L’édition juridique

Dernier ajout : 13 juillet.

Derniers articles

Petite revue est devenue grande

La revue Actuassurance monte en gamme et devient payante

Rachat par les éditions EBCL, changement de titre en Bulletin juridique des assurances

Dimanche 9 avril 2017

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Sur la page d’accueil du site de la revue juridique en ligne actuassurance.com, un message aux lecteurs annonce que la revue a éte reprise par un éditeur juridique, EBCL, qui va désormais la publier sous le nom de Bulletin juridique des assurances (BJDA).

Actuassurance.com s’agrandit et devient payante

En voici l’essentiel :

Les fondatrices Sabine Abravanel-Jolly [1], directrice de l’Institut des assurances de Lyon [2], et Axelle Astegiano-La Rizza, maîtres de conférence et auteurs spécialistes du droit des assurances, continuent à en assurer la direction.

De nouveaux auteurs rejoignent l’èquipe actuelle :

  • Maud Bentin-Liaras, docteur en droit et chargée de cours à Lyon 3 (rubriques « Droit commun de l’assurance et Assurance de groupe/collective)
  • Me Cyrille Charbonneau, docteur en droit, chargé de cours à Paris I (rubrique « Assurance construction)
  • Alain Devers, MCF à Lyon 3 et avocat (rubrique DIP de l’assurance)
  • Me Anne Guillou, avocate (rubrique Intermédiaires en assurances)
  • Me Lionel Lefebvre, avocat (rubrique Assurance construction)
  • Me Pousset-Bougère, avocat (rubrique Procédures et Assurances)
  • le professeur Didier Krajeski, Toulouse 1 (rubrique Droit commun du contrat d’assurance)
  • le professeur Jean-Michel Do Carmo Silva, Ecole de Management de Grenoble (rubrique Droit économique de l’assurance).

La revue demeure bimestrielle, mais viendront s’y ajouter 3 ou 4 Dossiers papier par an, de 80 pages environ : ils seront composés d’articles de fond sur des thèmes d’actualité en droit des assurances.

Le prochain numéro de mars/avril 2017 sera donc publié sous le nom de BJDA sur le site : www.bjda.fr

Lors de la prochaine publication, nous vous informerons des nouvelles conditions d’abonnement aux commentaires, articles, archives et Dossiers « papier ». La page d’accueil restera en consultation gratuite.

J’en déduis à contrario que la revue va devenir payante, y compris les archives du site.

Confirmation : EBCL n’est pas vraiment un nouvel acteur de l’édition juridique : il publie le Bulletin juridique des collectivités locales (BJCL). Et sur le site du BJCL, seuls les sommaires de la revue sont disponibles gratuitement. Toutefois, impossible d’en savoir plus : EBCL n’est pas listé sur societe.com.

Actuassurance.com a été lancée en 2008 en revue pur numérique et gratuite et relancée en 2010 avec l’appui du professeur Jean Bigot, ancien directeur de la Revue générale du droit des assurances, membre de l’ancien Conseil national des assurances et fondateur de l’Institut du droit des affaires (IAP, Université Paris I). Elle fêtera donc bientôt ses 10 ans. Que de chemin parcouru ! [3].

Les concurrents

Les autres publications en droit français des assurances :

J’ai oublié un site d’actualité spécialisé en droit des assurances ? Les commentaires sont ouverts.

Emmanuel Barthe
bibliothécaire documentaliste juridique


But : que les produits électroniques juridiques soient facilement et donc massivement utilisés

Petit guide de conception des plateformes et bases de données juridiques en ligne à destination des SSII et éditeurs juridiques

Les habitudes et présupposés des juristes dictent la majorité des choix ... mais pas tous

Lundi 20 mars 2017

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NB : cet article a été publié sur ce blog en 2007 et mis à jour depuis [5]. Il condense plus de 20 ans d’expérience de tests et beta-tests de sites web, bases de données, formulaires, cédéroms et autres outils juridiques électroniques.

Les spécialistes de l’interrogation des bases de données juridiques, qui sont aussi des formateurs, constatent que beaucoup d’éditeurs juridiques rééditent des erreurs de conception de leurs produits en ligne pourtant déjà dénoncées cent fois ailleurs.

