Mettre à jour facilement un intranet ou un site documentaire : les logiciels de gestion de contenu (CMS)

Typo3, Mambo/Joomla, SPIP, SharePoint : avantages et limites des CMS

Samedi 31 janvier 2009, par Emmanuel Barthe // Logiciels, Internet, moteurs de recherche

[ceci est une mise à jour très rapide à janvier 2009 d’un article originellement écrit en 2004. La catégorie de logiciel dite "CMS" décrite ici a évolué et n’est plus la dernière mode. Cet article ne prétend donc pas être exhaustif ni être parfaitement à jour et de nombreux liens sont en erreur 404]

Les logiciels/systèmes de gestion de contenu (ou CMS : Content Management System ; pour une définition voir l’article de l’encyclopédie libre Wikipedia) permettent de monter, gérer et surtout mettre à jour facilement un site web ou un intranet. Avec un CMS, mettre à jour son intranet devient aussi simple qu’écrire un fichier Word. En effet, les CMS séparent le contenu (les textes) du contenant, en stcokant le premier dans une base de données. Ils évitent ainsi d’avoir à connaître le code HTML et à utiliser un éditeur HTML. Ils permettent de changer facilement de mise en page ou de créer de nouvelles rubriques, d’ajouter de nouvelles fonctionnalités (forums, blog photo, etc.), sans perdre le contenu et son classement.

Si on devait élire le meilleur logiciel de gestion de contenu, on serait bien ennuyé. Car plus un CMS est simple et facile à prendre en main, plus il est limité.

SharePoint, le CMS payant de Microsoft

Si la structure a déjà assez de licences du logiciel SharePoint, le logiciel d’intranet/CMS de Microsoft, pour équiper tout le monde en interne, sa simplicité (trop simple selon certains), sa gestion facile des fichiers bureautiques Office, le fait qu’il récupère les infos utilisateurs dans tout annuaire LDAP [1], sa connaissance par de nombreuses SSII peuvent régler le problème.

Attention : SharePoint n’est pas inclus dans la suite Office Pro et son coût est élevé.

Typo3, Mambo/Joomla, SPIP : trois CMS gratuits et "maîtrisables"

Si on se restreint aux documentalistes français et au gratuit, on peut tout de même à mon avis en recommander trois : Typo3, Joomla (ex-Mambo Open Source) et surtout SPIP. A ce titre, ils peuvent intéresser les documentalistes, notamment dans le monde juridique où les crédits en logiciels sont souvent limités.

J’ai testé les trois. Typo3, le plus technique des trois, permet de presque tout faire, et de manière très professionnelle. Il reste peu utilisé en France. Joomla, le plus simple d’utilisation, donne des résultats graphiquement très agréables et sa communauté française est en plein développement. Ses fonctionnalités sont toutefois les plus limitées des trois. Enfin, le succès de SPIP dans le monde francophone ne se dément pas. Il allie des fonctionnalités nombreuses, une grande simplicité et la certitude de trouver une assistance parmi sa communauté (= ses utilisateurs et développeurs) en cas de problème.

Typo3

Typo3 est techniquement le meilleur car il est plus souple et permet plus de choses [2]. Il offre notamment une gestion beaucoup plus fine des rédacteurs et utilisateurs et de leurs droits (lecture, écriture, ...) et un moteur de recherche interne indexant le texte intégral du contenu. Mais il demande beaucoup de puissance au serveur, il est aussi moins facile à comprendre et à prendre en mains, il a une communauté francophone nettement moins nombreuse et sa documentation et sa FAQ ne sont pas — pas encore du moins — entièrement traduites en français (cf l’article d’Archimag sur Typo3 [3], ainsi que la FAQ du récent site Typo3 France et celle française du wiki de Typo3 [4]).

Vous pouvez consulter les références de Typo3 sur http://typo3.org/about/references/, notamment celle d’un intranet pour Dassault Systèmes. Sur cet exemple, on voit bien la puissance mais aussi la complexité du logiciel. Mais Typo3 peut aussi être utilisé pour des sites relativement simples mais où on désire beaucoup de contrôle sur le résultat final tout en utilisant un logiciel de gestion de contenu — exemple : le site français sur la constitution européenne.

