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Dernier ajout : 11 décembre 2017.

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Tout sur les retards des transports en commun d’Ile-de-France

RER en retard, bus annulé, métro escargot ... Pourquoi ? Que faire ?

Les raisons du calvaire des banlieusards et ce qui pourrait être fait

Dimanche 17 décembre 2017

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Je n’avais plus été banlieusard depuis le début de mes études supérieures. Soit depuis trente ans.

Les prix de l’immobilier parisien étant ce qu’ils sont — en montée permanente, crise ou pas crise —, ma compagne et moi sommes partis en banlieue Est. Et comme j’ai aussi changé de poste, je me suis retrouvé pendant un an à 1h30 en transport en commun de mon poste à Issy-les-Moulineaux.

1h30 de trajet en banlieue parisienne ? Banal, me direz-vous. Oui, mais ...

Le constat : la RATP est en retard une fois sur trois

Selon Google Maps et l’application RATP pour smartphone, le trajet durerait 1h15.

En pratique, ai-je constaté, et selon les jours et les problèmes rencontrés par la RATP et la SNCF, ces 1h15 se transforment en 1h45 voire 2h [1]. Plus d’une fois sur deux, aucune annonce. Cela concerne aussi bien les RER que le métro ou les bus.

Alors plus on habite loin, plus on doit partir en avance pour ne pas arriver en retard. C’est la double peine.

Pourtant, les statistiques indiquent qu’en 2017, les Franciliens ne mettent en moyenne que 42 mn pour aller à leur travail, pas plus [2]. Il y a donc bien des gens qui mettent beaucoup plus que les autres pour aller à leur travail en IDF.

Et ne comptez pas trop sur votre voiture ou votre scooter. Les embouteillages autour de Paris le matin sont légendaires et cette légende est méritée. Imaginons que les embouteillages n’existent pas, vous auriez encore les pires difficultés du monde à vous garer près de votre travail. Très peu d’entreprises en IDF offrent une place de parking à chacun de leurs employés. Ce qui n’est guère surprenant vu le prix du mètre carré.

Quand je dis que RATP et SNCF sont souvent en retard, ce n’est pas mon imagination. Il y a des preuves tout ce qu’il y a de plus officielles :

Mon évaluation personnelle, c’est que :

  • dès lors qu’on prend 2 lignes de transport en commun pour se rendre à son travail, il y a une chance sur 4 pour qu’une des lignes ait un retard, même s’il n’est que de quelques minutes
  • à partir de 3 lignes, il y a une chance sur trois pour qu’une des lignes ait un retard
  • et si vous prenez 4 lignes comme ce fut le cas pour moi (bus puis métro puis métro puis bus), le risque augmente encore : il y a une chance sur deux pour qu’une des 4 lignes soit en retard.

Dans mon expérience, par exemple, les horaires des lignes de métro 12 et 8 ne sont pas fiables. Sur la 8, des retards de 15 à 20 mn le matin sont fréquents, de l’ordre de 1 fois sur 8, et des retards de 5 mn encore plus fréquents (1 fois sur 5). Pourtant, ce ne sont pas les pires [5]. Et les statistiques du STIF vont dans mon sens [6].

Le ligne 2 du métro parisien, à la limite de la surcharge le matin en semaine, est en retard une fois sur trois de quelques minutes sur le trajet Stalingrad-Etoile.

Pourquoi autant de retards ?

Pourquoi ces retards ? Les causes sont nombreuses. Pour faire court :

  • les pannes
  • les colis suspects
  • les malaises voyageurs
  • des incidents de saison :
    • les feuilles mortes sur les rails en automne
    • le gel sur les caténaires en hiver
    • déformation des rails avec la chaleur l’été
  • les grands travaux
  • un malus bien peu incitatif pour les transporteurs en cas de retards
  • une vétusté dûe à un sous-investissement chronique dans les voies et le matériel
  • et toujours plus de population et donc de voyageurs.

Voyons le détail et les explications des transporteurs.

Pannes, colis suspects et malaises voyageurs

La RATP et la SNCF parlent souvent d’ "incident d’exploitation" ou de "panne de signalisation". Sans autre explication. Cela peut recouvrir :

  • le retard d’un conducteur à prendre son poste
  • une extinction des signaux électriques (les trains doivent alors ralentir énormément et mettre beaucoup d’écart entre eux, pour éviter tout accident)
  • un vol de fils de cuivre (le long des lignes de train et métro, ça regorge de ce métal qui est devenu cher et cible de gangs)
  • ...

Les règles de sécurité (espacement entre les trains, en premier lieu) imposent alors un retard [7].

Il y a aussi les fameux "colis suspects" [8] qui obligent le transporteur à faire évacuer la rame/le train, à faire passer la police puis un démineur et donc à arrêter le trafic sur toute la ligne pendant une heure. Leur responsabilité n’est pas négligeable, loin de là, et nous usagers le constatons quasi-quotidiennement. Les alertes au colis suspect se sont multipliées depuis les attentats de 2015 : chaque jour, une petite quinzaine sont signalés sur l’ensemble du réseau, dont 6 à 7 pour les métros et les RER [9].

Il y a enfin le "malaise voyageur. Le conducteur n’étant pas secouriste, et le transporteur ne voulant prendre aucun risque, notamment en terme de responsabilité, le train est alors arrêté. Mais ce cas est nettement plus rare, selon mon expérience. Et peu contestable vu le danger de déplacer un malade sans avoir de connaissances médicales. A ceci près, tout de même, que les trains bondés à craquer sont source de malaises voyageur, avec de surcroît un effet cercle vicieux ...