Ainsi, depuis 1996, Jakob Nielsen, dans ses études payantes détaillées et ses articles gratuits [6] conseille les sites marchands et insiste sur l’importance de se conformer aux habitudes des internautes et à des standards de facto dérivés des grands sites web. Un nombre important des conseils listés ici font partie de que Nielsen et d’autres spécialistes appellent l’"usabilité" ou plus correctement utilisabilité ou facilité d’usage (en anglais "usability" [7]) ou encore, avec un sens plus large, "user experience" (UX, en fait la catégorie juste au-dessus de l’usabilité).

En 2017, l’UX est toujours aussi importante, y compris pour les non-juristes : en 2016, une des fondatrices du legal design, Margaret Hagan, a publié un article montrant que sans étude UX, les sites d’assistance juridique sont moins utiles aux gens qu’ils sont censés aider [8].

L’auteur du présent petit guide voudrait aussi partager ici ce qu’il a dégagé de plus de dix ans de tests d’interfaces informatiques de toute nature en documentation juridique : banques de données ASCII [9], logiciels, cédéroms monoposte et réseau/multiposte [10], sites web, plateformes web en ligne.

Sécuriser la propriété intellectuelle

C’est une évidence pour les juristes en PI (propriété intellectuelle) mais il faut le rappeler. Pour créer une base de données, et a fortiori une plateforme en ligne regroupant des dizaines de base, il faut que les contrats d’auteur aient prévu la publication numérique et en ligne et les cessions de droits à cet effet. Si seul le papier était couvert, il faut renégocier avec les auteurs. Autant dire qu’il est certain que certains auteurs refuseront, pour des motifs x ou y. La base de données sera alors non exhaustive.

Or s’il y a bien un présupposé des juristes vis-à-vis d’une base de données, en ligne, c’est qu’elle est exhaustive. Il vaut donc mieux éviter de les décevoir.

Rationaliser la chaîne de production éditoriale

En vrac :

  • ne plus accepter d’articles ne respectant pas les normes de présentation et de citation
  • exiger des auteurs la copie de tout document cité non présent sur la plateforme de l’éditeur, notamment les décisions de justice et circulaires inédites, et (en les numérisant et OCRisant si nécessaire) intégrer ces documents dans la plateforme
  • demander aux auteurs de saisir leur article/étude à partir d’une interface en ligne. Les documents seront ainsi formatés idéalement dès le départ et cela évitera d’avoir à les re-saisir.

La contrainte des standards de facto

Les juristes ont des habitudes d’utilisation de l’informatique et d’Internet largement déterminées par six principales influences :

- Les standards de fait imposés par les grands sites web les plus utilisés : moteurs de recherche (Google, Bing, Alibaba), sites de commerce en ligne (Amazon, Le Bon coin, Zalando ...), réseaux sociaux (Facebook, Pinterest ...) et sites de communautés en ligne (forums de discussion, sites de vidéos en ligne et jeux en ligne notamment). Ce sont eux qui créent les standards de facto du design web, comme le "material design" lancé par Google en 2014. L’ergonomie des plateformes en ligne a intérêt à s’inspirer de Google, YouTube, Amazon, Wikipedia, etc., notamment pour l’existence et le placement de certaines fonctionnalités critiques comme :

