Si c’est gratuit, ça peut disparaître à tout instant

Réflexions suite à la disparition de Google Reader

Dimanche 21 avril 2013, par Emmanuel Barthe // Logiciels, Internet, moteurs de recherche

Le retrait par Google de son lecteur de fils RSS en ligne Google Reader [1] a fait couler beaucoup d’encre. Utilisant peu (mais avec profit) le RSS dans ma veille, je n’ai pas ajouté ma voix au concert.

Je vais cependant le faire — mais pas sous l’angle "Par quel produit le remplacer ?" [2]

« Si c’est gratuit, c’est vous le produit »

Primo, un peu de réflexion sur un "business model" non pas dominant (vu le nombre maintenant de sites de vente en ligne et de plateformes d’éditeurs payantes sur Internet) mais fréquent sur Internet. La disparition du produit gratuit qu’était GG Alerts n’est que l’illustration de ce qui est en passe de devenir un dicton Internet : « Si c’est gratuit, c’est que c’est vous le produit » (i.e. : ce sont vos données que l’on capte, utilise et revend) [3]

« Si c’est gratuit, ça peut disparaître à tout instant »

Il faudrait lancer un autre dicton Internet : « Si c’est gratuit, ça peut devenir payant ou même disparaître à tout instant. »

Par exemple, le prochain produit Google à tomber sera probablement Google Alerts. Pour favoriser Google+. Qui permet de rattacher plus facilement les avis exprimées et les liens postés à une personne [4], un réseau de personnes et une communauté.

Christophe Deschamps (spécialiste de la veille et de l’IE) sur son blog Outils Froids :

« Même si de mon côté les alertes Google continuent de fournir des résultats intéressants, leur fonctionnement aléatoire, tel que constaté par Danny Sullivan, et les rumeurs persistantes de leur prochaine disparition m’ont amené à faire un tour d’horizon des différentes solutions alternatives existantes. »

Selon un site américain de marketing Internet pour financiers mais aussi Danny Sullivan de SearchEngineLand [5], Google Alerts ne marche plus qu’au compte goutte : on trouve bien plus de résultats en tapant une recherche dans l’onglet Web qu’en lisant les mails reçus de GG. Le produit, de surcroît, n’a pas évolué depuis des années, ce qui est un signe d’abandon. Or, chez Google, depuis 2010, un produit à l’abandon est un produit condamné.

Les "jardins fermés" en progression

Il semble bien que Google veuille que nous allions tous dans son pré carré, son jardin social, GG+ [6]. De même, si vous n’avez pas un compte Facebook, vous n’avez que très peu accès à ses pages. Idem, Twitter a supprimé la possibilité de suivre des comptes ou des résultats de recherche par fil RSS.

Confirmation, donc : les "walled gardens" (jardins fermés) (autrement dit : restez donc dans notre écosystème) progressent — en juridique aussi d’ailleurs. Le Web libre (je n’ai pas dit gratuit ...) régresse.

Le RSS n’est pas mort [7], mais il faut soit progresser en niveau technologique (et en tests ...) pour continuer à exploiter du gratuit [8], soit payer et maîtriser du payant (et faire le bon choix ...). Hors de certaines newsletters d’éditeurs ou sites web, une veille en ligne efficace et rentable est de moins en moins à la portée de tous.

Emmanuel Barthe
documentaliste veilleur, formateur

Notes de bas de page

[1Ajoutez aussi que le développeur du lecteur RSS FeedDemon jette l’éponge et que Page2RSS marche très mal depuis l’été dernier.

[2C’a été fait partout ailleurs et notamment chez Béatrice Foenix-Riou et Véronique Mesguich, Serge Courrier et Russell Beatie, qui a compilé une liste non commentée mais censée être exhaustive. Les recommandations (certaines payantes) qui reviennent souvent sont : Feedly, The Old Reader, Fever, FeedsApi, TinyTinyRSS (nécessite une maintenance). Pas Outlook.

[3La citation exacte est, en anglais : « If you are not paying for it, you’re not the customer ; you’re the product being sold. ». Cette phrase est d’Andrew Lewis (pseudo : blue_beetle), le 26 août 2010 sur le fil de discussion User-driven discontent de MetaFilter, un fournisseur de blogs comme OverBlog par exemple. Prise dans son contexte, elle signifie qu’il ne faut pas demander à une société qui diffuse un produit gratuit de patcher tous les bugs et de répondre à tous les desiderata des utilisateurs. Sa signification a de fait été étendue par les internautes qui l’ont massivement citée. Tant et si bien que certains acteurs Internet ont fini par trouver qu’elle était trop générale. Par exemple, ils avancent que le fait qu’un produit soit payant ne signifie pas forcément que ses utilisateurs sont mieux traités. Pas faux. Mais je ne rentrerai pas ici dans ce débat. Le rappel par A. Lewis qu’il ne faut pas trop attendre d’un produit gratuit illustre très bien notre propos.].

[4Google n’apprécie pas trop les pseudos.

[5An Open Letter to Google : Google Alerts Broken, Now Useless To Financial Marketers, The Financial Brand 20 mars 2013. Dear Google Alerts : Why Aren’t You Working ? / Danny Sullivan, SearchEngineLand 15 février 2013. Via VentureBeat.

[6C’est ainsi que le "chief architect" de GG+, Yonathan Zunger, a demandé aux ex-utilisateurs de Google Reader, ce qui leur plaisait tant dans cette application. Tout en leur interdisant de se plaindre sous son post de la disparition de GG Reader (sans commentaire). Evidemment, son but est de récupérer quelques idées pour les incorporer dans GG+. Qui est un réseau social, ce qui n’est pas du tout la même chose ...

[7Lire ce billet de Dave Winer, un des inventeurs du format RSS : If you’re doing a new RSS reader..., Scripting News 14 mars 2013.

[8D’accord avec Serge Courrier là dessus.

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