La documentation juridique

Dernier ajout : 12 juin.

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Les méthodes des documentalistes à la hauteur de celles de l’intelligence économique

La recherche sur Internet est un vrai métier, il faut des spécialistes pour cela

Lundi 26 avril 2010

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La Tribune du 26 avril publie un entretien avec le nouveau patron de la délégation interministérielle à l’intelligence économique, Olivier Buquen.

Caché au sein du discours habituel de ce type de haut fonctionnaire (des mises en garde du style : « Il faut mieux protéger les informations stratégiques des entreprises »), on trouve aussi ceci :

« Nous sommes une start-up administrative. Mon premier rôle est de comprendre ce que veulent nos clients. Je suis allé voir les ministères, les administrations ainsi que les dirigeants d’entreprises, et j’ai fait un audit des forces en présence et de la concurrence. J’ai choisi la transparence. Je peux et je dois me reposer sur tous les services de l’État, y compris les services de police ou de renseignements.
L’intelligence économique, c’est beaucoup de veille. Nous avons nos propres logiciels de recherche d’information. Nous avons aussi des réseaux. Nous trouvons 95% de nos besoins via des informations ouvertes, c’est-à-dire des informations accessibles. Ce qui ne veut pas forcément dire accessibles à tous. La recherche sur Internet est un vrai métier, nous avons des spécialistes pour cela. »

Remplacez « ministères, administrations et dirigeants d’entreprises » par « clients internes » et « Etat » par « entreprise » : franchement, vous voyez une différence avec le travail de recherche et de veille des documentalistes en entreprise ? Pas moi [1].

Oui, un centre de documentation est une "start-up administrative" : ce sont en général des solo ou des équipes de 2 à 3 personnes. Oui, on fait du cousu main, en relation permanente avec nos clients internes. Oui, on travaille pour tous les secteurs de l’entreprise/cabinet. Oui, on trouve 95% des informations et documents pertinents sur des sources accessibles, publiées ou payantes en ligne mais non confidentielles. Et non, ce n’est pas à la portée de tout le monde.

Ce qui veut tout simplement dire que les documentalistes aujourd’hui ont des méthodes de travail et une efficacité dignes des spécialistes de l’intelligence économique. Fini (depuis longtemps ...), les rats de bibliothèques et les vieilles dames en chignon. On parle de vrais professionnels ici, dotés de compétences rares.

Le prochain qui me parle de notre métier comme de gens qui travaillent au milieu de vieux grimoires pleins de poussière et passent leur journée à lire des romans, je le condamne à imprimer et manger ce billet cent fois et sans sel :-)

Emmanuel Barthe
documentaliste juridique, formateur à la recherche et la veille juridiques en ligne


Citation des revues juridiques : pas de "Bluebook" en France

Juste des guides de citation purement méthodologiques et généralistes

Vendredi 26 mars 2010

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[ mise à jour à fin 2016 : l’article infra est gardé en ligne à titre historique car il existe enfin un quasi-Bluebook en France : voir notre article Guide de citation des références juridiques : le Bluebook français est né ]

Une question que les chercheurs et étudiants en droit posent souvent aux documentalistes juridiques :

Existe t-il en France un mode de citation "standard" des revues juridiques à l’instar du "Bluebook" [2] aux Etats-Unis, par exemple ?

En un mot, la réponse est : non.

Il faut toutefois nuancer.

Primo, il existe une liste (PDF) rédigée par les sept principaux éditeurs juridiques réunis au sein du Syndicat national de l’édition (SNE) et publiée depuis 1990 (dernière édition en mai 2004).

Toutefois, je ne pense pas qu’on puisse la considérer comme une véritable norme de citation de juro ou de facto. Pour deux raisons :

  • c’est d’abord une liste d’abréviations et sigles, pas un pur guide de *citation* (voir infra)
  • la liste du SNE n’est pas une norme, ni de juro ni de facto. Elle est plutôt bien suivie dans les publications des grands éditeurs mais pas de manière systématique, surtout si on prend en considération l’ensemble de la littérature juridique. Les conclusions des avocats la suivent moins. Les utilisateurs, documentalistes et juristes professionnels ne semblent pas avoir participé à sa rédaction. Enfin, elle est certes riche mais non exhaustive et pas totalement à jour (tous les éditeurs n’y participent pas, la Revue Lamy Droit de la concurrence n’y est pas, etc.). Par ailleurs, souvent, l’auteur n’abrège pas, il écrit le titre complet de la revue.

