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Dernier ajout : 5 juin.

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Pourquoi la directive droit d’auteur et son droit voisin ne sauveront pas la presse française

La presse française face aux kiosques presse en ligne (SFR News, Google News, Apple News ...)

Mardi 5 juin 2018

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Alors qu’ils payent les éditeurs de presse (contrairement à Google), les kiosques de presse en ligne à prix forfaitaire du style SFR News ou Apple News menaceraient quand même la rentabilité des journaux, selon un article de la Tribune du 19 avril : Comment Apple compte devenir le Netflix de la presse.

Campagne

Sylvain Rolland pose la question : comment la presse en ligne peut-elle se protéger des géants du Net qui cannibalisent sa distribution et continuer à assurer un accès démocratique à l’information ? Et y répond : selon lui, par « la définition d’un cadre précis et de règles de transparence, de neutralité, de loyauté et d’égalité pour les plateformes comme Apple, Google et Facebook, qui ont vocation à devenir les principaux distributeurs de l’information ».

A l’Assemblée nationale, une proposition de loi Modem vise plusieurs centaines de millions d’euros de droits voisins pour la presse, envisageant même de devancer la directive sur le même sujet en discussion à Bruxelles [1]. Cette proposition de loi sera finalement retoquée.

Au CSPLA, un rapport défend un vaste droit voisin au profit des éditeurs de presse [2].

Côté Union européenne, le projet de directive sur le droit d’auteur, qui remonte à l’origine à septembre 2016, a été récemment amendé par le Comité des représentants permanents (Coreper) des Etats membres, qui y a inséré un droit voisin (sous-entendu voisin du, i.e. similaire au droit d’auteur) pour que les plates-formes comme Google ou Facebook rémunèrent mieux les contenus des sites internet des éditeurs de presse quand elles les indexent [3]. En clair, cet amendement aurait pu imposer une "taxe" aux plateformes qui utilisent des extraits d’articles de presse. Aurait, car, contrairement aux attentes des journaux français, le Parlement européen l’a repoussé le 4 juillet... Les discussions autour de l’ensemble de la directive reprendront les 10 et 13 septembre [4].

Y aurait-il une énième campagne de lobbying des éditeurs de presse en cours ? Oui.

Vont-ils réussir ? Pas sûr.

Pour comprendre pourquoi je doute, lisez ce qui suit.

L’enfer est pavé de bonnes intentions (4e fois)

Que l’article précité vienne de la Tribune n’est pas surprenant.

Ce journal est particulièrement sensible à un produit de type Apple News / SFR News. En effet :

  • ils n’ont plus de version papier. Pour mémoire, le Washington Post avait conclu (il y a certes dix ans, mais je doute que le rapport ait beaucoup changé) que la version en ligne d’un article ne rapportait que 10% du chiffre d’affaires de la version papier [5]
  • ils n’hésitent pas à publier des scoops dans le domaine économique, leur survie dépendant justement de leur audience
  • leur équilibre est fragile, du fait de leur rivalité avec les Échos et du choix opéré par son ex-propriétaire pour ces mêmes Échos.

En tant que veilleur et citoyen, je soutiens la presse et suis consterné par l’hécatombe de titres depuis une vingtaine d’années et la réduction de la diversité éditoriale qui en résulte.

Mais comme j’ai suivi ce dossier depuis longtemps, je crois qu’il y aurait pas mal à ajouter ou nuancer aux propos de la Tribune.

L’Enfer, comme on dit, est pavé de bonnes intentions. Les projets de loi visant ces dernières années à créer un droit voisin pour la presse en Belgique (2012), Allemagne (2014) puis Espagne (2015) ont très largement et piteusement échoué. La puissance économique des GAFA (et attendez donc de voir celle des BATX chinois) est telle qu’il est difficile de les forcer et aussi de les contourner. La dépendance est bien ancrée. Pas seulement chez les particuliers (qui n’a pas une adresse Gmail) : chez les commerçants aussi [6].

Si on parle maintenant de la dernière évolution du projet de directive sur le droit d’auteur (cf supra), on pourrait penser que passer ces textes de loi de l’échelle nationale à l’échelle européenne — prudence, le texte n’est pas encore définitivement voté — donnera plus de pouvoir aux groupes de presse pour faire plier les plateformes/moteurs de recherche. En effet, il est facile pour les GAFAM de se retirer d’un marché national — la perte est faible par rapport au marché mondial. Mais pas de l’ensemble du marché européen. Preuve que Google estime que ce texte européen est une menace, le moteur américain a demandé aux éditeurs de presse membres du groupe Digital News Initiative (DNI, une création de Google, en fait un fonds d’innovation de 150 millions d’euros), de contacter les députés européens sur l’amendement à la directive [7].