  • le site doit être complet et à jour. Il s’agit à la fois d’une exigence professionnelle normale et d’un présupposé de 90% des internautes — pour eux, le en ligne est par définition parfaitement à jour [11] :
    • toutes les rubriques doivent être actives. A défaut, les retirer [12]
    • chaque page doit comporter une date de dernière mise à jour ou, idéalement, de fraîcheur (date à laquelle les informations contenues dans la page étaient à jour)
  • l’assistance en ligne :
    • l’Aide : dans le coin en haut à droite, sinon, pour l’aide contextuelle, juste à droite de la fonctionnalité en cause. L’Aide doit tenir en un seul fichier/page, facile à télécharger et posséder un plan détaillé
    • le chat (en bas à droite) : de plus en plus fréquent, il pousse l’utilisateur à faire appel à l’assistance en cas de problème et le soulage avant qu’il puisse s’énerver. Il a aussi quelques inconvénients :
      • sur écrans mobiles, il masque pas mal d’informations
      • surtout, la/les personne/s répondant derrière a/ont intérêt à être de bon niveau car l’utilisateur n’attendra pas
    • prévoir des formations gratuites en webinar
    • un accès évident, le plus facile possible au "reset" du mot de passe par mail. Sinon l’assistance devient folle ...
  • l’accès au compte utilisateur : en haut à droite avant l’Aide
  • le plan du site. En matière de plateformes en ligne juridiques, cela revient à la fois à la liste de toutes les bases de données/publications, classées par source du droit (textes, jurisprudence, doctrine) et/ou par matière mais aussi au détail du contenu exact de chacune des bases (recul chronologique, "trous" éventuels, producteur des données, périodicité effective de mise à jour, titres et auteurs des publications incluses)
  • navigation : garder le sommaire et l’index alphabétique comme accès aux ouvrages et revues [13]. Certaines notions ne se réduisent pas à une requête booléenne, aussi fine soit-elle, ni à une navigation dans un thésaurus, ni à un classement par popularité. Elles peuvent aussi être voulues et/ou spécifiques à un auteur
  • la recherche sur le site/la base de données :
    • la symbiliser par une loupe
    • la placer en haut à droite si la recherche n’est pas la fonction numéro 1 du site. Si la recherche est capitale pour le site ou sa prestation principale — c’est le cas des bases de données des éditeurs juridiques —, la placer latéralement au milieu, et verticalement à un tiers du haut de la fenêtre
    • offrir deux modes de recherche : simple avec un zone de saisie libre balayant tous les champs texte et éventuellement un champ date/période, avancée avec tous les champs interrogeables ou presque et l’utilisation des opérateurs booléens.
      A propos de la recherche simple, il est vital que même chez celle-ci, on trouve un champ date/période ou un interpréteur, dans le moteur, qui "comprend" lorsqu’on tape une année ou une date.
      A propos de la recherche avancée, de nombreux éditeurs ou webmestres estiment qu’ils peuvent se dispenser d’en offrir une, car elle est peu utilisée. Le problème, c’est qu’ainsi, les requêtes/questions difficiles ne trouvent pas de réponse (cf infra) et que si l’utilisateur est expérimenté dans son domaine juridique ou expert des bases de données (documentaliste, juriste "geek"), il y a de fortes chances qu’il émette un jugement négatif sur les fonctions de recherche de la plateforme. En effet, si on "torture" une base de données avec des questions complexes, c’est souvent parce qu’on n’a pas trouvé la réponse ailleurs et qu’on estime que le contenu de ma base est susceptible de produire des documents pertinents. Si alors elle ne permet pas de localiser ceux-ci, la plateforme ne remplit pas complètement son office et ne justifie que partiellement son prix
    • implémenter les opérateurs booléens, *tous* les opérateurs booléens. Pas seulement le ET (comme sur WK-RH), voire le ET et le OU (c’est insuffisant), mais aussi la troncature droite (* ou !), les expressions (" ") et les parenthèses. Et *surtout* la proximité (S/n). La proximité qui remplace avec profit, dans 8 cas sur 10, le ET trop souvent tapé. Sans troncature, expression, parenthèses ni proximité, si les résultats s’affichent par centaines et qu’on n’a pas de limite de date, il devient impossible de trouver dans un délai correct [14]
    • en matière de moteurs de recherche sémantique (dits aussi "langage naturel" ou "Google-like"), ne rien utiliser d’autre que le traitement automatique du langage (natural language processing ou NLP) à la sauce machine learning (on doit aboutir à une synonymie automatique contextuelle) et proposer en sus une version avancée du moteur fonctionnant en texte intégral classique avec opérateurs (cf point supra). [15]. L’enrichissement strict minimum du moteur est un dictionnaire de synonymes [16] et/ou un paramétrage du classement des résultats donnant plus de poids au bon vieux critère de la présence du terme recherché ou de ses synonymes dans le titre du document ou du paragraphe, le chapeau ou encore l’abstract (cf la version de juillet 2013 de Dalloz.fr ou les améliorations apportées en 2012 à Lamyline [17]) [18]. Le moteur sémantique et sans opérateur peut aider grandement les utilisateurs de base [19], mais il peut se révéler trompeur ou incomplet [20]
    • le paramétrage de la liste des résultats. Ici, le tri par date et par pertinence (si celle-ci est réelle), la possibilité d’afficher ou pas des extraits semblent être les bases ...
    • la possibilité de constituer un "panier" contenant la liste des résultats sélectionnés, de le modifier, et de n’imprimer ou télécharger que ceux-ci
    • la mise en valeur ("highlight") des mots-clés de la question dans le document
    • afficher sous les zones de saisie ou à leur droite et en petits caractères, des exemples utilisant les opérateurs logiques de base (ET, OU) et éventuellement la proximité (S/n) et les parenthèses. Ce type d’aide brève et impossible à manquer se trouve chez Lamyline, LNJC et Legifrance
  • éviter au maximum les fenêtres "pop-up", même et surtout si c’est uniquement pour se connecter à la plateforme/site web (c’était le cas chez Navis). Dalloz.fr, lui, use et abuse des pop-up (même encore dans la refonte de la rentrée 2011), et même si les idées derrière sa conception peuvent expliquer ce choix, il n’est pas toujours optimal en pratique. En effet, les paramètres des navigateurs web bloquent de plus en plus fréquemment les pop-up [21]. Or, seuls une minorité d’utilisateurs connaissent ce problème et encore moins savent comment le résoudre. Enfin, la multiplication des fenêtres pour une même base égare l’internaute.

