Yahoo Search un an après : enfin un vrai concurrent pour Google !

Vendredi 11 février 2005, par Emmanuel Barthe // Logiciels, Internet, moteurs de recherche

[mise à jour au 12 novembre 2009 : Yahoo bientôt renverra les résultats du moteur de Microsoft, Bing. Ce devrait donc être bientôt la fin de Yahoo Search. Mais la signature de l’accord a été repoussée ... Tenter une recherche alternative sur Yahoo garde donc encore son intérêt]

[mise à jour au 31 décembre 2008 : Yahoo Search ne peut aujourd’hui plus prétendre concurrencer Google en puissance ni, parfois, en pertinence des résultats. Cet article n’est donc plus tout à fait à jour]

Yahoo a lancé le 18 février 2004 son moteur de recherche à lui, baptisé Yahoo Search, cessant son partenariat avec Google [1].

Des fonctionnalités quasi-identiques à celles de Google

Mais son interface et ses fonctionnalités ressemblent énormément à celles de Google, à tel point qu’on peut parler d’un quasi-décalque. L’onglet Images, resté quelque temps "motorisé" par Google, est aujourd’hui doté d’une base de données d’images fréquemment plus grande que celle de Google. L’onglet Actualités diffuse des actualités fournies par Reuters.

La technologie du moteur de recherche de pages web, totalement nouvelle (pas une reprise de celles d’Inktomi ou AltaVista), arrive sur des questions simples au même niveau de pertinence des résultats, mais pas sur des questions complexes (plus de 3 mots, mots ambigüs).

La version anglo-saxonne du nouveau moteur : http://search.yahoo.com
La version française : http://fr.search.yahoo.com

La présentation des résultats fait penser à celle de Google : sobre, police de caractères Arial taille 2 en code HTML (correspond à la taille 10 sous Word), avec un peu de pub en haut. 20 résultats par page (c’est plus pratique que Google qui par défaut n’en met que 10).

Il existe également :

Tout comme sur Google, les formats bureautiques les plus utilisés peuvent être utilisés comme critères de recherche : Acrobat (PDF), Word (DOC), texte brut (TXT), Excel (XLS), PowerPoint (PPT). Enfin, encore une fois comme sur Google, on peut choisir d’afficher de 10 à 100 résultats par page.

Et toujours comme Google, un outil de traduction de mots ou passages courts. Le décalque de Google va même jusqu’à copier une idée récente de Google : un moteur de recherche de produits (comme le Froogle de Google). En France, cette fonctionnalité est faite par Kelkoo, partenaire de Yahoo France http://fr.shopping.yahoo.com (Yahoo vient de racheter Kelkoo fin mars 2004 ; lire l’article de l’Atelier BNP Paribas Yahoo ! rachète Kelkoo 475 millions d’euros).

Enfin, Yahoo Search offre une barre d’outils pour l’interroger sans aller sur son site et une mesure de pertinence, le Yahoo Web Rank ! (lire Google PageRank, Meet Yahoo Web Rank ! / Danny Sullivan, SearchEngine Watch, 02/04/2004)

Des résultats presqu’aussi pertinents que Google, mais en partie différents, et plus pertinents que ceux de MSN Search

Un test rapide mené en avril 2004 semble montrer une pertinence des 20 premières réponses très proche de celle de Google. Par exemple avec ma requête fétiche (droit français) en restreignant à la langue française :
Yahoo France Recherche : http://fr.search.yahoo.com/search/fr?ei=UTF-8&fr=sfp&p=droit+fran%C3%A7ais&y=y
Google.fr : http://www.google.fr/search?as_q=droit+fran%E7ais&num=20

Enfin, Chris Sherman, grand spécialiste américain des outils de recherche (c’est même un pionnier, un des tout premiers), explique dans l’article cité supra que la taille de l’index des deux concurrents semble proche. En clair : Yahoo Search serait aussi puissant que Google dans la course à la taille.

Résultat : aux Etats-Unis, peu de temps après le lancement de Yahoo Search, la part de marché détenue par Yahoo dans la recherche Internet a nettement augmenté (Sullivan : No One Will Win Search War / Pamela Parker, ClickZ News, 02/03/2004).