Oui mais ... Comme l’explique le chercheur en économie Pierre Bentata dans les Echos, le risque est que les organes de presse, assis désormais sur une rente qui deviendra à terme leur principal revenu, perdent toute incitation [8] à l’adaptation, à la créativité et au dynamisme [9]. La « cannibalisation de la distribution » de la presse, qu’évoquait le journaliste de la Tribune en début de ce billet, triompherait en effet.

On a l’impression de revivre les débats et attaques d’il y a 20 ans sur le quasi-monopole de Microsoft en systèmes d’exploitation, logiciels de bureautique et navigateur web. Or justement, en matière de navigateur web, qui a brisé la position dominante d’Internet Explorer ? Pas les procès, ni les tentatives de régulation. Mais bien les concurrents : Mozilla Firefox et Opera, puis Google Chrome.
En sens inverse, l’inconvénient de la concurrence sur Internet, c’est qu’elle revient régulièrement à une situation de domination d’un ou deux acteurs. Chrome est hélas en train de liquider Firefox (alors même que sous Android, Chrome n’accepte aucun module anti-mouchard de type Ublock Origin ou AdBlock Plus ...).

Les origines des déboires de la presse française : sous-capitalisation et sous-financement depuis 1945, préférence des lecteurs pour les magazines ...

Les déboires de la presse française ne datent pas, en réalité, d’Internet et du refus (dominant) de payer l’information qu’il a développé [10]. Ses vraies difficultés et leurs origines sont connues : sous-capitalisation depuis la purge de la Libération, perfusion de l’Etatl, absence d’adossement à des grands groupes de communication, manque d’indépendance [11], préférence des lecteurs pour les magazines ...

Pour plus de détails, voir notre billet Sites d’information en ligne : modèle gratuit c/ modèle payant et les travaux universitaires de Patrick Eveno, plusieurs fois cité sur ce blog :

Enfin, bien des actions publiques sectorielles ont montré que, pour reprendre le titre d’un célèbre essai du regretté sociologue Michel Crozier [12] : on ne sauve pas un secteur/industrie par décret. Un exemple récent et proche ? La librairie française n’a pas été sauvé par la loi anti-Amazon du 8 juin 2014 encadrant les conditions de la vente à distance des livres, c’est un rapport d’information Assemblée nationale du 11 avril 2018 rédigé par les députés Kerlogot et Larive qui le dit, diplomatiquement certes. [13].

Mediapart, lancé en 2008 et qui a atteint son point mort dès 2011, en a fait la démonstration avec ses excellents résultats financiers 2017 : la spécialisation/les niches permettent aux pure players de s’en sortir. Pas aux généralistes (Rue89 ...).

En deux mots

Pour résumer : même en supposant que la directive droit d’auteur passe telle quelle, et que les GAFAM jouent le jeu, rien ne prouve que cela suffira à sauver la presse française actuelle. Quant à la sortir de ses ornières, « no way » [14].

Emmanuel Barthe
documentaliste, veilleur


Presse française : les agrégateurs/banques de données

Pressed est le plus riche en contenu de presse française, Newsdesk surveille toute source en ligne

Lundi 4 juin 2018

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Quatre acteurs majeurs se partagent le marché français des banques de données de presse française. Les autres, notamment les sociétés ex-de "clipping", ne font que de la veille presse sur ce qu’on dit sur une société (les solutions listées infra savent aussi le faire), ils ne fournissent pas de véritable interface de recherche et ne gèrent pas le paiement des droits [15].

