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Dernier ajout : 5 juin.

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La presse écrite et Internet

Tous les billets, toutes les sources

Mercredi 12 septembre 2018

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La presse, et particulièrement celle quotidienne et d’opinion, est une source essentielle d’information tant pour l’exercice du jeu démocratique — je passe, ça a été assez répété ailleurs — que pour la veille — ça, on ne le dit pas assez.

Or, les concentrations, la concurrence des sources gratuites sur Internet (dépêches AFP sur Google, Reuters sur Yahoo, gratuité en ligne de la majeure partie des articles du jour du Monde, de Libération, du Figaro, etc.) et des gratuits papier (20minutes, etc.) ou encore les habitudes de consommation d’information des lecteurs menacent la diversité et la richesse de cette information.

Pour tenter d’attirer l’attention sur ce problème qui va impacter presque tous les veilleurs d’ici un ou deux ans, je regroupe ici tous les billets que j’ai écrits sur le sujet de la presse. Beaucoup renvoient à des articles des Echos (et d’abord ceux de Nathalie Silbert, chef de rubrique Médias des Echos) et des billets du blog Novövision [1], autrefois tenu par un journaliste sous pseudo, Narvic.

Voir aussi les nombreux articles et débats lors des Etats généraux de la presse écrite fin 2008.

Je ne résiste pas au (sombre) plaisir de citer aussi deux des derniers billets de Narvic (qui a arrêté son blog Novovision il y a longtemps) :

  • Information en ligne : le règne du canon à dépêches Extrait : « Une étude scientifique [format PowerPoint pour la présentation et PDF pour le papier complet] le confirme : la diversité de l’offre d’information dans les sites d’information en ligne est loin d’être aussi importante qu’on aurait pu l’espérer. Cette offre est massivement "redondante" et "stéréotypée" : les sites d’informations [NB : quelque soit leur propriétaire] diffusent la même information en même temps, avec une extrême concentration de la production sur une toute petite quantité de sujets ultra-dominants dans l’actualité. [...]
    L’audience des sites portails "sans journalistes", les purs "canons à dépêches", domine largement celle des sites de médias disposant de journalistes et offrant une information plus originale et plus diversifiée. »
    Un commentaire signale que « ce canon à dépêches était déjà sérieusement en marche bien avant l’arrivée du Web »
  • A la recherche du cyberjournaliste introuvable...

Du côté des chercheurs, on peut citer entre autres :

Du côté des sites et blogs, on pouvait voir la liste des sources (500 ...) de Narvic (pour ceux qui connaissent, c’est un fichier OPML, autrement dit une liste de fils RSS). Parmi les plus actifs, on pouvait citer, en plus de Novövision, Samsa ou Jeff Mignon.


Pourquoi la directive droit d’auteur et son droit voisin ne sauveront pas la presse française

La presse française face aux kiosques presse en ligne (SFR News, Google News, Apple News ...)

Mardi 4 septembre 2018

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Alors qu’ils payent les éditeurs de presse (contrairement à Google), les kiosques de presse en ligne à prix forfaitaire du style SFR News ou Apple News menaceraient quand même la rentabilité des journaux, selon un article de la Tribune du 19 avril : Comment Apple compte devenir le Netflix de la presse.

Campagne

Sylvain Rolland pose la question : comment la presse en ligne peut-elle se protéger des géants du Net qui cannibalisent sa distribution et continuer à assurer un accès démocratique à l’information ? Et y répond : selon lui, par « la définition d’un cadre précis et de règles de transparence, de neutralité, de loyauté et d’égalité pour les plateformes comme Apple, Google et Facebook, qui ont vocation à devenir les principaux distributeurs de l’information ».

A l’Assemblée nationale, une proposition de loi Modem vise plusieurs centaines de millions d’euros de droits voisins pour la presse, envisageant même de devancer la directive sur le même sujet en discussion à Bruxelles [2]. Cette proposition de loi sera finalement retoquée.

Au CSPLA, un rapport défend un vaste droit voisin au profit des éditeurs de presse [3].