Les feuilles mortes à l’automne, le gel en hiver, la chaleur en été ...

Côté RER (et non métro), la météo joue également un rôle clé, particulièrement à la mauvaise saison :

  • l’automne, même si la SNCF et la RATP font tailler les arbres donnant sur les voies, les feuilles mortes avec le vent finissent par couvrir les rails. Ça patine. Accélération et ralentissement prennent donc plus de temps et par sécurité, la vitesse doit être diminuée [10]
  • l’hiver, le gel sur les caténaires gêne la transmission de l’électricité aux pantographes. Les locomotives ont donc moins de puissance. La moindre côte peut les arrêter [11]
  • l’été, les chaleurs intenses amènent parfois les rails à se déformer [12]. Ils se dilatent (ou se rétractent à l’inverse en cas de grands froids). Cette déformation, d’après les services de la voirie SNCF, débute (certes de manière infime) dès que la température intérieure du rail passe au-dessus ou en-dessous des 24 degrés. Mais c’est semble t-il plutôt lorsque le rail dépasse les 58° (ce qui correspond à une température extérieure de 30°) que la SNCF réduit le nombre de trains pour limiter la déformation des rails.
    Évidemment, si le rail casse, il faut le réparer ou le remplacer et interrompre la circulation pendant ce temps.

Grands travaux et malus peu incitatif

Enfin, les travaux, notamment en 2017 et pour encore dix ans celui du Grand Paris Express en gare d’Arcueil Cachan (RER B).

Pour ne rien arranger, le système de bonus malus où RATP et SNCF peuvent avoir à payer une pénalité financière au STIF n’est pas du tout incitatif. Les transporteurs s’en moquent : ils provisionnent carrément dès le début de l’année une somme correspondant à leurs retards prévus. Une ou deux dizaines de millions d’euros en moins contre 4 milliards de subvention annuelle : la pénalité ne représente que 1% de la subvention. C’est bien trop peu pour changer leur attitude.

Le reproche qu’on peut faire aux sociétés de transport, c’est que, les malaises voyageur mis à part, ces incidents sont connus et répétitifs et devraient être mieux anticipés et prévenus. Et que si leur communication s’est améliorée, elle a encore des marges de progression — comme l’a montré la cacophonie â la gare Montparnasse dimanche 3 décembre — les entreprises sont extrêmement lentes et lourdes à évoluer. La SNCF, par exemple, est connue pour avoir encore en partie une organisation de type militaire.

Par exemple, la présidente de la région IDF Valérie Pécresse reprochait fin 2016 à la SNCF les retards du RER C, victime de travaux lourds qui handicapaient sa régularité. La présidente du Stif a donc exigé que la SNCF anticipe : un plan de travaux prévu 3 ans à l’avance, l’organisation d’un comité de ligne, la mise en place d’une application dédiée au RER C et la préparation d’une refonte horaire totale à l’horizon 2020. Elle a aussi demandé que la Société du Grand Paris (SGP), en charge des travaux du Grand Paris Express, travaille à l’avenir « en concertation avec la région et les opérateurs », « se parle », et que « les heures de pointe soient sanctuarisées ». Enfin, elle a jugé important de réfléchir, « en concertation avec les associations d’usagers », à « un autre choix possible » : l’interruption de circulation pendant « trois ou quatre week-ends » au lieu de réduire la vitesse des trains.

Sous-investissement depuis 30 ans

Mais il faut aussi savoir que ces deux entreprises et le réseau ferré qu’elles exploitent sont depuis plus de 20 ans sous-financés, du fait de coûts de personnel très importants (les cheminots, notamment, partent très tôt à la retraite), des déficits publics croissants et de la mise en place du Pass Navigo unique.

Le réseau ferré d’Île-de-France est ainsi « vétuste », c’est la Cour des comptes qui le dit : « 40 % des voies et 30 % des aiguillages ont plus de 30 ans en Île de France. Les incidents techniques liés à la vétusté des installations ne connaîtront pas une diminution significative avant au moins dix ans » [13]. La plupart des rames de métro aussi sont à la limite de la vetusté : selon les chiffres de la RATP retraités par la société Data Publica, « en 2011, plus de la moitié du matériel date d’avant 1978 » [14]

Et ce manque de sous et d’entretien, il se sent, désormais. La catastrophe ferroviaire de Brétigny-sur-Orge le 12 juillet 2013 a été causée par un manque d’entretien des voies ...

Une population en accroissement

Enfin, last but not least, la population de l’IDF augmente chaque année lentement mais sûrement : 12% de croissance entre 1990 et 2014 [15]. Mais au lieu de construire de nouvelles lignes (notamment pour contourner ou traverser Paris à grande vitesse), on allonge les lignes existantes, augmentant ainsi leur trafic et avec, les risques de pannes, d’incidents ... et donc de retards.

Depuis 1995, soit en 22 ans, seules deux véritables nouvelles lignes ont été construites :

  • la 14 (appelée Météor pendant sa construction), qui relie la Bibliothèque François Mitterrand (puis Olympiades) à la gare Saint-Lazare, mais ne dessert pas la banlieue
  • -* et le tramway qui ceinture Paris (lignes T1 et T2).

Que font la RATP, la SNCF et le STIF ?

