cinq à dix autres cas ne sont pas détectés [27], selon une étude publiée dans Nature [28]. Ces cas non détectés, notamment les personnes atteintes par le virus mais ne déclarant aucun symptôme (dits asymptomatiques), sont un des facteurs supplémentaires de la contagiosité du virus.

Le Covid-19 est très dangereux pour les personnes déjà faibles (personnes âgées) ou affaiblies par des maladies pré-existantes. 80% des décès causés par le nouveau coronavirus concernent des personnes de 60 ans et plus et les personnes de plus de 80 ans touchées par la maladie ont 18% de chances (au 24 février) 15% de chances d’en décéder contre 0,2% pour les 20-29 ans [29].

Pourtant, le risque n’est pas nul pour les moins de 60 ans puisque selon le directeur général de la Santé lui-même, lors de son point presse du 18 mars, parmi les 931 patients dans un état grave, la moitié sont âgés de moins de 60 ans et 7 % des personnes qui ont succombé au virus étaient âgées de moins de 65 ans. Là aussi, comme pour la contagiosité, comme pour la gravité de la maladie, comme pour les masques, comme pour les tests, des sources normalement fiables sont-elles à remettre en cause ?

Les enfants sont très nettement moins infectés que les adultes et semblent également plus résistants. Aucune personne infectée de moins de 9 ans n’est décédée jusqu’ici. Ce qui ne veut pas dire que les enfants sont totalement à l’abri du virus. Aucune catégorie ne l’est [30]. Par exemple, « on a 9 patients suspects de coronavirus qui nécessitaient une hospitalisation dont un de 23 ans et un de 24 ans », explique Philippe Juvin, chef des Urgences à l’Hopital Pompidou (et homme politique LR), à l’occasion de son point complet sur la situation de l’épidémie de coronavirus au 13 mars. Il ajoute que les décès concernent souvent des personnes ayant des problèmes respiratoires préexistants (anciens fumeurs, bronchopathies chroniques obstructives ...) [31].


En gros, les statistiques moyenne tirée de la littérature sur les symptômes de la COVID19 (source : Pr. Axel Kahn et Mathieu M.J.E. Rebeaud)

Après, « même si seuls 3% des cas décèdent, ça peut faire des chiffres importants si 30% ou 60% d’une population sont infectés », souligne le docteur Simon Cauchemez, de l’Institut Pasteur à Paris [32]. Autrement, dit, la dangerosité d’une maladie ne dépend pas seulement du taux de létalité, mais aussi de sa faculté à se répandre plus ou moins largement — ce qui explique pourquoi les Etats les plus touchés confinent leurs citoyens chez eux (Chine, Italie). En matière de mesure du danger d’une épidémie, il faut donc également citer le taux de reproduction de base (R0). C’est le nombre moyen d’individus qu’une personne infectieuse pourra infecter, tant qu’elle sera contagieuse. Il est important pour estimer la taille finale de l’épidémie.

Le Covid-2019 est toutefois plus dangereux que la grippe par au moins un aspect : il est plus contagieux et entraîne des cas sévères sur des gens de plus de 50 ans, ce qui est très rare pour la grippe, explique le Dr Bernard-Stoecklin au Parisien. « Les études montrent qu’une personne qui a le coronavirus 2019 en contamine entre 2 et 3, voire plus de 3 [en l’absences de mesures de contrôle]. Alors qu’une personne grippée en contaminera en moyenne 1,3 », selon le Dr. Bernard-Stoecklin. En sens inverse, le Covid-19 est nettement moins contagieux que la rougeole (plus de 12) et comparable au SRAS (3).

C’est pourquoi, pour le Dr Devos (post précité), « la première chose à faire est d’empêcher le virus de se propager comme une grippe. L’objectif est ici d’éviter d’atteindre le [seuil du nombre de] personnes contaminées [à partir duquel les hôpitaux sont saturés] ».


Source : Early epidemiological analysis of the coronavirus disease 2019 outbreak based on crowdsourced data : a population-level observational study, The Lancet, 20 février 2020.