Côté Union européenne, la proposition de directive sur le droit d’auteur, qui remonte à l’origine à septembre 2016, a été récemment amendée par le Comité des représentants permanents (Coreper) des Etats membres, qui y a inséré un droit voisin (sous-entendu voisin du, i.e. similaire au droit d’auteur) pour que les plates-formes comme Google ou Facebook rémunèrent mieux les contenus des sites internet des éditeurs de presse quand elles les indexent [4]. En clair, cet amendement aurait pu imposer une "taxe" aux plateformes qui utilisent des extraits d’articles de presse. Aurait, car, contrairement aux attentes des journaux français, le Parlement européen l’a repoussé le 4 juillet... Les discussions autour de l’ensemble de la directive reprendront les 10 et 13 septembre [5].

Y aurait-il une énième campagne de lobbying des éditeurs de presse en cours ? Oui.

Vont-ils réussir ? Pas sûr.

Pour comprendre pourquoi je doute, lisez ce qui suit.

L’enfer est pavé de bonnes intentions (4e fois)

Que l’article précité vienne de la Tribune n’est pas surprenant.

Ce journal est particulièrement sensible à un produit de type Apple News / SFR News. En effet :

  • ils n’ont plus de version papier. Pour mémoire, le Washington Post avait conclu (il y a certes dix ans, mais je doute que le rapport ait beaucoup changé) que la version en ligne d’un article ne rapportait que 10% du chiffre d’affaires de la version papier [6]
  • ils n’hésitent pas à publier des scoops dans le domaine économique, leur survie dépendant justement de leur audience
  • leur équilibre est fragile, du fait de leur rivalité avec les Échos et du choix opéré par son ex-propriétaire pour ces mêmes Échos.

En tant que veilleur et citoyen, je soutiens la presse et suis consterné par l’hécatombe de titres depuis une vingtaine d’années et la réduction de la diversité éditoriale qui en résulte.

Mais comme j’ai suivi ce dossier depuis longtemps, je crois qu’il y aurait pas mal à ajouter ou nuancer aux propos de la Tribune.

L’Enfer, comme on dit, est pavé de bonnes intentions. Les projets de loi visant ces dernières années à créer un droit voisin pour la presse en Belgique (2012), Allemagne (2014) puis Espagne (2015) ont très largement et piteusement échoué. La puissance économique des GAFA (et attendez donc de voir celle des BATX chinois) est telle qu’il est difficile de les forcer et aussi de les contourner. La dépendance est bien ancrée. Pas seulement chez les particuliers (qui n’a pas une adresse Gmail) : chez les commerçants aussi [7].


Le fameux article 13 de la proposition de directive européenne sur le droit d’auteur

Si on parle maintenant de la dernière évolution du projet de directive sur le droit d’auteur (cf supra), on pourrait penser que passer ces textes de loi de l’échelle nationale à l’échelle européenne — prudence, le texte n’est pas définitivement voté, et rien n’est joué — donnera plus de pouvoir aux groupes de presse pour faire plier les plateformes/moteurs de recherche. En effet, il est facile pour les GAFAM de se retirer d’un marché national — la perte est faible par rapport au marché mondial. Mais pas de l’ensemble du marché européen. Preuve que Google estime que ce texte européen est une menace, le moteur américain a demandé aux éditeurs de presse membres du groupe Digital News Initiative (DNI, une création de Google, en fait un fonds d’innovation de 150 millions d’euros), de contacter les députés européens sur l’amendement à la directive [8].

Oui mais ... Si la directive est adoptée en l’état, le risque, comme l’explique le chercheur en économie Pierre Bentata dans les Echos, est que les organes de presse, assis désormais sur une rente qui deviendra à terme leur principal revenu, perdent toute incitation [9] à l’adaptation, à la créativité et au dynamisme [10]. La « cannibalisation de la distribution » de la presse, qu’évoquait le journaliste de la Tribune en début de ce billet, triompherait en effet.

