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Petit guide de conception des plateformes et bases de données juridiques en ligne à destination des SSII et éditeurs juridiques

Les habitudes et présupposés des juristes dictent la majorité des choix ... mais pas tous

Vendredi 8 novembre 2019

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NB : cet article a été publié sur ce blog en 2007 et mis à jour depuis [1]. Il condense plus de 25 ans d’expérience de tests et bêta-tests de sites web, bases de données, formulaires, cédéroms et autres outils juridiques électroniques.

Les spécialistes de l’interrogation des bases de données juridiques, qui sont aussi des formateurs, constatent que beaucoup d’éditeurs juridiques rééditent des erreurs de conception de leurs produits en ligne pourtant déjà dénoncées cent fois ailleurs. C’était criant en 2007. C’est moins le cas depuis environ 2015, mais il reste du chemin à parcourir.

Depuis 1996, Jakob Nielsen, dans ses études payantes détaillées et ses articles gratuits [2] conseille les sites marchands et insiste sur l’importance de se conformer aux habitudes des internautes et à des standards de facto dérivés des grands sites web. Un nombre important des conseils listés ici font partie de que Nielsen et d’autres spécialistes appellent l’"usabilité" ou plus correctement utilisabilité ou facilité d’usage (en anglais "usability" [3]) ou encore, avec un sens plus large, "user experience" (UX, en fait la catégorie juste au-dessus de l’usabilité).

En 2017, l’UX est toujours aussi importante, y compris pour les non-juristes : en 2016, une des fondatrices du legal design, Margaret Hagan, a publié un article montrant que sans étude UX, les sites d’assistance juridique sont moins utiles aux gens qu’ils sont censés aider [4].

L’auteur du présent petit guide voudrait aussi partager ici ce qu’il a dégagé de plus de vingt ans de tests d’interfaces informatiques de toute nature en documentation juridique : banques de données ASCII [5], logiciels, cédéroms monoposte et réseau/multiposte [6], sites web, plateformes web en ligne.

Sécuriser la propriété intellectuelle

C’est une évidence pour les juristes en PI (propriété intellectuelle) mais il faut le rappeler. Pour créer une base de données, et a fortiori une plateforme en ligne regroupant des dizaines de base, il faut que les contrats d’auteur aient prévu la publication numérique et en ligne et les cessions de droits à cet effet. Si seul le papier était couvert, il faut renégocier avec les auteurs. Autant dire qu’il est certain que certains auteurs refuseront, pour des motifs x ou y. La base de données sera alors non exhaustive.

Or s’il y a bien un présupposé des juristes vis-à-vis d’une base de données, en ligne, c’est qu’elle est exhaustive. Il vaut donc mieux éviter de les décevoir.


Intellectual Property par Nick Youngson CC BY-SA 3.0 Alpha Stock Images

Rationaliser la chaîne de production éditoriale

En vrac :

  • ne plus accepter d’articles ne respectant pas les normes de présentation et de citation
  • exiger des auteurs la copie de tout document cité non présent sur la plateforme de l’éditeur, notamment les décisions de justice et circulaires inédites, et (en les numérisant et OCRisant si nécessaire) intégrer ces documents dans la plateforme
  • demander aux auteurs de saisir leur article/étude à partir d’une interface en ligne. Les documents seront ainsi formatés idéalement dès le départ et cela évitera d’avoir à les re-saisir.

La contrainte des standards de facto

Les juristes ont des habitudes d’utilisation de l’informatique et d’Internet largement déterminées par six principales influences :

- Les standards de fait imposés par les grands sites web les plus utilisés : moteurs de recherche (Google, Bing, Alibaba), sites de commerce en ligne (Amazon, Le Bon coin, Zalando ...), réseaux sociaux (Facebook, Pinterest ...) et sites de communautés en ligne (forums de discussion, sites de vidéos en ligne et jeux en ligne notamment). Ce sont eux qui créent les standards de facto du design web, comme le "material design" lancé par Google en 2014. L’ergonomie des plateformes en ligne a intérêt à s’inspirer de Google, YouTube, Amazon, Wikipedia, etc., notamment pour l’existence et le placement de certaines fonctionnalités critiques comme :