Traitements :

  • aucun médicament spécifique n’est recommandé pour l’instant pour prévenir ou traiter l’infection par le nouveau coronavirus.
    La chloroquine (connue en France sous le nom de Nivaquine) recommandée par le Pr. Didier Raoult (IHU Marseille) suite à un test limité est actuellement testée par une autre équipe française mais aussi américaine. En espérant que les stocks ne fondent pas suite aux annonces du président américain le 19 mars
  • le coronavirus est un virus, les antibiotiques sont donc sans effet sur lui
  • on n’attrape pas deux fois le même type (souche) de grippe. Après avoir attrapé le coronavirus (Covid-2019), on devrait donc être en quelque sorte vacciné. Selon les experts avec lesquels le magazine Time s’est entretenu, il est probable que les rapports de patients qui semblaient s’être rétablis mais qui ont ensuite été testés à nouveau positifs ne soient pas des exemples de réinfection, mais des cas où une infection persistante n’a pas été détectée par les tests pendant un certain temps.

Comment les tests de diagnostic fonctionnent-ils ?
En cas de suspicion clinique, le diagnostic peut être confirmé par un test de détection rapide de l’ARN de ces coronavirus, par une technique dite "de PCR en temps réel". L’examen est réalisé à partir d’un prélèvement respiratoire, et le résultat est obtenu après trois et cinq heures. En France, ces tests sont actuellement pratiqués dans les centres nationaux de référence (CNR) des virus respiratoires, et quelques laboratoires hospitaliers [33].

La quasi-certitude de la pandémie dès fin février

Ce qui inquiétait fin février les spécialistes des épidémies, ce n’est pas la remontée du nombre de cas, mais :

  • l’apparition mi-février de foyers infectieux loin de et/ou sans lien clairement établi avec la Chine (Japon, Iran, Liban, Italie ...)
  • leur certitude — discrète — que le nombre de cas réel était beaucoup plus important que celui des cas diagnostiqués. Ainsi une étude estimait que début février à Wuhan, le nombre de cas diagnostiqués était 19 fois inférieur à la réalité. Les tests utilisés sont d’ailleurs reconnus comme imparfaits
  • le risque énorme que constitue l’Afrique, dont la Chine est le premier partenaire commercial et avec qui les pays africains n’ont pas interrompu les liaisons aériennes
  • enfin, leur quasi-certitude que la pandémie était pour bientôt. Pour le secrétaire général de l’OMS , « ce virus est [...] l’ennemi public numéro un et il n’est pas traité comme tel ». L’OMS ajoutait vendredi 21 que « la fenêtre de tir pour enrayer l’épidémie est en train de se réduire ». Le 21 février, la Russie fermait ses frontières avec la Chine.

Au 3 mars, les hôpitaux français, sous-financés depuis des années étaient déjà débordés par le nombre de personnes voulant passer un test.

Les précautions à prendre - Les gestes d’hygiène

Pour l’essentiel, des recommandations de l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

- Nettoyez-vous les mains fréquemment de préférence à l’eau chaude et au savon, sinon avec un gel hydroalcoolique. Au minimum à chaque fois que vous revenez de l’extérieur et avant de préparer le repas et de manger. Préférez le savon : il est plus efficace (c’est un virologue qui le dit). Faites le pendant au moins 20 secondes et sans oublier le dos des mains et entre les doigts. Regardez donc la vidéo ci-dessous pour devenir un expert :

- Couvrez-vous la bouche et le nez avec le pli du coude ou avec un mouchoir en cas de toux ou d’éternuement – jetez le mouchoir immédiatement après dans une poubelle fermée.

- Dans les lieux très fréquentés, particulièrement au travail et dans les transports en commun, évitez de toucher les rampes, colonnes et poignées de porte. Nettoyez-vous les mains aussitôt après en être sorti.

- Evitez de porter vos mains à votre bouche, votre nez ou vos yeux sauf si vous venez de vous les laver. Le virus passe essentiellement par là.
Et méfiez-vous : contrairement à ce vous pensez, vous touchez votre visage entre 3 et 23 fois par heure. Le virologue Ian McKay recommande d’en faire un jeu : dès qu’une personne touche son visage, elle a perdu, elle fait la vaisselle ce soir.
Le virus ne passe pas par la peau. Mais en revanche, il survit un certain temps sur votre peau. A fortiori sur les surfaces touchées par des dizaines, centaines, milliers de personnes par jour.