- Les trois règles des fichiers PDF :

  • éviter de ne proposer qu’une partie du site/des documents en PDF. L’utilisateur, s’il en voit, tendra à supposer que *tous* les documents du site peuvent être téléchargés en PDF
  • une simple version PDF d’une page web n’a plus aucun intérêt depuis l’apparition des imprimantes PDF intégrées aux navigateurs web. Ce qu’il faut, ce qui est attendu par les juristes, c’est de mettre en ligne le PDF de la version papier originale — et de préférence OCRisé, afin que l’on puisse chercher dans et copier-coller depuis ce PDF
  • ne pas se contenter de mettre le contenu au format PDF, Word ou RTF, mais systématiquement doubler le document bureautique par une vraie page web. Plusieurs raisons à cela :
    • une page web/HTML se charge beaucoup plus vite qu’un document PDF, parce que :
      • le PDF oblige l’ordinateur à lancer Acrobat Reader, qui met donc du temps à se charger
      • les documents PDF, la plupart du temps, ne sont pas optimisés, i.e. allégés [22]. Ils "pèsent" en moyenne pas loin de dix fois plus en kilo-octets que leurs équivalents HTML : là encore, grosse perte de temps pour l’internaute
    • même si les grands moteurs de recherche indexent aujourd’hui les PDF de presque [23] toutes tailles, il demeure que :
      • le HTML leur est comparativement plus facile à indexer
      • surtout, même si les mots-clés situés profondément dans un fichier PDF sont indexés en théorie par Google, en pratique, un mot-clé situé à partir de la 10e page d’un PDF n’a plus aucune pertinence pour le moteur de recherche de Moutain View, sauf (et encore) s’il fait partie d’une expression cherchée comme telle avec les guillemets
    • enfin, le PDF est anti-pratique à lire à l’écran [24], il n’a même jamais été conçu pour ça, mais pour l’inverse : lire sur papier imprimé, off-line [25].

- L’accessibilité web : il s’agit de règles de lisibilité, principalement, destinées à favoriser l’accès aux sites par les personnes à handicap visuel. Voir pour un exemple la version de septembre 2011 de Legifrance. Ces règles sont définies par la recommandation du W3C, et les sites gouvernementaux ont l’obligation de s’y conformer. L’article 47 de la loi n° 2005-102 du 11 février 2005 pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées énonce en effet :

« Les services de communication publique en ligne des services de l’État, des collectivités territoriales et des établissements publics qui en dépendent doivent être accessibles aux personnes handicapées. »


Du fait du confort de lecture accru, des temps de chargement améliorés par un code HTML épuré et du meilleur repérage dans le site entraînés par le passage à cette norme, tout le monde en bénéficie, les voyants comme les mal voyants. Les éditeurs privés seraient donc bien inspirés de l’adopter.