  • le site doit être complet et à jour. Il s’agit à la fois d’une exigence professionnelle normale et d’un présupposé de 90% des internautes — pour eux, le en ligne est par définition parfaitement à jour [7] :
    • toutes les rubriques doivent être actives. A défaut, les retirer [8]
    • chaque page doit comporter une date de dernière mise à jour ou, idéalement, de fraîcheur (date à laquelle les informations contenues dans la page étaient à jour)
  • l’assistance en ligne :
    • l’Aide : dans le coin en haut à droite, sinon, pour l’aide contextuelle, juste à droite de la fonctionnalité en cause. L’Aide doit tenir en un seul fichier/page, facile à télécharger et posséder un plan détaillé
    • le chat (en bas à droite) : de plus en plus fréquent, il pousse l’utilisateur à faire appel à l’assistance en cas de problème et le soulage avant qu’il puisse s’énerver. Il a aussi quelques inconvénients :
      • sur écrans mobiles, il masque pas mal d’informations
      • surtout, la/les personne/s répondant derrière a/ont intérêt à être de bon niveau car l’utilisateur n’attendra pas
    • prévoir des formations gratuites en webinar
    • un accès évident, le plus facile possible au "reset" du mot de passe par mail. Sinon l’assistance devient folle ...
  • l’accès au compte utilisateur : en haut à droite avant l’Aide
  • le plan du site. En matière de plateformes en ligne juridiques, cela revient à la fois à la liste de toutes les bases de données/publications, classées par source du droit (textes, jurisprudence, doctrine) et/ou par matière mais aussi au détail du contenu exact de chacune des bases (recul chronologique, "trous" éventuels, producteur des données, périodicité effective de mise à jour, titres et auteurs des publications incluses)
  • navigation : garder le sommaire et l’index alphabétique comme accès aux ouvrages et revues [9]. Certaines notions ne se réduisent pas à une requête booléenne, aussi fine soit-elle, ni à une navigation dans un thésaurus, ni à un classement par popularité. Elles peuvent aussi être voulues et/ou spécifiques à un auteur
  • la recherche sur le site/la base de données :
    • la symboliser par une loupe
    • la placer en haut à droite si la recherche n’est pas la fonction numéro 1 du site. Si la recherche est capitale pour le site ou sa prestation principale — c’est le cas des bases de données des éditeurs juridiques —, la placer latéralement au milieu, et verticalement à un tiers du haut de la fenêtre
    • offrir deux modes de recherche : simple avec un zone de saisie libre balayant tous les champs texte et éventuellement un champ date/période, avancée avec tous les champs interrogeables ou presque et l’utilisation des opérateurs booléens.
      A propos de la recherche simple, il est vital que même chez celle-ci, on trouve un champ date/période ou un interpréteur, dans le moteur, qui "comprend" lorsqu’on tape une année ou une date.
      A propos de la recherche avancée, de nombreux éditeurs ou webmestres estiment qu’ils peuvent se dispenser d’en offrir une, car elle est peu utilisée. Le problème, c’est qu’ainsi, les requêtes/questions difficiles ne trouvent pas de réponse (cf infra) et que si l’utilisateur est expérimenté dans son domaine juridique ou expert des bases de données (documentaliste, juriste "geek"), il y a de fortes chances qu’il émette un jugement négatif sur les fonctions de recherche de la plateforme. En effet, si on "torture" une base de données avec des questions complexes, c’est souvent parce qu’on n’a pas trouvé la réponse ailleurs et qu’on estime que le contenu de ma base est susceptible de produire des documents pertinents. Si alors elle ne permet pas de localiser ceux-ci, la plateforme ne remplit pas complètement son office et ne justifie que partiellement son prix
    • implémenter les opérateurs booléens, *tous* les opérateurs booléens. Pas seulement le ET (comme sur WK-RH), voire le ET et le OU (c’est insuffisant), mais aussi la troncature droite (* ou !), les expressions (" ") et les parenthèses. Et *surtout* la proximité (S/n). La proximité qui remplace avec profit, dans 8 cas sur 10, le ET trop souvent tapé. Sans troncature, expression, parenthèses ni proximité, si les résultats s’affichent par centaines et qu’on n’a pas de limite de date, il devient impossible de trouver dans un délai correct [10]
    • en matière de moteurs de recherche sémantique (dits aussi "langage naturel" ou "Google-like"), ne rien utiliser d’autre que le traitement automatique du langage (natural language processing ou NLP) à la sauce machine learning (on doit aboutir à une synonymie automatique contextuelle) et proposer en sus une version avancée du moteur fonctionnant en texte intégral classique avec opérateurs (cf point supra). [11]. L’enrichissement strict minimum du moteur est un dictionnaire de synonymes [12] et/ou un paramétrage du classement des résultats donnant plus de poids au bon vieux critère de la présence du terme recherché ou de ses synonymes dans le titre du document ou du paragraphe, le chapeau ou encore l’abstract (cf la version de juillet 2013 de Dalloz.fr ou les améliorations apportées en 2012 à Lamyline [13]) [14]. Le moteur sémantique et sans opérateur peut aider grandement les utilisateurs de base [15], mais il peut se révéler trompeur ou incomplet [16]
    • le paramétrage de la liste des résultats. Ici, le tri par date et par pertinence (si celle-ci est réelle), la possibilité d’afficher ou pas des extraits semblent être les bases ...
    • la possibilité de constituer un "panier" contenant la liste des résultats sélectionnés, de le modifier, et de n’imprimer ou télécharger que ceux-ci
    • la mise en valeur ("highlight") des mots-clés de la question dans le document
    • afficher sous les zones de saisie ou à leur droite et en petits caractères, des exemples utilisant les opérateurs logiques de base (ET, OU) et éventuellement la proximité (S/n) et les parenthèses. Ce type d’aide brève et impossible à manquer se trouve chez Lamyline, LNJC et Legifrance
  • éviter au maximum les fenêtres "pop-up", même et surtout si c’est uniquement pour se connecter à la plateforme/site web (c’était le cas chez Navis). Dalloz.fr, lui, use et abuse des pop-up (même encore dans la refonte de la rentrée 2011), et même si les idées derrière sa conception peuvent expliquer ce choix, il n’est pas toujours optimal en pratique. En effet, les paramètres des navigateurs web bloquent de plus en plus fréquemment les pop-up [17]. Or, seuls une minorité d’utilisateurs connaissent ce problème et encore moins savent comment le résoudre. Enfin, la multiplication des fenêtres pour une même base égare l’internaute.


