Emportés par le web 2.0

Le Sénat et d’autres sites officiels perdent en lisibilité

"Fun" n’est pas forcément "usable"

Vendredi 25 juin 2010, par Emmanuel Barthe // Portails juridiques officiels - Diffusion des données juridiques publiques

Je voudrais exposer ici un petit souci : un début de tendance à faire des sites "fun" — et de plus un peu longs à charger — est en train de gagner les sites web officiels français avec des icônes Facebook, Twitter, Wikio etc. un peu partout, des vidéos incrustées, la mise en avant des derniers communiqués, de splendides images en bandeau en haut de l’écran, des jolis fonds pastel etc., etc. Un peu comme si les chargés de communication et les webmestres de MySpace avaient pris le pouvoir sur le bouton "Publish" (ok, ok, je caricature un peu ;-).

Exemple : le Sénat, toujours en avance d’une étape technologique sur l’Assemblée [1], vient de sortir la nouvelle version de son site web.

D’habitude, les nouveautés du site du Sénat, j’applaudis des deux mains [2].

Mais là, j’ai comme l’impression que la chambre haute du Parlement est allée un peu (ok, pas beaucoup) trop vite, un peu trop loin.

Je m’explique : je charge une page comme celle-ci http://www.senat.fr/dossier-legislatif/pjl09-200.html :

  • sous mon vieux navigateur Firefox 2 (une version qui date de 2006, je sais, mais je suis à la maison et je n’ai pas envie de mettre des centaines d’euros pour changer de PC et acheter Win 7), le détail du dossier législatif est invisible, illisible, tant il est sur la droite — et pas d’ascenseur horizontal pour aller le récupérer
  • sous IE 6 et FF 2, à la maison, ça met 5 à 8 secondes à se charger : long ...
  • trop d’images, de logos et de choses à charger. Par exemple, l’image du bandeau supérieur horizontal change sans arrêt. C’est très beau et ça promeut le Sénat mais ça distrait inutilement et ça occupe une place énorme en hauteur de l’écran. Le Sénat veut faire du web 2.0 à fond — c’est très louable. Aurait il oublié entre temps la règle de la sobriété — c’est moins louable si on se veut au service des citoyens
  • tous ces logos et ces zones différentes perturbent la lisibilité de la page web et des informations y contenues. Pour reprendre un vieux débat déjà tranché et pourtant visiblement toujours d’actualité [3], la vitesse et la lisibilité d’une page web seront en matière professionnelle et de services (on n’est pas sur le site web d’un groupe de rock, ici) toujours plus importantes aux yeux des internautes que leur gadgets et graphismes. Les liens textes sont toujours mieux et plus vite compris que ceux en images. Quant aux icônes Furl etc., on peut élégamment les cacher et les afficher selon la volonté de l’internaute (cf en haut de cette page-ci).

Pour le coup, c’est l’AN qui en deviendrait plus lisible — enfin, presque ou de peu.

Autres exemples de sites officiels commençant à déborder d’icônes et widgets :

Comme le dit le proverbe : "Qui trop embrasse mal étreint". Ou : trop d’info tue l’info. A mon sens, il va bientôt falloir 1. mieux maîtriser les techniques d’allègement des pages et de chargement à partir des serveurs et 2. passer un peu à la diète. Des web designers et beaucoup [4] de sites américains ont déjà entamé [5] le mouvement.

A votre avis ? Les commentaires sont ouverts. Vous pouvez aussi taper sur le design de mon blog : minimaliste, rébarbatif, lent à charger (je sais, mais c’est un particulier qui paye sur ses propres deniers) ... ;-)

Emmanuel Barthe
documentaliste juridique et webmestre (lui aussi)

Notes de bas de page

[3Jakob Nielsen, déjà cité ici, est un spécialiste de l’ergonomie des sites web depuis 1995. De grandes firmes américaines le payent pour améliorer la vitesse, la lisibilité, l’attractivité et la mémorisation des pages de leur sites.

[4Oui, je sais, les sites de ces web designers sont bourrés d’images sur la colonne de droite — normal, c’est leur promo et de plus, avez vous remarqué, elles se chargent très, très vite.

[5Intéressant, le site du Defense Dept américain : des photos défilent mais se chargent vite, toutes les rubriques sont accessibles dès la page d’accueil, ainsi que les icônes des FB etc., les widgets sont signalés mais dispo sur une autre page, au final la page d’accueil reste courte et lisible.

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2 Messages

  • Pour service-public.fr, ce n’est pas l’avis de l’ISCOM (école de création multimédia de Lyon) dans ses analyses de sites web.

    http://blogs.iscom.org/lyon-ecr-scm/2010/05/05/analyse-de-site-web-service-public/

    Peut-être faites-vous référence aux icônes de réseaux sociaux qui s’affichent au chargement des pages et dont le fonctionnement pourrait en effet être optimisé ?

    Extrait de l’analyse de lSCOM "Le site est très peu friand de bannières publicitaires et autres, cela fait parti de son positionnement. Etant donné que c’est un site du gouvernement, il ne doit pas être perturbant pour les visiteurs avec des bannières qui arrivent en plein milieu de la page et qui pollue le site.

    Le site est très épuré, il “n’agresse” pas le visiteur, on peut voir des images gif animés, mais vous ne trouverez pas plus de graphismes et d’autres technologies plus “paillettes” ; cela ne collerait pas au positionnement du site, et ne s’inscrirait pas dans sa logique de portail. *"

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    • Re : avis ISCOM sur servicepublic.fr 30 juin 2010 15:17, par Emmanuel Barthe

      Bonjour,

      Merci pour cette référence.

      C’est en effet un avis intéressant, apparemment personnel puisqu’il écrit avec le "je", d’un étudiant de l’ISCOM.

      Sur le fond, servicepublic.fr et le site du MinJu me gênent moins que les autres exemples cités.

      Sur Servicepublic.fr, je pointe la volonté d’un peu trop fficher de choses à mon avis (page d’accueil, colonnes de droite et de gauche), et des images qui si elles sont très légères, me semblent inutiles.

      Sur le contenu et le reste des technologies du site (fils RSS surtout) du site, j’apprécie beaucoup le travail des équipes de l’ex-Documentation française.

      E. Barthe

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