L’édition juridique

Dernier ajout : 11 juillet.

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Plusieurs dizaines de nouvelles revues juridiques en 2004-2005 : une véritable guerre des revues

Créer de nouvelles revues juridiques : un outil pour fidéliser clients ... et auteurs

Mais qu’en pensent les lecteurs ?

Jeudi 2 juin 2005

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Depuis maintenant une dizaine d’années, les grands éditeurs juridiques lancent leurs efforts dans deux directions :

  • monter, enrichir et faire adopter les versions en ligne de leurs fonds papier et cédéroms, et d’abord leurs ouvrages à mise à jour et revues
  • créer de nouvelles revues, toujours de nouvelles revues, chacune accolée à l’ouvrage à mise à jour sur la même matière et lui tenant plus ou moins lieu de bulletin de mise à jour.

Après un inventaire rapide du phénomène, peut-être faudrait il chercher ses raisons côté éditeur et voir ce qu’en pensent les utilisateurs ...

La guerre des revues

C’est ainsi qu’en 2004-2005, plus de trente nouvelles revues juridiques auraient été lancées [1] et que deux revues de droit français de la concurrence sont nées quasiment en même temps (voir notre article Revues en droit de la concurrence : un paysage très concurrentiel). On pourrait citer aussi, dans un style très différent, Culture Droit.

Il me semble que c’est le JurisClasseur (devenu LexisNexis SA) qui a lancé le mouvement, il y a environ 12 ans [2]. LexisNexis en est maintenant à 28 revues spécialisées. Lamy, Francis Lefebvre et la LGDJ ont suivi le mouvement, de manière nettement plus lente et modérée.

Mais pas si modérée ces derniers temps (2004-2005) pour l’éditeur du groupe Wolters-Kluwer. Lamy cherche à combler son retard sur LexisNexis. Fin 2004, début 2005, il vient de créer, coup sur coup :

L’an dernier également, les EJA-LGDJ ont lancé avec audace une nouvelle revue trimestrielle, la Revue des contrats (RDC). Celle-ci couvre un secteur sur lequel aucun titre ne s’était jusqu’ici spécialisé, malgré son intérêt évident pour la pratique du droit des affaires. Autre originalité, elle organise chaque année un colloque de haute tenue scientifique ... et gratuit.

Ne pas oublier l’outsider Lexbase, qui certes, ne sort ses revues qu’au seul format électronique, mais s’est quand même lancé avec ses revues Lexbase Hebdo.

Des effets sur les revues

La "guerre des revues juridiques" se traduit aussi par des changements de maquette, chose très inhabituelle dans le monde des revues juridiques françaises jusqu’à la mi-années 90. On a ainsi vu les revues mensuelles de LexisNexis changer de maquette en 2004. Fin du premier trimestre 2005, c’est le tour des diverses éditions de la Semaine juridique (JCP), suite au sondage mené par l’éditeur. Résultat : une mise en page plus aérée, donc plus claire et plus lisible, une nouvelle police de caractères, le tout faisant peser à la maquette de la Revue Lamy Droit des affaires, en un petit peu plus aéré toutefois. Mais on perd le sommaire sur la page de couverture, ce qui ne facilite pas la recherche dans les derniers mois en papier, seul moyen, bien souvent, pour retrouver un arrêt vaguement décrit et impossible à retrouver sur base de données ...

Autre effet de cette rivalité des éditeurs : les sondages et enquêtes sur les avis et attentes des lecteurs deviennent beaucoup plus fréquents [3]. Le dernier en date, précité, était celui de LexisNexis pour ses JCP.

Du point de vue de l’éditeur : quelles raisons pour multiplier les revues ?