Search standards

- Les trois règles des fichiers PDF :

  • éviter de ne proposer qu’une partie du site/des documents en PDF. L’utilisateur, s’il en voit, tendra à supposer que *tous* les documents du site peuvent être téléchargés en PDF
  • une simple version PDF d’une page web n’a plus aucun intérêt depuis l’apparition des imprimantes PDF intégrées aux navigateurs web. Ce qu’il faut, ce qui est attendu par les juristes, c’est de mettre en ligne le PDF de la version papier originale — et OCRisé, afin que l’on puisse chercher dans et copier-coller depuis ce PDF
  • ne pas se contenter de mettre le contenu au format PDF, Word ou RTF, mais systématiquement doubler le document bureautique par une vraie page web. Plusieurs raisons à cela :
    • une page web/HTML se charge beaucoup plus vite qu’un document PDF, parce que :
      • le PDF oblige l’ordinateur à lancer Acrobat Reader, qui met donc du temps à se charger
      • les documents PDF, la plupart du temps, ne sont pas optimisés, i.e. allégés [18]. Ils "pèsent" en moyenne pas loin de dix fois plus en kilo-octets que leurs équivalents HTML : là encore, grosse perte de temps pour l’internaute
    • même si les grands moteurs de recherche indexent aujourd’hui les PDF de presque [19] toutes tailles, il demeure que :
      • le HTML leur est comparativement plus facile à indexer
      • même si les mots-clés situés profondément dans un fichier PDF sont indexés par Google, en pratique, un mot-clé situé à partir de la 10e page d’un PDF a moins de pertinence pour le moteur de recherche de Moutain View, sauf s’il fait partie d’une expression cherchée comme telle avec les guillemets
    • enfin, le PDF est anti-pratique à lire à l’écran, particulièrement sous smartphone [20], il n’a même jamais été conçu pour ça, mais pour l’inverse : lire sur papier imprimé, off-line [21].