- Port de masque de protection faciale : les informations sont contradictoires ou ambigües, voire fausses, probablement parce que les gouvernements et les autorités sanitaires cherchent, face à la pénurie [34], à éviter une ruée des particuliers sur les masques les plus protecteurs (les FFP2) et à privilégier les soignants dans les hôpitaux, qui sont les plus exposés. Plus en détail :

  • la meilleure qualité de masques est en pratique réservée, vu la pénurie mondiale, aux hôpitaux [35]. C’est le FFP2 [36], identifiable à ses élastiques jaunes. Il protège non seulement les autres d’un porteur du masque malade mais aussi le porteur du masque des personnes malades. Dans un avis de du 1er juillet 2011, le Haut Conseil pour la santé publique (HCSP) fixe la stratégie concernant le « stock d’État de masques respiratoires » [37] : « en cas d’agent respiratoire hautement pathogène, le port d’un APR de type FFP2 chez les soignants doit être envisagé pour toute situation exposant à un risque de transmission aérienne de l’agent (…) quel que soit le mode d’exercice (hospitalier ou libéral et le lieu d’exercice (hôpitaux, cliniques, Ehpad, établissements pour handicapes, cabinets médicaux…) »
  • le FFP1 à élastique blanc ainsi que le masque chirurgical en papier, bien que moins efficaces que le FFP2, ne doivent pas être négligés (si vous avez réussi à vous en procurer avant la réquisition par l’Etat). Ils vous protègent en effet (le masque chirurgical nettement moins que le FFP1) contre les gouttelettes émises par les personnes contaminées si pour une raison ou une autre vous ne pouvez pas rester chez vous
  • l’OMS vous dit de ne porter un masque que si vous toussez ou éternuez (pour éviter de contaminer les autres) ou bien si vous vous occupez d’une personne malade. Ce qui revient à dire que les masques ne servent pas à grand’ chose mais qu’en même temps ils servent à quelque chose — c’est absurde, on ne peut pas dire une chose et son contraire en même temps. En fait, explique François Godement, conseiller pour l’Asie à l’Institut Montaigne et interviewé par l’AFP, « l’affirmation [que les masques ne serviraient à rien] est énorme, car elle confond les masques chirurgicaux (limitant la contamination vers autrui) avec les masques plus élaborés (N95 et de norme minimale FFP2) qui limitent la contamination vers leurs porteurs ». Inutiles, les masques  ? Le Monde du 20 mars pose la question : « Lors de son point presse, le 27 janvier, Jérôme Salomon avait pourtant noté qu’en Chine les meilleures armes contre l’épidémie étaient le port de masques  : pour les malades, mais aussi, "  les professionnels du transport  et "  les professionnels du soin  ". Tout comme les tests systématiques des personnes manifestant des symptômes permettaient là-bas " la mise à l’isolement des personnes infectées  ". »
  • il existait en février un stock d’Etat de masques FFP2, mais il ne comptait que 15 millions de masques (d’après deux pharmaciens que j’ai interrogés, une fois livré, il est parti en quelques jours) et les commandes de l’Etat pour le réapprovisionner tardaient à être livrées. De toute façon, ce stock était réservé aux professionnels de santé. Étant insuffisant, ce stock a été complété par la réquisition des stocks existants et de la production des quatre usines françaises (publication au Journal officiel le 4 mars d’un décret relatif aux réquisitions nécessaires dans le cadre de la lutte contre le virus Covid-19). Le texte de ce décret est très clair :
    « Eu égard à la nature de la situation sanitaire et afin d’en assurer un accès prioritaire aux professionnels de santé et aux patients dans le cadre de la lutte contre le virus covid-19, sont réquisitionnés, jusqu’au 31 mai 2020 :
    1° Les stocks de masques de protection respiratoire de type FFP2 détenus par toute personne morale de droit public ou de droit privé ;
    2° Les stocks de masques anti-projections détenus par les entreprises qui en assurent la fabrication ou la distribution.
    Les masques de protection respiratoire de type FFP2 et les masques anti-projections produits entre la publication du présent décret et le 31 mai 2020 sont réquisitionnés, aux mêmes fins, jusqu’à cette date. »
    Autrement dit, pour éviter la spéculation, mais aussi et surtout parce qu’il n’en possède pas assez, l’Etat a réquisitionné *tous* les stocks de masques, y compris ceux possédés par les entreprises *privées*. Au temps pour les employeurs qui avaient anticipé (et leurs salariés) !
  • les masques ne doivent pas être réutilisés ni lavés. Ils doivent être changés et jetés toutes les 3 à 8 heures (et on se lave les mains après). Mais ... mais comme un particulier n’a pu au mieux en acheter que quelques dizaines, et que, comme expliqué ci-dessus, ils sont utiles même si on n’est pas atteint par le virus, que faire ? Le billet précité du Dr Dupagne sur la Covid-19 donne des indices : « Le virus ne résiste pas au passage en lave-linge à 40°C. Mettre un tissu au sèche linge après l’avoir légèrement humecté est un bon moyen pour le stériliser rapidement par chauffage à plus de 50°C.. »


Source : Le Monde 20 mars 2020

- Tenez-vous à deux mètres au moins d’une personne qui tousse ou éternue et ne porte pas de masque ou avec qui vous parlez. Les gouttelettes respirables se projettent à 1 m au maximum d’une personne qui tousse ou éternue.