Le moteur semble même aujourd’hui (février 2005) légèrement plus pertinent que lors de son lancement et domine nettement la nouvelle version de MSN Search, le moteur de Microsoft. Un exemple de la pertinence des résultats de Yahoo Search : référé administratif : Yahoo Search France trouve en 11e position une circulaire relative aux référés devant le juge administratif absente des 30 premiers résultats de Google.fr, et la comparaison avec MSN Search France est flatteuse pour le moteur de Yahoo. Yahoo Search est également meilleur que Teoma qui se débrouille pourtant pas mal du tout.

Une ombre plane : le référencement payant

Un bémol toutefois : Abondance, le site français de référence sur les moteurs de recherche et le référencement, signalait récemment que "Yahoo ! lance son offre de "paid inclusion" et annonce la fusion de ses moteurs".

Extraits :

« Yahoo ! et Overture viennent de lancer aux Etats-Unis leur offre de référencement payant ("paid inclusion"). Ce type d’offre garantit la présence des pages dans l’index du moteur et leur rafraîchissement à des délais très courts (généralement tous les 2 à 5 jours). Aucune garantie de positionnement n’est cependant proposée. [...]
D’autre part, sur le site d’AltaVista, il est indiqué que "Search results on AltaVista will soon be powered by Yahoo ! Search Technology". Il en est de même sur AllTheWeb : "Search results on AlltheWeb will soon be powered by Yahoo ! Search Technology"... La grande homogénéisation des moteurs de Yahoo ! est en route !! »

Cette offre de référencement payant "Site Match" pourrait à moyen terme relativiser l’intérêt du nouveau moteur Yahoo Search — et donc aussi de All the Web, Lycos et AltaVista — puisque les sites qui paieront verront leurs pages incluses plus vite dans l’index et rafraîchies toutes les 48h, contre de toute évidence un rafraîchissement moins fréquent pour les sites ne payant pas.

Yahoo proteste que son offre de référencement payant ne biaisera pas ses résultats, mais le doute demeure. Un article de Danny Sullivan (SearchEngineWatch) montre de nombreux exemples de réactions négatives dans la presse américaine [2]. De mon point de vue, ce doute est même techiquement permis : en effet, les sites indexés plus régulièrement et plus à fond fourniront forcément plus de réponses que les autres.

Rappelons toutefois que cette offre ne biaise pas aussi gravement les résultats que les pratiques de certains moteurs, notamment ceux qui étaient alimentés par Overture (connu jusqu’en octobre 2001 sous le nom de GoTo) [3], et dont le contenu était à plus de 50% payé (exemples : Goto justement, ou Excite) et qui, encore plus grave, faisaient monter les pages de leurs sites clients en tête des résultats normaux, sans même le signaler clairement, pratique que la Federal Trade Commission américaine (FTC) a condamnée [4].

Enfin, ainsi que le fait remarquer Danny Sullivan dans le même article, Google ne saurait être exempt de soupçons, si l’on considère qu’il aurait intérêt à favoriser, dans ses résultats, les sites qui affichent ses publicités (Google Adwords).

Conclusion : pour l’instant, complétons nos recherches Google avec Yahoo Search

Conclusion : dorénavant, on a intérêt à répéter sur Yahoo France Recherche les recherches menées sur Google.fr et c’est facile ! Deux bons moteurs valent plus qu’un tout seul. Cette pertinence restera t’elle inentamée par les effets du référencement payant ? Il semble pour l’instant (février 2005) qu’elle soit restée intacte, en tout cas dans mes recherches juridiques (j’utilise parfois Yahoo Search en complément de Google).

Emmanuel Barthe

Notes de bas de page

[1A lire : Yahoo ! Birth of a New Machine / Chris Sherman, Search Engine Watch, 18/02/2004

[2Yahoo Reawakens The Paid Inclusion Debate / Danny Sullivan, SearchEngineWatch 18/05/2004

[3Pour en savoir plus sur le référencement payant d’Overture avant son rachat par Yahoo, lire l’article de Danny Sullivan Submitting Via Paid Listings : Overture (GoTo), FindWhat & Google (Search Engine Watch, 14/10/2002)

[4Recommandation de la FTC du 27 juin 2002, expliquée et commentée en détail dans un article de Danny Sullivan (FTC Recommends Disclosure To Search Engines, Search Engine Watch, 02/07/2002)

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