Du point de vue de l’éditeur, il me semble qu’il peut y avoir plusieurs raisons pour lancer des nouvelles revues en nombre jusqu’à couvrir tous les domaines du droit où travaille l’éditeur :

  • fidéliser le client déjà abonné à un ouvrage à mise à jour
  • recruter de nouveaux auteurs et fidéliser les auteurs existants. Chacun sait que pour faire carrière, les universitaires et chercheurs sont largement évalués et promus en fonction de leurs publications, notamment du prestige des revues où paraissent leurs articles de doctrine, commentaires et notes de jurisprudence [4]. De plus en plus de revues flattent leurs auteurs en publiant leurs photos et en organisant des colloques — dont ils vendent les actes, bien sûr. Ainsi, pour l’auteur de l’étude parue dans chaque numéro du JCP, LexisNexis publie sa photo en noir et blanc en tête de l’article et, depuis leur nouvelle maquette d’avril 2005, jusque sur la couverture. La nouvelle maquette du JCP présente également, bien en évidence en page 2 de couverture, une rubrique "’Les auteurs de la semaine", à droite de l’"ours". S’attacher des auteurs, notamment les nouveaux professeurs et maîtres de conférences qui "montent" et si possible les "vedettes", fait partie intégrante et stratégique du métier d’éditeur
  • une stratégie commerciale. Notamment faire pièce à un éditeur concurrent : depuis une dizaine d’années, cela a été de toute évidence un des axes de la politique du JurisClasseur face à Lamy (depuis le début des années 90 et aujourd’hui encore, certes de manière moins nette), puis à partir des années 2000 de Lamy face à LexisNexis (ex-JurisClasseur). L’offre de Lamy en matière de revues ne couvrait pas assez de matières. Je pense par exemple à la propriété intellectuelle et les NTIC, où certes le Bulletin d’actualité du Lamy informatique fit figure de précurseur, notamment en publiant les Cahiers de l’ADIJ, mais le format d’une telle publication était devenu clairement dépassé face au développement du droit de l’informatique et d’Internet et le lancement en 2000 par le JurisClasseur de Communication commerce électronique (CCE). Une stratégie commerciale, ça peut aussi consister à attaquer une niche étroite et peu traitée. Le Bulletin du patrimoine et des sociétés civiles (BPAT) de Francis Lefebvre ressort de cette stratégie-là. La Revue des contrats de la LGDJ (groupe EJA-Petites Affiches) ressort aussi en partie de cette stratégie, elle participe aussi à mon avis de la consolidation, voire constitution d’un vivier d’auteurs, puisque le comité scientifique et les responsables de rubriques de la RDC comptent parmi les meilleurs auteurs universitaires
  • augmenter les revenus. En effet, soit elles sont lancées en solo (un nouvel abonnement séparé ; exemple : le Bulletin du patrimoine et des sociétés civiles, précité, de Francis Lefebvre), soit au début, les revues sont gratuites, comprises dans l’abonnement à l’ouvrage à mise à jour (cas — pour l’instant ? — de la Revue Lamy droit de l’immatériel), puis elles deviennent un abonnement séparé et payant (cas des revues mensuelles du JurisClasseur)
  • permettre une sorte de mise à jour, plus rapide que les mises à jour proprement dites, des fascicules/études des ouvrages à mise à jour. L’idée est d’ailleurs passée du papier au en ligne : l’incorporation des revues dans les platesformes en ligne des éditeurs — à condition qu’elles contiennent les tout derniers numéros — permet de faire une là aussi sorte de mise à jour par des liens vers les articles sur les réformes législatives et les jurisprudences. Là, Francis Lefebvre, avec les Revues de jurisprudence fiscale (RJF)et de jurisprudence sociale (RJS) sur ses cédéroms Navis, fut un précurseur.

Le point de vue de l’utilisateur : plus mitigé

Le point de vue de l’utilisateur est bien sûr un peu différent :

