L’édition juridique

Dernier ajout : 11 juillet.

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Farces et attrapes

Trois techniques de marketing pour rajeunir artificiellement un livre de droit

Et une quatrième pour pousser (à contretemps) à l’achat

Mardi 11 juillet 2017

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Cure de rajeunissement

Si vous êtes bibliophile ou bibliothécaire, comme l’auteur de ce billet, vous savez qu’un ouvrage très demandé peut faire l’objet d’un nouvelle impression dite aussi réimpression ou nouveau tirage (à l’identique, donc).

Dans ce cas, les dates de parution et de dépôt légal changent, mais le numéro ISBN normalement pas.

Ce procédé incite les acheteurs, qui achètent sans le livre en main et souvent en grandes quantités, à penser qu’ils ont affaire là à une nouvelle édition puisque la date de parution a changé et que ça apparaît dans leur veille bibliographique.

En fait, vous venez d’acheter un doublon. Et de prendre des vessies pour des lanternes. Si vous n’avez pas une très, très bonne mémoire, vous ne vous souviendrez pas que vous avez déjà vu passer cette édition.

L’effet d’illusion est d’autant plus fort lorsque l’éditeur combine cette technique avec d’autres techniques marketing pouvant abuser l’acheteur :

Affecter un nouveau n° ISBN à un ouvrage identique est abusif. Cela ne correspond à rien de nouveau, de tangible.

La deuxième technique, celle du millésime, consiste à mettre l’année n+1 sur la couverture dès qu’un ouvrage sort fin juillet — et sera donc présenté en librairie fin août, autrement dit à la rentrée.

Exemple d’un ouvrage combinant ces trois techniques :
Droit du travail / Gilles Auzero et Emmanuel Dockès. - 30e éd. - Dalloz, 2015
ISBN 978-2-247-16874-3

La couverture porte : 2016 30e édition. La 29e édition portait la mention 2015. C’est faux : 2016 date en réalité d’octobre 2015 et 2015 est paru en septembre 2014.

Plus précisément, 2016 réimprimé paru en 2016 est paru fin août 2016 et date en réalité d’octobre 2015 : près de deux ans d’écart ! Autrement dit : alors que je m’attendais à ce que cet ouvrage traite la loi Travail de de l’été 2016 dite loi El-Khomri, eh bien il n’est pas à jour.

Même le libraire Decitre, un (très gros) acheteur lui aussi, s’y est fait prendre. Regardez sa notice : aucune mention d’un nouveau tirage.

Ah oui ! au fait, le millésime 2018 sort en septembre mais porte un gros sticker noir portant "Edition 2017". Tiens donc ! Mais il ne sera pas pour autant à jour ... de la seconde loi (ou plutôt ordonnance) Travail, dont la loi d’habilitation arrive devant le Parlement :-(

Vaporbook

Dans un registre similaire, je pourrais aussi citer ces fréquentes annonces d’ouvrages un à deux mois à l’avance qui polluent les librairies en ligne, particulièrement les veilles bibliographiques qu’elles offrent.

C’est au moment où on peut l’acheter qu’il faut signaler un ouvrage. Autrement, ça crée de la frustration (d’autant plus que la plupart du temps la couverture manque), et ça amène à oublier la nouveauté lorsqu’elle est enfin disponible. Cela pose également des problèmes avec des lecteurs qui, ayant vu l’annonce de parution, demandent (voire exigent) le livre non encore paru et regrettent qu’on ne l’ait pas encore acheté.

Emmanuel Barthe
bibliothécaire documentaliste juridique, acheteur de documentation juridique


La couverture du millésime 2016 datant de 2015 et paru en octobre 2015 : elle mentionne à juste titre : "A jour des lois Macron et Rebsamen"


La couverture du millésime 2016 datant de 2015 et paru en août 2016 : bizarre, elle ne mentionne plus " A jour des lois ...". Peut-être pour qu’on évite de se poser des questions sur la date exacte du contenu ?


