L’édition juridique

Dernier ajout : 6 décembre.

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Farces et attrapes

Trois techniques de marketing pour rajeunir artificiellement un livre de droit

Et une quatrième pour pousser (à contretemps) à l’achat

Mardi 11 juillet 2017

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Cure de rajeunissement

Si vous êtes bibliophile ou bibliothécaire, comme l’auteur de ce billet, vous savez qu’un ouvrage très demandé peut faire l’objet d’un nouvelle impression dite aussi réimpression ou nouveau tirage (à l’identique, donc).

Dans ce cas, les dates de parution et de dépôt légal changent, mais le numéro ISBN normalement pas.

Ce procédé incite les acheteurs, qui achètent sans le livre en main et souvent en grandes quantités, à penser qu’ils ont affaire là à une nouvelle édition puisque la date de parution a changé et que ça apparaît dans leur veille bibliographique.

En fait, vous venez d’acheter un doublon. Et de prendre des vessies pour des lanternes. Si vous n’avez pas une très, très bonne mémoire, vous ne vous souviendrez pas que vous avez déjà vu passer cette édition.

L’effet d’illusion est d’autant plus fort lorsque l’éditeur combine cette technique avec d’autres techniques marketing pouvant abuser l’acheteur :

Affecter un nouveau n° ISBN à un ouvrage identique est abusif. Cela ne correspond à rien de nouveau, de tangible.

La deuxième technique, celle du millésime, consiste à mettre l’année n+1 sur la couverture dès qu’un ouvrage sort fin juillet — et sera donc présenté en librairie fin août, autrement dit à la rentrée.

Exemple d’un ouvrage combinant ces trois techniques :
Droit du travail / Gilles Auzero et Emmanuel Dockès. - 30e éd. - Dalloz, 2015
ISBN 978-2-247-16874-3

La couverture porte : 2016 30e édition. La 29e édition portait la mention 2015. C’est faux : 2016 date en réalité d’octobre 2015 et 2015 est paru en septembre 2014.

Plus précisément, 2016 réimprimé paru en 2016 est paru fin août 2016 et date en réalité d’octobre 2015 : près de deux ans d’écart ! Autrement dit : alors que je m’attendais à ce que cet ouvrage traite la loi Travail de de l’été 2016 dite loi El-Khomri, eh bien il n’est pas à jour.

Même le libraire Decitre, un (très gros) acheteur lui aussi, s’y est fait prendre. Regardez sa notice : aucune mention d’un nouveau tirage.

Ah oui ! au fait, le millésime 2018 sort en septembre mais porte un gros sticker noir portant "Edition 2017". Tiens donc ! Mais il ne sera pas pour autant à jour ... de la seconde loi (ou plutôt ordonnance) Travail, dont la loi d’habilitation arrive devant le Parlement :-(

Vaporbook

Dans un registre similaire, je pourrais aussi citer ces fréquentes annonces d’ouvrages un à deux mois à l’avance qui polluent les librairies en ligne, particulièrement les veilles bibliographiques qu’elles offrent.

C’est au moment où on peut l’acheter qu’il faut signaler un ouvrage. Autrement, ça crée de la frustration (d’autant plus que la plupart du temps la couverture manque), et ça amène à oublier la nouveauté lorsqu’elle est enfin disponible. Cela pose également des problèmes avec des lecteurs qui, ayant vu l’annonce de parution, demandent (voire exigent) le livre non encore paru et regrettent qu’on ne l’ait pas encore acheté.

Emmanuel Barthe
bibliothécaire documentaliste juridique, acheteur de documentation juridique


La couverture du millésime 2016 datant de 2015 et paru en octobre 2015 : elle mentionne à juste titre : "A jour des lois Macron et Rebsamen"


La couverture du millésime 2016 datant de 2015 et paru en août 2016 : bizarre, elle ne mentionne plus " A jour des lois ...". Peut-être pour qu’on évite de se poser des questions sur la date exacte du contenu ?