- L’écran : même au standard actuel de 24 pouces et une résolution de 1920 x 1080, un écran d’ordinateur reste extrêmement limité par sa petite surface et son absence de 3ème dimension. D’où les règles de rédaction et de présentation établies par J. Nielsen : concis et aéré [26]. Et je ne parle même pas de la taille d’écran d’un smartphone ... Ce qui suppose [27] :

  • un résumé ou à tout le moins un chapeau, chose qui, à part dans les articles de revues — et encore —, manque souvent à la littérature juridique française ou bien se révèle trop court
  • l’utilisation des "bullet lists" (listes à puces)
  • l’utilisation de liens hypertexte externes. Là encore, si les liens internes peuvent être là et si des citations/notes de bas de page vers des publications externes à l’éditeur seront souvent là [28], pour les liens externes entre plateformes d’éditeurs, on en est à la préhistoire
  • pour le reste, l’article de Comment ça marche sur l’egonomie fait très bien son travail d’évangélisation
  • pour permettre la lecture sur appareil mobile (smartphones et tablettes, devenue obligatoire :
    • éviter absolument la solution consistant à proposer une 2e version du site spéciale pour mobiles, tout comme les applications Android ou iTunes. Dans les deux cas, c’est double travail : trop lourd
    • créer une version unique convenant ou s’adaptant (par la transformation du menu en hamburger à trois bandes et le déport des colonnes en bas de page, voire leur suppression) à toutes les tailles d’écran. C’est ce que les web designers appellent le "responsive web design" (RWD) [29].

- Les logiciels bureautiques standard : la gamme Office de Microsoft, à commencer par Word, et Acrobat Reader, surtout chez les plus de 35 ans. Ces logiciels influencent encore — mais de moins en moins [30] — les attentes en matière de :

  • positionnement et intitulé des menus/fonctionnalités. Exemple : si on fait un clic droit sur un document, on accède à des fonctions de base d’édition : police de caractères, ...
  • manipulation/déplacement des documents. Exemple : maintenir un clic gauche de la souris puis la déplacer déplace le document.

- Et bien sûr les publications imprimées traditionnelles — ici les ouvrages à mise à jour, traités et revues juridiques. Le bon vieux papier inspire encore, depuis le corbillard qui l’emmène si lentement [31] à sa tombe, une grande part des conventions de mise en page des pages web (le reste vient des grands sites web, cf supra) et dicte à 95% la mise en page des documents en ligne (je ne parle pas de la version imprimable, bien sûr) :

  • le document est écrit dans une police de caractères classique et lisible (Times New Roman, Arial, Georgia ou Verdana), en caractères noirs sur fond blanc cassé ou légèrement beige clair
  • un titre doit exister et être centré
  • l’auteur et ses qualités doivent être rappelés (à la fin du document et surtout au début de celui-ci)
  • il faut aérer la mise en page avec des sauts de ligne et des intertitres
  • le document, même non disponible en version pour impression, doit comporter toutes ses références de publication (titre, auteur, titre de la publication, directeurs de la publication le cas échéant, éditeur, ville et pays de l’éditeur si nécessaire, date de parution, rubrique, n° de page et de volume) en tête ou pied de page, comme s’il allait être imprimé. Qu’une version pour impression soit disponible ou pas, beaucoup de juristes internautes, pour aller plus vite, impriment les pages web telles quelles avec le bouton Imprimer du navigateur web. Si celles-ci ne sont pas bien mises en page ou ne comportent pas les références, c’est autant d’influence perdue pour le document et autant de facilité — et donc de popularité — en moins pour le produit.

Préférer les évolutions progressives

Les juristes dans leur très grande majorité ne sont pas des passionnés d’informatique et de technologies Internet (en anglais : "geeks") et encore moins des titulaires d’une formation de haut niveau en informatique. Par ailleurs, le milieu juridique français reste encore, malgré des évolutions, prudent et classique dans le choix de ses outils de recherche — comme l’illustre en bonne partie les « contraintes de facto » listées plus haut. Enfin, qui dit nouvelle version, grande migration ou mise à jour majeure dit risque important de "bug" non détecté.