Comme je l’écrivais plus haut, les réactions des deux grands transporteurs publics sont à la hauteur de leur taille et de leur style d’organisation : très lentes.

Mais elles arrivent, expliquent Les Echos [16] :

  • pour le RER A, SNCF et RATP appliqueront à partir du 10 décembre 2017, deux mesures contre-intuitives :
    • un peu moins de rames (de 30 à 27,5 par heure) pour que le moindre retard ne se répercute pas immédiatement
    • plus de trains omnibus (s’arrêtant à chaque station)
  • la ligne E, actuellement en cours de prolongement pour offrir une second axe Est-Ouest à l’agglomération parisienne et soulager la ligne A, sera divisée en deux demi-lunes, qui se recouperont partiellement. Ce système aura l’avantage de cantonner les répercussions d’un incident à la seule portion concernée
  • de nouvelles rames seront mises en service en 2021, en commençant par la ligne D. L’Xtrapolis Cityduplex (non, on ne rit pas ;-) a été spécialement conçu pour le trafic en zone dense : jusqu’à 1860 passagers (contre 1600 actuellement) sur deux étages et de larges portes pour faciliter entrée et sortie
  • enfin, en 2022, la circulation dans le tronçon central parisien sera pilotée par Nexteo, un logiciel développé par Siemens [17]. Cette gestion automatique du trafic (même si des conducteurs seront toujours présents à bord) doit réduire à 108 secondes l’intervalle minimum entre deux trains, contre 180 secondes aujourd’hui.

Côté STIF, il faudra attendre la fin en 2023 du projet Grand Paris Express, un métro de 200 kilomètres qui fera le tour de la capitale, et que les Jeux olympiques de 2024 à Paris devraient accélérer, pour avoir de vraies lignes supplémentaires : les 16, 17 et 18.

Encore faut-il que la construction de ces lignes soit maintenue : dans le Monde du 8-9 octobre, il est déjà question de report pour les 17 et 18, ce que les élus locaux qualifient d’« enterrement de première classe ». Et selon la lettre professionnelle Mobilettre du 14 septembre, le coût total du Grand Paris Express a dérapé de 22 (estimation en 2010) à 35 milliards d’euros. Résultat : les élus refusaient le 1er décembre 2017 de voter le budget 2018 de la société du Grand Paris (SGP) [18].

Le remarquable et très bien informé blog transportparis suggère avec une grande diplomatie [19] d’autres pistes :

En attendant que ces investissements aient un effet — s’ils en ont — que peut faire le modeste usager/client, à son niveau ? Eh bien, il peut :

  • se débrouiller au jour le jour, avec les applis et tout en se méfiant d’elles
  • et protester, contester, réclamer, notamment auprès des services clients et des médiateurs des transporteurs.

Se débrouiller au jour le jour

À la plupart des stations et des arrêts de bus, des panneaux affichent le délai d’attente des bus et métros. Mais ils ne sont pas fiables à 100%, particulièrement en cas de gros retard ou d’annulation d’un train ou d’un bus.

Dans les cas les plus gênants, on peut obtenir un justificatif ou se faire indemniser pour un retard :

  • le site Bulletins de retard fournit les horaires d’arrivée en gare des trains Transilien des trois derniers jours — les horaires des trains ayant circulés la veille sont disponibles dès 8h00. Il vous permet d’éditer un bulletin en cas de retard. Ce système fonctionne aussi sur l’application mobile SNCF
  • ce système existe aussi pour les TER. Exemple : Bulletins de retard TER Picardie
  • les clients SNCF peuvent se faire indemniser pour un retard de plus de 30 mn sur un train TGV ou Intercités. Pas pour une suppression de train ni non plus pour un retard sur votre ligne de RER
  • rien pour le Métro : ni attestation de retard ni indemnisation. Il faut tenter une copie d’écran de l’application mobile RATP.

Où trouver des informations et de l’aide :

Sachant qu’on ne peut pas toujours compter sur les applications et services téléphoniques des transporteurs pour dire clairement ce qui se passe. Un exemple : la panne informatique du weekend des 2 et 3 décembre 2017 en gare SNCF de Montparnasse a montré que les organismes de transport sont parfois plus préoccupés de communication que de réalité. En effet, dimanche soir, les applications et les services téléphoniques de la SNCF disaient « retour à la normale » dès lundi matin. Mais c’était faux : mon collègue vient par TGV de Tours. Il passa une partie de sa soirée à se renseigner auprès des divers sources d’information de la SNCF. On lui assura que son TGV serait à l’heure. Ce TGV-là ne partit jamais. Mon collègue prit le TGV suivant et arriva à Paris avec 1h15 de retard.

À l’évidence, les grandes pannes et accidents sont un tel enjeu — économique, politique [22], juridique [23] et réputationnel — pour les transporteurs qu’ils considèrent que leur communication doit "lisser les détails". Les médias ont d’ailleurs très largement gobé ce soit-disant « retour à la normale » [24]. La communication de la SNCF juste après l’accident de Brétigny est elle aussi un bel exemple d’information inexacte lorsque les enjeux sont élevés puisque la société y niait sa responsabilité.

Protester, contester, réclamer

Vous venez de vous prendre une amende RATP de 60 euros parce que vous avez utilisé votre trotinette dans les couloirs du Métro pour rattraper leur retard ? Vous venez de rater votre période d’essai parce que vous êtes arrivé plusieurs fois en retard ? Vous aimeriez rappeler à la SNCF et la RATP que dans un contrat, les obligations sont à la charge des deux parties ?