  • imposer une nouvelle revue dans les habitudes — les réflexes devrais-je dire — des juristes prend du temps, beaucoup de temps. On peut dire, 10 ans environ après, qu’un certain nombre de celles du JurisClasseur font maintenant partie de leurs paysage : Contrats concurrence consommation (CCC) ou Procédures — notamment parce qu’elles bouchaient un quasi-vide en la matière — en sont les meilleurs exemples. La revue Droit des sociétés, en revanche, a plus de mal face au Bulletin Joly Sociétés, son concurrent direct lui aussi mensuel. Idem Travail et protection sociale, qui doit faire face à la RJS [mise à jour au 1er janvier 2006 : la situation de Travail et protection sociale était telle qu’à la rentrée de septembre 2005, LexisNexis l’a carrément remplacé par une nouvelle édition de sa revue phare, le JCP [5], créant ainsi la Semaine juridique sociale (JCP S).]
  • la veille juridique s’améliore : plus d’informations, plus vite [6]
  • les coûts augmentent aussi, surtout si on désire tout lire, ce qui surtout est la tendance des moyens et grands cabinets
  • chez les abonnés aux revues de plusieurs éditeurs, une certaine redondance menace, les nouvelles revues mensuelles cherchant à coller au plus près à l’actualité et commentant souvent pour la moitié de leur pagination les mêmes arrêts, et pour leur parties Actualité, les mêmes réformes. Ce côté doublon est d’autant plus net si l’utilisateur est abonné aux newsletters juridiques par e-mail des mêmes éditeurs (Dalloz Actualité, BRDA en ligne, Dépêches du JurisClasseur, newsletter Lamyline Reflex, newsletters des Editions Législatives). Précisons toutefois que si le BRDA en ligne ne fait que publier avec deux semaines d’avance ce qu’on retrouvera ensuite dans la version papier, Dalloz Actualité, en revanche, ne se retrouve pas entièrement dans les actualités du Recueil Dalloz (et vice-versa)
  • les utilisateurs ont du mal à suivre [7] et, à part quelques jeunes courageux et quelques un(e)s étroitement spécialisés (propriété intellectuelle par exemple), plébiscitent en pratique les revues juridiques *généralistes* que sont le BRDA, les JCP G et E et le recueil Dalloz (la Revue Lamy Droit des affaires n’a jusqu’ici pas réussi vraiment à s’imposer dans le coeur des juristes et avocats). De manière similaire, le documentaliste juridique essaie parfois de survoler les sommaires, et finit par renoncer
  • lire un article, grâce à un lien hypertexte, pour mettre à jour un ouvrage à mise à jour, du point de vue du juriste utilisateur, c’est bien, et même beaucoup mieux que de devoir faire soi-même la recherche. Toutefois, une mise à jour du corps de l’étude plus fréquente permet un gain très net en temps et en pertinence des informations net par rapport à la lecture de l’article. On ne peut donc pas qualifier un lien vers un article ou une brève de véritable mise à jour
  • les matières moins rentables — droit des personnes, procédure, pénal (i.e. hors fiscal, social et droit des affaires) — sont, à part quelques exceptions chez Lamy et LexisNexis [8] de LexisNexis, et quelques tentatives de Dalloz, sont très peu concernées par ces lancements de nouveaux titres de revues.

En conclusion : une belle bagarre entre Lamy et LexisNexis, un accroissement très important du volume d’informations en droit des affaires, tant mieux pour la veille, un peu dommage pour le recul, la synthèse et la réflexion. Mais après tout, c’est un peu le style de notre époque ...

Emmanuel Barthe
documentaliste juridique


Les éditeurs juridiques et le PDF

Un format bien aimé des clients, mais mal aimé des éditeurs ?

Vendredi 4 février 2005

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[mise à jour au 30 septembre 2008 :
Ca bouge, il y a plus de PDF sur les bases en ligne, mais le plus souvent, ce n’est que la version PDF d’un fichier texte ASCII (Lamyline, Lexis-Nexis-Jurisclasseur), alors que le sujet ici, c’est : à quand la version PDF *image et "ocrisée"* du papier ?
Pas de PDF sur Navis, rien sur Lextenso alors que sur l’ancien site des Petites Affiches, on l’avait.
Quelques évolutions récentes : la reproduction à l’identique des études de l’Encyclopédie Dalloz sur Dalloz.fr (remarquable), et les versions Flash (pas PDF hélas) des revues sur Lamyline Reflex.]

Le problème

Les éditeurs français se méfieraient-ils du format PDF ? Peu en fournissent, et certains des audacieux font marche arrière. Ainsi, à partir de 2005, à l’occasion du transfert sur le portail Lextenso de la version numérique de la revue Les Petites affiches, l’éditeur supprime la version PDF jusqu’ici disponible pour les abonnés à son site payant. Je peux comprendre leurs raisons : ainsi que l’explique [9] Frédéric Etchart, directeur marketing des Petites affiches :

  • unifier les sites web fournissant leurs revues permet de simplifier, rationaliser (donc faire des économies)
  • selon lui, le format PDF facilite un peu trop la contrefaçon numérique et met en danger leurs revenus.

