Panorama des Legal tech 2018 : vers des alliances

Et une consolidation

Vendredi 5 avril 2019, par Emmanuel Barthe // L’édition juridique

Le magazine Option Droit & Affaires du 23 janvier 2019 répercute le commentaire par les Actualités du Droit (ADD, Wolters Kluwer/Lamy) du panorama réalisé par le site d’actualité et magazine en ligne des startups Maddyness (basé sur un sondage en ligne auprès des jeunes pousses).

Gaëlle Maraud des Grottes d’ADD note les retards dans l’open data, la frilosité de l’administration fiscale et le changement de type d’investisseurs la majorité des investisseurs dans les legaltechs a basculé des professionnels du droit vers les fonds d’investissement et business angels.

Ces faits expliqueraient que pour 63,5% des répondants, un rapprochement avec un grand groupe ou d’autres professionnels fait partie de leurs pistes de réflexion. « Aujourd’hui, développer ces sociétés implique de faire venir des investisseurs extérieurs » en conclut ADD.

Quelques remarques personnelles :

- L’intérêt des innovations amenées par les legal tech françaises s’est confirmé en 2018. Beaucoup d’acteurs clés du secteur ont développé et amélioré leurs produits.
C’est pourquoi j’inciterais tous les professionnels de l’information juridique à aller visiter chaque année le Salon de la Legal Tech organisé par le Village de la Justice. Ce n’est pas seulement instructif. A mon sens, c’est devenu nécessaire.

- Je pense que les retards dans l’open data (mise à disposition gratuite des données juridiques publiques) ne concernent pas que la jurisprudence (données de transport etc. : il suffit de lire NextINpact) et qu’ils sont techniques autant si ce n’est plus que juridiques (retard de publication du décret d’application de la loi Lemaire, RGPD) ou politiques. Autrement dit, les limites de l’open data juridique sont d’abord dûes au manque de moyens matériels, logiciels, financiers et humains de la Justice judiciaire (voir nos billets). Le problème de l’open data ne va pas se résoudre du jour au lendemain.

- Bilan : beaucoup de legal tech se sont hélas lancé trop vite. Et si on ajoute à ce constat les commentaires de Maddyness et ADD, ce que tout cela laisse entendre, c’est qu’une consolidation est à prévoir.

- Dans le même temps (mais ce n’est pas contradictoire), l’article des Affiches Parisiennes [1] sur cette même étude 2018 sur les legal tech notait que les plateformes de médiation attendaient le feu vert législatif de la loi de programmation 2018-2022 pour la Justice et que cela pourrait inciter alors soit les investisseurs à investir plus, soit les acteurs traditionnels à racheter (ce dont Wolters Kluwer s’est approché avec son partenariat avec Predictice, et ce que Thomson Reuters et surtout LexisNexis ont abondamment pratiqué aux USA).
Ce qu’un parallèle avec les fintech tendrait à confirmer puisque, pour citer le magazine Capital Finance : « au-delà de la révolution technique, la réglementation joue aussi un rôle essentiel » et « les startups de la finance profitent pleinement de cet intérêt des acteurs historiques envers elles [....] L’accès a ces grands groupes est souvent essentiel pour les jeunes pousses. Les premiers permettent aux secondes d’attendre plus rapidement une taille critique ». Pour Capital Finance, le passé récent des fintech a démontré que le B2C est clairement moins rentable que le B2B [2].

J’ajouterai qu’en France, pays colbertiste, historiquement, rien ne se fait sans l’Etat, particulièrement dans le domaine économique et financier. L’adoption de cette loi est donc un signe positif important pour les legal tech. Pour autant, comme je le disais plus haut, l’open data des décisions de justice n’est pas débloqué, lui.

Emmanuel Barthe

Notes de bas de page

[1Le marché des legaltechs françaises se professionnalise, par Anne Moreaux, Les Affiches Parisiennes, 25 janvier 2019.

[2Quand la finance traditionnelle adoube les fintech, Capital Finance, 28 janvier 2019.

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