Tout cela explique pourquoi les designers privilégient aujourd’hui, chaque fois que possible, les évolutions progressives par petites améliorations aux lancements de versions totalement nouvelles [32].

Avantages :

  • les utilisateurs ne sont pas déroutés et n’ont pas à réapprendre l’interface à chaque mise à jour majeure
  • peu ou pas de bugs
  • maintien de la confiance dans le produit [33].

Inconvénients :

  • les améliorations sont moins visibles
  • c’est également moins "marketing".

La liberté du concepteur

Pour autant, tester et servir les utilisateurs ne signifie pas qu’il faille en rester prisonnier. En effet, si on ne fait qu’écouter les utilisateurs, surtout les clients, ils ont tendance à être très conservateurs et en même temps à demander une multiplication de fonctionnalités dont beaucoup existent déjà sous une forme ou une autre [34].

Comme les deux premiers paragraphes de cet article le montrent et comme le soutient Don Norman (l’autre "N" du Nielsen Norman Group), les utilisateurs s’adaptent aussi aux interfaces et il vaut mieux centrer le développement des produits autour de l’activité que de l’utilisateur, ce qui selon Don Norman n’implique pas que l’on perde ainsi de vue les besoins de l’utilisateur [35].

La vision originale d’un éditeur n’est donc pas à remiser au garage dès qu’elle est inhabituelle.

Dalloz a ainsi introduit avec sa plateforme en ligne Dalloz.fr une logique d’accès aux données juridiques en ligne très rigoureuse, très doctrinale, privilégiant l’accès par la source/publication ou par la matière et le renvoi d’un document citant à un autre cité à la recherche en texte intégral brute. Et malgré des excès (l’absence [initiale] de recherche sur l’ensemble des bases) ou des implémentations maladroites (le thésaurus), cette approche a séduit des juristes de haut niveau et des étudiants de 5e année en stage professionnel aussi bien que des étudiants en L1. [mise à jour juin 2009 : En revanche, la lenteur de dalloz.fr ne "passe" pas.]

Autre exemple, plus récent, d’originalité très réussie : celle de l’interface et du moteur de Doctrine.fr. Interface épurée à trois couleurs blanc, gris clair et un rare vert, moteur Elasticsearch répondant en temps réel.

Le débuggage par les tests

Ne pas oublier de tester le produit :

  • tester loin en amont, avant la version finale : ce qu’on appelle en informatique les tests alpha (en interne) et béta (en externe). Ainsi que l’écrit Janice Redish de la firme de design web User Interface Engineering (UIE), « c’est bien mieux de découvrir les problèmes avec quelques utilisateurs lors d’un test d’utilisabilité [un beta-test, donc] que plus tard lorsque le design est sous les feux de la rampe et sous les yeux des clients. » (traduction par nos soins) [36]
  • tester *hors* des employés de la SSII et de l’éditeur (ils ne comptent pas : ce sont des utilisateurs experts et ils connaissent déjà bien le produit). Autrement dit : soit un panel de juristes professionnels (d’entreprise, avocats, notaires, magistrats), de documentalistes juridiques [37] et d’étudiants et enseignants en droit, soit des consommateurs et des juristes d’associations
  • tester simplement, si on manque de temps (ou d’argent) : comme l’explique J. Nielsen ou Carolyn Snyder (Paper Prototyping, 2001), il suffit de :
    • pour la lisibilité de la mise en page, le graphisme et l’emplacement des fonctionnalités, d’imprimer des pages couleurs et de les soumettre à cinq futurs utilisateurs [38]
    • faire tester en ligne pendant quelques heures à quinze (voire dix) à vingt personnes du public cible [39], en leur demandant de réaliser certaines actions types, comme une recherche déterminée, mais sans rien leur dire d’autre ni les aider en quoi que ce soit, juste en filmant et en notant leurs actions et propos. Un tel nombre de testeurs est insuffisant pour détecter tous les problèmes [40] mais cela peut en isoler de 35 à 70%, notamment les plus voyant et les plus gênant.

