La documentation juridique

Dernier ajout : 26 novembre.

Derniers articles

Citation des revues juridiques : pas de "Bluebook" en France

Juste des guides de citation purement méthodologiques et généralistes

Vendredi 26 mars 2010

Lire la suite »

[ mise à jour à fin 2016 : l’article infra est gardé en ligne à titre historique car il existe enfin un quasi-Bluebook en France : voir notre article Guide de citation des références juridiques : le Bluebook français est né ]

Une question que les chercheurs et étudiants en droit posent souvent aux documentalistes juridiques :

Existe t-il en France un mode de citation "standard" des revues juridiques à l’instar du "Bluebook" [1] aux Etats-Unis, par exemple ?

En un mot, la réponse est : non.

Il faut toutefois nuancer.

Primo, il existe une liste (PDF) rédigée par les sept principaux éditeurs juridiques réunis au sein du Syndicat national de l’édition (SNE) et publiée depuis 1990 (dernière édition en mai 2004).

Toutefois, je ne pense pas qu’on puisse la considérer comme une véritable norme de citation de juro ou de facto. Pour deux raisons :

  • c’est d’abord une liste d’abréviations et sigles, pas un pur guide de *citation* (voir infra)
  • la liste du SNE n’est pas une norme, ni de juro ni de facto. Elle est plutôt bien suivie dans les publications des grands éditeurs mais pas de manière systématique, surtout si on prend en considération l’ensemble de la littérature juridique. Les conclusions des avocats la suivent moins. Les utilisateurs, documentalistes et juristes professionnels ne semblent pas avoir participé à sa rédaction. Enfin, elle est certes riche mais non exhaustive et pas totalement à jour (tous les éditeurs n’y participent pas, la Revue Lamy Droit de la concurrence n’y est pas, etc.). Par ailleurs, souvent, l’auteur n’abrège pas, il écrit le titre complet de la revue.

Secundo, il existe en revanche une norme AFNOR et des guides méthodologiques de citation de références bibliographiques généralistes/non spécialisés en droit :

Tertio, même si les principaux éditeurs juridiques français semblent avoir un document de référence unique avec la liste du SNE précitée, cela n’empêche pas que certains éditeurs peuvent éventuellement avoir leurs propres règles éditoriales pour leurs publications. Il faut alors se référer à leurs "recommandations aux auteurs".

Voir aussi les écoles doctorales universitaires.

Enfin, pour la jurisprudence, on peut choisir de citer les arrêts comme les institutions judiciaires les citent elles-mêmes. Pour la Cour de cassation on s’inspirera de son BICC, pour le Conseil d’Etat de la Lettre de la jurisprudence administrative, et ainsi de suite [2].

Emmanuel Barthe
bibliothécaire documentaliste juridique


Encore plus de moteurs et encore plus de formation et de "machine à café"

Bib/doc not dead

Dimanche 21 mars 2010

Lire la suite »

Selon Gaël, citant David Nicholas au colloque Ressources électroniques académiques : mesures et usages des 26 et 27 novembre 2009 à Lille [3], Google nous (les bib/doc) a tuer.

Vraiment ? Si, lors du même colloque, Helle Lauridsen (Summon manager, EMEA, SerialsSolutions) pose la question Are libraries dead ?, elle apporte une réponse au défi posé par les moteurs : selon elle, recherche fédérée [4] et boîte de recherche unique à la Google sont les solutions. Des moteurs pour accéder à des ressources internes, sélectionnées et mieux décrites que dans les bases en ligne. Plus de moteurs, en quelque sorte. Une réponse normale, vu ce qu’Helle Lauridsen vend, mais pas fausse. Bien vu même. Mais à compléter.

J’ajouterais : de la formation, de la formation et encore de la formation [5].

Parce qu’on ne peut prétendre faire des études de haut niveau, rédiger un mémoire, une thèse, un article, faire de la recherche, rédiger des conclusions dans un méga-contentieux, gagner un procès perdu d’avance ... sans savoir chercher. Les meilleurs dans une matière sont aussi ceux qui savent le mieux y chercher ou qui ont une équipe pour cela. Avec, souvent, tiens donc, un documentaliste dedans.

