Le en ligne au prix du papier : les éditeurs contrôlent ils leurs coûts ?

Toujours plus ! Ou les prix des abonnements aux ouvrages à mise à jour juridiques

Réponses aux arguments des éditeurs pour augmenter ad vitam aeternam les prix du papier et les appliquer au numérique

Lundi 24 décembre 2007, par Emmanuel Barthe // L’édition juridique

Des échanges avec les éditeurs juridiques français et l’observation de leurs factures 2007 me laissent perplexe quant à leur système de tarification de leurs ouvrages à mise à jour, que ceux-ci soient en version papier ou numérique.

Leurs arguments ressemblent à mes yeux plus à une tentative de justification de maintien de tarifs élevés et en augmentation permanente qu’à autre chose.

Tarification du papier - Un grand classique : l’augmentation par l’actualité

La tarification des abonnements aux ouvrages à feuillets mobiles des éditeurs (pas des ouvrages brochés en un seul volume) se décompose ainsi :

  • achat de la documentation de base (facturée un seule fois lors de l’abonnement initial)
  • avance sur mise à jour, souvent facturée en une fois (fin d’année pour l’année suivante) ou par trimestre
  • régularisation en fin d’année. Vu l’actualité juridique agitée de 2007 et de manière générale l’accélération des réformes et l’augmentation régulière des productions législative et jurisprudentielle, ce système, aussi appelé "apurement", est devenu très, très rentable pour les éditeurs ...

Si en effet, le papier supplémentaire correspond à des coûts supplémentaires, l’"accélération" de la production normative ne date pas d’aujourd’hui. On pourrait donc demander aux éditeurs pourquoi ils n’ont pas pris leurs dispositions pour augmenter leur productivité et rationaliser leurs coûts face à cette contrainte. Par ailleurs, leurs rédacteurs travaillent un temps défini, cela m’étonnerait qu’ils leur comptabilisent des heures supplémentaires tous les soirs ...

Tarification du en ligne - Le en ligne au prix du papier ou plus cher que le papier

La tarification des abonnements en ligne de certains éditeurs est calquée, de leur propre aveu, sur leurs abonnements papier, et se décompose donc ainsi :

  • documentation de base
  • avance sur mise à jour
  • régularisation en fin d’année. Vu l’actualité juridique agitée de 2007 et de manière générale l’accélération des réformes et l’augmentation régulière des productions législative et jurisprudentielle, ce système, aussi appelé "apurement", est devenu très, très rentable pour les éditeurs ...

Là, je suis encore plus surpris :

  • pourquoi une tarification "papier" alors qu’on est sur du numérique en ligne ?
  • pourquoi un droit d’accès ("documentation de base") et une régularisation ? Il n’y a plus, en effet, ni papier ni impression ni logistique
  • pourquoi ne peut on pas connaître à l’avance son coût annuel ?

Les éditeurs justifient ainsi cette tarification :

  • la documentation de base correspondrait à l’envoi d’un cédérom d’archive annuel
  • bien que ce soit un abonnement en ligne, l’éditeur envoie les bulletins papier comme pour les ouvrages à mise à jour papier, ce qui correspond, dans le cas d’éditeurs n’ayant pas de revues, à une forte demande des clients (les bulletins d’actualité font en fait office de revues)
  • la régularisation en fin d’année est calculée en fonction de l’actualité
  • la version en ligne apporte de nouveaux contenus (jurisprudence et textes cités disponibles en texte intégral) et de nouvelles fonctionnalités (actualisation plus rapide, newsletters), indisponibles sur la version papier.

Je suis d’accord pour un droit d’accès ("documentation de base"), s’il correspond à un cédérom d’archive, service supplémentaire spécifique et demande ancienne des gestionnaires d’abonnements en ligne [1]. C’est souvent le cas. Donc OK.

En revanche, les arguments d’envoi du bulletin d’actualité papier et de payer un travail réalisé en fonction de l’actualité me laissent songeur. Revenons en détail là dessus :

  • comme je l’ai écrit supra, les rédacteurs des éditeurs travaillent un temps défini
  • l’impression et envoi des bulletins d’actualité (mensuels) ne représente probablement pas plus, en termes de coûts, de 50% du coût global logistique (les feuillets représentant le reste)
  • de toute manière, le système de facturation au feuillet avec régularisation, historiquement, a été créé pour correspondre au coûts suivants : papier, impression et logistique (stockage, transport, gestion, facturation). Je ne peux donc pas vraiment comprendre un système équivalent pour le en ligne. Le en ligne supprime les coûts de transport et la majeure partie des coûts de logistique et transfère au client les coûts de papier et d’impression. Donc pourquoi leur maintien et pourquoi pas un tarif forfaitaire pour l’année et inférieur au papier ?

D’autres éditeurs font encore mieux sur les prix du en ligne en définissant une politique tarifaire "spéciale" :

  • abonnement de tous à tous les titres ou rien
  • ou encore lier la remise sur le en ligne au maintien du papier.

A lire : le guide ADBS-Juriconnexion déjà présenté sur ce blog.

Emmanuel Barthe
documentaliste juridique, acheteur de documentation juridique et gestionnaire d’abonnements

Notes de bas de page

[1Avantage de l’archive : si on résilie l’abonnement, on ne perd pas tout.

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