L’Université Lyon 2 se désengage

Persée : le portail de revues scientifiques public et gratuit a retrouvé un financement mais cherche une structure d’accueil

Il y a des revues juridiques sur Persée

Jeudi 10 mars 2011, par Emmanuel Barthe // Ressources en droit des affaires

Une pétition en ligne et une lecture rapide d’un rapport ont fait penser que le portail Persée, qui permet de consulter les archives de revues scientifiques, économiques et juridiques, était en danger de disparition.

La direction de l’Université Lumière Lyon 2, le principal partenaire financier avec le ministère de l’Enseignement supérieur et de la recherche, avait décidé le 7 février 2011 de mettre fin à la convention-cadre soutenant l’existence du programme. Cette décision prend effet le 10 mai 2011. Les personnels de Persée, les bibliothécaires du secteur de la recherche et des chercheurs s’inquiétaient.

Et selon le rapport de l’AERES cité infra, il semblait que le ministère aussi envisageait de se désengager [1].

La présidence de l’Université Lyon II vient de publier un communiqué répondant aux inquiétudes causées par la mise en ligne de la pétition contre la suppression du projet Persée.

Bien qu’en apparence rassurant, ce communiqué souligne malgré tout les difficultés à perenniser un tel projet. A l’heure actuelle, selon son personnel, le souci n° 1 de Persée est de trouver une nouvelle structure d’accueil.

Présentation officielle de Persée :

« Persée est un programme du Ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche qui numérise, archive, valorise et diffuse gratuitement des millions de pages d’articles et de monographies à haute valeur scientifique.
Persée c’est une des plus grandes bibliothèques numériques scientifiques francophones avec plus de 350 000 documents scientifiques en texte intégral, en ligne, en accès gratuit. »

Les revues juridiques présentes sur la plateforme Persée [2] :

  • Revue française de science politique (RFSP) 1951-2002
    A partir de 2003, ses numéros sont diffusés sur le portail Cairn avec une barrière mobile de 3 ans
  • Revue internationale de droit comparé (RIDC) 1949-2007
  • Annuaire des Collectivités Locales 1981-2006.
    L’Annuaire des Collectivités Locales a été publié régulièrement chaque année depuis 1980. Cet ouvrage annuel regroupe des articles et études effectuées par les chercheurs de la communauté scientifique liée au GRALE sur des sujets intéressant l’administration territoriale et les aspect territorialisés de l’action publique, dans une large diversité de disciplines (droit public, économie, gestion, histoire, science politique, sociologie).
  • Annuaire Français de Droit International (AFDI) 1955-2006.

Liste complète des revues scientifiques sur Persée.

Dans le même genre, il y a aussi Gallica, Hal et Cairn. Mais ce n’est pas pareil. Gallica, notamment, ne numérise que des revues hors droit d’auteur [3].

Dans son rapport d’évaluation du 28 décembre 2010, l’AERES (Agence d’Evaluation de la Recherche et de l’Enseignement Supérieur) souligne que « Persée est un exemple parfaitement réussi de rassemblement d’un corpus documentaire permettant le développement de services à haute valeur (...). Que l’on envisage le portail sous l’angle des options technologiques, de la structuration de l’information et des outils de consultation conçus des choix innovants qui fondent sa reconnaissance dans le paysage complexe de l’édition scientifique numérisée. » L’AERES souligne également « la façon exemplaire dont a été conduit le projet [PERSEE] avec des moyens relativement modestes. »

Autres extraits [4] :

« Persée rencontre un succès incontestable validant a posteriori le choix de la méthode de traitement des documents à numériser et son développement. Ainsi, sur la période de janvier à octobre 2010, les quelques 330 000 documents ou articles recensés ont fait l’objet d’environ 40 000 visites quotidiennes dont près de 40 % hors de France, d’une moyenne de 1,6 millions de consultations et 275 000 téléchargements (PDF) par mois, en augmentation régulière depuis le lancement du portail.
Le principe de l’accès libre et gratuit des utilisateurs au texte intégral contribue assurément à ce succès grandissant, mais le principal critère réside sans aucun doute dans la bonne adéquation du produit documentaire aux besoins de la communauté scientifique à laquelle il s’adresse en priorité. [...]

