L’édition juridique

Dernier ajout : 13 juillet.

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Les éditeurs juridiques et le PDF

Un format bien aimé des clients, mais mal aimé des éditeurs ?

Vendredi 4 février 2005

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[mise à jour au 30 septembre 2008 :
Ca bouge, il y a plus de PDF sur les bases en ligne, mais le plus souvent, ce n’est que la version PDF d’un fichier texte ASCII (Lamyline, Lexis-Nexis-Jurisclasseur), alors que le sujet ici, c’est : à quand la version PDF *image et "ocrisée"* du papier ?
Pas de PDF sur Navis, rien sur Lextenso alors que sur l’ancien site des Petites Affiches, on l’avait.
Quelques évolutions récentes : la reproduction à l’identique des études de l’Encyclopédie Dalloz sur Dalloz.fr (remarquable), et les versions Flash (pas PDF hélas) des revues sur Lamyline Reflex.]

Le problème

Les éditeurs français se méfieraient-ils du format PDF ? Peu en fournissent, et certains des audacieux font marche arrière. Ainsi, à partir de 2005, à l’occasion du transfert sur le portail Lextenso de la version numérique de la revue Les Petites affiches, l’éditeur supprime la version PDF jusqu’ici disponible pour les abonnés à son site payant. Je peux comprendre leurs raisons : ainsi que l’explique [1] Frédéric Etchart, directeur marketing des Petites affiches :

  • unifier les sites web fournissant leurs revues permet de simplifier, rationaliser (donc faire des économies)
  • selon lui, le format PDF facilite un peu trop la contrefaçon numérique et met en danger leurs revenus.

Plusieurs remarques cependant :

  • il existe bel et bien des solutions pour empêcher la copie des fichiers PDF. Par exemple, la librairie en ligne de la Chambre de commerce internationale (CCI-ICC) propose à la vente des "e-books" (livres numériques) au format Acrobat 6.0 sécurisés chacun par une clé d’activation envoyée séparément. L’Harmattan — moins investi dans le juridique que d’autres, certes — propose sur sa librairie/catalogue en ligne près de 6000 e-books et fournit une FAQ correcte sur l’e-book, qui illustre à la fois les avantages (prix 30% moins élevé que le papier, chez L’Harmattan) et les inconvénients (impression possible (une fois seulement à la CCI !), mais pas de copier-coller, pas de prêt et un e-book illisible ailleurs que sur l’ordinateur de téléchargement)
  • les Dictionnaires permanents des Editions Législatives maintiennent leurs Bulletins d’actualité sous PDF
  • le PDF est devenu un standard de facto dans le monde juridique, notamment pour la reproduction des documents officiels (rapports, textes officiels du JORF sur Legifrance et du JOUE sur EUR-Lex)
  • le PDF évite de passer beaucoup de temps à photocopier pour répondre aux demandes de recherche
  • le PDF facilite le passage vers le numérique tant désiré par les éditeurs juridiques français, vu qu’ils ont maintenant des produits assez complets à proposer et qu’ils aimeraient bien récupérer leur mise de fonds après tout ce qu’ils ont investi dans le numérique
  • si on est prêt à payer et négocier les droits pour cela, le PDF est le format idéal (avec le RTF et le HTML, Word moins mais on ne peut pas complètement l’éviter) pour créer une bibliothèque numérique, c’est-à-dire pour que les structures, les "practices" et leurs services de documentation s’approprient le numérique, le fassent leur et franchissent enfin le pas en toute confiance car ils auraient enfin "leurs" documents numériques et non une connexion sur abonnement à un serveur distant - un avantage du PDF est de faciliter l’archivage des documents ou données qu’on a payées. Quelle autre solution d’archivage offrent les éditeurs à ceux qui résiliraient l’abonnement ?
  • enfin et surtout, de l’avis des documentalistes et juristes, le PDF est commercialement et "ergonomiquement" un "plus" pour un produit éditorial juridique en ligne : les juristes apprécient particulièrement la reproduction parfaite du papier. J’ajoute que les membres de Juriconnexion ne cessent d’insister auprès des concepteurs des produits éditoriaux en ligne sur le grand intérêt de ce format à leurs yeux et aux yeux de leurs utilisateurs [2]. Clairement, nous voulons pouvoir imprimer correctement et que ça reprenne la mise en page distinctive et beaucoup plus lisible du papier (autrement dit, les clients ne veulent plus perdre leurs repères visuels, apprendre sans cesse de nouvelles commandes sur les logiciels, de nouveaux opérateurs logiques : pour cela, il faut standardiser entre éditeurs et "copier" le papier — sans jeu de mots).