Le juge de paix : la notice du catalogue collectif des bibliothèques universitaires françaises, le Sudoc. Il mentionne bien "autre tirage 2016" et les *deux* numéros ISBN sur *une seule* et même notice


Les éditeurs juridiques belges et le marché français

French Connection chez Larcier

Mardi 6 juin 2017

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Ma collègue Isabelle Brasseur signale sur la liste Juriconnexion que les Petites affiches annoncent dans leur numéro du 1er juin 2017 une nouvelle revue Revue européenne et internationale de droit fiscal.

Elle rappelle que cette revue existe en réalité depuis début 2015 et qu’elle est commercialisée par les Editions Bruylant. La revue est disponible sous format papier et est accessible en ligne uniquement pour les abonnés à la base Stradalex du groupe Larcier. Il y a 4 numéros par an.

Cette revue de qualité en fiscalité internationale réunit des universitaires, praticiens et avocats des cabinets internationaux français et étrangers qui confrontent leurs points de vue sur les nouveaux enjeux.

Ça me fait penser que depuis pas mal d’années, on constate une montée en qualité et en quantité des publications d’éditeurs juridiques belges sur le droit français.

Je pense particulièrement à l’excellente collection de manuels de droit français Paradigme chez Larcier. Ainsi, le manuel de droit des contrats est rédigé par le professeur Houtcieff, un des enseignants consultés lors des préparations des projets de réforme du droit des obligations. Quant au manuel de procédure civile, il est rédigé par Yves Strickler, professeur à Strasbourg, dont la thèse sur le juge des référés reste, aujourd’hui encore, un des très rares ouvrages consacrés à ce sujet assez "technique".

On note aussi depuis au moins quatre ans un démarchage en France pour vendre la base StradaLex de Larcier.

Clairement, nos voisins du Nord lorgnent sur le marché français.

Le rachat en juillet 2016 du groupe Larcier par l’éditeur français Lefebvre Sarrut n’a pu qu’accentuer cette tendance.

Le groupe Larcier, représenté par les éditions Larcier, Promoculture et Bruylant, est LE représentant essentiel des éditeurs belges en droit, mais il y en a d’autres : Presses Universitaires de Louvain, Brepols, l’éditeur spécialisé Migration Policy Group (MPG est en fait un think tank) ...

La liste des éditeurs juridiques belges est consultable sur le site de l’association des éditeurs belges (ADEB).

Emmanuel Barthe
bibliothécaire documentaliste juridique


Pour la recherche avancée et les opérateurs booléens dans les bases de données et moteurs de recherche

Lundi 17 avril 2017

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Les éditeurs de bases de données, plateformes en ligne et moteurs de recherche sont régulièrement tentés de supprimer les opérateurs booléens et la recherche.

Certains ont déjà succombé à cette tentation. Un oubli plus que gênant puisque la qualité et la rapidité des recherches en sont dégradées.

En effet, l’expérience montre que c’est le classement par pertinence ET les opérateurs booléens qui font les meilleures recherches et les meilleures veilles.

Leurs utilisateurs et clients professionnels de haut niveau — et même certains de niveau basique — en font les frais et s’en plaignent [2].

Et ce n’est pas le traitement du langage naturel (NLP) version machine learning (ML), aussi efficace soit-il (et il l’est), qui changera ça. Quant à la personnalisation des résultats, sa version actuelle me laisse rêveur et celle promise par le ML ne prévoit ni la connexion IP [3] ni le cas fréquent où on cherche quelque chose d’inhabituel. La possibilité de tweaker à fond une requête en texte intégral pur TOUT en bénéficiant des dernières technologies de synonymie automatique et de ranking (classement des résultats) est LA clé de la recherche.

Trop de boîte noire, de personnalisation des résultats et de simplicité tue la recherche, la vraie.

Les professionnels et les universitaires ne sont PAS des consommateurs qui cherchent un voyage en solde pour Acapulco ou la brosse à dent la moins chère. Leurs besoins sont nettement plus complexes.

Même des particuliers peuvent avoir besoin de tweaker une recherche de temps à autre. C’est ce que je viens de faire pour trouver un fauteuil/chaise design orange à dos droit d’un style bien précis. La fonction recherche par image de Google "is my friend". Et c’est aussi de la recherche avancée [4].

Emmanuel Barthe
geek et testeur de moteurs since 1991


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