SPIP et Mambo/Joomla

Typo3 n’est pas "self explanatory". Il n’est pas évident, lors de la prise en mains, de comprendre sa logique de fonctionnement. Alors que celle de SPIP est évidente. Cette facilité découle aussi, il faut le reconnaître, des limites de SPIP, de son côté un peu "bridé".

Dans le même genre, en plus bridé et aussi plus simple, c’est Joomla, qui possède une communauté française active, dont une Association francophone des utilisateurs de Joomla (AFUJ). Joomla (ex-Mambo [5]) est vraiment très simple et il offre des modèles de mise en page et graphisme — qu’on appelle des "templates" (en français : modèles ou thèmes) chez Mambo et des squelettes chez SPIP — très, très élégants. Joomla offre aussi de nombreux modules pour élargir ses fonctionnalités.

Cette moindre disponibilité de modèles de mise en page (on appelle ça des thèmes) gratuits et élégants à la fois est le seul point négatif chez SPIP. Toutefois, le site SPIP-Contrib propose de plus en plus de squelettes SPIP de qualité gratuits, sans compter quantité de tutoriels et de plugins [6].

D’autres CMS

Pour être complet, il faudrait aussi citer l’ancêtre de SPIP et Mambo : PHPNuke, d’abord destiné à des communautés et forums de discussion. Citer Textpattern qui, même s’il tient plus d’un logiciel de blog que d’un véritable CMS complet, peut en tenir lieu [7]. On parle aussi beaucoup de Drupal, mais il reste complexe, les thèmes tout prêts et sympa sont peu nombreux et 75% de la documentation disponible est en anglais.

Et enfin citer des CMS encore plus puissants que Typo3 et qui permettent de réaliser carrément tout un portail, y compris jusqu’au moindre module, car ce sont en fait des outils de développement de sites : Zope, Plone [8] et Xoops [9].

Comment choisir entre SPIP, Typo3 et Mambo/Joomla ?

Pour beaucoup de documentalistes qui veulent gérer un intranet web et qui n’ont ni le temps, ni le budget ni bien souvent les connaissances nécessaires, il me semble que SPIP ou Mambo/Joomla sont largement suffisants. Et s’ils se retrouvent bloqués ou face à un "bug", les forums de discussion des principaux sites de chacune des communautés devraient les dépanner rapidement. Stéphane Cottin, ex-chef du greffe et du service informatique du Conseil constitutionnel (et ancien responsable de la documentation du Conseil), a fait de SPIP l’outil de gestion et de rédaction d’une partie importante de l’intranet du Conseil, avec un simple PC sous Linux et Apache servant de serveur [10].

Pour des projets importants, on passera à Typo3 ou Drupal, mais faire appel à un conseil ou une société de services informatiques sera en pratique nécessaire. Si le projet important se situe dans le cadre de l’Administration, notez que beaucoup de sites ministériels et de l’administration française utilisent un développement de SPIP, nommé SPIP-Agora, aux fonctionnalités plus étendues (sans aller jusqu’à la diversité des fonctions de Typo3) et plus fin dans sa gestion des utilisateurs.

Les limites des CMS

Toutefois, attention à certaines limites des CMS : celles de l’hébergeur du site, l’absence de modules annuaire de sites web et catalogue, le graphisme, l’assistance technique et leur durée de vie.

Les limites posées par l’hébergeur

Si on les utilise pour gérer un site web, attention à bien choisir l’hébergeur : la plupart des hébergeurs gratuits ne tolèrent pas, de facto ou de juro, les scripts PHP nécessaires au fonctionnement de la plupart de ces CMS, et même les hébergeurs payants bon marché ne leur laissent pas les coudées franches (un exemple avec SPIP chez Free et Online). En revanche, sur votre réseau interne, si votre informaticien est d’accord (notamment pour monter un serveur Web Apache interne), vous faites ce que vous voulez. A noter que Typo3 n’est pas à installer sur un hébergement mutualisé.

Lents, les sites sous CMS ?

Les CMS ralentissent un peu le site par rapport à une version statique, oui, mais ils simplifient tellement la gestion qu’ils en sont devenus incontournables. La clé de leur rapidité est dans la gestion du cache — et de nos jours, ceux cités ici font ça très bien — et la qualité de l’hébergement (idéalement : serveur dédié, connexion haut débit).