Et puis, comme le relève Cory Doctorow [11], il y a l’effet de seuil, la barrière même, que créerait l’obligation, contenue dans l’article 13 de la proposition de directive. Cet article 13, en effet, vise à forcer tous les services en ligne à chercher les éventuelles contrefaçons dans tout contenu généré par un utilisateur (le fameux UGC — user generated content) avec un algorithme et une bases de données des œuvres protégées connues.

Or le système de censure bien connu de Youtube, Content ID, a coûté 60 000 000 dollars US... Ce n’est pas toutes les sociétés qui pourraient se payer ça. Surtout pas une startup. Cette obligation de filtrage automatique est aussi dénoncée par Numerama [12].

On a l’impression de revivre les débats et attaques d’il y a 20 ans sur le quasi-monopole de Microsoft en systèmes d’exploitation, logiciels de bureautique et navigateur web. Or justement, en matière de navigateur web, qui a brisé la position dominante d’Internet Explorer ? Pas les procès, ni les tentatives de régulation. Mais bien les concurrents : Mozilla Firefox et Opera, puis Google Chrome.
En sens inverse, l’inconvénient de la concurrence sur Internet, c’est qu’elle revient régulièrement à une situation de domination d’un ou deux acteurs. Chrome est hélas en train de liquider Firefox (alors même que sous Android, Chrome n’accepte aucun module anti-mouchard de type Ublock Origin ou AdBlock Plus ...).

Les origines des déboires de la presse française : sous-capitalisation et sous-financement depuis 1945, préférence des lecteurs pour les magazines ...

Les déboires de la presse française ne datent pas, en réalité, d’Internet et du refus (dominant) de payer l’information qu’il a développé [13]. Ses vraies difficultés et leurs origines sont connues : sous-capitalisation depuis la purge de la Libération, perfusion de l’Etatl, absence d’adossement à des grands groupes de communication, manque d’indépendance [14], préférence des lecteurs pour les magazines ...

Pour plus de détails, voir notre billet Sites d’information en ligne : modèle gratuit c/ modèle payant et les travaux universitaires de Patrick Eveno, plusieurs fois cité sur ce blog :

Enfin, bien des actions publiques sectorielles ont montré que, pour reprendre le titre d’un célèbre essai du regretté sociologue Michel Crozier [15] : on ne sauve pas un secteur/industrie par décret. Un exemple récent et proche ? La librairie française n’a pas été sauvé par la loi anti-Amazon du 8 juin 2014 encadrant les conditions de la vente à distance des livres, c’est un rapport d’information Assemblée nationale du 11 avril 2018 rédigé par les députés Kerlogot et Larive qui le dit, diplomatiquement certes. [16].

Mediapart, lancé en 2008 et qui a atteint son point mort dès 2011, en a fait la démonstration avec ses excellents résultats financiers 2017 : la spécialisation/les niches permettent aux pure players de s’en sortir. Pas aux généralistes (Rue89 ...).

En deux mots

Pour résumer : même en supposant que la directive droit d’auteur passe telle quelle, et que les GAFAM jouent le jeu, rien ne prouve que cela suffira à sauver la presse française actuelle. Quant à la sortir de ses ornières, « no way » [17].

Emmanuel Barthe
documentaliste, veilleur


Les bases de données de mélanges en droit

Helinia, Paris 2, Toulon, CEDE, Tables de Mélanie Jaoul, Bibliothèque de l’Ordre et Mélangial

Vendredi 22 juin 2018

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Qu’est ce que les mélanges ?

Les mélanges juridiques sont une drôle de publication qui contiennent un "mélange" de contributions rédigées par d’anciens collaborateurs ou collègues d’un professeur de droit prenant sa retraite de l’Université. Ce type d’ouvrage est conçu comme un hommage à l’enseignant sur le départ (on appelle cette personne le dédicataire) et les articles tournent autour d’un de ses thèmes (large) de prédilection.

Avant la publication de mélanges, il est possible à ceux qui ont connu le professeur (mais aussi à toute autre personne physique ou morale) de subvenir aux frais d’édition et d’impression de l’ouvrage par une souscription. Le prix est alors moins élevé qu’une fois l’ouvrage sorti, et les noms des souscripteurs y figureront.