Plusieurs remarques cependant :

  • il existe bel et bien des solutions pour empêcher la copie des fichiers PDF. Par exemple, la librairie en ligne de la Chambre de commerce internationale (CCI-ICC) propose à la vente des "e-books" (livres numériques) au format Acrobat 6.0 sécurisés chacun par une clé d’activation envoyée séparément. L’Harmattan — moins investi dans le juridique que d’autres, certes — propose sur sa librairie/catalogue en ligne près de 6000 e-books et fournit une FAQ correcte sur l’e-book, qui illustre à la fois les avantages (prix 30% moins élevé que le papier, chez L’Harmattan) et les inconvénients (impression possible (une fois seulement à la CCI !), mais pas de copier-coller, pas de prêt et un e-book illisible ailleurs que sur l’ordinateur de téléchargement)
  • les Dictionnaires permanents des Editions Législatives maintiennent leurs Bulletins d’actualité sous PDF
  • le PDF est devenu un standard de facto dans le monde juridique, notamment pour la reproduction des documents officiels (rapports, textes officiels du JORF sur Legifrance et du JOUE sur EUR-Lex)
  • le PDF évite de passer beaucoup de temps à photocopier pour répondre aux demandes de recherche
  • le PDF facilite le passage vers le numérique tant désiré par les éditeurs juridiques français, vu qu’ils ont maintenant des produits assez complets à proposer et qu’ils aimeraient bien récupérer leur mise de fonds après tout ce qu’ils ont investi dans le numérique
  • si on est prêt à payer et négocier les droits pour cela, le PDF est le format idéal (avec le RTF et le HTML, Word moins mais on ne peut pas complètement l’éviter) pour créer une bibliothèque numérique, c’est-à-dire pour que les structures, les "practices" et leurs services de documentation s’approprient le numérique, le fassent leur et franchissent enfin le pas en toute confiance car ils auraient enfin "leurs" documents numériques et non une connexion sur abonnement à un serveur distant - un avantage du PDF est de faciliter l’archivage des documents ou données qu’on a payées. Quelle autre solution d’archivage offrent les éditeurs à ceux qui résiliraient l’abonnement ?
  • enfin et surtout, de l’avis des documentalistes et juristes, le PDF est commercialement et "ergonomiquement" un "plus" pour un produit éditorial juridique en ligne : les juristes apprécient particulièrement la reproduction parfaite du papier. J’ajoute que les membres de Juriconnexion ne cessent d’insister auprès des concepteurs des produits éditoriaux en ligne sur le grand intérêt de ce format à leurs yeux et aux yeux de leurs utilisateurs [10]. Clairement, nous voulons pouvoir imprimer correctement et que ça reprenne la mise en page distinctive et beaucoup plus lisible du papier (autrement dit, les clients ne veulent plus perdre leurs repères visuels, apprendre sans cesse de nouvelles commandes sur les logiciels, de nouveaux opérateurs logiques : pour cela, il faut standardiser entre éditeurs et "copier" le papier — sans jeu de mots).

Les raisons de fond

Il est exact que le renforcement de la lutte contre la contrefaçon est nécessaire, légitime et justifié. Que les Français ne reconnaissent pas assez l’importance de l’information dans notre société et notre économie. Et qu’ils rechignent encore à en payer le vrai prix (ce qui ne veut pas dire qu’il faut tomber absolument dans l’excès inverse).

Pour autant, garder sa propriété intellectuelle au chaud chez soi et ce à tout prix — au propre comme au figuré — n’est pas le meilleur moyen de la vendre. En France, nous n’avons même pas l’exception de "fair use", les règles de la propriété intellectuelle sont donc tout puissantes et les éditeurs sont tentés d’en profiter. Dès lors, pourquoi s’étonner que de très nombreux clients refusent de jouer un jeu où ils sont perdants ?

Quand allons nous sortir de cercle vicieux et schéma stérile ? : les utilisateurs "copillent" trop facilement le numérique -> les éditeurs restreignent les fonctionnalités numériques OU bien les conditions d’utilisation (licence) OU bien proposent des tarifs inabordables -> les clients refusent ou restreignent leur passage au numérique OU "copillent" pour "en avoir pour leur argent" -> etc.

