Vous êtes abonné à des bases de données juridiques ?

Les limites des statistiques d’utilisation des bases de données juridiques

Exigez vos statistiques. Exigez mieux. Maîtrisez vos budgets

Jeudi 19 juillet 2012, par Emmanuel Barthe // La documentation juridique

Vous êtes abonné à des bases de données juridiques ? [1] Exigez vos statistiques. Exigez mieux et allez plus loin pour maîtriser vos budgets.

Exigez vous les statistiques mensuelles d’utilisation ?

Remarquez : on a beau les demander, on ne les obtient pas toujours, ou pas systématiquement. Se mettre un rappel dans son agenda et un mail modèle dans sa messagerie peuvent aider.

Vous ne les demandez pas ou bien vous avez renoncé à les exiger ? Dommage. Si vous avez moins d’une utilisation par jour ouvrable dans votre structure (ça arrive), vous ne le saurez pas. Et vous n’envisagerez pas de résilier l’abonnement. Qui peut coûter quelques milliers d’euros par an. Qui seraient peut-être mieux investis ailleurs.

Les statistiques permettent, à condition d’être établies par l’éditeur avec rigueur (cf infra), de déterminer :

  • un coût par requête/question
  • et surtout un coût par document téléchargé. On estime alors que si ce coût baisse, la base est mieux rentabilisée.

Ces indicateurs ne sont hélas pas totalement fiables

Si vous exigez les statistiques, et que vous vous contentez du nombre de sessions (i.e. nombre de connexions) ou du nombre de visualisations, téléchargements et impressions (autrement dit le nombre de clics sur un lien vers un document), savez vous vraiment si votre abonnement est rentabilisé ?

- Le nombre de sessions n’a pas grand intérêt :

  • quelqu’un peut rester connecté longtemps [2] en ne posant que une ou deux questions
  • un autre utilisateur peut faire de nombreuses recherches sans ouvrir aucun document, leurs titres ne lui disant rien. Quoique, ça peut aussi indiquer un problème de formation du public (qui ne sait pas bien comment poser ses questions) ou encore d’ergonomie de la base.

- On ne sait pas quelles zones, disciplines ou titres sont très peu ou pas utilisés. Cela peut représenter de l’ordre de 95% du nombre de documents ou 50% des publications [3] contenus dans la plateforme en ligne ou les 3/4 des onglets/sous-bases. Or retirer (ou, dans le cas d’offres globales du type take-it-or-leave-it, renégocier en refusant la prise en compte de ces contenus pour évaluer le prix demandé) les titres inutilisés peut s’avérer financièrement gagnant.

Mais cela dépend largement de ce que les éditeurs fournissent : s’ils respectent la norme COUNTER (définition), on sait où on va et on peut faire des comparaisons entre bases.

Hélas, aucun éditeur juridique français ne s’en approche, même de loin. Selon les éditeurs juridiques français, seront fournis : des sessions, des connexions, des documents vus, des documents téléchargés, des documents imprimés ... Dans quelques rares cas, on va avoir les informations par "sous-base" (chez les Editions Francis Lefebvre/Navis ou les Editions Législatives/Elnet par exemple), ou le détail par type de base (législation, jurisprudence, articles de revue ... chez LexisNexis c’est très détaillé).

- Enfin, on confond nombre de téléchargements avec nombre de documents téléchargés (sans même parler du fait que visualiser et imprimer ne sont pas considérés ici comme un téléchargement [4]). Car les statistiques des éditeurs comptabilisent tous les documents téléchargés, donnent un total, et dans ce chiffre il y en a forcément certains qui ont été téléchargés plusieurs fois et/ou par des personnes différentes ou pas [5]. Idéalement pour le bibliothécaire de BU Dominique Rouger (SCD Saint-Etienne), il faudrait parvenir à mesurer l’interaction entre utilisateur, article et titre pour avoir une idée plus juste en terme d’usages.

- J’irai plus loin : un utilisateur peut très bien télécharger de nombreux documents ... qui ne l’intéresseront pas, parce qu’ils ne sont pas du tout pertinents (effet du contenu ou du moteur [6]) ou de piètre qualité (effet du seul contenu).

Mes préférences personnelles [7] :

- Le coût par utilisateur réel (on élimine les utilisateurs très occasionnels) divisé par le nombre de téléchargements (ou idéalement le vrai nombre de documents uniques téléchargés, cf supra) et le taux de consultation par titre. On peut aller plus loin, vers un indice composite, comme le préconise D. Rouger. Il serait sans doute intéressant de descendre à un niveau de granularité plus fin (coût d’une jurisprudence, d’un article de code, d’un chapitre d’ouvrage ...). Encore faudrait-il avoir une plus grande transparence sur les prix ...

- Surtout, le dialogue avec les utilisateurs. Il permet notamment de savoir où vont leurs préférences en terme de qualité du contenu et de pertinence du moteur.

Pour autant, sans statistiques précises, sans chiffres froids et (plus ou moins) objectifs (cf supra), il sera beaucoup plus difficile de corriger de fausses impressions et aussi de négocier, que ce soit avec sa hiérarchie ou avec les éditeurs.

Donc, concrètement :

  1. exigez vos statistiques. Tous les mois. Il est recommandé d’insister auprès des commerciaux. L’idéal : faire ajouter aux conditions particulières de vente l’obligation de fourniture menusuelle par mail des statistiques
  2. exigez plus de détails
  3. mettez les en tableaux Excel et comparez les, de mois à mois, d’année à année et entre bases de données/éditeurs.

C’est ainsi qu’elles prendront tout leur sens et vous rendront service.

Emmanuel Barthe
bibliothécaire documentaliste juridique

Notes de bas de page

[1] Ce billet a été rédigé avec l’aide de Marlène. Mille mercis à elle.

[2] Pas plus de 20 mn d’affilée, le time out est en général de 15 à 20 mn.

[3] Vous faites essentiellement du droit fiscal ou des fusions-acquisitions : allez vous souvent lire les publications non fiscales ou non droit financier d’une plateforme juridique en ligne généraliste ? Autre exemple, selon le consortium de BU françaises Couperin, en 2009, « 20% des e-books représentent 80% des usages ».

[4] Pour chaque éditeur juridique, il faut demander une définition précise des termes employés : document, consultation, lecture, téléchargement, visualisation, impression, clic ...

[5] Démonstration (document PDF long à télécharger) par Dominique Rouger en détail (intervention au colloque international Ressources électroniques académiques : mesures et usages des 26 et 27 novembre 2009 à Lille.). Démonstration plus courte ici.

[6] Le moteur, à travers ses résultats et ses suggestions a bel et bien un effet énorme sur les statistiques d’usage. Une illustration/preuve par un représentant du méta-moteur pour bibliothèques Summon.

[7] Ces préférences sont en partie liées au fait que je gère une unité moins vaste qu’une BU. J’ai plus de facilité pour "prendre la température" verbalement. Autrement, les enquêtes en ligne sont aujourd’hui très faciles et gratuites (SurveyMonkey et ses nombreux concurrents).

Répondre à cet article