Secundo, il existe en revanche une norme AFNOR et des guides méthodologiques de citation de références bibliographiques généralistes/non spécialisés en droit :

Tertio, même si les principaux éditeurs juridiques français semblent avoir un document de référence unique avec la liste du SNE précitée, cela n’empêche pas que certains éditeurs peuvent éventuellement avoir leurs propres règles éditoriales pour leurs publications. Il faut alors se référer à leurs "recommandations aux auteurs".

Voir aussi les écoles doctorales universitaires.

Enfin, pour la jurisprudence, on peut choisir de citer les arrêts comme les institutions judiciaires les citent elles-mêmes. Pour la Cour de cassation on s’inspirera de son BICC, pour le Conseil d’Etat de la Lettre de la jurisprudence administrative, et ainsi de suite [3].

Emmanuel Barthe
bibliothécaire documentaliste juridique


Encore plus de moteurs et encore plus de formation et de "machine à café"

Bib/doc not dead

Dimanche 21 mars 2010

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Selon Gaël, citant David Nicholas au colloque Ressources électroniques académiques : mesures et usages des 26 et 27 novembre 2009 à Lille [4], Google nous (les bib/doc) a tuer.

Vraiment ? Si, lors du même colloque, Helle Lauridsen (Summon manager, EMEA, SerialsSolutions) pose la question Are libraries dead ?, elle apporte une réponse au défi posé par les moteurs : selon elle, recherche fédérée [5] et boîte de recherche unique à la Google sont les solutions. Des moteurs pour accéder à des ressources internes, sélectionnées et mieux décrites que dans les bases en ligne. Plus de moteurs, en quelque sorte. Une réponse normale, vu ce qu’Helle Lauridsen vend, mais pas fausse. Bien vu même. Mais à compléter.

J’ajouterais : de la formation, de la formation et encore de la formation [6].

Parce qu’on ne peut prétendre faire des études de haut niveau, rédiger un mémoire, une thèse, un article, faire de la recherche, rédiger des conclusions dans un méga-contentieux, gagner un procès perdu d’avance ... sans savoir chercher. Les meilleurs dans une matière sont aussi ceux qui savent le mieux y chercher ou qui ont une équipe pour cela. Avec, souvent, tiens donc, un documentaliste dedans.

Parce que l’info pertinente n’est pas forcément dans les résultats d’un moteur de recherche. Parce qu’être dépendant d’une interface ou d’un moteur, aussi (soi disant) "intelligents" soient ils, c’est donc limiter sa recherche.

Parce que même si les utilisateurs préfèrent trouver plutôt que chercher, chercher intelligemment et efficacement fait partie du processus même de réflexion.

La preuve : plus un/e collaborateur/trice est brillant, plus il est intéressé par les nouveaux outils et les formations. Et plus il est formé, plus il trouve vite et du pertinent. En sens inverse, au début de la formation que je leur donne, certains de ceux/celles que je forme ne voient pas l’intérêt de cette formation. Mais il me suffit de leur montrer le bénéfice de l’utilisation du champ filetype : du grand GG pour faire monter leur attention d’un cran ...

J’ajouterais aussi : de la communication, de l’écoute, encore et encore.

"Faire la machine à café" reste un de mes favoris. Aller voir les utilisateurs. Je sais, pas mal de collègues n’ont pas le temps. Alors : enquêtes de besoin, sondages sur l’utilisation des ressources, tests. Mais quand même : discuter directement avec les utilisateurs. Interroger une minorité suffit souvent pour se faire une idée correcte.

C’est lors de ces discussions que les besoins émergent le mieux, que des demandes inédites se font.

Le meilleur moteur de recherche, c’est l’être humain. Et le documentaliste a un rôle différent mais complémentaire de celui des utilisateurs. Il est l’expert en recherche, le formateur, l’animateur et le communiquant. Vous avez déjà vu une bonne équipe de foot sans entraîneur ?

Emmanuel Barthe
documentaliste juridique


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