- L’accessibilité web : il s’agit de règles de lisibilité, principalement, destinées à favoriser l’accès aux sites par les personnes à handicap visuel. Voir pour un exemple la version de septembre 2011 de Legifrance. Ces règles sont définies par la recommandation du W3C, et les sites gouvernementaux ont l’obligation de s’y conformer. L’article 47 de la loi n° 2005-102 du 11 février 2005 pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées énonce en effet :

« Les services de communication publique en ligne des services de l’État, des collectivités territoriales et des établissements publics qui en dépendent doivent être accessibles aux personnes handicapées. »

Du fait du confort de lecture accru, des temps de chargement améliorés par un code HTML épuré et du meilleur repérage dans le site entraînés par le passage à cette norme, tout le monde en bénéficie, les voyants comme les mal voyants. Les éditeurs privés seraient donc bien inspirés de l’adopter.

- L’écran : même au standard actuel de 24 pouces et une résolution de 1920 x 1080, un écran d’ordinateur reste extrêmement limité par sa petite surface et son absence de 3ème dimension. D’où les règles de rédaction et de présentation établies par J. Nielsen : concis et aéré [22]. Et je ne parle même pas de la taille d’écran d’un smartphone ... Ce qui suppose [23] :

  • un résumé ou à tout le moins un chapeau, chose qui, à part dans les articles de revues — et encore —, manque souvent à la littérature juridique française ou bien se révèle trop court
  • l’utilisation des "bullet lists" (listes à puces)
  • l’utilisation de liens hypertexte externes. Là encore, si les liens internes peuvent être là et si des citations/notes de bas de page vers des publications externes à l’éditeur seront souvent là [24], pour les liens externes entre plateformes d’éditeurs, on en est à la préhistoire
  • pour le reste, l’article de Comment ça marche sur l’egonomie fait très bien son travail d’évangélisation
  • pour permettre la lecture sur appareil mobile (smartphones et tablettes, devenue obligatoire :
    • éviter absolument la solution consistant à proposer une 2e version du site spéciale pour mobiles, tout comme les applications Android ou iTunes. Dans les deux cas, c’est double travail : trop lourd
    • créer une version unique convenant ou s’adaptant (par la transformation du menu en hamburger à trois bandes et le déport des colonnes en bas de page, voire leur suppression) à toutes les tailles d’écran. C’est ce que les web designers appellent le "responsive web design" (RWD) [25].

- Les logiciels bureautiques standard : la gamme Office de Microsoft, à commencer par Word, et Acrobat Reader, surtout chez les plus de 35 ans. Ces logiciels influencent encore — mais de moins en moins [26] — les attentes en matière de :

  • positionnement et intitulé des menus/fonctionnalités. Exemple : si on fait un clic droit sur un document, on accède à des fonctions de base d’édition : police de caractères, ...
  • manipulation/déplacement des documents. Exemple : maintenir un clic gauche de la souris puis la déplacer déplace le document.

- Et bien sûr les publications imprimées traditionnelles — ici les ouvrages à mise à jour, traités et revues juridiques. Le bon vieux papier inspire encore, depuis le corbillard qui l’emmène si lentement [27] à sa tombe, une grande part des conventions de mise en page des pages web (le reste vient des grands sites web, cf supra) et dicte à 95% la mise en page des documents en ligne (je ne parle pas de la version imprimable, bien sûr) :

  • le document est écrit dans une police de caractères classique et lisible (Times New Roman, Arial, Georgia ou Verdana), en caractères noirs sur fond blanc cassé ou légèrement beige clair
  • un titre doit exister et être centré
  • l’auteur et ses qualités doivent être rappelés (à la fin du document et surtout au début de celui-ci)
  • il faut aérer la mise en page avec des sauts de ligne et des intertitres
  • le document, même non disponible en version pour impression, doit comporter toutes ses références de publication (titre, auteur, titre de la publication, directeurs de la publication le cas échéant, éditeur, ville et pays de l’éditeur si nécessaire, date de parution, rubrique, n° de page et de volume) en tête ou pied de page, comme s’il allait être imprimé. Qu’une version pour impression soit disponible ou pas, beaucoup de juristes internautes, pour aller plus vite, impriment les pages web telles quelles avec le bouton Imprimer du navigateur web. Si celles-ci ne sont pas bien mises en page ou ne comportent pas les références, c’est autant d’influence perdue pour le document et autant de facilité — et donc de popularité — en moins pour le produit.