Persée a jusque là rempli ses missions pour un coût consolidé relativement modeste, de l’ordre de 650 000 euros annuels. Cette somme inclut la valorisation des trois emplois statutaires mis à disposition par l’université Lyon 2 et la dotation ministérielle, essentiellement (76 %) consacrée à la masse salariale de contractuels et vacataires représentant globalement un potentiel de 15 ETP. En dépit de l’automatisation d’un certain nombre d’opérations techniques, cette part importante du budget s’explique par les traitements opérés sur le corpus et l’enrichissement des données issues de la numérisation par des spécialistes de la documentation et des disciplines concernées. La valeur ajoutée ainsi produite est en grande partie le résultat d’un travail qualifié qui a un coût, même si celui-ci reste très raisonnable du fait de l’emploi, en tant que vacataires, de doctorants ou d’étudiants spécialisés. [...]

Depuis la mise en place de la LRU [5], le MESR n’a plus vocation à être un opérateur direct des projets portés par les établissements. Dans ce contexte, ni les moyens actuellement mis à disposition par Lyon 2 pour la mise en oeuvre d’un programme à vocation nationale, ni ceux alloués par le MESR, ne semblent aujourd’hui assurés.

Persée a fait le choix d’une diffusion gratuite de ses produits. Une réduction de ses moyens ou la disparition d’un financement public régulier le contraindrait soit à renoncer aux exigences qualitatives qui font sa spécificité et son succès, soit à abandonner la gratuité et à se transformer en un “intégrateur” de revues, prestataire de services pour les établissements d’enseignement supérieur ou de recherche et les bibliothèques publiques, proche de Cairn dans son fonctionnement.

Si dans le contexte actuel, ce report d’un financement public vers les opérateurs de la recherche est conforme à la politique de vérité des coûts encouragée par la LOLF, il convient de rappeler que Persée fut justement créé pour réagir contre la mainmise des intégrateurs privés sur la diffusion numérique. Considéré comme un investissement, le programme Persée s’inscrit sur le long terme. L’élargissement progressif du corpus et la familiarisation croissante des chercheurs en SHS avec l’outil documentaire qui est mis à leur disposition sont garants de l’augmentation régulière du nombre des consultations et téléchargements soulignée ci-dessus, mais la gratuité des services reste nécessaire pour que Persée s’impose durablement après cette phase de montée en puissance. »

Extrait du communiqué de la présidence de l’Université Lyon II :

« La situation du programme Persée au sein de notre université soulève des interrogations qui ne mettent aucunement en doute la légitimité d’un tel programme, son intérêt pour les Sciences Humaines et Sociales. Il est en revanche tout aussi légitime de s’interroger sur l’opportunité pour notre établissement, par ailleurs notoirement sous doté en moyens, en personnels et en locaux disponibles, de supporter à lui seul les efforts financiers d’un programme national.

De plus, c’est le rapport de l’AERES qui a proposé le rattachement de Persée au PRES [Pôle de recherche et d’enseignement supérieur] Université de Lyon dans le cadre du prochain contrat quinquennal :
"La création du PRES (...) est une opportunité pour Persée de s’inscrire dans le cadre des initiatives d’excellence (...) et de renforcer sa lisibilité et sa pérennité"
" Persée doit s’affranchir d’un mode de fonctionnement répondant à un cahier des charges ministériel et faire valoir ses propres stratégies de développement"

La présidence a rencontré à plusieurs reprises depuis plus d’un an la direction de Persée sur la question du portage institutionnel du programme. Les responsables administratifs de Persée ont été régulièrement reçus par M. le directeur général des services.

C’est d’ailleurs la direction de Persée qui, en premier lieu, a fait connaître à la présidence sa volonté de voir Persée évoluer en dehors de notre établissement, sous la forme d’une unité mixte de service CNRS. L’Université Lyon 2 a immédiatement soutenu cette demande auprès du Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche et du CNRS.

Conformément à cette orientation, la présidence de Lyon 2 a donc pris l’initiative d’informer les deux autres partenaires du programme Persée de la dénonciation de la convention de 2007, afin d’ouvrir dans la période des trois mois qui viennent, une période de discussion et de négociation relative au transfert de cette activité vers une autre structure, en l’occurrence le PRES. Cette question devant être réglée avant la signature du prochain contrat quinquennal 2011-2015 qui interviendra fin mai-début juin. »

Pour suivre les derniers événements sur l’avenir de Persée, voyez le blog monté par les personnels du programme, leur page Facebook et surtout leur compte Twitter. Ces deux derniers outils montrent le rayonnement international de Persée et le soutien des communautés universitaires étrangères.

Emmanuel Barthe
bibliothécaire documentaliste juridique

Notes de bas de page

[1Du style : LOLF, RGPP, LRU et Cie ? Des économies maintenant, des dépenses supplémentaires plus tard ?

[2Toutes matières confondues, Persée accueil plus de 100 revues scientifiques/universitaires.

[4Les notes et le gras sont de nous.

Répondre à cet article

1 Message