Les clients vont-ils une fois de plus revaloriser le papier et refuser de franchir le pas vers le numérique [11] ?

Deux solutions techniques

Une solution partielle et à terme : les mesures de protection technique et le DRM

Où en sont donc les recherches des éditeurs sur une protection intelligente contre la copie de fichiers et bases de données ? Les recherches sur le DRM n’auraient pas assez avancé faut-il croire [12] ? C’est possible mais l’exemple supra des e-books à clé d’activation sous Acrobat tend à montrer qu’on commence maintenant à avoir de vraies solutions.

Je précise à cet égard que les techniques de protection des fichiers comportent elles aussi des risques de limitations excessives des droits des utilisateurs et des rigidités peu pratiques [13]. Le DRM risque en effet de provoquer encore bien des négociations serrées, des refus d’abonnement et des protestations collectives. Et supposera de lutter contre les effets négatifs des concentrations éditoriales croissantes. C’est clair.

Mais au moins les protections techniques et le DRM rassurent elles les éditeurs et les auteurs, puisqu’elles permettent de laisser des fichiers numériques entre les mains de clients sans systématiquement craindre la contrefaçon puisque les fichiers sont alors reproductibles *uniquement* selon les termes de la licence.

Une solution insatisfaisante mais facile et immédiate : travailler les styles d’impression

En attendant que les éditeurs surmontent un jour leur peur du PDF et du "copillage" (expression copyright CFC), ils pourraient au moins développer un pis-aller (mais vraiment un pis-aller, ce n’est pas du tout la solution idéale à nos yeux) : se rapprocher de la version papier soit grâce au RTF, voire au format Word, soit par des feuilles de style CSS.

L’option RTF/Word : l’éditeur fournit en téléchargement, une version RTF ou très éventuellement Word [14]. L’idée est de se rapprocher de la mise en page et des polices de caractères de la version papier en profitant des possibilités assez avancées de formatage du RTF [15] et très avancées de Word.

Pour l’option CSS, il s’agit de fournir pour chaque page de contenu deux feuilles de style CSS (en clair pour les non technophiles : un habillage, une mise en page, comme un style Word) :

  • une CSS pour la visualisation à l’écran : ce serait la CSS par défaut ; elle serait la plus lisible possible à l’écran pour une résolution d’écran 1024 * 768 (la résolution la plus courante aujourd’hui dans les entreprises et cabinets français — et de loin)
  • une CSS pour l’impression : l’autre feuille CSS remplacerait automatiquement la mise en page par défaut lorsqu’on cliquerait sur le lien ou le bouton Imprimer ; elle s’approcherai le plus possible de la mise en page du papier. Précisons à cet égard que depuis la version 9.0 de Word (Word 2000), les documents Word (donc .DOC) sont en fait des fichiers XML dotés d’une feuille de style interne au fichier. La récupération de la feuille de style Word pour gérer l’affichage de pages Web (format HTML) est donc possible.

Les limites de ces deux options :

  • des déformations inévitables à l’impression par rapport à l’écran
  • surtout, l’impossibilité de reproduire à l’identique la version papier.

Entre parenthèses, des CSS efficaces supposent que le produit éditorial en ligne soit au format HTML conformes aux normes XHTML 1.0 et CSS 3.0 recommandées par le W3C. Sur ce sujet, quelques pages web éclairantes :

Evidemment, à moyen ou long terme, surtout face à la concentration croissante des éditeurs juridiques au sein de grands groupes d’édition mutinationaux (Reed-Elsevier (LexisNexis SA, Litec, DO), Wolters-Kluwer (Lamy, JNA, Liaisons), Thomson (Transactive)), l’adoption du format PDF par les éditeurs français dépend largement du degré d’entente entre clients et fournisseurs, et de la capacité des éditeurs d’entendre les demandes de leurs utilisateurs. Mais ceci est une autre histoire ...