Refonte du site : préférer les évolutions progressives et maintenir les liens hypertextes

- Dans toute refonte d’une plateforme d’éditeur comme du site web d’une institution judiciaire ou d’une autorité administrative, il vaut mieux y aller par étape. En tout cas, ne pas tout bouleverser d’un coup. Par exemple refaire tout le design et la mise en page du site, mais pas en même temps sa structure ni son moteur de recherche.

Les juristes dans leur très grande majorité ne sont pas des passionnés d’informatique et de technologies Internet (en anglais : "geeks") et encore moins des titulaires d’une formation de haut niveau en informatique. Par ailleurs, le milieu juridique français reste encore, malgré des évolutions, prudent et classique dans le choix de ses outils de recherche — comme l’illustre en bonne partie les « contraintes de facto » listées plus haut. Enfin, qui dit nouvelle version, grande migration ou mise à jour majeure dit risque important de "bug" non détecté.

Tout cela explique pourquoi les designers privilégient aujourd’hui, chaque fois que possible, les évolutions progressives par petites améliorations aux lancements de versions totalement nouvelles [28]. Le terme à la mode chez eux est "méthode agile".

Avantages :

  • les utilisateurs ne sont pas déroutés et n’ont pas à réapprendre l’interface à chaque mise à jour majeure
  • peu ou pas de bugs
  • maintien de la confiance dans le produit [29].

Inconvénients :

  • les améliorations sont moins visibles
  • c’est également moins "marketing".

- L’autre point clé de la refonte d’un site, c’est le maintien des liens hypertextes ou à défaut, leur redirection automatique vers les nouvelles adresses des documents.

La redirection automatique permanente des anciennes adresses vers les nouvelles est une bonne pratique de la refonte de site web et doit être prévue très en amont du projet de refonte [30]. En fait, les gestionnaires du site devraient avoir en permanence une "map" de tous les liens existants voire passés.

Pour les geeks, web designers et webmestres : Google accepte les redirections permanentes de type 301 (le nom exact est "code de réponse HTTP 301") si on n’en abuse pas.

Pour prendre un exemple dans le monde juridique : Lextenso, qui en décembre 2019 était sur le point de passer sa plateforme en ligne sur un autre nom de domaine et avec donc des URL différents avait prévu — dès le départ de son projet — une redirection automatique de *toutes* les adresses anciennes vers les nouvelles.

Maintenir les liens ou les rediriger joue aussi à l’avantage des petits et moyens éditeurs, en partie dépendants de la popularité de leurs liens dans les moteurs de recherche. Pour le dire autrement : il n’est pas dans leur intérêt d’abîmer leur référencement Google.

Enfin, il y a un accord donnant-donnant implicite mais pour autant bien réel entre les gestionnaires d’abonnements et documentalistes/veilleurs d’une part et les éditeurs commercialisant des plateformes en ligne d’autre part : si les conditions générales du contrat d’abonnement (CGV) n’autorisent pas le stockage sur serveur interne partagé, c’est à condition que les liens restent stables.

La liberté du concepteur

Pour autant, tester et servir les utilisateurs ne signifie pas qu’il faille en rester prisonnier. En effet, si on ne fait qu’écouter les utilisateurs, surtout les clients, ils ont tendance à être très conservateurs et en même temps à demander une multiplication de fonctionnalités dont beaucoup existent déjà sous une forme ou une autre [31].

Comme les deux premiers paragraphes de cet article le montrent et comme le soutient Don Norman (l’autre "N" du Nielsen Norman Group), les utilisateurs s’adaptent aussi aux interfaces et il vaut mieux centrer le développement des produits autour de l’activité que de l’utilisateur, ce qui selon Don Norman n’implique pas que l’on perde ainsi de vue les besoins de l’utilisateur [32].

