La documentation juridique

Dernier ajout : 26 novembre.

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Bases de données juridiques : mesurer l’utilisation pour choisir entre les ressources

Et un aparté sur deux gourous du "Legal IT"

Mardi 22 septembre 2009

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Ron Friedmann, ex-lawyer et consultant américain en KM et informatique juridique avec sa société Prism Legal Consulting, a remarqué l’article de The American Lawyer du 3 septembre 2009 (qui publie les résultats de l’enquête annuelle "AmLaw 200 law libraries").

Friedmann le commente avec une certaine pertinence [1].

De ce commentaire rapide, pour notre niveau français à nous, je retiens deux choses :

  • d’abord l’accent mis par nos collègues US sur l’évaluation de l’utilisation réelle des ressources en ligne. Evidemment, certaines nécessitent plus de formation que d’autres et seront donc défavorisées ... Mais bien concevoir une plateforme en ligne ou une simple base de données juridiques n’est pas si difficile que ça au niveau des principes et méthodes. Aux USA, des logiciels mesurent l’utilisation. En France, pas de soft adapté apparemment, mais du point de vue de l’acheteur, les statistiques d’utilisation d’outils au prix élevé sont vraiment un élement que tout éditeur devrait fournir. Or on est loin du compte : seuls deux acteurs majeurs en fournissent
  • ensuite le choix fait de plus en plus souvent entre Westlaw et Lexis. On est en France déjà souvent obligé de choisir, de ne pas prendre certaines plateformes. Le "tout avoir" semble arriver à sa fin. Le "cost effective" semble commencer ses débuts.

Entre parenthèses, sur ce sujet de l’interaction entre IT et droit, je trouve Friedmann plus pertinent et réaliste, et plus "les mains dans le cambouis" que le gourou Richard Susskind qui n’en finit pas de nous annoncer qu’il avait raison 15 ans à l’avance et qui reste très anglo-saxon dans son approche. Pour ses aficionados, M. Susskind a commis l’an dernier un nouvel essai au titre provocateur : The End of Lawyers ?
Rethinking the nature of legal services
(La fin des juristes ? Repenser la nature des services juridiques) (Oxford University Press, novembre 2008) [2]. Ceci après The Future of Law (OUP, 1996) et Transforming the Law (OUP, 2000) (dans lequel il annonçait le trimphe des systèmes experts en droit — bon, en tout cas en France, on en est loin, même si ça peut prendre ce chemin tout doucement un jour). Susskind est également co-directeur de la revue International Journal of Law and Information Technology.

Emmanuel Barthe
documentaliste juridique, ex-responsable IT en cabinet d’avocats pendant trois ans


Un guide des journaux officiels en Europe

Savez vous où trouver le journal officiel lituanien ?

Dimanche 20 septembre 2009

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Jean signale sur la liste Juriconnexion la parution d’un ouvrage dirigé par Albrecht Berger [3], recensant les gazettes officielles/journaux officiels et leurs version en ligne, ainsi que les autres sites de législation, de par l’Europe :
Access to legislation in Europe : Guide to the legal gazettes and other official information sources in the European Union and the European Free Trade Association (Accès à la législation en Europe : Guide des journaux officiels et autres sources d’information officielle dans l’UE et l’AELE)

Il est disponible en anglais seulement, mais gratuitement, que ce soit en version PDF à télécharger (attention 4,5 Mo) ou en version imprimée (même l’envoi de celle-ci est gratuit : je l’ai commandée !).

Présentation par l’éditeur :

« Destiné principalement aux professionnels de l’information législative, ce guide donne des informations essentielles sur les gazettes officielles, la législation consolidée et les bases de données législatives. Il couvre :

  • l’Union européenne (UE)
  • les 27 Etats membres
  • l’Espace économique européen (EEE)
  • les quatre Etats membres de l’Association européenne de libre-échange (AELE).

Ce guide est principalement destiné aux lecteurs professionnels travaillant dans le domaine de l’information législative mais peut également intéresser ceux qui, à l’intérieur ou à l’extérieur de la profession juridique, désirent accéder à la législation européenne et étrangère. L’ouvrage réunit et rend accessibles au public les informations sur les sources législatives en Europe (gazettes juridiques / journaux officiels, collections officielles de législation consolidée, bases de données officielles) que le Bureau des publications de l’Union européenne a recueillies dans le cadre de ses activités en tant que secrétariat du Forum européen des journaux officiels. »

Cet ouvrage est en fait la version 2009 et étoffée d’un "directory of official gazettes" déjà publié en 2006, 2007 et 2008 par le Forum européen des Journaux officiels.