Pour tester, il faut posséder un site de développement (par opposition au site de production), sur une autre adresse que l’adresse publique, y envoyer une petite sélection d’utilisateurs aguerris et de débutants, analyser leur navigation et leur demander un "feedback" détaillé. Avantages : on ne sort en public que des fonctionnalités "blindées" qui marchent à coup sûr et les choix trop en avance sur leur temps peuvent tranquillement mûrir.

Une solution alternative, moins recommandable mais acceptable à la limite, consiste à garder en service pendant un an l’ancienne version du site/base de données. Quitte à insister lourdement auprès des clients sur ses limites et les avantages de la nouvelle version. Mais au moins, les utilisateurs fâchés avec les bugs et inconvénients ergonomiques de la nouvelle version pourront ils les éviter, le temps que les équipes de développement corrigent le tir.

En dehors des tests proprement dit, l’éditeur a également intérêt, tout au long de la vue du produit, à maintenir un dialogue régulier avec les utilisateurs. Les associations d’utilisateurs de documentation juridiques, telles que l’ADBS ou Juriconnexion, sont idéales pour cela, notamment grâce à des réunions tri- ou semestrielles avec leurs groupes de travail dédiés (Juriformation pour Juriconnexion, le groupe sectoriel Documentation juridique pour l’ADBS). Il est très efficace de faire venir à ces réunions les équipes de développeurs de l’éditeur ou celles du sous-traitant. Le minimum, c’est la présence du chef de projet, qui apporte des réponses techniques, et d’un responsable commercial de haut niveau, qui garantit par son implication que les choses avancent et que les souhaits des clients sont pris en compte.

Le contrôle qualité du contenu

En vrac :

  • exiger des auteurs copie ou lien de tout document cité (cf supra)
  • employer des "vérificateurs" qui vérifieraient que les citations sont correctes, que les liens hypertextes sont pertinents et détectent les absurdités/erreurs de raisonnement (si, si ça arrive)
  • recaler les paraphrases des arrêts, les quasi-recopies des communiqués de presse, les soi-disant commentaires qui n’apportent rien
  • aller chercher le débat et la contradiction (exemple des commentaires sur CJCE C-487/07 18 juin 2009 L’Oréal c/ Bellure : les meilleurs commentaires sont publiés au Legal SSRN et le meilleur débat sur le blog IPKat).

Communiquer sur la nouvelle version bien avant, mais aussi pendant et après la bascule

Il s’agit de communiquer sur les nouvelles fonctionnalités, la nouvelle mise en page, le nouveau design et la date de sortie et de répondre aux problèmes éventuels et questions suscitées par la nouvelle version.

S’il est certes nécessaire de ne pas s’engager sur une date de sortie tant qu’on n’en est pas certain à 100% [41], il est en revanche nécessaire pour les utilisateurs de se préparer à l’avance et donc pour les formateurs de les former.

Quels moyens employer ? :

  1. annoncer à un public — éventuellement sélectionné mais sans obligation de confidentialité — au moins trois mois à l’avance (idéalement six mois) qu’une nouvelle version se prépare, parler de manière très synthétique des grandes nouveautés et donner à un ou deux mois près la date de sortie (je ne parle pas ici des tests)
  2. puis diffuser des documents PDF avec des copies écran commentées — idéalement postés sur le site web de l’éditeur et annoncés par des e-mails à tous les clients. C’est un moyen facile et peu coûteux de prévenir tout le monde. Eviter de se cantonner à un mailing papier, qui sera lu uniquement — et encore — par les gestionnaires des abonnements
  3. des réunions organisées environ un mois avant la sortie avec les associations de documentalistes juridiques ou leurs groupes de travail, voire des groupes de clients représentatifs. L’avantage des associations, c’est qu’elles peuvent (mais ce n’est pas automatique) répercuter les informations dans une communication à l’ensemble de leurs membres ou les inviter à venir en nombre à la réunion
  4. enfin, le jour précédent la sortie, et le lendemain ou le surlendemain, des communiqués sur les forums et listes de discussion majeures utilisées par les utilisateurs (Village de la Justice) et les documentalistes juridiques (liste Juriconnexion et ADBS Documentation juridique).

Certains éditeurs ont toutefois manqué de magnifiques occasions de faire de la publicité pour leur produit en ligne en ne communiquant quasiment pas sur leur future nouvelle version.