Les raisons de fond

Il est exact que le renforcement de la lutte contre la contrefaçon est nécessaire, légitime et justifié. Que les Français ne reconnaissent pas assez l’importance de l’information dans notre société et notre économie. Et qu’ils rechignent encore à en payer le vrai prix (ce qui ne veut pas dire qu’il faut tomber absolument dans l’excès inverse).

Pour autant, garder sa propriété intellectuelle au chaud chez soi et ce à tout prix — au propre comme au figuré — n’est pas le meilleur moyen de la vendre. En France, nous n’avons même pas l’exception de "fair use", les règles de la propriété intellectuelle sont donc tout puissantes et les éditeurs sont tentés d’en profiter. Dès lors, pourquoi s’étonner que de très nombreux clients refusent de jouer un jeu où ils sont perdants ?

Quand allons nous sortir de cercle vicieux et schéma stérile ? : les utilisateurs "copillent" trop facilement le numérique -> les éditeurs restreignent les fonctionnalités numériques OU bien les conditions d’utilisation (licence) OU bien proposent des tarifs inabordables -> les clients refusent ou restreignent leur passage au numérique OU "copillent" pour "en avoir pour leur argent" -> etc.

Les clients vont-ils une fois de plus revaloriser le papier et refuser de franchir le pas vers le numérique [3] ?

Deux solutions techniques

Une solution partielle et à terme : les mesures de protection technique et le DRM

Où en sont donc les recherches des éditeurs sur une protection intelligente contre la copie de fichiers et bases de données ? Les recherches sur le DRM n’auraient pas assez avancé faut-il croire [4] ? C’est possible mais l’exemple supra des e-books à clé d’activation sous Acrobat tend à montrer qu’on commence maintenant à avoir de vraies solutions.

Je précise à cet égard que les techniques de protection des fichiers comportent elles aussi des risques de limitations excessives des droits des utilisateurs et des rigidités peu pratiques [5]. Le DRM risque en effet de provoquer encore bien des négociations serrées, des refus d’abonnement et des protestations collectives. Et supposera de lutter contre les effets négatifs des concentrations éditoriales croissantes. C’est clair.

Mais au moins les protections techniques et le DRM rassurent elles les éditeurs et les auteurs, puisqu’elles permettent de laisser des fichiers numériques entre les mains de clients sans systématiquement craindre la contrefaçon puisque les fichiers sont alors reproductibles *uniquement* selon les termes de la licence.

Une solution insatisfaisante mais facile et immédiate : travailler les styles d’impression

En attendant que les éditeurs surmontent un jour leur peur du PDF et du "copillage" (expression copyright CFC), ils pourraient au moins développer un pis-aller (mais vraiment un pis-aller, ce n’est pas du tout la solution idéale à nos yeux) : se rapprocher de la version papier soit grâce au RTF, voire au format Word, soit par des feuilles de style CSS.

L’option RTF/Word : l’éditeur fournit en téléchargement, une version RTF ou très éventuellement Word [6]. L’idée est de se rapprocher de la mise en page et des polices de caractères de la version papier en profitant des possibilités assez avancées de formatage du RTF [7] et très avancées de Word.

Pour l’option CSS, il s’agit de fournir pour chaque page de contenu deux feuilles de style CSS (en clair pour les non technophiles : un habillage, une mise en page, comme un style Word) :

  • une CSS pour la visualisation à l’écran : ce serait la CSS par défaut ; elle serait la plus lisible possible à l’écran pour une résolution d’écran 1024 * 768 (la résolution la plus courante aujourd’hui dans les entreprises et cabinets français — et de loin)
  • une CSS pour l’impression : l’autre feuille CSS remplacerait automatiquement la mise en page par défaut lorsqu’on cliquerait sur le lien ou le bouton Imprimer ; elle s’approcherai le plus possible de la mise en page du papier. Précisons à cet égard que depuis la version 9.0 de Word (Word 2000), les documents Word (donc .DOC) sont en fait des fichiers XML dotés d’une feuille de style interne au fichier. La récupération de la feuille de style Word pour gérer l’affichage de pages Web (format HTML) est donc possible.

Les limites de ces deux options :

  • des déformations inévitables à l’impression par rapport à l’écran
  • surtout, l’impossibilité de reproduire à l’identique la version papier.