L’air de rien, ce qui pourrait passer pour un simple guide froid et objectif, fait quelques constats importants et pose quelques questions-clés. Exemples extraits notamment de la Note au lecteur page 14 (traduction par nos soins) :

  • « La version authentique de la gazette officielle/journal officiel est elle l’édition papier ou l’édition en ligne ? [...] Dans les systèmes juridiques de droit continental/écrit, une condition sine qua non pour qu’un texte entre en vigueur est sa publication officielle préalabale. Par conséquent, la question est de savoir si, lorsque la version papier ne peut pas être publiée à temps, la publication du texte sur la version Internet est suffisante pour remplir la condition constitutionnelle de sa publication préalable (voir également l’arrêt de la CJCE du 11 décembre 2007 C-161/06 Skoma-Lux). »
  • des constats sur les gros sous : « Dans le passé, la publication des gazettes juridiques / journaux officiels a été principalement financée par des abonnements payants. Comme le nombre d’abonnements a baissé de façon spectaculaire depuis que les éditions en ligne sont devenues gratuites, de plus en plus de gazettes juridiques doivent être directement financées par le budget de l’Etat. » Eh oui ... Et ça ne concerne pas que les journaux officiels. Mais en même temps, devant tant le "forum shopping" — autrement dit la concurrence des droits nationaux — que les pressions communautaires à plus d’accès au droit brut, les Etats n’ont pas tellement le choix
  • pour chaque pays, est mentionné si une version consolidée (= à jour) des textes officiels est disponible. Essayez donc d’appliquer le droit sans ça ...
  • on trouve également la mention de l’accès ou non par N-Lex, le portail européen donnant accès aux portails juridiques publics nationaux
  • les (principaux) éditeurs privés ne sont pas oubliés. En fin de chaque notice nationale figurent les « autres bases de données juridiques communément utilisées". Comme la page Sites d’éditeurs juridiquessur Legifrance. Voici ce que la Note au lecteur dit : « En dépit de l’importance sans cesse croissante des bases de données du secteur public, les services sur abonnement du secteur privé jouent un rôle important et, dans certains pays, même un rôle prépondérant en fournissant des informations sur le droit local aux professions juridiques. Cela est particulièrement vrai pour l’information sur la jurisprudence et la doctrine, mais s’applique aussi, bien que dans une moindre mesure, à l’information législative. Nous avons donc essayé d’inclure dans la section 3, les noms des services du secteur privé. [...] »

Et pour la réponse à la question que je posais en sous-titre à ce billet, la réponse est page 105 de l’ouvrage et c’est payant et c’est . Mais les textes consolidés sont partiellement et gratuitement disponibles en ligne et .

Emmanuel Barthe
documentaliste juridique


Humeur

De la valeur des intermédiaires en matière de recherche d’information

Ou comment le documentaliste peut faire gagner du temps quand le sujet est mal ou pas traité en ligne

Lundi 7 septembre 2009

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Chercheurs d’info de tous les pays, allez donc lire cet article du Monde.fr du 24 août : Un grand sabordage professionnel, ou Quand les journalistes privés d’Internet se souviennent qu’il existe des documentalistes pour les aider ... (le sous titre de la Lettre de Territorial.fr qui a repéré l’article [4]).

Elise Barthet, la journaliste auteur, a pour défi de faire son travail pendant une semaine *sans* Internet.

« [Evidemment,] en temps normal, je taperais "autonomie du Groenland" dans Google. Après un passage express sur Wikipedia, je traînerais sur quelques-uns des milliers de sites consacrés à l’île arctique, ses habitants, son artisanat et son sous-sol, potentiellement riche en hydrocarbures. J’absorberais une quantité effroyable d’informations – dont certaines inutiles – de manière concentrée. »

Etant sans Internet, elle se rend au journal et à peine arrivée, file à la Documentation :

« Heureusement, la maison mère a gardé le goût des vieux imprimés. Le long des murs du service de documentation s’étalent des centaines de dossiers classés. [...] Je commence à perdre espoir quand la documentaliste extrait une fine pochette d’un vieux dossier cartonné. A l’intérieur, une cinquantaine de coupures jaunies. Je tiens mon trophée, ma dose d’info. »

Pas très reluisant quand même pour la documentaliste, roue de secours du journaliste. Et totalement injuste pour elle, car apparemment, la moitié de l’info qui va servir à écrire l’article viendra d’elle !

Pas très reluisant pour les journalistes non plus, car si l’essentiel de leurs infos viennent d’Internet, où de nombreux sites gratuits manquent de fiabilité, qui ne contient que très peu de littérature grise — en bref, qui est beaucoup moins riche en info fiable et exploitable rapidement que les sources payantes et papier —, et qu’ils se contentent d’en faire la synthèse, eh bien, hum, comment dire : qu’apportent ils au lecteur qui a aussi une connexion Internet ? Parce que des synthèses, sur Internet, on en trouve pas toujours, mais parfois si. Et puis, souvent, on peut la faire soi-même. Autrement dit : vivement le grand retour des enquêtes fouillées [5], fatigué des synthèses de pages web et du canon à dépêches de presse.

Le/la documentaliste, lui/elle, ne prétend pas écrire une info qui existe ailleurs, il la réunit, la distribue, la conserve, la signale, il forme à des méthodes de recherche efficace, il achète les sources d’info au meilleur prix. Il accélère, rentabilise, fiabilise, partage l’information. Entre autres, parce qu’il fait aussi de la veille.

Cet article, au final, donne une assez bonne idée de ce qu’un chercheur d’info peut gagner en fiabilité et en temps si son sujet est peu ou mal traité sur le Web — et même sur le Web ... le nombre de gens qui ne savent pas y chercher efficacement ... — s’il pense à interroger 5 mn un documentaliste. Ca me rappelle cet étude de Reuters résumée ainsi : Librarians do it better.

Bon, je sens que je vais me faire allumer par des journalistes :-) Je l’aurais bien cherché, me direz vous. Les commentaires sont faits pour ça : Feu !

Emmanuel Barthe
documentaliste juridique


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