Emmanuel Barthe
documentaliste juridique


Vente directe en ligne, externalisation et sous-traitance font des émules parmi les éditeurs

Libraires et diffuseurs face aux éditeurs juridiques : une marge de manoeuvre de plus en plus étroite

De grands éditeurs juridiques relèguent les intermédiaires aux tâches les moins rémunératrices

Lundi 24 janvier 2005

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Un sous-traitant à la place de l’éditeur

Depuis quelques années, je me suis aperçu que mes abonnements et commandes permanentes ("permanent order") chez l’éditeur néerlando-anglo-saxon Kluwer Law International (KLI, devenu Kluwer Law-Aspen) me parvenaient par l’intermédiaire d’une société basée en Angleterre, Extenza-Turpin [16], qui gère les produits de KLI pour l’Europe et appartient au groupe d’agences d’abonnements Royal Swets & Zeitlinger [17]. Ce diffuseur et gestionnaire d’abonnements — on peut même parler ici d’externalisation et de sous-traitance globale [18] — a tout d’abord diffusé leurs abonnements à feuillets mobiles ("looseleaf editions") puis leurs cédéroms et leurs traités [19], puis est devenu mon unique interlocuteur commercial. Kluwer ne vend et diffuse plus en direct que ses bases et ouvrages en ligne et sa librairie en ligne. Pour le reste, on m’impose donc un intermédiaire. Qui, précision utile, n’a pas de marge de manoeuvre sur les prix ...

Des libraires moins libres

En sens inverse, je ne peux plus commander à mon libraire parisien habituel des ouvrages étrangers, surtout s’ils sont publiés par de grands groupes d’édition anglo-saxons comme Sweet & Maxwell [20] ou Kluwer. Il n’est tout simplement pas servi. Ou bien cela prend plusieurs mois ... En revanche, d’après Litec (groupe LexisNexis-JurisClasseur), leurs deux librairies parisiennes peuvent passer des commandes d’ouvrages anglais (Butterworths, qui fait partie du même groupe que Litec, mais aussi Sweet & Maxwel, filiale du concurrent Thomson). Francis Lefebvre pratique, depuis longtemps, des remises aux libraires sur ses ouvrages très inférieures à elles des autres éditeurs. Lamy a fermé courant 2004 sa librairie Droit & Santé. Et Dalloz a exilé il y a déjà 7 ou 8 ans son entrepôt parisien en banlieue et les libraires parisiens ne peuvent donc plus me fournir le jour même. [21]

Les libraires français sont d’autant plus vulnérables face aux éditeurs qu’une part croissante de leurs fonds leur échappe : en France, ouvrages à mise à jour, revues [22], cédéroms, bases de données et ouvrages en ligne juridiques sont quasi-uniquement commercialisés par les éditeurs eux-mêmes. Les éditeurs évitent d’en confier la vente aux libraires, et les rares commandes par l’intermédiaire des libraires sont découragées par des délais identiques à ceux pratiqués pour les particuliers, donc sans avantage à utiliser le "canal" libraire.

De plus, les grands distributeurs de livres [23] en France ne sont plus que trois et sont désormais chacun propriété d’un grand groupe d’édition. Ils diffusent une large part des éditeurs de livres de droit :

  • Sodis, le distributeur de Litec, est une filiale de Gallimard (groupe familial indépendant) (toutefois, la diffusion de Litec a été confiée depuis juillet 2004 au département Géodif d’Eyrolles, un acteur de moindre taille [24]
  • Editis (plus précisément, l’ex-département Diffusion Internationale de Vivendi Universal Publishing Services, devenu Interforum), racheté en 2004 par Wendel Investissement à Hachette (groupe Lagardère) est resté le distributeur de Dalloz (groupe Hachette Livre) (et était son propriétaire) [25]
  • Le Seuil, enfin, qui a été récemment racheté par l’éditeur La Martinière pour devenir Volumen. Ce rachat a d’ailleurs posé, de août 2004 à mi-janvier 2005, un problème supplémentaire aux libraires : Le Seuil était le diffuseur du groupe Petites affiches-LGDJ-Montchrestien-Defrénois-Joly, tâche reprise par Volumen, le nouvel outil de distribution des livres du groupe. Or, depuis le rachat-fusion du Seuil par La Martinière, les libraires mettaient deux semaines pour recevoir les ouvrages du groupe P.A.-LGDJ. Ce retard est revenu début janvier 2005 à une semaine, puis mi-janvier, au délai habituel de deux ou trois jours. Mais pour les clients, l’alerte a été chaude, et pour les éditeurs distribués et les libraires, les pertes commerciales ont été sévères [26].