Entre parenthèses, des CSS efficaces supposent que le produit éditorial en ligne soit au format HTML conformes aux normes XHTML 1.0 et CSS 3.0 recommandées par le W3C. Sur ce sujet, quelques pages web éclairantes :

Evidemment, à moyen ou long terme, surtout face à la concentration croissante des éditeurs juridiques au sein de grands groupes d’édition mutinationaux (Reed-Elsevier (LexisNexis SA, Litec, DO), Wolters-Kluwer (Lamy, JNA, Liaisons), Thomson (Transactive)), l’adoption du format PDF par les éditeurs français dépend largement du degré d’entente entre clients et fournisseurs, et de la capacité des éditeurs d’entendre les demandes de leurs utilisateurs. Mais ceci est une autre histoire ...

Emmanuel Barthe
documentaliste juridique


Vente directe en ligne, externalisation et sous-traitance font des émules parmi les éditeurs

Libraires et diffuseurs face aux éditeurs juridiques : une marge de manoeuvre de plus en plus étroite

De grands éditeurs juridiques relèguent les intermédiaires aux tâches les moins rémunératrices

Lundi 24 janvier 2005

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Un sous-traitant à la place de l’éditeur

Depuis quelques années, je me suis aperçu que mes abonnements et commandes permanentes ("permanent order") chez l’éditeur néerlando-anglo-saxon Kluwer Law International (KLI, devenu Kluwer Law-Aspen) me parvenaient par l’intermédiaire d’une société basée en Angleterre, Extenza-Turpin [8], qui gère les produits de KLI pour l’Europe et appartient au groupe d’agences d’abonnements Royal Swets & Zeitlinger [9]. Ce diffuseur et gestionnaire d’abonnements — on peut même parler ici d’externalisation et de sous-traitance globale [10] — a tout d’abord diffusé leurs abonnements à feuillets mobiles ("looseleaf editions") puis leurs cédéroms et leurs traités [11], puis est devenu mon unique interlocuteur commercial. Kluwer ne vend et diffuse plus en direct que ses bases et ouvrages en ligne et sa librairie en ligne. Pour le reste, on m’impose donc un intermédiaire. Qui, précision utile, n’a pas de marge de manoeuvre sur les prix ...

Des libraires moins libres

En sens inverse, je ne peux plus commander à mon libraire parisien habituel des ouvrages étrangers, surtout s’ils sont publiés par de grands groupes d’édition anglo-saxons comme Sweet & Maxwell [12] ou Kluwer. Il n’est tout simplement pas servi. Ou bien cela prend plusieurs mois ... En revanche, d’après Litec (groupe LexisNexis-JurisClasseur), leurs deux librairies parisiennes peuvent passer des commandes d’ouvrages anglais (Butterworths, qui fait partie du même groupe que Litec, mais aussi Sweet & Maxwel, filiale du concurrent Thomson). Francis Lefebvre pratique, depuis longtemps, des remises aux libraires sur ses ouvrages très inférieures à elles des autres éditeurs. Lamy a fermé courant 2004 sa librairie Droit & Santé. Et Dalloz a exilé il y a déjà 7 ou 8 ans son entrepôt parisien en banlieue et les libraires parisiens ne peuvent donc plus me fournir le jour même. [13]

Les libraires français sont d’autant plus vulnérables face aux éditeurs qu’une part croissante de leurs fonds leur échappe : en France, ouvrages à mise à jour, revues [14], cédéroms, bases de données et ouvrages en ligne juridiques sont quasi-uniquement commercialisés par les éditeurs eux-mêmes. Les éditeurs évitent d’en confier la vente aux libraires, et les rares commandes par l’intermédiaire des libraires sont découragées par des délais identiques à ceux pratiqués pour les particuliers, donc sans avantage à utiliser le "canal" libraire.

De plus, les grands distributeurs de livres [15] en France ne sont plus que trois et sont désormais chacun propriété d’un grand groupe d’édition. Ils diffusent une large part des éditeurs de livres de droit :