Vous pouvez :

  • leur écrire ou les appeler :
  • devenir membre d’une des associations adhérentes de la FNAUT Île-de-France.
  • écrire à la présidente de la région IDF, Valérie Pécresse. La région finance les transports en commun et sa présidente s’intéresse au dossier de leurs régularité.

On pourrait ainsi signaler à la RATP, par exemple :

  • tous les retards de métro qui nous impactent et pourquoi (par exemple : en arrivant en retard, même une seule fois, je risque de perdre mon emploi, qui plus est en pleine période d’essai)
  • que des contrôleurs confondent le numéro du service clientèle (3424) et celui surtaxé des objets trouvés (3246). À moins qu’ils ne le fassent exprès pour éviter qu’on puisse joindre le service clientèle
  • que la carte Imagin’R de votre enfant est introuvable sur l’informatique de la RATP, ce qui signifie que le service client en station ne sait pas comment faire refaire la carte qu’elle perdue — et que, de surcroît, on va devoir payer ! —, que vous avez perdu ainsi 20 minutes alors que vous êtes attendu chez vous pour dîner après une longue journée de travail, que vous allez devoir appeler un numéro au siège pour débrouiller ça. Bref, vous n’avez que ça à faire
  • que leurs contrôleurs ne connaissant pas non plus le numéro de code pour l’infraction consistant à utiliser une trottinette (dans un couloir de métro totalement vide !), ils sont obligés de vous faire perdre votre temps, le temps pour eux de trouver ce numéro — ils le connaissent si peu ce numéro qu’ils finissent par demander au contrevenant lui-même s’il le connaît ... Dans la catégorie "On n’a que ça à faire", c’était donc "Demander au client de faire le travail à votre place" (bis)
  • que la rubrique Engagements de son site corporate ne comporte strictement aucun engagement de leur part sur la régularité, le respect des horaires ou la diminution des retards
  • etc.

La RATP a une médiatrice. Il est possible de faire appel à elle après avoir réclamé par écrit une indemnisation au service clientèle. Le délai pour la saisir est d’un à an sauf dans le cas de infractions, où il est de deux mois à compter de la date de l’infraction, la contestation de la sanction auprès du service clientèle devant elle aussi se faire dans le délai de deux mois.

Pour la SNCF :

Au final, une fois listées toutes les origines techniques des retards, on peut tout de même estimer que le problème est d’abord une question de financement et de priorités politiques en des temps budgétaires difficiles.

Emmanuel Barthe
usager assidu des transports en commun d’Île-de-France


Des apps pour gérer votre bibliothèque papier

Ma Bibliothèque : cataloguez vos livres à toute vitesse. Une appli sans véritable concurrent

Un accessit pour Book Catalogue

Dimanche 24 septembre 2017

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Logo de l'appli Ma Bibliothèque

Vous avez beaucoup de livres et de bandes dessinées chez vous ? Vous ne vous y retrouvez plus ? Vous ne savez plus si vous possédez ou pas l’ouvrage que vous venez de trouver chez le libraire ?

Vous êtes bibliothécaire et vous devez inventorier un fonds de 150 ouvrages en 45 mn à l’aide de votre seul smartphone ? Ou préparer de manière simple un désherbage alors que que vos ouvrages ne possèdent ni numéro ni code-barre d’exemplaire ?

Avec l’appli Android Ma Bibliothèque, développée par un Français, Julien Keith, faites rapidement et simplement le catalogue complet de votre bibliothèque papier. Cherchez dans vos livres par auteur, titre, genre ou éditeur [26].

Les avantages de Ma Bibliothèque de Julien Keith

L’application Ma Bibliothèque référence tous vos ouvrages par simple scan du code-barre (en fait le n° ISBN, qui est l’identifiant unique d’un livre) grâce à l’appareil photo intégré à votre smartphone. Une fois l’ISBN trouvé, l’application charge (presque) tout le reste, y compris la couverture et le nombre de pages. Comptez une petite vingtaine de secondes pour traiter un livre.

Points positifs :

  • ergonomie : l’appli est simple et rapide. Un livre est rentré/catalogué en trois clics, à partir d’un bouton Ajouter "+" constamment visible
  • la couverture est bien visible et on peut la voir encore mieux en cliquant dessus
  • le catalogue peut être exporté dans un fichier Excel : une fonction ultra-pratique, notamment pour les bibliothécaires, documentalistes et tout professionnel possédant une bibliothèque papier.
    Or les fichiers Excel sont souvent eux-mêmes convertibles dans un format qu’un logiciel documentaire classique ou un SIGB sait importer, comme le CSV ... Ou comment faire son inventaire/son catalogue en prenant des codes-barres en photo !
  • note pour les geeks, les bibliothécaires et les documentalistes : Ma Bibliothèque utilise les services Google, Amazon, Fnac, Open Library, Worldcat, IsbnPlus et Biblio [27] afin de trouver le livre correspondant au n° ISBN que vous recherchez. Si un ISBN n’est pas trouvé, c’est qu’il n’est pas référencé sur ces services. Vous pouvez alors saisir vous-même à la main les informations. Personnellement, sur une centaine de scans, je n’ai pas encore eu un seul échec avec Ma Bibliothèque
  • trois fonctions très utiles pour les particuliers gros lecteurs :
    • la possibilité de saisir ses souhaits dans une base séparée
    • une case à cocher "Lu" permet de savoir si on a fini l’ouvrage
    • la possibilité de créer ses propres genres, pour y classer des livres. Par exemple, roman policier italien. Par défaut, le champ Genre est rempli avec la matière dont il est affublé dans le catalogue d’où des références ont été téléchargées, ce qui nécessite souvent des corrections
  • l’application est en français
  • elle est gratuite (mais pas open source) et sans publicité. Selon le développeur :