Les outils pour trouver les articles publiés dans les mélanges

On parlera ici, non des mélanges, mais des outils permettant de retrouver les articles qu’ils contiennent. D’ailleurs, on devrait donc dire "catalogues" ou "listes" et non "bases de données". C’est plus precis, moins ambigu. En effet, ces "bases" sont soit des bases de données de références bibliographiques (titre, auteur etc.) des articles de mélanges, soit des listes PDF de ces mêmes références. Aucun de ces outils ne contient le texte intégral de ces contributions. Une fois une référence trouvée, il faut acheter (uniquement pour les plus récents) ou localiser en bibliothèque l’ouvrage. Trouver la bonne bibliothèque de droit peut se faire par le catalogue SUDOC : il suffit de taper le titre de la revue ou des mélanges.

On peut citer sept initiatives [18], certaines plus développées, d’autres moins [19] :

- Une véritable base de données payante, Helinia, réalisée par des juristes. Elle est plus complète (exhaustive selon le blog Données juridiques) que les suivantes : « plusieurs dizaines de milliers de contributions » répertoriées, selon le site.

- Les mélanges dépouillés dans le catalogue de la Bibliothèque de l’Ordre des avocats au Barreau de Paris (accès réservé).

- Le catalogue des articles de mélanges de la bibliothèque de l’Université Paris 2 Panthéon-Assas (cliquer sur ce lien puis sur "Rechercher des articles de mélanges"), plus complet d’après Rémy Lérignier (Université Poitiers, voir commentaire infra) que Pages de doctrine.
Il offre un autre avantage : la recherche par le champ Sujet permet de trouver des articles portant sur un mot-clé non présent dans le titre de l’article. Essayez par exemple avec Sujet = indivision : un des résultats ayant pour titre "La propriété collective existe-t-elle ?", avec le système plus limité de Page de doctrine ou des listes en PDF, on ne l’aurait pas trouvé.
Un inconvénient : la recherche par dédicataire ne semble pas possible, mais c’est moins important que celle par mots-clés.

- La base de mélanges de la BU Droit de Toulon. Même principe pratique que Pages de doctrine : on peut chercher par mot du titre de l’article et par dédicataire. A mon avis, les grands avantages sur Pages de doctrine sont que le moteur de recherche de la base de la BU de Toulon :

  • est en accès libre. Pas d’inscription préalable obligatoire comme chez Pages de doctrine
  • fonctionne sur le même principe d’indexer les mots du titre des contributions. Même réflexion pour le catalogue des mélanges de Paris II, qui offre même une indexation supplémentaire
  • a dépouillé 487 mélanges. Combien peut en avoir aujourd’hui Pages de doctrine ?
  • possède une interface simple et légère.

- Les Tables des mélanges (PDF), librement téléchargeable et consultable, réalisée par Mélanie Jaoul, maître de conférences en droit privé à l’Université de Montpellier, et mise à jour à mai 2018. Elles dépouillent 267 mélanges.

- Les Mélanges en droit francophone du Centre européen de droit et d’économie (CEDE, Essec). Il s’agit d’une liste sous forme d’une unique et longue page web, avec dédicataire, titre, éditeur, année, plus un lien vers le sommaire scanné en PDF de chaque mélanges.

- Le Mélangial, un des contenus de la base de données de références bibliographiques de doctrine Le Doctrinal (payant). Il semble moins riche que les autres outils en terme de nombre de mélanges dépouillés.

Notez qu’à part Helinia, Pages de doctrine et le Doctrinal, tous ces outils sont dépendants des collections des bibliothèques correspondantes, ce qui peut limiter le nombre de mélanges dépouillés (peu pour Paris II Assas, dont les collections sont anciennes et très importantes).

Pour aller plus loin, consultez la page Mélanges : des outils pour les trouver du Jurisguide. C’est le guide de recherche *le plus complet* — et de loin — sur le sujet.

Emmanuel Barthe
bibliothécaire documentaliste juridique


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