  • Sodis, le distributeur de Litec, est une filiale de Gallimard (groupe familial indépendant) (toutefois, la diffusion de Litec a été confiée depuis juillet 2004 au département Géodif d’Eyrolles, un acteur de moindre taille [16]
  • Editis (plus précisément, l’ex-département Diffusion Internationale de Vivendi Universal Publishing Services, devenu Interforum), racheté en 2004 par Wendel Investissement à Hachette (groupe Lagardère) est resté le distributeur de Dalloz (groupe Hachette Livre) (et était son propriétaire) [17]
  • Le Seuil, enfin, qui a été récemment racheté par l’éditeur La Martinière pour devenir Volumen. Ce rachat a d’ailleurs posé, de août 2004 à mi-janvier 2005, un problème supplémentaire aux libraires : Le Seuil était le diffuseur du groupe Petites affiches-LGDJ-Montchrestien-Defrénois-Joly, tâche reprise par Volumen, le nouvel outil de distribution des livres du groupe. Or, depuis le rachat-fusion du Seuil par La Martinière, les libraires mettaient deux semaines pour recevoir les ouvrages du groupe P.A.-LGDJ. Ce retard est revenu début janvier 2005 à une semaine, puis mi-janvier, au délai habituel de deux ou trois jours. Mais pour les clients, l’alerte a été chaude, et pour les éditeurs distribués et les libraires, les pertes commerciales ont été sévères [18].

Rappelons que les libraires subissent également une forte concurrence des grandes surfaces (FNAC), malgré la politique française de prix unique du livre et de limitation des rabais qui limite le phénomène mais ne le supprime pas.

Beaucoup de grands éditeurs sont tentés de court-circuiter ou instrumentaliser les intermédiaires

Bref, on a l’impression que beaucoup de grands éditeurs considèrent désormais les intermédiaires (libraires, diffuseurs), non plus comme des partenaires utiles pour développer leur chiffre d’affaires ou des acteurs incontournables, mais comme des concurrents à supprimer ou à attacher — très étroitement — à leur service. Seuls leurs services en ligne (librairies, bases et ouvrages en ligne) échappent à ce phénomène. Mais pas sans raisons : là, les éditeurs ont choisi de garder la main et ils contrôlent leurs clients par des licences aux conditions le plus souvent très restrictives.

Au final — ce n’est pas une impression —, le client y perd :

  • moins de remises
  • moins de souplesse
  • obligation de gérer soi-même ses commandes
  • on est face à de grands groupes pour qui nous sommes de tout petits clients, alors que face aux libraires un client a du poids.

Origines et contexte de cette évolution

Explication/traduction : les grands éditeurs juridiques, comme beaucoup de multinationales depuis plus d’une dizaine d’années, cherchent à optimiser leurs coûts et à rapatrier en interne toute valeur ajoutée substantielle. Concrètement, un mouvement général chez les grands groupes internationaux et mêmes franco-français vise à :

  • supprimer tout intermédiaire entre eux et le client final, de manière à percevoir la totalité de la valeur ajoutée que paye celui-ci et éventuellement à baisser leurs prix pour maintenir ou augmenter leur part de marché (cf la politique commerciale du fabricant d’ordinateurs Dell) face à une concurrence de plus en plus forte et face aux exigences de rendement financier de leurs actionnaires (cours de bourse, dividende)
  • réduire leurs coûts en comptabilité/facturation et services commerciaux, en poussant fortement les clients à passer par le en ligne
  • mieux contrôler l’utilisation par les clients de leurs produits. I.e. : limiter prêt et copie
  • constituer une base de données de clients beaucoup plus exacte et détaillée, afin de pouvoir mieux connaître ceux-ci et donc améliorer les produits, le marketing et in fine les ventes.

C’est regrettable, y compris pour les éditeurs eux-mêmes et leurs auteurs, puisque les libraires donnent une grande visibilité à leurs livres, en leur faisant de la publicité et en mettant en avant les meilleurs ou les plus récents d’entre eux.

Le secteur juridique de l’édition, tant les français et que les anglo-saxons, a été plus lent à rentrer dans ce mouvement. Mais ils s’y inscrivent clairement maintenant.

Un choix très limité pour les clients

Libraires et diffuseurs, et leurs clients — qui sont aussi ceux des éditeurs — font donc face à une alternative désagréable :

  • soit perdre du temps, pour bien souvent ne pas obtenir du tout le produit demandé
  • soit passer par les chemins tracés par l’éditeur — passer son diffuseur unique attitré ou bien directement par lui en ligne — pour obtenir en temps voulu le produit. Et en payer le prix financier et en termes d’utilisation et de "privacy".

Si nous avons bien là affaire à une évolution à la Dell, il me semble qu’il serait "fair play" et respectueux envers leurs clients, de la part des éditeurs, d’offrir non seulement les inconvénients mais aussi les avantages du modèle Dell : prix, compétence, disponibilité et souplesse [19]. Or, c’est loin d’être le cas partout et sur tous les produits. On assiste au contraire à une moindre maîtrise du contenu des produits, à des gestions de comptes ou d’abonnements lacunaires [20] surtout pour les petits clients, et à un raidissement des politiques tarifaires et de licence de certains grands éditeurs juridiques français et internationaux. Une évolution plutôt à la Microsoft, alors ?

