Oudropo, l’Ouvroir de droit potentiel, lance son nouveau site

Jeu, théorie du droit, humour, mathématiques et audace

Mardi 5 septembre 2017, par Emmanuel Barthe // Ressources pour les étudiants en droit

Il y avait déjà l’Oulipo, l’Ouvroir de littérature potentielle, fondé notamment par Raymond Queneau et qui compta entre autres Italo Calvino et Marcel Duchamp parmi ses membres.

L’Oulipo est un club discret pratiquant des sortes d’exercices de style mêlant littérature, mathématiques et un humour involontaire. Involontaire car les membres de l’Oulipo pratiquent en fait des recherches très sérieuses, aussi ésotériques puissent-elles paraître au grand public.

Depuis 2013, il y a l’Oudropo, l’Ouvroir de droit potentiel créé sur les mêmes bases. Il vise à créer du droit (fictif) à l’aide de contraintes (notamment mathématiques) que les membres se fixent à eux-mêmes, ce qui mène au jeu, à l’humour mais aussi à un entraînement rigoureux à la réflexion juridique.

Fondé notamment par Emmanuel Jeuland, professeur de droit et auteur bien connu, et ayant pour membres le professeur Pierre-Yves Verkindt, Alicia Mâzouz, enseignante à la Faculté libre de droit d’Issy-les-Moulineaux et divers docteurs et doctorants, l’Oudropo est un lieu de créativité juridique et de théorie du droit. Cela vient de ses origines : né en 2013 dans un séminaire doctoral de théorie du droit de Paris I, l’Oudropo y a depuis pris ses quartiers.

Comme le disent Emmanuel Jeuland, Lisa Carayon et Viveca Mezey, l’Oudropo est une « legaltech à but non lucratif » :

« L’Ouvroir de droit potentiel crée du droit à partir de contraintes d’interprétation ou de composition. Un article de loi peut ainsi être réécrit avec des synonymes ou des antonymes ; un mot choisi au hasard dans le dictionnaire peut devenir un nouveau concept juridique (par exemple : fantôme, yaourt ou kangourou). On peut parler de Openpolaw en anglais (Opener of potential Law). » [1]

Autrement dit (voir le manifeste de l’Oudropo) :

« L’Oudropo, peut conduire assez souvent dans de vaines directions mais pour rester viable, comporte des contraintes de méthodes, d’organisation et de fonctionnement tout à fait précises (quoique toujours fondées sur une part d’humour !). »

Pour plus de détails, lisez L’Introduction à l’Oudropo,, par Emmanuel Jeuland et Pierre-Yves Verkindt, d’après une présentation de l’Oudropo,, totalement réécrite, faite au colloque sur l’Oulipo et les savoirs organisé par l’université Paris Diderot les 11-13 mai 2017.

Le nouveau site web de l’Oudropo a été lancé en juillet 2017 et même si on ne comprend pas tout, on s’y amuse beaucoup. Rien que la conception graphique de sa page d’accueil vaut le coup d’oeil (voir copie écran supra).

Une tranquille et audacieuse franchise est aussi dans les moeurs de l’Oudropo. Voir par exemple le chapitre 7 du roman Oudropo de l’été, "Les quiproquos du Cabazor de Jean Houget", qui dans un dialogue, explique la principale lacune de l’action de groupe en matière d’environnement, apparue depuis peu de temps en droit français.

On peut également en juger par ces extraits de l’Introduction précitée :

« la démarche oudropienne [...] permet une respiration et donne aux étudiants la possibilité de desserrer quelque peu le carcan positiviste (dont nul ne nie le caractère structurant mais qui poussé à l’extrême conduit à un certain dessèchement de la pensée). Bien plus, la démarche permet d’initier des méthodes permettant de sortir d’un blocage. [...]
Sur un plan plus politique, l’approche oudropienne permet de porter un discours sur la créativité en droit qui nous paraît pour l’heure outrageusement monopolisé par des praticiens de la discipline imprégnés, plus ou moins consciemment de "pensée" managériale. [...]
La méthode oudropienne est un instrument de résistance intellectuelle contre les formes nouvelles de servitude engendrées par le "prêt-à-penser" médiatico-politique. »

L’ancien site de l’Oudropo est ici, hébergé par le site du Département de recherche Justice et procès de l’Institut de recherche juridique de la Sorbonne (IRJS, Université Paris I Panthéon Sorbonne).

Emmanuel Barthe
bibliothécaire documentaliste juridique, juriste de formation (Faculté de droit de Sceaux, Paris XI)

Notes de bas de page

[1OuDroPo, l’Ouvroir de Droit potentiel, une "legaltech" à but non lucratif, au programme de la Semaine doctoral intensive de juin 2017 de l’Ecole de droit de Sciences-Po et de l’Ecole doctorale de Nanterre.

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