Les gestes d’hygiène contre la grippe classique sont parfaitement adaptés au coronavirus 2019 : vidéo de Pierre Parneix, président de la Société française d’hygiène hospitalière

- Evitez les transports en commun autant que possible. Allez au travail en vélo, moto, trottinette, voiture ou taxi/VTC [38].

- Demandez à votre employeur si vous pouvez télétravailler.

- En cas de fièvre, de toux — sans plus — consultez un médecin par téléconsultation.

- En cas de retour d’une zone à risque :

  • mettez-vous en quarantaine pendant 14 jours, après avoir prévenu votre employeur et votre entourage, si possible seul en chambre d’hôtel
  • surveillez votre température deux fois par jour, matin et soir
  • portez un masque facial en présence de votre entourage.

- Si vous avez les symptômes du Covid-19 décrits supra, ne vous rendez pas aux urgences ni directement chez votre médecin, mais appelez le d’abord et voyez si c’est sérieux avec lui (téléconsultation).
N’appelez le 15 que si vous avez des problèmes respiratoires et des signes d’étouffement.
 [39]

Le 18 mars, l’Assurance-Maladie a ouvert la possibilité aux sujets à risque de se mettre eux-mêmes en arrêt-maladie sur le site https://declare.ameli.fr, sans passer par leur médecin ni leur employeur, au cas où le télétravail est impossible dans leur entreprise. Cet arrêt-maladie pourra être rétroactif et démarrer le vendredi 13 mars.

Comme l’écrit le Dr Dupagne dans sa remarquable synthèse sur la Covid-19 publiée sur son blog :

« Il est important de comprendre que le symptôme inquiétant, celui qui pourrait conduire à une hospitalisation, c’est un essoufflement. La toux, la fatigue, la respiration sifflante, la fièvre, tout cela est désagréable, mais ça ne tue pas. Ce qui tue, c’est une pneumonie particulière, qui infiltre les poumons et empêche le sang de s’oxygéner correctement. Dans ce cas, les malades sont essoufflés au moindre effort, voire au repos, comme s’ils venaient de monter des escaliers. C’est cela qui est vraiment inquiétant et qui justifie d’appeler le SAMU. De toute façon, dans le cas contraire, on vous dira de rester chez vous, même si vous êtes à risque de complications. »

Voici tous les conseils (PDF) que le Dr Dupagne donne à ses patients présentant des symptômes évoquant une infection à coronavirus COVID-19.

- Evitez au maximum de vous rassembler, stoppez les réunions amicales et familiales (fermeture des bars, restaurants, cinémas et autres commerces à compter du 15 mars, à l’exception des commerces essentiels : alimentation, pharmacie, banques, bureau de tabac).

- Les grands-parents doivent éviter de garder leurs petits-enfants.

- Ne partagez pas les objets comme les verres, les couverts et évidemment les brosses à dents ou les serviettes de bain et les gants de toilette.

- Pour acheter et cuisiner des denrées alimentaires sans risque : les conseils du professeur Didier Lepelletier, médecin hygiéniste et coprésident du groupe de travail national au Haut Conseil à la santé publique (HCSP) sur le coronavirus :

  • aller faire ses courses seul, sans enfants ni conjoint
  • horaires : privilégier l’après-midi
  • les gestes barrières (se laver les mains souvent, tousser dans son coude, éviter de se toucher le visage ou la bouche) sont à respecter scrupuleusement
  • ne pas porter de gants pendant ses achats, sauf s’il sont à usage unique (on les jette à la sortie du magasin)
  • se laver les mains avec du gel hydroalcoolique avant d’entrer dans le magasin
  • se débarrasser au maximum des emballages et ne pas rentrer de cartons dans le frigo
  • se laver les mains en revenant des courses mais seulement après avoir déballé ses paquets
  • par précaution, lavez les fruits et légumes en les frottant. Ou pelez-les. Mais pour le reste, selon l’Autorité européenne de sécurité des aliments (AFSA), les aliments ne transmettent pas le coronavirus
  • plus aucun risque quand c’est cuit : la cuisson suffit à inactiver le virus.