La vision originale d’un éditeur n’est donc pas à remiser au garage dès qu’elle est inhabituelle.

Dalloz a ainsi introduit avec sa plateforme en ligne Dalloz.fr une logique d’accès aux données juridiques en ligne très rigoureuse, très doctrinale, privilégiant l’accès par la source/publication ou par la matière et le renvoi d’un document citant à un autre cité à la recherche en texte intégral brute. Et malgré des excès (l’absence [initiale] de recherche sur l’ensemble des bases) ou des implémentations maladroites (le thésaurus), cette approche a séduit des juristes de haut niveau et des étudiants de 5e année en stage professionnel aussi bien que des étudiants en L1. [mise à jour juin 2009 : En revanche, la lenteur de dalloz.fr ne "passe" pas.]

Autre exemple, plus récent, d’originalité très réussie : celle de l’interface et du moteur de Doctrine.fr. Interface épurée à trois couleurs blanc, gris clair et un rare vert, moteur Elasticsearch répondant en temps réel.

Le débuggage par les tests

Ne pas oublier de tester le produit :

  • tester loin en amont, avant la version finale : ce qu’on appelle en informatique les tests alpha (en interne) et bêta (en externe). Ainsi que l’écrit Janice Redish de la firme de design web User Interface Engineering (UIE), « c’est bien mieux de découvrir les problèmes avec quelques utilisateurs lors d’un test d’utilisabilité [un bêta-test, donc] que plus tard lorsque le design est sous les feux de la rampe et sous les yeux des clients. » (traduction par nos soins) [33]. La meilleure illustration que nous connaissions dans le secteur de l’édition juridique d’un test très en amont, c’est celui de la version 2020 de Legifrance : 6 mois de tests alpha et entre 3 et 6 prévus en bêta [34]
  • tester *hors* des employés de la SSII et de l’éditeur (ils ne comptent pas : ce sont des utilisateurs experts et ils connaissent déjà bien le produit). Autrement dit : soit un panel de juristes professionnels (d’entreprise, avocats, notaires, magistrats), de documentalistes juridiques [35] et d’étudiants et enseignants en droit, soit des consommateurs et des juristes d’associations
  • tester simplement, si on manque de temps (ou d’argent) : comme l’explique J. Nielsen ou Carolyn Snyder (Paper Prototyping, 2001), il suffit de :
    • pour la lisibilité de la mise en page, le graphisme et l’emplacement des fonctionnalités, d’imprimer des pages couleurs et de les soumettre à cinq futurs utilisateurs [36]
    • faire tester en ligne pendant quelques heures à quinze (voire dix) à vingt personnes du public cible [37], en leur demandant de réaliser certaines actions types, comme une recherche déterminée, mais sans rien leur dire d’autre ni les aider en quoi que ce soit, juste en filmant et en notant leurs actions et propos. Un tel nombre de testeurs est insuffisant pour détecter tous les problèmes [38] mais cela peut en isoler de 35 à 70%, notamment les plus voyant et les plus gênant.

Pour tester, il faut posséder un site de développement (par opposition au site de production), sur une autre adresse que l’adresse publique, y envoyer une petite sélection d’utilisateurs aguerris et de débutants, analyser leur navigation et leur demander un "feedback" détaillé. Avantages : on ne sort en public que des fonctionnalités "blindées" qui marchent à coup sûr et les choix trop en avance sur leur temps peuvent tranquillement mûrir.

Une solution alternative, moins recommandable mais acceptable à la limite, consiste à garder en service pendant un an l’ancienne version du site/base de données. Quitte à insister lourdement auprès des clients sur ses limites et les avantages de la nouvelle version. Mais au moins, les utilisateurs fâchés avec les bugs et inconvénients ergonomiques de la nouvelle version pourront les éviter, le temps que les équipes de développement corrigent le tir.