    « Ma Bibliothèque est et restera à jamais gratuite et sans publicité. »

Trois ou quatre limites toutefois selon moi (je tiens compte qu’il s’agit d’un produit gratuit, sans publicité et développé par un développeur solo) :

  • Ma Bibliothèque est développée uniquement pour Android [28]
  • il manque le champ Collection
  • et la possibilité de saisir plus d’un auteur. Ce dernier point est particulièrement gênant pour les bandes dessinées (BD), où généralement les auteurs sont deux (un scénariste et un dessinateur) et les ouvrages universitaires ou scientifiques, souvent collectifs
  • la seule sauvegarde sur cloud proposée (sauf à sauvegarder la totalité des données de son smartphone sur des services comme ceux de Google ou Samsung) est Dropbox. Google Drive, Box (un cloud professionnel compatible Microsoft Office Online), Onedrive (le cloud de Microsoft) manquent à l’appel.

Les avis sur le Play Store incluent beaucoup d’autres suggestions d’amélioration, ce qui montre l’intérêt pour Ma Bibliothèque. Voici celles qui me semblent les plus pertinentes [29] :

  • une fonction pour partager tout ou partie de sa bibliothèque (sans devoir passer par l’export Excel puis le réimport)
  • pouvoir trier par n’importe quel type d’information (champ). Tout particulièrement, par date de parution ou par éditeur
  • organiser sa bibliothèque par série. Tous les Harry Potter, par exemple. Où tous les Lanfeust de Troy, pour les BD
  • avoir une case à cocher "En cours de lecture"
  • mettre des notes (de 1 à 5 sur 5, par exemple) aux ouvrages pour retrouver ses favoris
  • la synchronisation entre différents appareils équipés de l’appli. Mais ce serait sans doute un développement assez lourd.

Personnellement, j’ai utilisé — et je recommande sans réserve — Ma Bibliothèque dans un contexte professionnel pour inventorier très rapidement de petits fonds ou encore des ouvrages à pilonner. Et dans les avis sur le Play Store, un enseignant explique qu’il a fait le catalogue des ouvrages de sa classe avec Ma Bibliothèque. Ma Bibliothèque serait également utilisé pour gérer une bibliothèque associative à Paris 11e.

L’appli Ma Bibliothèque est notée 4,6/5 sur Android Market pour 2000 votes [30] : une note exceptionnelle, extrêmement rare. La plupart des "bonnes appli" sont à 4,2 ou 4,3 [31].

Elle est très, très simple à utiliser. Elle pourrait l’être encore un peu plus (avec un bouton Ajouter/"+" qui allume directement l’appareil photo) et comporter toutes les zones du pavé ISBD. Là, personnellement, je serais prêt à la payer 5 euros sans problème [32].

Interface de l'appli Ma Bibliothèque

Des concurrents, vraiment ?

D’autres applications utilisant le scan du code-barre existent. Mais il n’y a pas foule ...

Libib : pas de photo des couvertures dans les listes d’ouvrages

J’ai vu les fiches et commentaires sur Libib (non testé), qui ne m’ont pas convaincu. Pour trois raisons :

  • pas de version française
  • pas de photo des couvertures dans la liste des ouvrages
  • des avis négatifs très motivés et nombreux. Des avis de ce genre, il n’y en avait qu’un seul sur Ma Bibliothèque.

Cela dit, pour qui est prêt à faire l’impasse sur ces manques, Libib a des points positifs :

  • d’abord, elle permet de cataloguer (et offre des rubriques séparées pour) les livres, les disques (CD audio ou MP3), les jeux vidéo et les films (DVD)
  • sauvegarde et synchronisation avec le site web Lilbib

Book Catalogue : manque d’ergonomie et ouvrages non reconnus

J’ai testé Book Catalogue. L’appli d’Evan Leybourn et Philip Warner a une note de 4,4 sur 5 pour 4000 votes, et serait mon 2e choix. Pour autant, je ne l’ai pas pleinement appréciée.

Les points positifs d’abord :

  • Book Catalogue est gratuite, et sans publicité
  • elle gère plus d’un auteur, contrairement à Ma Bibliothèque
  • elle possède plus de fonctionnalités que Ma Bibliothèque, notamment la synchronisation avec le site Goodreads et peut être paramétrée. Alors que Ma Bibliothèque n’offre qu’une sauvegarde, et n’a tout simplement pas de menu Paramètres
  • Book Catalogue est open source
  • elle exporte directement au format CSV, format de facto libre, et plus pratique que le XLS de Microsoft.

Les points négatifs l’emportent néanmoins selon moi :

  • le lecteur de code-barre n’est pas intégré, il faut le télécharger séparément. Ce n’est pas grand’ chose, mais quand même
  • interface toute noire, peu esthétique
  • interface peu ergonomique, et là, c’est nettement plus gênant. Par exemple, Book Catalogue exige plus de clics qu’avec Ma Bibliothèque pour réaliser une même opération du fait de l’absence d’un bouton Ajouter. Autre exemple : pour scanner un code-barre disposé horizontalement (cas le plus fréquent), il faut tenir son smartphone en mode paysage (appareil "allongé"), ce qui est moins pratique que le mode portrait (appareil "debout") puisque cela fait une manipulation supplémentaire. Dans un cas similaire, avec Ma Bibliothèque, votre portable reste dans sa position habituelle
  • surtout, des ouvrages non trouvés, alors que Ma Bibliothèque les trouve tous dans mes tests [33].