Parce que l’info pertinente n’est pas forcément dans les résultats d’un moteur de recherche. Parce qu’être dépendant d’une interface ou d’un moteur, aussi (soi disant) "intelligents" soient ils, c’est donc limiter sa recherche.

Parce que même si les utilisateurs préfèrent trouver plutôt que chercher, chercher intelligemment et efficacement fait partie du processus même de réflexion.

La preuve : plus un/e collaborateur/trice est brillant, plus il est intéressé par les nouveaux outils et les formations. Et plus il est formé, plus il trouve vite et du pertinent. En sens inverse, au début de la formation que je leur donne, certains de ceux/celles que je forme ne voient pas l’intérêt de cette formation. Mais il me suffit de leur montrer le bénéfice de l’utilisation du champ filetype : du grand GG pour faire monter leur attention d’un cran ...

J’ajouterais aussi : de la communication, de l’écoute, encore et encore.

"Faire la machine à café" reste un de mes favoris. Aller voir les utilisateurs. Je sais, pas mal de collègues n’ont pas le temps. Alors : enquêtes de besoin, sondages sur l’utilisation des ressources, tests. Mais quand même : discuter directement avec les utilisateurs. Interroger une minorité suffit souvent pour se faire une idée correcte.

C’est lors de ces discussions que les besoins émergent le mieux, que des demandes inédites se font.

Le meilleur moteur de recherche, c’est l’être humain. Et le documentaliste a un rôle différent mais complémentaire de celui des utilisateurs. Il est l’expert en recherche, le formateur, l’animateur et le communiquant. Vous avez déjà vu une bonne équipe de foot sans entraîneur ?

Emmanuel Barthe
documentaliste juridique


Bases de données juridiques : pourquoi se former ?

La recherche d’information juridique, même améliorée par les plateformes en ligne, nécessite une formation pour en tirer le maximum

Dimanche 21 mars 2010

Lire la suite »

J’ai été interrogé et filmé en septembre 2009 par la cellule audiovisuelle de l’Université de Poitiers afin de participer à la création de vidéos de formation pour les étudiants. Sujet : la recherche d’information juridique.

La vidéo devrait être publique. Je signalerai sa publication.

En abrégé, voici d’ores et déjà mes réponses :

En quoi peut-il être nécessaire pour un juriste de se former à la recherche d’information ?

  • sans formation, les bases de données juridiques, les sites web et même Google sont sous-utilisés
  • améliorer le temps de recherche -> avoir plus de temps pour le vrai travail du juriste : réfléchir aux questions de procédure et de fond, à la stratégie juridique, discuter avec son client

Existe-t-il des spécificités de la recherche liée au caractère juridique de l’information ?


Oui :

  • du texte souvent non abstracté/sans mots-clés "tarte à la crême" -> maîtriser la recherche en texte intégral
  • l’importance très grande, comme en sciences, de la fiabilité de l’information (-> doctrine -> éditeurs)

Quels sont les outils de recherche qu’utilise un professionnel du droit ?

  • impossible de tous les citer
  • les principales bases en ligne : Google, Legifrance, Navis, LexisNexis-Jurisclasseur, Lamyline Reflex, Net Permanents, Lextenso, droit.org, le Doctrinal, Lexbase
  • les principaux ouvrages papier : Mémentos Francis Lefebvre, Codes Dalloz et Litec, Lamy, Dictionnaires permanents, Jurisclasseurs, de nombreux traités chez Dalloz (collection Précis), LGDJ et Economica

Dans quels contextes et sous quelles conditions des outils de recherches généralistes, comme Google, sont-ils intéressants pour le juriste ?

  • ils indexent le maximum de données juridiques
  • ils permettent un accès aisé aux données publiques juridiques (textes officiels, rapports officiels, documents sur Legifrance et EUR-Lex) et aux sites perso et blogs juridiques

Evolution des outils de recherche juridiques

Quelles sont, selon vous, les évolutions les plus marquantes qui ont changé les usages de la documentation juridique informatisée ?

