Legal design : représenter le droit français avec des images et des schémas : c’est parti (vraiment) !

Imagidroit, SketchLex, Lexbase ...

Mardi 22 mai 2018, par Emmanuel Barthe // L’édition juridique

[NB : cet article a été initialement publié en juin 2015 et augmenté et mis à jour depuis.]

On y pensait en 2009 [1]. En 2014 le legal design était lancé. Le droit est maintenant expliqué en dessins et graphiques. Et cela va jusqu’au film.

Quelques exemples récents

Un exemple "mainstream" sur le site de l’URSSAF (très lu par les employeurs) : un schéma analysant les bons d’achat et cadeaux en nature au regard des cotisations de sécurité sociale, de la CSG et de la CRDS.

Les bons d'achat et cadeaux en nature au regard des cotisations sécu, CSG et CRDS (extrait)

Autre exemple avec ce communiqué de l’éditeur juridique Lexbase du 2 avril 2015 : extrait :

« Les éditions Lexbase proposent une nouvelle approche éditoriale du droit et publieront, régulièrement, à compter de ce jour, des infographies juridiques permettant de faire la synthèse d’un régime ou d’une procédure de manière pédagogique et graphique. »

Un concurrent de Lexbase, Luxia utilise trois couleurs pour signaler les modifications dans les textes officiels sur son site Alinéa : rouge pour abrogé, vert pour créé et bleu pour modifié.

Des étudiants d’Assas, réunis dans une association Assas Legal Design, se sont essayé au legal design en sortant entre 2016 et 2017 quatre numéros d’un journal, L’Illustrassas, illustré de nombreux schémas et dessins (dernier numéro paru : avril 2017).

Côté vidéo, voir le film conçu et produit par le cabinet d’avocats Véron sur la saisie-contrefaçon [2], pour promouvoir la sortie en juin 2015 chez Dalloz de son ouvrage trilingue sur le sujet.

Les grands acteurs

D’autres étaient en avance : voici les grands acteurs de la représentation du droit par l’image.

En France :

  • Olivia Zarcate (Imagidroit), juriste de formation, a créé Imagidroit en 2012 pour faciliter l’accès au droit grâce à la pensée visuelle. Elle dessine et crée des outils visuels à partir de problématiques juridiques pour transmettre, former, communiquer. Elle tient également une veille sur le domaine du "legal Information design" qui regroupe des outils et initiatives pour diffuser et présenter le droit autrement. Olivia est à l’initiative du premier réseau international sur le legal information design, le LID network (LIDN) qui a vu le jour en 2014. Lire sa passionnante interview par Vizthink
    [mise à jour fin 2017 : Olivia Zarcate a changé d’activité]

La Fabrique de la Loi : une représentation graphique des amendements

  • certains auteurs de manuels de droit. Comme Hervé Croze avec les schémas de procédure civile (certes noir et blanc et graphiquement très sobres) de son Guide pratique de procédure civile (4e éd., 2012, LexisNexis)
  • au moins un éditeur français. Ellipses, éditeur d’ouvrages de synthèse et de révision pour les étudiants, a développé deux collections "graphiques" d’ouvrages de droit : Le droit en schémas et Le droit en fiches et en tableaux. Le concept a souvent du succès auprès des étudiants — moins auprès des enseignants, qui n’apprécient pas toujours le choix des auteurs par l’éditeur ou le concept même d’ouvrage de révision, avec ses limites intrinsèques.

Aux Etats-Unis :

  • les bases de données de jurisprudence PreCYdent (disparue) et FastCase, dont j’évoquais les efforts graphiques dans mon billet de 2009, puis les grandes plateformes Westlaw, lancée en février 2010 (sous le nom WestLawNext) et Lexis Advance, sortie en décembre 2011 [5]
  • en 2012, Margaret Hagan a commencé à dessiner, bloguer et donner des cours sur son Tumblr Law Design Tech (abandonné depuis 2017). On retrouve depuis ses posts sur son blog Open Law Lab et divers projets qu’elle a réalisés sur son site personnel. Elle travaille à la faculté de droit de Stanford, où elle a créé en 2014 et dirige le Legal Design Lab. Cette équipe pluridisciplinaire travaille notamment sur la Visualization for Lawyers : une typologie et une liste des outils permettant aux juristes de visualiser le droit
    M. Hagan est considérée comme une des fondatrices du legal design. Voir aussi son compte Twitter. Son ouvrage en ligne et gratuit Law by Design est un bon point de départ pour qui s’intéresse au sujet, particulièrement la page What is Legal Design ?. Cela dit, son style graphique et son approche très large du legal design ne sont pas ma tasse de thé [6].

Ailleurs dans le monde [7] :

Emmanuel Barthe
documentaliste juridique, veilleur, formateur

Olivia Zarcate - Understand the Law with Metaphors, Spread the Law with Images from ReInvent Law Channel on Vimeo

.

Notes de bas de page

[1Voir mon billet de 2009 Vers une représentation graphique du droit. Initialement, le terme utilisé était "legal information design". Il a depuis été simplifié en "legal design".

[2Réalisation Arnaud Ly Van Manh. Le film est hébergé sur l’excellente plateforme Vimeo, qui n’héberge que des films professionnels, de sociétés ou institutions ou de fin d’études. NB : l’insertion de la vidéo sur un autre site web est impossible et interdite.

[3Présentation du projet par le Centre d’études européennes (CEE), 2011. Les députés font-ils la loi ?, Regards Citoyens..fr 9 février 201

[4Travail des parlementaires : explorez la Fabrique de la Loi, communiqué de presse de Regards Citoyens, 28 mai 2014

[5Lexis Launches Advance, Its Next-Generation Research Platform, par Robert Ambrogi, Law Sites, 5 décembre 2011.

[6A mon sens, la définition du legal design qu’a construite Margaret Hagan est trop large pour être systématisée. Elle inclut ainsi le design de produits informatiques, la relation client-avocat etc. Or qui trop embrasse, mal étreint. Il me semble difficile de maîtriser autant de domaines, qui plus est sans marcher sur les plates-bandes de leurs responsables. Ou alors, on est chef de projet. Mais c’est un autre métier, qui a sa définition et ses codes, assez différents. Par ailleurs, je trouve son style graphique, son dessin, brouillon, peu élégant et pas toujours très lisible, des caractéristiques gênantes dans le milieu des professionnels du droit. Enfin, même si elle est titulaire d’un JD — et non un LLM — en droit de Stanford, elle n’a pas d’expérience professionnelle comme juriste à part quatre stages d’été, ni même comme enseignante en droit.

[7Source majeure pour cette partie : fil de discussion sur Twitter entre @alexgsmith, @jandersdean, @StewieKee, @noraalhaider et @HanneleKorhonen sur les fondateurs/trices du legal design, 29-30 mai 2018.

Répondre à cet article

1 Message