Emmanuel Barthe
documentaliste juridique


Les éditeurs et la mise à jour de leurs ouvrages

Pourquoi les Codes 2005 sortent-ils en 2004 ?

Mercredi 1er décembre 2004

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Xavier Haubry (webmestre et auteur de l’annuaire Droitenligne) écrivait sur la liste Juriconnexion le 22 mai 2004 :
« Une pratique des éditeurs [consiste] à prendre une année d’avance dans l’année indiquée sur leurs ouvrages. Ainsi, un peu comme cela se pratiquait à une époque pour les voitures, on appelle Code civil 2004 celui qui sort en septembre 2003 chez les deux éditeurs principaux. [...]
Un ouvrage qui est paru le mois dernier me surprend plus : il s’agit de "Droit et pratique des voies d’exécution. Edition 2005" dans la collection Dalloz action. Dès le mois d’avril 2004 on sort donc des ouvrages "2005". »

Les "mémentos" et leur mise à jour

Dalloz, pour des raisons que j’ignore (peut-être le fait que ses Dalloz Action ne sont pas rédigés par une équipe éditoriale mais par des auteurs externes : universitaires, avocats, magistrats), ne sort pas ses Dalloz Action régulièrement chaque année ou même tous les deux ans, comme son concurrent direct — sur ce créneau — Francis Lefebvre. Il peut attendre trois ans pour en sortir une nouvelle édition. Peut-être alors préfère t-il prendre de l’avance.

Il faut rappeler que Francis Lefebvre, même s’il est plus modéré sur ce chapitre, suit cette pratique du "millésime" aussi bien que Litec ou Dalloz. Si l’on prend les Mémentos 2003-2004 Groupe de sociétés et Audit et commissariat aux comptes, ils sont parus le 03/12/2002... Les Mémentos 2004-2005 Urbanisme construction et Gestion immobilière sont, eux, parus le 25/11/2003.
A la décharge et à l’honneur de Francis Lefebvre, il faut reconnaître que :

  • ses mémentos biannuels sont intitulés comme tels, donc un peu plus clairement que chez Dalloz, chez qui certains titres, bien que portant deux années, ne sont pas toujours mis à jour au bout de la deuxième année
  • pour certains titres annuels (Social, Fiscal), les EFL fournissent un petit fascicule de mise à jour, au bout de six mois
  • surtout, la date à laquelle un Mémento Francis Lefebvre est à jour, est systématiquement indiquée sur la page de titre. C’est très utile — je dirais même rare et précieux.

Et les ouvrages à mise à jour ?

Côté ouvrages à mise à jour, les Lamy et les Dictionnaires permaments sortent parfaitement leur épingle du jeu. Les JurisClasseurs papier, quant à eux, peuvent, selon les fascicules, être très à jour ou très peu à jour. Les fascicules des JurisClasseurs (feuillets blancs) ont en moyenne 3-4 ans d’âge. Certes, les feuillets de mise à jour jaunes et roses signalent le plus important de ce qui s’est passé depuis, mais pas toujours car eux-mêmes sont souvent tardifs. Surtout, rédigés par les équipes de l’éditeur — et non par les auteurs — ils manquent nettement de profondeur. Quant aux Répertoires Dalloz, leur retard sur l’actualité est devenu un de leur problèmes majeurs.

Ces problèmes de mise à jour devraient régresser ou disparaître avec les versions en ligne (LexisNexis.fr, CDs Permanents, Navis version 4 et nouveau Mémentis). Notamment, lors de la présentation de son nouveau service du 6 avril 2004, le JurisClasseur a promis pour 2005 ou 2006 des mises à jour ou newsletters hebdomadaires sur LexisNexis.fr. Ce qui n’empêche pas de trouver encore des versions papier d’ouvrages à mise à jour plus à jour que leurs versions en ligne ... [21]

Cependant, je me demande s’il ne faudrait pas mettre le holà à cette mode qui consiste à vouloir coller à tout prix à l’actualité. Les juristes, qu’ils soient étudiants, magistrats, notaires ou avocats, ont de plus en plus de mal à suivre sans le concours de spécialistes de la veille, documentalistes ou collaborateurs spécialement chargés de cette tâche dans un domaine du droit. Mon article Suivre l’actualité juridique ou Les défis de la veille expose plus avant ce problème.

Emmanuel Barthe
documentaliste juridique

Annexe : Les principaux éditeurs juridiques français


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