Rappelons que les libraires subissent également une forte concurrence des grandes surfaces (FNAC), malgré la politique française de prix unique du livre et de limitation des rabais qui limite le phénomène mais ne le supprime pas.

Beaucoup de grands éditeurs sont tentés de court-circuiter ou instrumentaliser les intermédiaires

Bref, on a l’impression que beaucoup de grands éditeurs considèrent désormais les intermédiaires (libraires, diffuseurs), non plus comme des partenaires utiles pour développer leur chiffre d’affaires ou des acteurs incontournables, mais comme des concurrents à supprimer ou à attacher — très étroitement — à leur service. Seuls leurs services en ligne (librairies, bases et ouvrages en ligne) échappent à ce phénomène. Mais pas sans raisons : là, les éditeurs ont choisi de garder la main et ils contrôlent leurs clients par des licences aux conditions le plus souvent très restrictives.

Au final — ce n’est pas une impression —, le client y perd :

  • moins de remises
  • moins de souplesse
  • obligation de gérer soi-même ses commandes
  • on est face à de grands groupes pour qui nous sommes de tout petits clients, alors que face aux libraires un client a du poids.

Origines et contexte de cette évolution

Explication/traduction : les grands éditeurs juridiques, comme beaucoup de multinationales depuis plus d’une dizaine d’années, cherchent à optimiser leurs coûts et à rapatrier en interne toute valeur ajoutée substantielle. Concrètement, un mouvement général chez les grands groupes internationaux et mêmes franco-français vise à :

  • supprimer tout intermédiaire entre eux et le client final, de manière à percevoir la totalité de la valeur ajoutée que paye celui-ci et éventuellement à baisser leurs prix pour maintenir ou augmenter leur part de marché (cf la politique commerciale du fabricant d’ordinateurs Dell) face à une concurrence de plus en plus forte et face aux exigences de rendement financier de leurs actionnaires (cours de bourse, dividende)
  • réduire leurs coûts en comptabilité/facturation et services commerciaux, en poussant fortement les clients à passer par le en ligne
  • mieux contrôler l’utilisation par les clients de leurs produits. I.e. : limiter prêt et copie
  • constituer une base de données de clients beaucoup plus exacte et détaillée, afin de pouvoir mieux connaître ceux-ci et donc améliorer les produits, le marketing et in fine les ventes.

C’est regrettable, y compris pour les éditeurs eux-mêmes et leurs auteurs, puisque les libraires donnent une grande visibilité à leurs livres, en leur faisant de la publicité et en mettant en avant les meilleurs ou les plus récents d’entre eux.

Le secteur juridique de l’édition, tant les français et que les anglo-saxons, a été plus lent à rentrer dans ce mouvement. Mais ils s’y inscrivent clairement maintenant.

Un choix très limité pour les clients

Libraires et diffuseurs, et leurs clients — qui sont aussi ceux des éditeurs — font donc face à une alternative désagréable :

  • soit perdre du temps, pour bien souvent ne pas obtenir du tout le produit demandé
  • soit passer par les chemins tracés par l’éditeur — passer son diffuseur unique attitré ou bien directement par lui en ligne — pour obtenir en temps voulu le produit. Et en payer le prix financier et en termes d’utilisation et de "privacy".

Si nous avons bien là affaire à une évolution à la Dell, il me semble qu’il serait "fair play" et respectueux envers leurs clients, de la part des éditeurs, d’offrir non seulement les inconvénients mais aussi les avantages du modèle Dell : prix, compétence, disponibilité et souplesse [27]. Or, c’est loin d’être le cas partout et sur tous les produits. On assiste au contraire à une moindre maîtrise du contenu des produits, à des gestions de comptes ou d’abonnements lacunaires [28] surtout pour les petits clients, et à un raidissement des politiques tarifaires et de licence de certains grands éditeurs juridiques français et internationaux. Une évolution plutôt à la Microsoft, alors ?

Emmanuel Barthe
documentaliste juridique


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