- Aérez votre intérieur tous les jours entre 10 et 15 minutes pour renouveler l’air et éviter la prolifération des virus.

- Nettoyez deux fois par jour, de préférence avec un produit désinfectant (Javel ... [40]), les nids à microbes comme les poignées de porte, les télécommandes, les étuis et coques de téléphone portable ainsi que les surfaces fréquemment utilisées (table, plan de travail ...). Pour les smartphones eux-mêmes, privilégiez un chiffon en tissu microfibres avec un peu d’eau tiède et savonneuse. Lavez le plus souvent possible les serviettes, torchons et gants de toilette.
Combien de temps le virus peut-il survivre sur des surfaces ? Selon le Wall Street Journal, l’OMS dit que ce n’est pas clair.
Toujours selon le WSJ, un examen récent de 22 études a montré que les coronavirus peuvent survivre de deux heures à neuf jours sur des surfaces telles que le métal, le verre ou le plastique. Et selon une nouvelle étude américaine non encore vérifiée par les pairs rapportée par le Parisien, le Covid-19 peut survivre jusqu’à trois jours sur des bouteilles en plastique [41], mais il est trop tôt pour dire si ces particules sont, à ce moment-là, encore contagieuses. En effet, toujours dixit Le Parisien, la persistance de particules ne signifie en aucun cas que ces dernières sont encore infectieuses. Présence ne veut pas dire contamination. Après quelques heures, le taux d’activité des cellules, et donc le risque d’infection, chuterait même drastiquement, selon cette même étude. Et cela qu’importe la surface.
Pour le docteur Alexandre Bleibtreu, infectiologue à l’Hôpital de la Pitié Salpétrière à Paris et qui s’exprime dans une vidéo mise en ligne par le Gouvernement, un délai de 4 heures est suffisant pour être tranquille. Donc, il suffit de ne pas toucher vos courses ou tout objet acheté à l’extérieur pendant 4 heures pour être tranquille.
Par ailleurs, ajoute le Dr Dupagne, le virus ne résiste pas à une température supérieure à 50°C, et un lavage à 40° avec de la lessive est suffisant, ce virus étant particulièrement sensible aux détergents. On peut donc tenter, si on n’a pas d’autre solution, de laver son masque.

- Il est sans danger de recevoir une lettre ou un colis de Chine. Les coronavirus ne survivent en effet pas longtemps sur des objets (cf supra).

- Nos amis animaux domestiques ne risquent pas d’attraper la maladie.

- NB : d’après le même François Godement, « la France – et la plupart des pays européens – possèdent très peu de scanners thermiques ».

Des erreurs "rationnelles" et des économies budgétaires

Au vu du succès de la Corée du Sud qui, dès qu’elle a su que la Chine avait une épidémie en cours, a dépisté massivement sa population et les entrant sur son territoire et a équipé tous ses citoyens de masques (même succès pour Hong-Kong), certains observateurs, notamment dans le monde médical, posent la question : le gouvernement français a-t-il fait les bons choix ? Si une telle politique aurait pu être efficace au tout début de l’épidémie, elle n’est plus préconisée en France au moment où tout le territoire se retrouve touché. Pour le ministre de la Santé, un dépistage massif sera néanmoins nécessaire à la fin du confinement.

Un certain nombre d’articles de presse et de rapports officiels anciens permettant aujourd’hui de mieux comprendre les erreurs commises, qui à l’époque pouvaient paraître des choix justifiés voire nécessaires :

- Les gouvernements successifs depuis le gouvernement Fillon (2011) ont été victimes d’une erreur d’appréciation qui a pourtant paru rationnelle à l’époque : l’épidémie de H1N1 avait poussé la ministre de la Santé de l’époque, Roselyne Bachelot, à commander un énorme stock de vaccins et de masques qui s’avérèrent inutiles. Dépense qui lui fut reprochée. Par ailleurs, les Ebola, SRAS et MERS n’arrivèrent pas en France. Par ailleurs, la dernière grande épidémie ayant touchée la France, la grippe de Hongkong, qui fit, en deux mois de l’hiver 1969-1970, 31 226 morts en France, fut largement ignorée par la presse et n’intéressa ni le public ni les pouvoirs publics. Quant à la grippe espagnole (1918-1920), aucun vivant ne l’a connue. S’est donc développé une fausse impression de sécurité vis-à-vis des épidémies. La doctrine officielle a pu donc changer à partir de 2013 : on est passé d’un stock d’Etat massif de FFP2 à un transfert de l’obligation de stock de FFP2 de l’Etat vers les employeurs et les établissements de soins (l’Etat gardant en revanche un stock de masques chirurgicaux).

