La documentation juridique

Dernier ajout : 12 juin.

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Une fable moderne

L’industriel, le communicant, le consultant, le journaliste et le professionnel

Et la morale de l’histoire

Lundi 11 juin 2018

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— L’industriel (au communicant) : « On a besoin de vendre ce nouveau produit/logiciel. »
[Traduction : on s’est lancé trop tôt/trop vite/sans véritable étude de marché parce que nos produits traditionnels se vendent moins bien. On a beaucoup investi là dessus, résultat ça nous coûte un bras et les ventes ne décollent pas. Or l’équilibre financier de la boîte en dépend.]

— Le communicant/marketeur : « On va lancer une campagne de publicité et de communication. »
[Traduction : on va demander aux médias chez qui on place de la pub de parler du produit ou de son concept novateur en bien dans leurs articles et on va demander aux consultants qui bossent pour nous de le recommander dans leurs formations et sur leurs blogs.]

— Le consultant : « On m’a dit qu’il y a un nouveau concept/produit. Mes clients et collègues me disent que c’est bien. »
[Traduction : si je veux continuer à vendre à mes clients industriels des conseils et des formations, et avoir l’air dans le coup, il faut que je recommande la dernière mode. De toute façon, nouveau produit égale nouveaux conseils et nouvelles formations.]

— Le journaliste : « Il y a un nouveau concept/produit. Il faut qu’on en parle. »
[Traduction : mon directeur de la rédaction m’a fait comprendre que je dois écrire dessus, c’est un annonceur important. De plus, les consultants n’arrêtent pas d’en parler.]

— Le professionnel : « Il y a un nouveau concept/produit. Mes clients et donneurs d’ordres internes me disent que c’est bien, que les concurrents l’ont, qu’il faut le prendre. »
[Traduction : je n’ai pas le choix, je dois suivre le courant.]

Moralité : il suffit à l’industrie de mettre quelque chose à la mode pour que le secteur l’achète. Les besoins réels comptent peu. Même les entreprises vivent dans une société de consommation [1].

A moins que ...

A moins que le professionnel développe ses connaissances des produits et ses compétences d’acheteur, de communicant et d’influenceur. Qu’il développe une maîtrise de la chaîne et une connaissance fine de ses acteurs. Qu’il travaille avec les responsables financiers et les utilisateurs. A ce prix, il empêchera certaines erreurs. Pour le reste, "go with the flow". Le système possède une inertie formidable et les industriels n’écoutent guère.

A moins que des professionnels créent ou animent des associations de type consumériste où on produit, avec la coopération des industriels volontaires, des comparatifs et des guides de bonnes pratiques, et où on aide d’autres professionnels à évaluer les produits des industriels et à argumenter face à leurs offres.

Ca demande pas mal d’implication et de temps, mais on me dit que ça existe.

Emmanuel Barthe


Emmanuel Barthe : La recherche par les bases

(Longue) interview sur Ekipio

Mardi 5 juin 2018

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La web radio Ekipio, animée par deux juristes, m’a interviewé en février.

Au menu :

  • recherche juridique. Les bases de la recherche, pourquoi les sites syndicaux sont mal indexés par un certain moteur, de l’importance de la formation à la recherche en ligne en faculté de droit ...
  • pourquoi on blogue
  • importance du "personal branding" pour les métiers du droit.

NB : vous constaterez que ma voix est distante, avec un peu d’écho, un effet caverne. C’est le coup du débutant : bien que prévenu, je ne parle pas assez "dans le micro".

Pour écouter le podcast :

D’autres émissions récentes d’Ekipio (sélection personnelle) :

Laissez vous tenter. Ekipio travaille bien son sujet avant l’interview. Ils font du bon travail.


Vive la recherche !

La valeur des thèses de droit — Ou la quête du 3e sens

Réponse à Nicolas Ochoa

Dimanche 3 juin 2018

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Ce billet est ma réponse aux remerciements [2] de Nicolas Ochoa, juriste en droit des données personnelles et auteur d’une thèse innovante sur cette matière [3], thèse que j’ai signalée et soutenue sur ce blog.

Merci M. Ochoa. Merci (bis).

