Les médias traditionnels sélectionnent et synthétisent ...

Médias traditionnels c/ "pure players" : la fiabilité n’est pas forcément là où on le croit

... mais les publications scientifiques et les blogs d’experts sont souvent plus fiables

Mercredi 27 février 2013, par Emmanuel Barthe // Ressources en droit des affaires

Je ne peux que vous recommander la lecture comparée de ces documents sur l’algorithme de Google News, expliqué (ou plutôt deviné devrait-on dire) à travers son brevet :

Les médias traditionnels pensaient que Google News les considéraient toujours comme des sources de référence à privilégier dans le classement des résultats ("ranking"). C’est du moins ce que la lecture de la nouvelle version du brevet sur Google News leur faisait écrire. Eh bien, ils avaient tout faux !

Non seulement Bill Slawski démontre que de nombreux médias traditionnels américains (y compris un professeur de journalisme !) se sont trompés en lisant la mauvaise version/au mauvais endroit du brevet Google News [2], mais de plus, sur son compte Twittter, il explique que les médias traditionnels, y compris les agences de presse, sont presque toujours en retard sur d’autres sources, comme les blogs d’experts, par exemple (on pourrait ajouter les communiqués des sociétés et des institutions, postés sur leurs sites web). Le pire est que si B. Slawski a pu mettre un commentaire sous l’article de Monday Note, l’article lui-même n’a pas été corrigé depuis le 24 février (trois jours). Ni celui de Computerworld, dont l’auteur a pourtant dûment été prévenu par Slawski.

Contre les agences de presse et journaux, Slawski met aussi en avant, dans un précédent billet sur le brevet de Google News publié en 2009 [3] ... les publications scientifiques, eh oui ! Je traduis :

« Par exemple, si une dépêche est sortie sur une nouvelle découverte en physique, et qu’un site de bonne réputation et respecté sur l’actualité des sciences physiques a publié une article perspicace et détaillé sur cette découverte, cet article pourrait être une meilleure source sur ce sujet. Meilleure parce que même si la dépêche a été écrite par un média qui a publié un scoop sur cette découverte, qui a plus de journalistes, qui vend plus d’exemplaires, qui est lu par un public beaucoup plus international, qui a un grand nombre de bureaux et qui publie depuis les années 1800, elle a été écrite par quelqu’un qui ne sait pas grand’ chose en physique ... »

Pourquoi considérer comme une autorité en matière de fiabilité/pertinence/autorité de l’information un référenceur, un optimiseur de sites web ? Parce que cela en fait de lui un spécialiste non seulement des moteurs de recherche mais de la recherche et de l’influence sur le Web en général.

Les SEOs n’inspectent pas que les moteurs de recherche : faut-il rappeler qu’avant les moteurs il y avait les annuaires et que depuis sont apparus les médias sociaux (Facebook, Twitter, Pinterest etc.) ? Cela fait également d’eux des spécialistes du référencement. Or la base du référencement, c’est le lien hypertexte, d’où qu’il provienne (blog, tweet, article scientifique, article de journal etc.). Les (bons) SEOs sont donc bien placés : ils ont donc une vision comparatiste. En ce qui concerne Slawski, c’est un SEO de référence dans son métier.

Mais la vision d’un SEO n’est pas la seule pertinente. L’utilisateur intensif, le lecteur gros consommateur d’info est lui aussi bien placé. Walt French, un "investment manager" américain, répond ainsi par un tweet à B. Slawski que, s’il reconnaît leur retard, les médias traditionnels lui apportent une "prioritarisation" (et ajouterais je, sélection et synthèse), lui prenant ainsi beaucoup moins de temps que la lecture de blogs etc. C’est là une opinion et une pratique que je défend fréquemment.

Slawski répond alors à French qu’il utilise justement Google News pour avoir un "news coverage". Et French de répondre — à mon sens avec raison — que la présentation et la sélection des infos ne correspond pas à la façon dont les humains consomment l’information (« unfit for human "news" use »).

Cette affaire est l’occasion de rappeler l’importance d’évaluer l’information disponible sur le web et la fiabilité des sources (voir par exemple ce mémoire [4] ou cette liste de liens (URFIST Rennes) pour les détails et ce document ou celui-ci pour les bases basiques). Une telle évaluation doit aller jusqu’à vérifier les compétences non seulement des "pure players" (médias pur Internet) mais aussi celles des médias traditionnels, surtout sur des sujets scientifiques, économiques et financiers ou juridiques. Autrement dit, il faut lire le document primaire [5] et aussi croiser les sources, comme disent les journalistes.

L’exemple d’erreur décrit ci-dessus n’est pas si rare que ça. On peut même trouver des statistiques officielles contestables [6] ...

Emmanuel Barthe
documentaliste juridique, formateur en recherche et veille

Notes de bas de page

[1An inside look at Google’s news-ranking algorithm / Jaikumar Vijayan, Computerworld 21 février 2013.

[2Dans un brevet, il faut prendre la version accordée et si elle existe et non la demande de brevet et dans le brevet, il faut lire les "claims" (revendications), seule partie juridiquement contraignante. Si amendement il y a et qu’il est accordé, il faut lire la version amendée des revendications. Sur les bases américaines de brevets, les "claims" sont en fichier image, pas en texte — la description, qui a trompé les journalistes, est en texte.

[3Google News Rankings and Quality Scores for News Sources / Bill Slawski, SEO by the sea 19 août 2009.

[4Evaluer l’information sur le web, peut-on arriver à une pertinence sociocognitive satisfaisante ? : Etudes, analyses et hypothèses à partir du corpus documentaire en Sciences de l’Information et de la Communication / Guillaume-Nicolas Meyer, mémoire de recherche sous la direction du professeur Alain Chante, Master 2 de recherche
en Sciences humaines, mention Information et communication, spécialité Gestion de l’information, Université Paul Valéry Montpellier III, 4 juillet 2012.

[5Par exemple, en droit, il s’agit du texte officiel ou de la décision de justice en texte intégral. Et il faut le plus souvent un juriste compétente en la matière pour l’interpréter.

[6Par exemple, on "maximise" les récoltes pour garder les subventions. Cas cité par les Echos du 26 février 2013 dans leur enquête sur l’intelligence économique en agriculture.

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