Inertie de l’édition juridique ou conservatisme des clients ?

Ou comment tenter d’expliquer la lenteur de l’innovation dans l’édition juridique

Dimanche 12 octobre 2008, par Emmanuel Barthe // L’édition juridique

Marc Tournoud, avocat au barreau de Grenoble, spécialiste de droit fiscal et créateur du produit fiZcal (recherche et de veille sur la Documentation fiscale et le BOI), est récemment intervenu sur la liste Juriconnexion. Je reproduis ici avec son autorisation, son message du 7 octobre 2008. Des propos engagés et directs, mais qui ont leur intérêt :

« L’aventure de la création de fiZcal, dont j’avais été à l’initiative en 2001 avant de changer de métier, m’a permis de constater que le marché de l’édition juridique électronique est malheureusement très sérieusement verrouillé par les grandes maisons, non pas de la faute de ces opérateurs estimables et compétents, mais en raison du comportement extraordinairement conservateur de la clientèle, à savoir les juristes, dont j’ai pu constater à mes dépens qu’ils s’abstiennent massivement de soutenir financièrement un produit pourtant jugé unanimement, y compris sur cette liste, utile et innovant. J’imagine que si le même produit avait été vendu, sans doute deux fois plus cher, par un éditeur "historique", chacun se serait précipité avec son chéquier à la main ...

Je dois donc vous annoncer, à mon grand regret, que nous cessons, provisoirement j’espère, d’assurer la mise à jour des bases de fiZcal, en dépit du fait que cette application était effectivement la seule à assurer un service de gestion et de mise à jour des bases de documentation de l’administration fiscale, propre à permettre aux usagers de "naviguer entre la DB et le BOI".

Sachant que je peux compter sur l’amitié des membres de la liste pour excuser la manifestation d’une pointe d’amertume, je dirais qu’ainsi, les usagers potentiels, faute d’avoir souscrit un abonnement à fiZcal, pourront continuer à se plaindre des insuffisances des produits des éditeurs dominants en matière de gestion des bases documentaires de la DGI.

Bien entendu, j’accueillerai volontiers les réactions de nos colistiers à cette discrète manifestation de mauvaise humeur !

Marc TOURNOUD »

Mon collègue documentaliste veilleur juridique Rémy Nerrière lui répondait le 8 octobre sur la même liste. Là aussi, c’est direct et pas sans intérêt :

« Si le produit fiZcal n’a pas trouvé preneur, ce n’est pas à cause des "juristes" ou des documentalistes car il faut bien être conscient que nous n’avons pas les "mains libres" sur le chéquier de nos structures et que nous avons le plus souvent à gérer un budget qui se ressère d’année en année...

Mais je crois surtout qu’il donnait accès à une information rendue publique [et, j’ajoute, gratuite] sur le site impots.gouv.fr. Même si les services associés et l’ergonomie sont bien meilleurs sur le produit Fizcal, la dépense supplémentaire et l’utilisation envisagée du produit ne pouvait en justifier la dépense.

Il manquait peut être également au produit l’apport d’une analyse doctrinale privée. »

Tout combiné, je crois que beaucoup de choses sont dites, là. Peut-être manque t’il un rappel : les éditeurs traditionnels eux mêmes ne sont pas exempts d’un certain conservatisme ... Pour ne prendre qu’un exemple, on attend toujours de la plupart d’entre eux (à l’exception notable et notée de Lextenso) une mise en service des fils RSS sur la totalité de leurs revues — si possible de manière intelligente et pratique.

Emmanuel Barthe
documentaliste juridique

Répondre à cet article