CLZ Books : beaucoup plus riche en informations sur les livres, mais là aussi problèmes de reconnaissance d’ouvrages

J’ai aussi testé CLZ Books. L’appli a une note de 4,6 sur 5 (pour 1000 notes) [34] :

  • positif :
    • possède un bouton Ajouter
    • la prise en photo du code-barre fonctionne bien
    • riche en fonctionnalités (notamment la possibilité de faire des sélections parmi les notices) et paramètres — mais rien de transcendant dans ces derniers
    • surtout, offre toutes les zones du pavé ISBD, y compris la collection ("Series") et une très grande richesse de champs pour les notes personnelles (comme Date d’achat ou Nombre d’exemplaires, ce qui rapproche CLZ Books d’une appli professionnelle)
  • moins bon :
    • il n’est pas traduit en français :-(
    • là encore, des ouvrages non reconnus [35]
    • il est payant (15 dollars US). L’avantage dans ce dernier cas, c’est que le support est là, et il est très disponible selon les commentaires [36].

Interface de l'appli Book Catalogue

D’autres applis, nettement moins intéressantes, ou uniquement disponibles sous iOS

LibraryThing : l’appli reste encore largement un décalque du site, n’est sortie officiellement que depuis cet été et reste décevante pour les francophones. Et BookBuddy ou ClassBook ne sont disponibles que sous iOS.

Sous Android, je n’ai donc pas vu globalement mieux pour l’instant que Ma Bibliothèque. Vu les erreurs de reconnaissance des titres que j’ai constatées chez Book Catalogue et CLZ Books, j’aurais tendance à considérer que Ma Bibliothèque n’a pas de véritable concurrent. Si on utilise de telles applis, c’est bien pour ne plus faire de saisie. Donc, si on doit refaire de la saisie, je ne vois pas trop l’intérêt de l’appli ... Mais mon avis est en partie biaisé : étant bibliothécaire professionnel, cette fonctionnalité est pour moi plus vitale que d’autres.

Sinon, si on est dans une optique professionnelle, on retrouve chez les applications Android que j’ai testées une grosse lacune : une seule base de données de livres par appli [37]. Si on veut constituer deux fonds, il faut soit avoir deux appareils mobiles, soit exporter puis supprimer la base de données initiale. La zone Notes peut en théorie permettre de distinguer artificiellement deux fonds mais c’est très peu pratique.

Emmanuel Barthe
bibliothécaire documentaliste et "librovore"


Logiciels, documents administratifs et Education nationale

Affelnet : le logiciel d’affectation dans les lycées à Paris bugue sévèrement pour la deuxième année consécutive

Que faire si votre enfant n’a pas eu le lycée qu’il méritait

Mercredi 5 juillet 2017

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Vous habitez Paris, votre grand/e a 15 ans. Il/elle passe en classe de seconde l’an prochain (2017-2018). Vous aviez demandé un lycée réputé bon ou correct en 1er et 2e choix mais en cette fin juin 2017, c’est le 3e, 4e ou 5e choix qui échoit à votre adolescent. Pas vraiment son lycée préféré.

Il est cruellement déçu, et trouve cette décision injuste [38] S’il s’est renseigné auprès de ses copains ou de l’administration de son collège, il va vous apprendre que ses 1er et 2e choix sont trustés par les boursiers. En tant que parent, vous êtes furieux vous aussi et s’il est brillant, vous vous inquiétez pour l’avenir scolaire et universitaire de votre enfant [39]

Que s’est-il passé ?

A part ça, vous vous demandez si vous n’auriez pas raté une ou deux informations ces derniers mois.

Ces informations, les voici.

Affelnet le logiciel qui affecte vos enfants dans un lycée parisien, avait déjà eu de gros ratés l’an dernier​, en concentrant les élèves boursiers dans un tout petit nombre de lycées cotés. Ainsi, comme le relate Le Figaro, en 2016 au lycée Turgot (Paris 3e), 83 % des admis en seconde étaient boursiers [40]. Et ca a visiblement recommencé cette année.

De plus, comme l’explique l’article de 20minutes.fr, « depuis cette année, est prise en compte l’évaluation des composantes du "socle commun de connaissances" qui vaut plus de points que les notes obtenues au cours de l’année. » Ça a visiblement aggravé le problème.

Explications : Affelnet est en service depuis au moins 2014 à l’académie de Paris. Il est pourtant clairement encore en rodage. Et l’administration (ici le rectorat de Paris) n’a pas voulu risquer d’aggraver les choses en corrigeant trop nettement les critères d’affectation [41]. Selon Le Figaro et Le Monde, elle a tout de même accepté de plafonner le taux de boursiers à 50% (!) de l’ensemble des effectifs de seconde d’un lycée.