Le juge de paix : la notice du catalogue collectif des bibliothèques universitaires françaises, le Sudoc. Il mentionne bien "autre tirage 2016" et les *deux* numéros ISBN sur *une seule* et même notice


ELS : une stratégie d’expansion européenne

Les éditeurs juridiques belges et le marché français

French Connection chez Larcier

Mardi 6 juin 2017

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Ma collègue Isabelle Brasseur signale sur la liste Juriconnexion que les Petites affiches annoncent dans leur numéro du 1er juin 2017 une nouvelle revue Revue européenne et internationale de droit fiscal.

Elle rappelle que cette revue existe en réalité depuis début 2015 et qu’elle est commercialisée par les Editions Bruylant. La revue est disponible sous format papier et est accessible en ligne uniquement pour les abonnés à la base Stradalex du groupe Larcier. Il y a 4 numéros par an.

Cette revue de qualité en fiscalité internationale réunit des universitaires, praticiens et avocats des cabinets internationaux français et étrangers qui confrontent leurs points de vue sur les nouveaux enjeux.

Editeurs juridiques belges : le niveau monte

Ça me fait penser que depuis pas mal d’années, on constate une montée en qualité et en quantité des publications d’éditeurs juridiques belges sur le droit français.

Je pense particulièrement à l’excellente collection de manuels de droit français Paradigme chez Larcier. Ainsi, le manuel de droit des contrats est rédigé par le professeur Houtcieff, un des enseignants consultés lors des préparations des projets de réforme du droit des obligations. Quant au manuel de procédure civile, il est rédigé par Yves Strickler, professeur à Strasbourg, dont la thèse sur le juge des référés reste, aujourd’hui encore, un des très rares ouvrages consacrés à ce sujet assez "technique".

On note aussi depuis au moins quatre ans un démarchage en France pour vendre la base StradaLex de Larcier.

Francis Lefebvre a racheté en 2016 le premier éditeur juridique belge

Clairement, nos voisins du Nord lorgnent sur le marché français.

Il faut dire que le rachat en juillet 2016 du groupe Larcier par l’éditeur français Lefebvre Sarrut, n’a pu qu’accentuer cette tendance.

Le groupe Larcier, représenté par les éditions Larcier, Promoculture et Bruylant, est LE représentant essentiel des éditeurs belges en droit, mais il y en a d’autres : Presses Universitaires de Louvain, Brepols, l’éditeur spécialisé Migration Policy Group (MPG est en fait un think tank) ...

La liste des éditeurs juridiques belges est consultable sur le site de l’association des éditeurs belges (ADEB).

Ce n’est pas nouveau de la part de Lefebvre : en mai 2011 déjà, ils avaient racheté le groupe belge Indicator, spécialisé dans l’édition de newsletters thématiques (fiscale, sociale, etc.) ou sectorielles (immobilier, professions médicales, etc.) à destination principalement des PME et experts-comptables.

Groupe Lefebvre Sarrut : une stratégie d’acquitions en Europe

Ces derniers rachats en date du groupe Editions Lefebvre Sarrut (ELS), la maison mère de Francis Lefebvre, Dalloz et les Editions Législatives, illustrent sa stratégie depuis une vingtaine d’années : une stratégie d’acquisitions à l’étranger [2]. Comme pour rattraper leurs concurrents LexisNexis, Wolters Kluwer et Westlaw. A la nuance (de taille) près qu’ils rachètent uniquement des éditeurs juridiques européns et que le groupe est une entreprise familiale et non une société cotée :

  • Italie : Memento Francis Lefebvre est une joint-venture avec Wolters Kluwer créée en 1991 pour importer en Italie le concept du Mémento pratique. Les EFL possédaient déjà Giuffrè Editore depuis 1931
  • Belgique : Indicator (2011) puis Bruylant et Larcier (2016), donc
  • Espagne : El Derecho Y Quantor (EDQ) (2010), éditeur juridique et fiscal, renommé depuis Lefebvre-El Derecho
  • Pays-Bas : SDU (2013), second éditeur juridique et fiscal néerlandais, après l’indéboulonnable Kluwer
  • Allemagne (2013) : Juris, premier éditeur juridique et fiscal allemand en ligne.

