Premiers désabonnements de bouquets

Dura lex, sed lex

Les clients face à la hausse des coûts de l’édition scientifique et technique

Lundi 11 octobre 2010, par Emmanuel Barthe // La documentation juridique

Rémy vient de me devancer en signalant cela.

J’aouterais juste ceci :

  • du fait des hausses de prix pratiquées en IST [1] par des groupes en situation dominante sur leur marché (hausses situées habituellement en juridique à +7% en moyenne par an, sauf petits éditeurs), le mouvement était inévitable. Depuis longtemps, la seule question était : quand ? La crise et la RGPP n’ont fait qu’avancer quelque peu l’échéance
  • les conséquences sont elles aussi prévisibles :
    • d’ici quelques années, la plupart des structures, au lieu d’être abonnées à presque toutes les bases de données et presque tous les ouvrages à mise à jour de leurs secteurs, en sélectionneront uniquement certains sur la base du rapport qualité-prix et des statistiques de consultation — statistiques qu’il va falloir exiger car pas fournies par tous les acteurs [2]
    • les "meilleurs" en contenu et en fonctionnalités/ergonomie survivront et rafleront la mise. Rappel : la facilité d’utilisation fait, aux yeux des utilisateurs, 50% de la valeur d’une base de données [3]
    • de plus en plus d’acteurs seront tentés de pratiquer des prix élevés pour compenser les pertes d’abonnés. Ce qui peut créer un cercle vicieux, dommageable pour une grande partie, voire l’ensemble, de l’édition scientifique et technique.

Sauf, sauf ... :

  • sauf si une véritable concurrence apparaît. Peu probable, les barrières à l’entrée sur le marché de l’IST et particulièrement du juridique étant très élevées [4]
  • et sauf si les éditeurs savent devenir plus inventifs commercialement parlant.

Reste que les clients peuvent aussi se comporter non en plus collectionneurs mais en acheteurs. Certains (ailleurs qu’à l’UPMC), fortement limités par leurs moyens financiers, ont déjà commencé et la sanction à l’avenir risque d’être beaucoup plus dure. Comme diraient les juristes : « Dura lex, sed lex ».

Emmanuel Barthe
documentaliste juridique

Notes de bas de page

[1Information scientifique et technique.

[2Tiens, un avenant au contrat, ça serait une idée.

[4Créer des éditions ne s’improvise pas. Il faut recruter (voire débaucher pour partie) des auteurs externes (et les fidéliser), des rédacteurs internes, des directeurs de collection et chefs de projets, monter les équipes, bâtir progressivement des collections, se faire connaître à un public conservateur, investir en informatique éditoriale, serveurs, CMS, bases de données et hébergements.

Répondre à cet article