Justement, ces critères d’affectation, qui sont les règles de fonctionnement du logiciel Affelnet, quels sont-ils ? L’académie de Paris donne quelques informations sur son site (d’où le socle commun de connaissances est absent !) mais il faut surtout lire les articles du Monde et du Figaro, très complets sur le sujet, et la fiche technique de la DGESCO :

Pour résumer : si votre brillant ado n’a pas eu cette année le lycée convoité de son secteur, c’est probablement une combinaison des quatre facteurs suivant :

  • le bonus aux boursiers, qui est maintenant parfaitement compris et intégré par leurs familles
  • la sectorisation, qui diminue le nombre de lycées attractifs (exemple : 3 dans le secteur Nord de Paris, pas plus : Chaptal, Condorcet, Racine) vers lesquels les vœux des boursiers vont se porter en priorité. Au lieu de mieux les répartir. Car dans les secteurs Nord et Est de Paris, le pourcentage de boursiers est évidemment beaucoup plus important que dans les secteurs Sud et Ouest ... [42]
  • le plafonnement des boursiers à 50% en seconde, paradoxalement, a fort probablement accentué le problème car de ce fait, au lieu de concentrer le problème sur un seul lycée d’élite, celui-ci va les toucher tous
  • et, cerise sur le gâteau, la nouveauté et l’absence d’harmonisation de la notation du socle commun de connaissances.

Notez que tous ces critères peuvent être ramenés à des choix politiques.

Pour en savoir plus sur le fonctionnement des logiciels d’affectation des élèves et étudiants, lisez le support de l’intervention de Julien Grenet, un économiste spécialiste de la question, au séminaire Codes sources (session 2016-2017) : La transparence et l’obstacle : les algorithmes d’affectation des élèves aux établissements d’enseignement (PDF, 97 pages).

Voici ce qu’il dit d’Affelnet dans une interview à l’Obs [43] :

« Aujourd’hui, les affectations en lycée sont décidées par un algorithme qui donne une priorité absolue aux élèves boursiers. Il y a pu y avoir des problèmes avec certains lycées très demandés, où la proportion de boursiers n’a pas été maîtrisée, comme à Turgot, mais ce "bug" technique pourrait être facilement corrigé. Il reste que ce système constitue un progrès sensible par rapport à l’absence de régulation qui prévalait il y a quelques années. Les proviseurs faisaient leur "marché aux élèves" dans les sous-sols du rectorat sur des critères purement scolaires, et cela nourrissait à plein pot le phénomène de ségrégation. »

Dans l’article précité du Monde sur les récentes modifications à la marge d’Affelnet :

« Avec Affelnet, la ségrégation sociale des lycées publics a diminué de 30 % en une décennie, rappelle l’économiste Julien Grenet, cosignataire en 2014 d’un rapport pour l’Institut des politiques publiques. Mais en dix ans, les familles se sont adaptées, les boursiers ont intégré le rôle du bonus ... Ce sont ces évolutions que le système doit prendre en compte. »

Dans son rapport Peut-on accroître la mixité sociale et scolaire dans le système éducatif ? L’impact des procédures d’affectation des élèves dans les lycées d’Île-de-France de 2014 :

« A Paris, on retrouve des lycées très hiérarchisés avec une ségrégation par les notes quatre fois plus importante que dans les académies aux alentours. Les boursiers ont un grand avantage et leur proportion dans les grands lycées est en augmentation. On observe une baisse de 30% de la ségrégation sociale. C’est l’une des discriminations positives les plus importantes dans l’Education nationale. A Créteil, le résultat ressemble davantage à la carte scolaire du collège, avec très peu de bonus et pas de prise en compte des notes. »

Et dans son support de séminaire :

« Les difficultés créées par les procédures d’affectation ne
sont pas pas principalement imputables aux algorithmes mais plutôt :

  • à la complexité et à l’opacité des procédures
  • aux critères de priorité utilisés (et aux choix politiques qui les sous-tendent). »

Notez au passage sa défense mesurée mais habile d’Affelnet. Julien Grenet fait partie de l’équipe de Thomas Piketty [44], dont les travaux sur les inégalités économiques sont connus. M. Piketty lui-même a récemment repris les travaux de M. Grenet pour attaquer la ségrégation dans les collèges parisiens [45]. On a parfois l’impression qu’Affelnet a été conçu avec l’assistance de M. Grenet.

Pour une critique des travaux de M. Grenet sur Affelnet, on peut lire sur le Café pédagogique, un des principaux sites de la communauté enseignante : Choukri Ben Ayed : Non Affelnet ne peut pas constituer une politique de mixité sociale à l’école (octobre 2014). Selon M. Ben Ayed, sociologue :

« Affelnet ne constitue pas selon nous un instrument de "discrimination positive", mais plutôt d’opérationnalisation de la méritocratie scolaire. »

Enfin, un article scientifique faisant appel à un niveau élevé en mathématiques a été publié en 2014 : Choix d’écoles en France. Une évaluation de la procédure Affelnet, par Victor Hiller et Olivier Tercieux, Revue économique, 2014/3, p. 619-656.