  • le passage en ligne des documents juridiques : Legifrance et les plateformes en ligne des éditeurs juridiques
  • l’accélération de l’actualité juridique : plus de textes officiels produits (insécurité législative) et accélération des éditeurs pour la suivre (revues plus rapides à commenter les jurisprudences + newsletters quotidiennes comme Dalloz Actualité)

L’émergence du Web 2.0 a-t-elle changé ou doit-elle changer les usages en matière de documentation juridique informatisée ?

  • le Web 2.0 n’a pas changé grand’ chose et ne le fera pas tant que les outils Microsoft dans les structures ne sont pas adaptés aux fonctionnalités du Web 2.0 (lecteur RSS intégré dans Outlook et le CMS intranet de MS)
  • les utilisateurs restent conservateurs et restent sur la messagerie car c’est là qu’arrivent les messages des clients

Evaluation de l’information juridique

Comment peut-on évaluer la pertinence de l’information juridique présente sur Internet ?

  • 1er critère : la source = l’adresse web = site public officiel ou d’éditeur ou blog de spécialiste
  • 2e critère : le nom de l’auteur = professionnel ou enseignant réputé ou spécialiste de la matière
  • 3e critère : importance des notes de bas de page, comme pour le papier

L’évaluation de l’information juridique a-t-elle des spécificités par rapport à l’évaluation d’une information plus généraliste ?

  • elle est souvent plus exigeante en terme de source et de qualité du propos (cf supra)

Gérer et référencer l’information juridique

Quelle place les outils de gestion documentaire internes aux structures juridiques (cabinet d’avocat, office notarial, direction juridique…) occupent-ils aujourd’hui chez les professionnels du droit ?

  • grande du côté de l’IT (GED surtout)
  • moindre du côté des professionnels (logiciel de gestion de cabinet, catalogues, intranets)

Prenez-vous en compte les normes de citations bibliographiques dans les documents que vous rédigez ?

  • oui : AUTEUR, Titre, etc.

Comment gérez-vous la disparité des références et des abréviations utilisées dans les différentes sources documentaires juridiques ?

  • reprise de celles données dans le document l’éditeur, mais il faudrait uniformiser, on a de temps à autre des problèmes

Traitement et exploitation des résultats de la recherche

Quelle place les outils d’analyse statistique et sémantique de documents prennent-ils dans le cadre de votre activité ?

  • encore peu en France : retard de l’informatique juridique française, petit marché
  • mais énorme aux Etats-Unis (méga-contentieux -> logiciels d’e-discovery)

Quelles sont leurs limites ? Leur voyez-vous un avenir ?

  • le droit français en a moins besoin, mais sur les plateformes des éditeurs, cela peut aider les utilisateurs débutants ou moins formés à trouver plus facilement
  • attention toutefois à leur actualisation face à une actualité juridique débordante et à ne pas en être prisonnier : quantité de découvertes juridiques, d’argumentations résultent de liens peu évidents que seuls les êtres humains professionnels du droit peuvent faire

Pour conclure

En quelques mots, quels conseils souhaiteriez-vous donner à un étudiant en droit sur la manière dont il doit aborder les rapports entre outils informatiques et métiers du droit ?

  • ils permettent d’améliorer sa pratique juridique mais ils ne sont pas le droit : quand on n’est pas face à un contentieux facile et répétitif comme l’excès de vitesse — et encore ...—, seule une interprétation humaine permet de dire le droit
  • apprenez donc à les utiliser à fond pour à la fois en tirer le maximum et ne pas en être prisonnier/en connaître les limites. Ne vous contentez pas de taper les premiers mots-clés qui vous viennent à l’esprit dans la première fenêtre de recherche qui se présente à vous. Il suffit d’un tout petit peu de méthode et de perdre deux minutes de réflexion pour gagner une heure de temps et s’approcher de l’exhaustivité des résultats.

Emmanuel Barthe
documentaliste juridique et formateur à la recherche en ligne


1 | ... | 31 | 32 | 33 | 34 | 35 | 36 | 37 | 38 | 39 | ... | 47

Dernières brèves