Les revues juridiques en 2009 : en ligne c/ papier

Vendredi 20 novembre 2009, par Emmanuel Barthe // L’édition juridique

2009 pourrait bien être l’année du basculement vers le en ligne [1] : arrivée d’une "génération en ligne" (les moins de 25 ans), pression grandissante des économies à faire, tant de mètres carrés que en abonnements, ergonomie en progrès des interfaces en ligne et des moteurs de recherche — enfin, pas partout .... —, légers progrès mais progrès quand même des alertes e-mails et des newsletters [2], lancement de revues au format Flash (dit "format feuilletable" [3]) vendues séparément des plateformes chez LexisNexis (LN Kiosque numérique) puis peu après Dalloz (Dalloz Revues).

Ce pourrait donc être l’année du grand basculement : enfin, vers le tout en ligne. Arriveraient elles donc enfin, les économies annoncées depuis 20 ans par les thuriféraires du numérique et les consultants en management ?

Pourtant, au delà de l’ergonomie systématiquement supérieure des versions imprimées en matière de lecture, manipulation et annotation (lecture plus facile, visualisation en 3 dimensions des informations ... [4]) sur les versions en ligne et de la préférence et des habitudes des juristes utilisateurs, il y a des workflows (chaînes de production numérique des documents et publications des éditeurs) complexes hérités du papier, des versions en ligne peu pratiques (aucun éditeur n’offre le PDF complet du dernier numéro) et des peurs (risques ?) de "copillage" et de cannibalisation du papier par le numérique.

Certains signes pourraient en effet indiquer que les éditeurs juridiques redoutent que la publication en ligne en même temps, voire (c’est théoriquement possible dans certains cas) avant la version imprimée, ne nuise aux abonnements papier [5]. On note par exemple sur les plateformes numériques de grands éditeurs des retards persistants et assez généralisés dans le mise en ligne de certaines catégories de revues. Mais pas d’autres catégories. D’où l’interrogation.

Alors ? Lâcher le papier ? Au risque de perdre des remises en volume et de n’être pas à jour sur les revues ? Mais alors, comment maîtriser son budget ?

Et quid de l’investissement perdu ? Cf le titre de la table ronde des journées 2002 de Jurconnexion "Est ce que je n’achète pas du vent en achetant du numérique, ne vaut-il pas mieux rester au papier ?"

A votre avis ?

Emmanuel Barthe
documentaliste juridique, gestionnaire d’abonnements et spécialiste des bases de données juridiques

Notes de bas de page

[2Attention : de simples alertes e-mail ou newsletters ne suffisent pas à faire une veille : cf les derniers paragraphes de notre article Réaliser une veille législative gratuite.

[3Déjà testé sur Lamyline. Pas très pratique pour l’instant d’après mes tests : impression parfois limitée et téléchargement interdit. On lit en ligne, sans téléchargement et sous le contrôle de l’éditeur. Si on pousse un peu, on pourrait dire qu’on on arrive à faire payer le premier usage d’un écrit et un seul : la lecture. Et c’est cher si on est déjà abonné à d’autres formats (plateforme, papier) par ailleurs, mais peut en revanche être intéressant à dose modérée dans le cas contraire.

[5Alors qu’on sait que les juristes n’ont pas le temps de tout lire, tout suivre, les éditeurs, par souci de développement et de concurrence, ont créé, ces vingt dernières années, des dizaines de nouvelles revues. Le chiffre d’affaire créé par ces abonnements papier n’est donc pas négligeable

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