Que faire si l’affectation de votre enfant vous semble contestable

Dans l’ordre des priorités :

  1. inscrivez votre enfant au lycée donné par Affelnet. Vu le peu de chance que le rectorat inverse sa décision et le peu de temps disponible (vers le 10 juillet tout est fermé : collèges, lycées et rectorat), ne perdez pas de temps
  2. prenez rendez-vous avec le proviseur du collège de votre enfant (s’il n’est pas débordé). Sinon, essayez un rdv téléphonique
  3. demandez à votre enfant les numéros de téléphone portable des parents des enfants qui sont dans le même cas que lui (il y en aura , c’est sûr et certain)
  4. concertez-vous avec votre enfant : veut-il vraiment changer de lycée ? N’y a-t’il pas suffisamment de ses amis et d’élèves de son niveau qui ont eux aussi été affectés dans son lycée d’affectation ? Le bug d’Affelnet pourrait bien en effet (aussi) avoir pour effet de regrouper les meilleurs élèves non boursiers, comme, dans la zone Nord de Paris, au lycée Jules Ferry, traditionnellement considéré comme un bon lycée sans plus [46]. Est-ce que ça vaut tous les efforts qu’il va falloir faire ? Et si ça marche, sera-t-il opportun de changer de lycée en cours d’année, même si c’est le début de l’année ?
  5. contactez les associations de parents d’élèves : FCPE, PEEP, particulièrement les représentants des parents des 2ndes sur le lycée d’affectation et sur le lycée visé initialement
  6. renseignez vous sur le fonctionnement du logiciel Affelnet. C’est utile pour ce qui suit
  7. contestez la décision de l’administration en faisant par l’intermédiaire du proviseur du collège une demande de dérogation. Vérifiez que cela laissera une trace écrite. C’est ce qu’on appelle un recours gracieux. Si vous ne le faites pas, vous ne pourrez pas contester la décision de l’administration en justice. Même si votre demande de dérogation a peu de chance d’aboutir, cela participera à éviter que l’administration refasse la même erreur avec votre plus jeune et ceux de vos amis dans 1, 2 ou 3 ans
  8. vous êtes toujours déçu de l’affectation de votre enfant ? Vous pouvez contester la décision du rectorat devant le tribunal administratif (TA) mais ça prendra beaucoup de temps (7 mois au minimum). Un conseil : prenez un avocat spécialisé en droit public ou faites vous assister par des représentants de parents d’élèves
  9. vous pensez que le principe même de faire prendre des décisions importantes par un logiciel aux règles obscures [47] est contestable ? Vous pouvez demander au rectorat (recours gracieux) puis au TA de Paris (car le rectorat n’a pas l’intention de le publier) la publication du code source du logiciel Affelnet. Si votre requête devant le TA respecte bien les formes obligatoires, elle sera traitée et vous gagnerez quasiment à coup sûr (cf les informations données plus bas). Les geeks et développeurs pourront alors voir concrètement pourquoi Affelnet bugue et proposer des solutions.

Les arguments juridiques

(Si vous n’avez pas un bagage juridique minimal, cette section ne vous est pas vraiment destinée.)

Pourquoi la publication du code source d’Affelnet est-elle quasiment certaine — à condition de soutenir une procédure administrative contentieuse ? Tout simplement parce qu’il y a un précédent : l’Education nationale a été contrainte en 2016 par le TA de Paris à publier le code source d’APB (Admission Post Bac). Cette demande a été soutenue par la Commission d’accès aux documents administratifs (CADA) dans un $avis.

Dans une affaire similaire, le tribunal administratif de Paris a obligé Bercy à publier le code source du logiciel de calcul de l’impôt sur le revenu, après que la CADA a rendu un avis en ce sens.

Enfin, la loi n° 2016-1321 du 7 octobre 2016 pour une République numérique (dite loi Lemaire) a entériné la position de la CADA et du TA de Paris en la gravant dans le marbre du Code des relations entre le public et l’administration (CRPA). Pour plus de détails, lisez : La loi du 7 octobre 2016 « pour une République numérique » et les codes sources de logiciels, par Luc Bartmann, directeur juridique de collectivité territoriale à la retraite, Droit des collectivités territoriales - Actualités et miscellanea, 16 décembre 2016.

L’article L 300-2 du CRPA créé par cette loi inclut expressément les logiciels dans la liste des documents administratifs et l’article L 311-5 qui liste les exceptions ne contient rien qui puisse s’y opposer ici puisqu’il n’est question ici que d’enseignement et non de secret défense ou de secret industriel et commercial.

Il existerait bien un deuxième argument juridique pour tenter de contester la décision de l’administration s’appuyant sur Affelnet : c’est l’obligation pour l’administration de communiquer les règles définissant les traitements algorithmiques utilisés par l’administration pour prendre une décision individuelle. Autrement dit, d’expliquer au parent les critères exacts et les règles de fonctionnement du logiciel Affelnet. Cela a été prévu à l’article 4 de la loi République numérique, qui a créé pour cela l’article L 311-3-1 du CRPA [48].

Toutefois, même si le décret d’application [49] est paru en mars, la disposition ne sera applicable qu’à partir du 1er septembre 2017.

Troisième et dernier argument juridique : il existe en droit européen une interdiction de prendre une décision individuelle automatisée. C’est l’article 15 de la directive 95/46, transcrit en droit français par l’article 10 de la loi Informatique et libertés. Cet article 15 sera remplacé par l’article 22 du Réglement européen général de protection des données (RGPD), applicable en 2018. Mais l’article 22 du RGPD prévoit des exceptions encore plus larges (notamment en cas de consentement éclairé) que l’article 15 de la directive qu’il remplace et les mesures de sauvegarde à prévoir ne sont pas détaillées et restent du ressort de Etats membres de l’UE [50]. Il n’est donc pas certain que l’article 22 ne finisse pas, comme son prédécesseur, par n’être rien d’autre qu’un principe général non sanctionné.

Emmanuel Barthe
documentaliste juridique, spécialiste des données publiques et parent d’un élève en seconde en 2016-2017 à Paris


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