Pas de catalogue de bibliothèque chez les CMS

Les CMS ne savent pas gérer un catalogue de bibliothèque en ligne. Autant des modules permettent souvent (mais pas toujours) aux CMS de gérer un annuaire de sites web, autant le catalogue, cette tâche typique du documentaliste, ne peut pas être réalisé sous un logiciel de type CMS, que ce soit SPIP ou Typo3. Pour plus d’information sur les logiciels libres de gestion de bibliothèque, voir notre article Logiciels documentaires open source : des avantages et des manques. Pour ceux que l’utilisation des CMS en bibliothèque intéresse, voir le papier d’étudiants de l’ENSSIB cité dans la bibliographie infra.

Evidemment, il est toujours possible de faire depuis un CMS un lien vers PMB, Koha ou autre logiciel libre de bibliothèque.

Connaissances et assistance technique

Sans de bonnes connaissances en codage HTML, programmation basique et graphisme, il vaut mieux laisser la modification des templates/modèles et autres squelettes/mises en page/graphismes à des graphistes et informaticiens.

L’assistance technique est un point-clé : pas mal de CMS ont des documentations et des communautés inexistantes ou insuffisantes ou encore purement en anglais. Ainsi, Templeet est probablement un des CMS les plus rapides au monde, mais il nécessite un bon niveau en programmation PHP et techniques Internet et ne bénéficie pas d’une communauté digne de ce nom, alors que sa documentation est embryonnaire. Dans de tels cas, le coût d’une SSII (société de services et d’ingénierie en informatique) spécialisée Open source peut être très élevé.

Longévité d’un CMS et taille de la communauté

Bien des CMS disparaissent aussi vite qu’ils sont nés. Cette remarque n’implique pas que les logiciels commerciaux ont une durée de vie illimitée, mais qu’ils ont en moyenne plus de chances de durer. En fait, c’est le succès et donc la taille de la communauté utilisatrice d’un CMS Open source qui conditionne sa longévité.

Tous les CMS et tout sur les CMS : brève bibliographie

Articles et comparatifs

Tests de CMS et actualités

  • CMS Info : plus de 60 logiciels open source de gestion de contenu (Content Management System (CMS) répertoriés, et un forum pour les questions précises (en anglais)
    http://www.cmsinfo.org
  • CMS Québec / Guy Vignault : annonce des nouvelles versions, liste et test en ligne de quasiment tous les logiciels libres de CMS. Par exemple, testez SPIP
    http://www.cms-quebec.com
  • OpenSourceCMS : ce site permet de tester, du côté administrateur, un grand nombre de logiciel de CMS open source anglo-saxons. Aucun CMS francophone hélas.

Emmanuel Barthe

Notes de bas de page

[1] Dont, bien sûr, l’Active Directory de Windows Server.

[2] Lire l’article d’Oyion Typo3, le CMS surpuissant venu du froid paru sur Boomtchak, le 13 juillet 2003.

[3] Créer son site avec Typo3 : les prérequis / Patrice Bertrand, Archimag mai 2004.

[4] Au 1er janvier 2005, la FAQ de Typo3 France était vide et celle française du wiki tenait sur deux pages écran, alors qu’il en existe au moins une FAQ en allemand et trois en anglais : une sur le wiki de Typo3, une autre tirée de la liste de discussion des développeurs et une courte mais beaucoup plus simple sur un site tiers.

[5] En août 2005, l’essentiel de l’équipe des développeurs de Mambo a quitté le projet Mambo et développe donc désormais Joomla, une suite très proche de Mambo mais différente. Mambo certes continue, soutenu par la Mambo Foundation et la société Miro, mais Mambo étant sans son noyau de développeurs, les membres actifs de la communauté Mambo sont largement passé à Joomla.

[6] Un plugin est un petit module qui ajoute des fonctionnalités à un logiciel. Plus de détails sur Wikipedia. Certains plugins de SPIP l’enrichissent énormément comme Magusine, qui inclut d’office 20 squelettes et permet une personnalisation de la structure de chaque rubrique et même de chaque page.

[7] Pour une évaluation rapide de Textpattern et d’autres bons logiciels de blog, libre notre article Logiciels pour tenir son journal en ligne (blogs).

[8] Testez Plone sur Adminet.

[9] Ne pas confondre Xoops avec e-Xoops.

[10] Lire sa présentation "Maîtriser les outils de gestion de contenu", qui explique comment installer et utiliser SPIP.

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