- Pressedd de l’Européenne de données (EDD) :

  • Contenu :
    • banque de données en texte intégral de presse francaise : pratiquement tous les quotidiens généralistes, économiques et régionaux (seul revendeur de l’offre de panorama de la PQR France Actu Régions), l’AFP, la grande majorité des magazines/hebdomadaires généralistes (L’Express, Le Point, Le Nouvel observateur, ...) et économiques (L’Expansion, Challenges, Valeurs actuelles, ...) et une part très importante de la presse spécialisée
    • presse en ligne / sites de presse
    • télévision et radio
  • Abonnement.
  • Interface de recherche experte
  • Possibilité de créer des panoramas de presse automatisés (paiement forfaitaire selon nombre d’articles visualisés prévu, y compris les droits de reproduction par e-mail et sur l’intranet) [16].
  • Points forts :
    • ce qui distingue Pressed de ses concurrents banques de données de presse rivales Europresse et LexisNexis France, c’est la quasi-exhaustivité de l’offre en PQN et sa très grande richesse en PQR, inégalée par les concurrents [17]
    • EDD commercialise aussi une version plus simple à interroger et "veiller" de sa base : Premedd. La veille se fait alors sur le simple n° RCS de l’entreprise et non plus sur des mots-clés. Avantages : le "bruit" des résultats disparaît quasi-totalement et on ne rate rien de ses cibles de veille. Inconvénient : sur les grandes sociétés, on peut être inondé.
  • Points faibles cités :
    • les tarifs, certes un peu dégressifs, mais qui restent proportionnels à la consommation
    • l’ergonomie et l’organisation de la nouvelle version de 2015.

- Europresse, ex-société québécoise Cedrom-Sni, passé en 2018 entre les mains de Cision, une entreprise de veille médias et veille concurrentielle, dont le logiciel répond au nom de RP (comme Relations Publiques) :

  • Contenu : banque de données en texte intégral de presse anglophone et surtout francophone : de la presse anglophone et de la presse française et francophone (Le Soir de Bruxelles, ...), avec notamment les quotidiens généralistes (Le Monde, Libération, ...) et économiques (Les Echos, ...) français, les principaux news magazines français (L’Express, Le Point, ...) et certains titres de la presse quotidienne régionale (Le Progrès de Lyon, ...).
  • Abonnement [18].
  • Possibilité de créer des panoramas de presse automatisés avec paiement des droits d’auteur intégré.
  • Points forts cités :
    • simplicité de l’interface
    • certains tarifs.
  • Points faibles : le faible contenu de presse français, même si le strict essentiel y est (voir la liste des sources).

- Newsdesk de LexisNexis [19] de LexisNexis (France) Business Information Services (BIS) :

  • Contenu :
    • banque de données de presse d’abord américaine et anglaise mais aussi française : essentiellement les principaux titres de la PQN (Le Monde, Les Echos, ...) et des news magazines généralistes (L’Expansion, Le Point, ...). En réalité, son contenu français en texte intégral sous licence n’est autre que celui de Factiva, le partenaire presse du groupe LexisNexis, que ce dernier a imposé aux cabinets d’avocats aux Etats-Unis [20]
    • sites de presse et blogs sélectionnés. On peut même ajouter ses propres sources
    • réseaux sociaux
    • télévision et radio
  • Abonnement.
  • Possibilité de créer des panoramas de presse automatisés diffusables par e-mail ou intranet. Paiement des droits d’auteur intégré.
  • Points forts cités :
    • interface à l’ergonomie bien travaillée [21]
    • possibilité la première année d’abonnement de tarifs totalement forfaitaires (i.e. non fonction de la consommation [22]).
  • Points faibles :

Vers 2012-2014, les grands agrégateurs incluent les sites web de presse et une sélection de blogs dans leur index, reconnaissant de facto leur qualité de source d’information et leur utilité pour la veille et concurrençant ainsi enfin Google News (Google Actualités).

Fin 2017, début 2018, avec la mise en avant par LexisNexis de Newsdesk (et le retrait prévisible de Lexis Publisher vu l’absence de mise à jour) puis le rachat d’Europresse par Cision, se confirme une évolution des bases de presse vers un modèle plus large de base de veille médias destiné non seulement aux veilleurs et documentalistes pais aussi voire surtout aux communicants et marketeurs.

- En effet, le quatrième agrégateur de presse en France est un agrégateur de facto, pas de juro : Google Actualités (Google News), souvent associé par ses utilisateurs aux alertes e-mail de Google Alert. Même si son propriétaire considère qu’il n’a pas à payer la presse pour l’indexation (et les extractions substantielles qu’il opère quotidiennement) de leurs sites [24], le robot indexeur de Google n’est pas bloqué par la presse française, il faut le noter. Pour autant, il est de moins en moins adapté aux besoin des professionnels de la veille presse :