Ne pas lancer la nouvelle version en pleine semaine de travail

Toujours basculer la nuit : cette règle d’or de l’informatique semble parfaitement respectée par les éditeurs. Pas toujours : on a parfois des mises à jour qui commence à 18h. Rappelons que les juristes français travaillent en général souvent tard.

Mais il faut ajouter qu’il est prudent de basculer vers une nouvelle version dans une nuit de samedi à dimanche [42], ou mieux pendant les vacances de Noël, entre le 25 décembre et le 1er janvier [43], ou au mois d’août. Si la bascule prend plus de temps que prévu ou "bugue", l’éditeur disposera alors de 24h ou mieux plusieurs jours, pour résoudre le problème, sans déranger outre mesure ses clients.

Emmanuel Barthe
documentaliste juridique, testeur de bases de données et plateformes juridiques en ligne


Synthèse et explications

Les revues en SHS à l’heure des logiciels d’édition et des plateformes de diffusion en ligne

Cairn, Revues.org, Persée, Isidore, barrière mobile, open access, OAI ...

Dimanche 17 avril 2016

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Le billet qui suit a été rédigé en février 2015 pour guider une amie dans le monde nouveau (pour elle) des revues scientifiques en ligne. Je le reprend ici quasiment sans mise à jour ni réécriture, brut de décoffrage et avec son côté "les grandes lignes seulement".

Les petites et moyennes revues françaises en sciences humaines et sociales (SHS) utilisent désormais en partie le modèle d’affaires ("business model") du Web-gratuit-et-bien-référencé-par-Google pour augmenter leur diffusion, valoriser leurs numéros et mieux vendre leurs articles et leurs abonnements. Tout en maintenant leur indépendance et en baissant leurs coûts de production et de diffusion [44].

Pour cela, le processus d’édition des revues change :

  • un fichier Word ou RTF déjà balisé par des styles permet de récupérer facilement et automatiquement les informations dans les champs (Titre, Auteur, Résumé etc.)
  • le logiciel d’édition électronique (CMS) :

Lodel est un de ces CMS, c’est celui qui est derrière Revues.org :

Les méta-données (Titre, Auteurs, Mots-clés, Date, Titre de la revue ; mais pas forcément le texte intégral) sont laissées en accès libre et reconnues automatiquement par les robots indexeurs (on appelle ça le moissonnage OAI-PMH [46]) : non seulement les robots indexeurs des moteurs de recherches du Web (Google, Bing) mais aussi et surtout ceux de logiciels de bibliothèque comme PMB et de bases de données internes aux structures, ou externes comme celle tenue par l’Université allemande de Bielefeld BASE, accessible gratuitement en ligne. Le portail français Isidore fonctionne selon le même principe :

Ce sont les éditeurs, les revues et les institutions (Universités) qui sont derrière les trois plateformes de revues en ligne Cairn (plus orienté éditeurs privés), OpenEdition Journals (ex-Revues.org) (plus orienté universités, il fait partie de OpenEdition géré par le Cleo) et Persée (orienté diffusion de collections patrimoniales [47] et sociétés savantes). Exemples et liens utiles :

Le tout est interrogeable, entre autres sources, sur le méga-portail des publications françaises en SHS Isidore :

Concrètement, ces portails en ligne financés en commun mélangent un accès gratuit aux numéros anciens et le vente des productions récentes à la pièce (quelques euros l’article) ou par bouquets de revues. Les éditeurs ou les revues déterminent eux-mêmes quelle période de leurs collections est en accès gratuit. C’est souvent le modèle de la barrière mobile ("moving paywall") qui est appliqué : la dernière ou les 2 ou 3 dernières années de la revue sont payantes.

L’abonnement direct auprès de l’éditeur reste possible pour certaines revues (ex. les revues des Editions du CNRS sont à la fois disponibles à la vente auprès du CNRS et sur le portail Cairn). Pour d’autres, toutes les fonctions de vente et abonnement sont déléguées au portail. Par exemple, les revues des Presses de la FNSP sont uniquement disponibles sur Cairn.

Emmanuel Barthe
documentaliste, gestionnaire de site web


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