C’est la première fois qu’un docteur en droit, allez disons le mot, un ex-thésard (je sais, ils n’aiment pas ;-), me remercie publiquement pour mon soutien, ma "défense et illustration" d’une thèse.

Cela fait 20 ans que les thèses de droit me passionnent, que j’y vois un summum de l’ouvrage de droit au sens où on peut y creuser un sujet au maximum et, cerise sur le gâteau, y exposer de véritables découvertes. Le chercheur en thèse est pour moi comme un mineur de fond qui creuse à la recherche à la fois de charbon (pour permettre aux autres juristes de chauffer leurs propres masures intellectuelles) mais aussi d’or (lorsque, comme vous, on renouvelle le genre en fondant une nouvelle explication de la façon dont la matière fonctionne).

J’ai terminé récemment une série de billets sur les thèses de droit qui m’ont demandé pas loin d’une centaine d’heures de travail [4]. Cela fait 20 ans que je défendais — avec succès — l’achat de thèses dans les cabinets d’avocats où j’ai travaillé. J’ai voulu prouver, publiquement cette fois, que les thèses en droit avaient de la valeur pour les praticiens et que leur diffusion en open access n’était pas synonyme de faible qualité, bien au contraire. Je crois que la sélection de plus de 200 thèses de droit que j’ai publiée, "ça le fait" [5]. Si certains en doutaient encore, la publication du texte intégral gratuit de la thèse de Marie Malaurie-Vignal sur theses.fr avant même sa publication en version imprimée à la Bibliothèque de droit privé de la LGDJ m’a "vengé".

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Steam Mining Engine, Mining Museum, Příbram, by Lars Veldscholte (Flickr), CC BY-NC-ND. Du thésard comme mineur de fond

Veilleur législatif, je suis convaincu que beaucoup de textes comportent, de manière voulue par leurs auteurs ou inconsciente, un double voire un triple sens. Le sens premier est le sens communicationnel, celui porté par le titre du texte sinon par le dossier de presse du ministère. Le second n’est connu que des initiés : auteurs du texte et grands spécialistes du sujet traité. Mais le troisième est véritablement caché : il résulte de pressions diffuses de la société, de tabous, de l’application concrète et quotidienne de ce texte (la pratique comme disent les juristes), du temps qui passe et change l’interprétation par la jurisprudence, voire d’une lecture innovante, jamais faite, du texte.

C’est ce troisième sens que vous avez déterré dans votre propre travail. Et vous allez peut-être me contredire, mais j’ai l’impression que la Quadrature du Net vient de découvrir un troisième sens au RGPD himself [6]. En fait, je vois bien le titre du court métrage qu’il faudrait tourner : "À la recherche du 3e sens" ou "La quête du 3e sens" :-)

Il est bien dommage que l’Université n’ait pas voulu de vos compétences, de votre franchise et de votre enthousiasme. Mais je gage que, tout comme Thiébaut Devergranne ou Olivier Itéanu, votre poste ne vous empêchera pas de continuer à écrire, fût-ce pour, comme votre serviteur, "bloguer". Je vois que LinkedIn accueille déjà certains de vos écrits. Il y en a deux que j’ai repéré [7]. D’ailleurs, quand je vois monter la qualité des posts sur les sites juridiques (et leur quantité) — je pense à des sites comme LEXplicite ou Lexology qui sont de véritables blogs collectifs — je me dis qu’il n’y a aucun déshonneur à publier ainsi.

Pour moi, il existe d’ailleurs une liste (pas encore publiée, elle ;-) des sites/blogs juridiques dont le contenu équivaut à de la doctrine en ce que que ces posts, aussi brefs soient-ils, font "avancer le schmilblick". Toute modestie mise à part, si mon blog s’est vu attribuer un numéro ISSN par la Bibliothèque nationale de France, c’est que les spécialistes de la partie le considèrent comme pas loin de l’équivalent d’une revue.

Si jamais vous fondez un blog ou écrivez sur le site de votre employeur, j’irai vous lire. Parce que la doctrine, c’est le sens, et qu’il n’y a de sens en droit que par ces êtres humains qu’on appelle auteurs, chercheurs, avocats, magistrats ou encore praticiens.

Emmanuel Barthe
bibliothécaire documentaliste juridique ou juriste documentaliste, comme vous voulez ;-)


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