Dans un éditorial, Bloomberg généralise, constatant que « chaque gouvernement a d’abord cru que son pays serait moins exposé, surestimé sa capacité à contrôler la situation, ignoré les leçons en temps réel des autres Etats, avant de prendre finalement des mesures dans la précipitation. » Il ne s’agirait pas (seulement) d’une question de mauvaise gouvernance, puisque même les populations ont souvent d’abord sous-estimé les dangers. En citant les travaux de plusieurs chercheurs en neurosciences, Bloomberg explique que la raison se trouve, tout simplement, dans nos cerveaux : « Nous basons nos décisions sur nos expériences passées et des schémas connus. Ce qui expliquerait pourquoi les Etats qui ont le mieux réagi sont ceux qui ont déjà été confrontés à des épidémies similaires, comme Hong Kong, Singapour et la Corée du Sud. »

Rien de rare ni d’original dans ce mécanisme de biais cognitifs hélas : en 2002 déjà et loin d’être le premier, le sociologue et cadre dirigeant Christian Morel, avait montré que les erreurs radicales et persistantes sont fréquentes et s’expliquent, notamment par « l’interprétation cognitive qui fait ressortir la puissance des erreurs élémentaires de raisonnement » [42].

- Abandonner le stock d’Etat et se reposer, pour la production des masques FFP2, sur la délocalisation de la production (comme d’habitude, dirons-nous), a été une autre erreur [43]. Déjà, produire des millions de masques, même en urgence et sans pénurie, cela demande un délai. Or il est évident qu’en cas de pandémie, la demande ne peut que créer une pénurie. Maintenir un stock d’Etat a donc un sens. Par ailleurs, les masques FFP2 équipés d’une membrane filtrante et d’élastiques ont une durée de vie évaluée à quatre ou cinq ans, donc limitée. Et vu les besoins [44], tout stock ne peut que s’épuiser rapidement en cas de pandémie. Ce qui compte autant que le stock, c’est donc la production de masques. Or avec le changement de doctrine en 2013 évoqué plus haut (Marisol Touraine était alors ministre de la Santé, mais elle nie toute responsabilité), on a non seulement renoncé à un stock d’Etat de masques FFP2 mais on s’est mis en plus à compter sur les pays asiatiques et surtout la Chine pour produire ces masques en cas d’épidémie. Ce que les pouvoirs publics avaient négligé, c’est que ces pays, particulièrement la Chine, sont des foyers fréquents d’épidémie et pourraient se réserver leur production ou la voir désorganisée. C’est ce qui s’est passé en décembre 2019-février 2020.

- Le stock de masques a été réduit depuis 2011 en partie par souci d’économies budgétaires, comme les dépenses pour l’hôpital public depuis 1997 et l’établissement dans la loi (loi de financement de la sécurité sociale (LFSS) pour 1997) de l’Objectif national de dépenses de l’Assurance maladie (Ondam), fixé chaque année par le gouvernement et voté dans la LFSS. C’est depuis 2010 que l’Ondam est réellement utilisé comme un outil de restriction budgétaire. Soyons clair : d’après le Panorama 2019 des établissements de santé cité par le magazine Actusoins, environ les 3/4 des recettes des hôpitaux publics français (54 milliards d’euros sur 69,7) proviennent de l’Assurance Maladie, autrement dit elles proviennent des charges sociales prélevées sur les feuilles de paye. Et notez bien que sous le double effet du progrès médical et du vieillissement de la population, le taux de croissance naturel des dépenses de santé est de l’ordre de 4,5 % par an. « Un Ondam à 2,5 %, ce sont donc encore des mesures d’économies », souligne le sociologue et spécialiste des politiques de santé Frédéric Pierru [45]. Un exemple de l’effet du calcul du nombre de lits d’hôpital au plus près, selon l’Ondam donc : en cas d’épidémie, il n’y en pas assez pour faire face puisque par définition, on fait face à une hausse brutale.