  • le problème n° 1 avec Google News, c’est qu’il n’offre aucun contrat sur les droits d’auteur pour diffuser une veille presse. Rediffuser sa veille Google Actualités est totalement illégal par conséquent. Mais, me direz-vous, on peut inciter les utilisateurs à créer leurs propres alertes Google, n’est-il pas ? Ce contournement a ses propres limites ...
  • le problème avec Google News, au-delà, c’est sa couverture nettement plus limitée : articles payants ou non publiés sur le Web sont exclus, les sites de presse réduisent le nombre d’articles gratuits, et le moteur de recherche de GNews ainsi que les performances de Google Alert se dégradent avec le temps. Google News a subi une nouvelle version en juin 2018, plus adaptée aux mobiles qu’autre chose, et la régression continue. Ma collègue Carole Tisserand Barthole de FLA Consultants analyse ainsi ce dernier épisode : « certains éléments et fonctionnalités ont disparu de la nouvelle interface rendant tout simplement la veille et la recherche sur Google Actualités beaucoup moins fonctionnelle. On mentionnera :
    • tout d’abord une perte de contexte. Pour chaque actualité, on ne dispose plus des premières lignes de l’article ou des mots-clés en contexte et il est donc plus difficile de se faire une idée précise de ce que peut contenir l’article
    • une absence d’estimation du nombre de résultats et de possibilités de filtrage par date. Il n’y a plus aucune notion du nombre de résultats et les résultats s’affichent et s’ajoutent au fur et à mesure que l’on fait défiler la page [...]
    • une impression trompeuse d’exhaustivité avec le bouton « Voir la couverture complète » disponible sous certaines actualités. Si Google agrège bien quelques articles et autres contenus vidéos ou tweets tout à fait pertinents, il n’en reste pas moins qu’il s’agit d’une simple sélection d’articles récents sur un sujet et que cela n’inclut pas l’intégralité des articles sur le sujet indexés par Google lui-même...
    • des flux RSS devenus a priori invisibles »
  • un énorme avantage de Google News demeure toutefois : avec ses algorithmes machine learning et guidé par les liens hypertextes, il rassemble plus aisément que les agrégateurs un ensemble d’articles pertinents et de (plutôt bonne) qualité sur un sujet donné.

Conclusion : les agrégateurs ont nettement progressé, mais ils ont encore du pain sur la planche.

Emmanuel Barthe
documentaliste juridique, veilleur, formateur


BMBG : le blog malin des défenseurs des franchisés

Lundi 28 mai 2018

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Cela fait longtemps que je n’avais pas signalé un site ou blog de cabinet d’avocats.

En voici un qui assiste les franchisés : BMBG (Bourgeon Meresse Guillin Bellet & Associés).

Deux des associés du cabinet, Serge Meresse et Olga Zakharova-Renaud, sont les auteurs de l’ouvrage Droit de la franchise co-écrit avec le professeur Cyril Grimaldi et publié par LexisNexis dans la collection Professionnels.

Mais c’est leur site et plus encore leur blog qui m’a frappé :

  • charte graphique sobre, élégante, facile à mémoriser. Et — coïncidence ou intention — dans les couleurs rouge et noir, avec des blocs délimités par des lignes gris clair, le tout sur fond blanc : très proche de la plateforme de l’éditeur de leur ouvrage
  • parfaitement adapté aux interfaces mobiles (RWD : responsive web design)
  • la zone Contact est systématiquement présente au bas de chaque page du site. Et elle est grosse, claire, facile à remplir et on ne peut pas la rater. Marketing 101, nickel
  • un blog malin. Au lieu de publier — à l’identique — des articles publiés dans des revues juridiques (et qui n’intéresseront que les directeurs juridiques, donc des entreprises souvent trop grosses pour être franchisées, et ... les concurrents), les avocats du cabinet évoquent des trucs à connaître pour les franchisés. Cela, dans un language non pas technico-juridique (donc risquant d’éloigner leurs prospects) mais comme un article publié dans la rubrique management des Echos ou de La Tribune. On peut ainsi lire sous la pluem de Serge Meresse un des plus courts et pourtant des plus convaincants plaidoyers pour la médiaiton
    Et quand ils écrivent du juridique, ils ne reproduisent pas d’extraits d’un arrêt ni ne le commentent. Non, ils se contentent d’en résumer les points avantageux pour les franchisés. Mais sans donner les références complètes de la décision, juste la cour et la date. Difficile ainsi de se procurer copie de la décision sans les contacter ...
  • enfin, marketing 101 toujours, les billets de blog ont les boutons qui vont bien en dessous, pour les signaler sur les réseaux sociaux.

Emmanuel Barthe


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