Si les webmestres du site du ministère de l’Economie et des finances me lisent ...

Grosse fatigue : quand est ce que le Minefe arrêtera de refaire son site web plus ou moins tous les ans ?

Il n’y a pas que son site web : site de la DGCCRF, publications en ligne, revues papier ... tous ont la bougeotte

Mercredi 3 octobre 2007, par Emmanuel Barthe // Portails juridiques officiels - Diffusion des données juridiques publiques

Juste une grosse fatigue que je voudrais partager avec les juristes internautes, mes collègues documentalistes et les webmestres des sites web de l’Administration et des organismes publics : ne trouvez vous pas que le ministère des Finances aime beaucoup refaire son site web, ceux de ses directions ainsi que modifier le format et le contenu de ses publications (papier ou en ligne) ?

Ne trouvez vous pas que cela ne facilite ni le travail des chercheurs, ni celui des veilleurs ni non plus celui des conservateurs numériques qui téléchargent régulièrement les fichiers PDF composant, par exemple, le BOCCRF ?

Et si les professionnels ne s’y retrouvent pas bien, quid des particuliers ?

La bougeotte côté sites web

En 11 ans, le site web du ministère de l’Economie et des finances a été refait six fois, dont deux refontes majeures, soit en moyenne une refonte tous les ans et demi. Sur la même période, le site de la DGCCRF, lui, a été refait quatre fois [1], soit une refonte approximativement tous les trois ans.

Ici, un petit historique vaut mieux qu’un long discours :

Tout cela dénote bien sûr une volonté de modernisation permanente, mais faut il rappeler qu’une des principes de base de la maintenance des sites web est le maintien des URLs [3] (adresses des documents sur le Web) ? Le but de cette règle est de ne pas dérégler les moteurs de recherche, les habitudes des utilisateurs des sites et les aspirateurs de site [4]. Par exemple, comment voulez vous maintenir une collection de liens hypertextes profonds avec une telle bougeotte ?!?!

La bougeotte côté publications

Côté format des publications, prenons l’exemple du BOCCRF :

  • d’abord que du papier
  • puis du HTML doublant le papier
  • puis du HTML et du PDF
  • fin 2006 : puis que du PDF mais en deux éditions différentes : un reprenant le papier (suivi des décisions du Conseil de la concurrence) et une autre n’existant plus qu’en numérique (numérotée "bis", elle suit les décisions du ministre de l’économie et les avis du Conseil de la concurrence rendus en matière de contrôle des concentrations).

Et puis, face à cette bougeotte, se pose la question de la conservation à long terme de ces publications officielles purement numériques. Le 28 juin 2006, j’écrivais à nouveau :

« [...] toujours le même souci pour la conservation à long terme : qui nous garantit que les adresses web (URL) de ces pages PDF du BOCCRF numérique et plus encore ces mêmes fichiers PDF authentifiés seront encore en ligne dans 30 ans ? »

Toujours côté publications, on peut aussi citer l’incroyable valse-hésitation sur les publications papier et microfiche de la DGCCRF et leur équivalents en ligne :

  • suppression des microfiches (pourtant payantes) de la DGCCRF. Non remplacées, l’ouverture au public de la base de données équivalente ayant été refusé par la Commission idoine auprès du Premier ministre
  • supression du BID (encore un abonnement payant, pourtant)
  • mutations de la Revue Concurrence Consommation de la DGCCRF : de mensuelle, elle est devenue bimestrielle puis trimestrielle, elle a intégré le BID, elle a été publiée sous trois formats papier différents en trois ans, les mini-colloques desAteliers de la concurrence et des Ateliers de la consommation ont été publiés gratuitement pendant plusieurs années sur le site de la DGCCRF puis, depuis juillet 2006, sont redevenus payants en réintégrant la seule revue ! [5]

Ca va, vous suivez ? :-)

En revanche, pas de bougeotte côté concepteur

Un dernier point : qui est le développeur du site du Minefe ? Jouve, la SSII qui était jusqu’à il y a peu — mais qui n’est plus — l’éditrice électronique de l’Assemblée nationale. Pour information, c’est aussi Jouve qui est derrière les interfaces et les moteurs de recherche de Navis (Francis Lefebvre), de Dalloz.fr et de la BIU Cujas.

Emmanuel Barthe
documentaliste juridique

Source des copies d’écran : les pages web archivées de l’Internet Archive (archive.org).

Notes de bas de page

[1Cinq fois si on compte une modification mineure : la suppression du menu déroulant de la page d’accueil en août 2001.

[2Au fait, cette page d’accueil avec trois colonnes en couleurs, ça ne vous rappelle rien ? Mais oui : le site web de l’Assemblée nationale, refait plus tard. Ce n’est pas un hasard : les deux sites ont eu pour SSII conceptrice la société Jouve. Voir à la fin de cet article.

[3Cool URIs don’t change / Tim Berners-Lee, World Wide Web Consortium (W3C) 1998. On peut aussi citer la chronique de Jakob Nielsen : URL as UI, AlertBox 21 mars 1999.

[4Si, si, sur les sites publics, à part les grosses bases de données, il est parfaitement légal de récupérer de manière systématique les documents officiels. Lire notre article Le principe de disponibilité des données publiques : mythe ou réalité ?.

[5Le site de la DGCCRF abrite toujours, en accès libre et gratuit, les Ateliers s’étant tenus de 1999 à juin 2006 : Ateliers de la consommation décembre 1998-novembre 2005 (avec des "trous" payants), Ateliers de la concurrence octobre 1999-juillet 2005 (avec des "trous" là aussi). Il est encore temps de les imprimer et de les relier, ce qui est parfaitement légal. A bon entendeur ...

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