Accord Google / presse française : rien de neuf

« Une subvention supplémentaire au-delà des aides publiques » (Les Echos)

Lundi 4 février 2013, par Emmanuel Barthe // Ressources en droit des affaires

Selon les Echos du jour (et le reste de la presse) :

« Google et les éditeurs de presse enterrent la hache de guerre : un fonds de 60 millions d’euros, abondé par Google, va être créé pour financer les projets numériques de la presse. Le géant du Web américain va aussi aider les éditeurs français à mieux monétiser leurs audiences. »

Cet accord ne peut pas vraiment passer pour une victoire :

  • son montant pour Google représente moins de 1% de son bénéfice mondial 2012 [1]
  • les Echos notent que « sur la forme, l’accord reste éloigné de ce que voulait la presse à l’origine : un prélèvement d’année en année sur le chiffre d’affaires de Google, estimé entre 1,2 et 1,4 milliard d’euros en France, ce qui aurait garanti une source de revenu pérenne aux éditeurs ». Donc, une fois le fonds épuisé ...
  • pour nous, le plus important, c’est que Google va 1. aider la presse à 2. mieux vendre de la publicité. Or :
    • le "business model" publicité n’a jusqu’ici pas prouvé sa viabilité pour la presse généraliste, économique et d’opinion
    • et maintenant, c’est Google qui aide les journaux. Une autre subvention, une autre béquille : « une subvention supplémentaire au-delà des aides publiques », comme l’écrit pudiquement Fabienne Schmitt pour les Echos. Voir aussi le commentaire de la Tribune sur le bilan mitigé des fonds publics d’aide au numérique [2] : « Destinés à aider les vieux médias à accomplir leur transition numérique, le Spel et le fonds stratégique ont surtout servi à payer le salaire des journalistes et à combler les déficits opérationnels. La plus grande partie de ces sommes est allée dans les caisses des éditeurs traditionnels, les "pure-players" ont représenté moins de 5% du Spel. »

Peut-être des solutions originales émergeront-elles à l’avenir de cette "subvention privée". Pour l’instant, on ne voit rien de vraiment neuf. Le problème de la survie de la presse — les agences, elles, sont quasiment à l’abri — reste entier. Comme celui de l’alimentation des veilleurs en autre chose que le "canon à dépêches" (autrement dit, en commentaires et analyses).

Notes de bas de page

[1] 60 millions d’euros contre 10,7 milliards.

[2] Voir le document parlementaire présenté à l’occasion de l’examen à l’Assemblée nationale du projet de loi de finances pour 2013 : avis n° 252 du 10 octobre 2012 présenté au nom de la Commission des affaires culturelles Tome IV Médias, livre et industries culturelles par Michel Françaix.

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