- Comme le souligne l’article de Mediapart sur le mensonge d’Etat sur les masques FFP2, Santé Publique France, l’organisme dans lequel a été intégré l’Etablissement de préparation et de réponse aux urgences sanitaires (EPRUS) constitué en 2007 et dissous en 2016, a totalement manqué de souplesse et de rapidité, notamment du fait de l’utilisation de procédures de marchés publics dépassées vu l’urgence et le déséquilibre entre la demande et l’offre de masques. Là aussi, malheureusement, rien de neuf. Il suffit de rappeller les propos tenus par le sociologue Michel Crozier en 1987 : « J’ai essayé dans mon nouveau livre "Etat modeste, Etat moderne" (Fayard, 1987), de faire réfléchir les élites françaises administratives, politiques et plus généralement technocratiques sur le caractère tout à fait archaïque des modèles de rationalité qui sont sous-jacents à leurs modes de décision et de gouvernement. C’est cet archaïsme qui permet d’expliquer l’extraordinaire répétition d’erreurs commises aussi bien à droite qu’à gauche et que nous devons constater. Le problème bien sûr ne se limite pas du tout à la France. » [46]

Après la pandémie de Covid-19, des Français pourraient se retourner contre l’Etat, notamment pour carence fautive de masques de protection. Sa responsabilité peut-elle vraiment être engagée devant les tribunaux administratifs ? La réponse d’Anne Jacquemet-Gauché, professeure de droit public à l’université Clermont Auvergne, à la lumière de la jurisprudence passée.

D’ailleurs, puisque nous en sommes à parler de responsabilités : une étude de l’Université de Southampton suggère que 95% des contaminations dans le monde auraient pu être évitées si la Chine avait agi trois semaines plus tôt. Et ne parlons pas de la probable sous-estimation de la contamination comme des décès par les autorités chinoises.

Coronavirus et travail

Avertissement  : cette partie date du 23 février et est à mettre à jour. De nombreux changements sont intervenus avec la loi d’urgence du 23 mars et les ordonnances.

Il faut d’abord regarder si le plan de continuité d’activité (PCA) de l’entreprise a prévu quelque chose dans le cas d’une épidémie.

Ensuite, selon le droit positif, l’employeur doit prendre toutes les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique de ses salariés (article L. 4121-1 du Code du travail). Lorsque le risque est exclusivement ou principalement environnemental, comme une pandémie grippale, les employeurs sont tenus, au minimum, à une obligation de moyens (circulaire DGT 2009/16 du 3 juillet 2009 émise à l’occasion de l’épidémie de grippe H1N1). Mais cette précision doit aujourd’hui être interprétée au regard de l’évolution jurisprudentielle de l’obligation de sécurité vers une obligation de prévention des risques professionnels depuis l’arrêt Air France du 25 novembre 2015 (Cass. soc., 25 novembre 2015, nº 14-24.444).

En théorie, les salariés peuvent :

  • en cas de danger grave et imminent au travail pour leur santé, invoquer leur droit de retrait (= ne pas venir travailler ; article L. 4131-1 du Code du travail : les salariés peuvent se retirer de toute situation de travail dont ils ont un motif raisonnable de penser qu’elle présente un danger grave et imminent pour leur vie ou leur santé), sans que l’employeur puisse les contraindre à reprendre le travail ni les sanctionner (C. trav., art. L. 4131-3). Le droit de retrait s’apprécie du point de vue du salarié. L’appréciation est donc subjective. Le salarié n’a pas à démontrer qu’il y a bien un danger, mais il doit se sentir menacé par un risque sérieux de blessure, d’accident ou de maladie. Mais le droit de retrait ne peut pas être utilisé comme substitut de la grève ou pour faire passer des revendications classiques sur les conditions de travail
  • ou demander, dans la mesure où cela est techniquement possible, à télétravailler.

Mais en l’absence d’une claire épidémie en France (contrairement aux salariés basés en Chine), il n’est pas certain qu’ils puissent l’exiger. Toutefois, le ministre français de la santé Olivier Véran déclarait au Parisien dimanche 23 février : « Une épidémie ? Nous nous y préparons. » Et ce 2 mars, ne serait-ce qu’au vu des déclarations du même ministre, il est évident qu’on en au stade de l’épidémie en France.

Il est donc plus prudent pour les salariés d’aborder le sujet par le biais du CSE et de chercher à organiser avec l’employeur un télétravail extensif et/ou un roulement des équipes.