Si ma mémoire et mes estimations sont fiables, l’international et la formation font, depuis une dizaine d’années, plus de la moitié du chiffre d’affaires du groupe ELS. Ce qui veut dire que l’édition y est devenue minoritaire.

Emmanuel Barthe
bibliothécaire documentaliste juridique


Petite revue est devenue grande

La revue Actuassurance monte en gamme et devient payante

Rachat par les éditions EBCL, changement de titre en Bulletin juridique des assurances

Dimanche 9 avril 2017

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Sur la page d’accueil du site de la revue juridique en ligne actuassurance.com, un message aux lecteurs annonce que la revue a éte reprise par un éditeur juridique, EBCL, qui va désormais la publier sous le nom de Bulletin juridique des assurances (BJDA).

Actuassurance.com s’agrandit et devient payante

En voici l’essentiel :

Les fondatrices Sabine Abravanel-Jolly [3], directrice de l’Institut des assurances de Lyon [4], et Axelle Astegiano-La Rizza, maîtres de conférence et auteurs spécialistes du droit des assurances, continuent à en assurer la direction.

De nouveaux auteurs rejoignent l’èquipe actuelle :

  • Maud Bentin-Liaras, docteur en droit et chargée de cours à Lyon 3 (rubriques « Droit commun de l’assurance et Assurance de groupe/collective)
  • Me Cyrille Charbonneau, docteur en droit, chargé de cours à Paris I (rubrique « Assurance construction)
  • Alain Devers, MCF à Lyon 3 et avocat (rubrique DIP de l’assurance)
  • Me Anne Guillou, avocate (rubrique Intermédiaires en assurances)
  • Me Lionel Lefebvre, avocat (rubrique Assurance construction)
  • Me Pousset-Bougère, avocat (rubrique Procédures et Assurances)
  • le professeur Didier Krajeski, Toulouse 1 (rubrique Droit commun du contrat d’assurance)
  • le professeur Jean-Michel Do Carmo Silva, Ecole de Management de Grenoble (rubrique Droit économique de l’assurance).

La revue demeure bimestrielle, mais viendront s’y ajouter 3 ou 4 Dossiers papier par an, de 80 pages environ : ils seront composés d’articles de fond sur des thèmes d’actualité en droit des assurances.

Le prochain numéro de mars/avril 2017 sera donc publié sous le nom de BJDA sur le site : www.bjda.fr

Lors de la prochaine publication, nous vous informerons des nouvelles conditions d’abonnement aux commentaires, articles, archives et Dossiers « papier ». La page d’accueil restera en consultation gratuite.

J’en déduis à contrario que la revue va devenir payante, y compris les archives du site.

Confirmation : EBCL n’est pas vraiment un nouvel acteur de l’édition juridique : il publie le Bulletin juridique des collectivités locales (BJCL). Et sur le site du BJCL, seuls les sommaires de la revue sont disponibles gratuitement. Toutefois, impossible d’en savoir plus : EBCL n’est pas listé sur societe.com.

Actuassurance.com a été lancée en 2008 en revue pur numérique et gratuite et relancée en 2010 avec l’appui du professeur Jean Bigot, ancien directeur de la Revue générale du droit des assurances, membre de l’ancien Conseil national des assurances et fondateur de l’Institut du droit des affaires (IAP, Université Paris I). Elle fêtera donc bientôt ses 10 ans. Que de chemin parcouru ! [5].

Les concurrents

Les autres publications en droit français des assurances :

J’ai oublié un site d’actualité spécialisé en droit des assurances ? Les commentaires sont ouverts.

Emmanuel Barthe
bibliothécaire documentaliste juridique


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