Cela dit, et comme le souligne BFM Bourse, un argument évident et scientifique à la fois devrait pousser l’employeur à laisser ses salariés prendre des arrêts de travail ou rester chez eux au moindre risque : selon une étude d’Erik Nesson, professeur à l’Université Ball State (Indiana), parue dans la revue Economics & Human Biology, à propos de la grippe, les employeurs devraient rapidement prendre conscience que si quelqu’un vient travailler alors qu’il est malade, cela pourrait lui coûter énormément d’argent, du fait du risque de contaminer un nombre de salariés plus important encore. D’après l’universitaire, chaque augmentation du taux d’emploi d’un point de pourcentage correspondrait à une hausse de 16% des visites médicales liées à la grippe, et l’effet semble d’autant plus fort que la composante des services est importante dans l’économie.

Des mesures existent pour inciter les employeurs à laisser leurs salariés rester chez eux :

  • le chômage partiel (de son nom officiel activité partielle). Le contrat de travail est suspendu mais non rompu. Les salariés perçoivent une indemnité horaire de leur employeur qui doit correspondre au minimum à 70% de la rémunération antérieure brute (environ 84% du salaire net). Cette indemnité est remboursée par l’Etat et l’Unedic. Chaque entreprise peut en faire la demande en ligne auprès de la Direction régionale des entreprises, de la consommation, la concurrence, du travail et de l’emploi (Direccte) si elle estime que son activité est menacée par l’épidémie. L’administration a 48 heures pour réagir, contre 15 jours habituellement et la ministre du Travail Muriel Pénicaud a promis que 100 % du chômage partiel lié au coronavirus sera pris en charge par l’Etat. Le salarié n’est pas en mesure de refuser le chômage partiel. La demande est effectuée pour une période de six mois. Elle peut ensuite être renouvelée selon certaines conditions. Auparavant, au-delà de ce délai, l’employeur était tenu de licencier du personnel, mais le gouvernement a annoncé supprimer cette obligation, précise Le Parisien.
  • si le salarié est confiné/mis à l’isolement par un médecin, avec arrêt de travail, un décret du 31 janvier 2020 lui donne le droit de toucher exceptionnellement des indemnités journalières pendant 20 jours alors même qu’il n’est pas malade [47]
  • lorsque crèches et établissements d’enseignement sont fermés pour limiter la propagation du virus, les parents qui sont contraints de rester chez eux pour garder leurs enfants peuvent bénéficier d’un arrêt de travail indemnisé. L’Assurance maladie a mis en place le télé-service declare.ameli.fr pour permettre aux employeurs de déclarer un arrêt de travail en ligne pour ces salariés.
     [48].

Il faut exiger de l’employeur la mise à disposition de masques (trop tard : tous les stocks publics et privés ont été réquisitionnés par l’Etat ...), gel hydroalcoolique, mouchoirs et lingettes et le rappel des consignes.

Tout ceci a évolué avec les ordonnance en matière sociale.

Pour en savoir plus et se tenir au courant

Deux comptes Twitter et quatre pages web dédiées au suivi de l’épidémie de coronavirus :

Timelines et cartes tenues à jour :

Compteurs, statistiques :

Info ou intox ? : les articles du service CheckNews de Libération sur le coronavirus.

Informations médicales et articles scientifiques :

  • pour le grand public :
  • des comptes Twitter :
  • OMS : Q&A on coronaviruses (COVID-19) (en anglais) (version française moins à jour)
  • European Centre for Disease Prevention and Control (ECDC) : COVID-19
  • The Lancet : COVID-19 Resource Centre (accès libre et gratuit aux articles de la célèbre revue médicale)
  • l’article de Wikipedia en anglais et ses références (bibliographie)
  • un groupe d’archivistes a publié un répertoire contenant plus de 5000 études liées aux coronavirus sur The-Eye.eu L’objectif est de booster la recherche médicale en donnant accès à ces informations à un maximum de scientifiques. Cette manœuvre est illégale, mais ils estiment que le droit d’auteur ne doit pas primer sur le libre accès à la connaissance scientifique. Pour plus d’informations sur cette initiative, lire l’article de l’Usine Digitale et celui d’origine de Motherboard. Fin janvier 2020, certains éditeurs, dont Elsevier, Wiley et Springer Nature, ont annoncé la suppression de leurs "paywalls" pour certaines études liées aux coronavirus. Le directeur de la communication d’Elsevier a déclaré que l’éditeur mettra bientôt en libre accès plus de 2400 articles de recherche sur plusieurs souches du coronavirus sur ScienceDirect.

Emmanuel Barthe
veilleur


 

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