En dehors des tests proprement dit, l’éditeur a également intérêt, tout au long de la vue du produit, à maintenir un dialogue régulier avec les utilisateurs. Les associations d’utilisateurs de documentation juridiques, telles que l’ADBS ou Juriconnexion, sont idéales pour cela, notamment grâce à des réunions tri- ou semestrielles avec leurs groupes de travail dédiés (Juriformation pour Juriconnexion, le groupe sectoriel Documentation juridique pour l’ADBS). Il est très efficace de faire venir à ces réunions les équipes de développeurs de l’éditeur ou celles du sous-traitant. Le minimum, c’est la présence du chef de projet, qui apporte des réponses techniques, et d’un responsable commercial de haut niveau, qui garantit par son implication que les choses avancent et que les souhaits des clients sont pris en compte.

Le contrôle qualité du contenu

En vrac :

  • exiger des auteurs copie ou lien de tout document cité (cf supra)
  • employer des "vérificateurs" qui vérifieraient que les citations sont correctes, que les liens hypertextes sont pertinents et détectent les absurdités/erreurs de raisonnement (si, si ça arrive)
  • recaler les paraphrases des arrêts, les quasi-recopies des communiqués de presse, les soi-disant commentaires qui n’apportent rien
  • aller chercher le débat et la contradiction (exemple des commentaires sur CJCE C-487/07 18 juin 2009 L’Oréal c/ Bellure : les meilleurs commentaires sont publiés au Legal SSRN et le meilleur débat sur le blog IPKat).

Communiquer sur la nouvelle version bien avant, mais aussi pendant et après la bascule

Il s’agit de communiquer sur les nouvelles fonctionnalités, la nouvelle mise en page, le nouveau design et la date de sortie et de répondre aux problèmes éventuels et questions suscitées par la nouvelle version.

S’il est certes nécessaire de ne pas s’engager sur une date de sortie tant qu’on n’en est pas certain à 100% [39], il est en revanche nécessaire pour les utilisateurs de se préparer à l’avance et donc pour les formateurs de les former.

Quels moyens employer ? :

  1. annoncer à un public — éventuellement sélectionné mais sans obligation de confidentialité — au moins trois mois à l’avance (idéalement six mois) qu’une nouvelle version se prépare, parler de manière très synthétique des grandes nouveautés et donner à un ou deux mois près la date de sortie (je ne parle pas ici des tests)
  2. puis diffuser des documents PDF avec des copies écran commentées — idéalement postés sur le site web de l’éditeur et annoncés par des e-mails à tous les clients. C’est un moyen facile et peu coûteux de prévenir tout le monde. Eviter de se cantonner à un mailing papier, qui sera lu uniquement — et encore — par les gestionnaires des abonnements
  3. des réunions organisées environ un mois avant la sortie avec les associations de documentalistes juridiques ou leurs groupes de travail, voire des groupes de clients représentatifs. L’avantage des associations, c’est qu’elles peuvent (mais ce n’est pas automatique) répercuter les informations dans une communication à l’ensemble de leurs membres ou les inviter à venir en nombre à la réunion
  4. enfin, le jour précédent la sortie, et le lendemain ou le surlendemain, des communiqués sur les forums et listes de discussion majeures utilisées par les utilisateurs (Village de la Justice) et les documentalistes juridiques (liste Juriconnexion et ADBS Documentation juridique).

Certains éditeurs ont toutefois manqué de magnifiques occasions de faire de la publicité pour leur produit en ligne en ne communiquant quasiment pas sur leur future nouvelle version.

Ne pas lancer la nouvelle version en pleine semaine de travail

Toujours basculer la nuit : cette règle d’or de l’informatique semble parfaitement respectée par les éditeurs. Pas toujours : on a parfois des mises à jour qui commence à 18h. Rappelons que les juristes français travaillent en général souvent tard.

Mais il faut ajouter qu’il est prudent de basculer vers une nouvelle version dans une nuit de samedi à dimanche [40], ou mieux pendant les vacances de Noël, entre le 25 décembre et le 1er janvier [41], ou au mois d’août. Si la bascule prend plus de temps que prévu ou "bugue", l’éditeur disposera alors de 24h ou mieux plusieurs jours, pour résoudre le problème, sans déranger outre mesure ses clients.

Emmanuel Barthe
documentaliste juridique, testeur de bases de données et plateformes juridiques en ligne


Search-as-you-type : la rapidité est un atout pédagogique, mais pas une martingale

Les éditeurs juridiques et une fonctionnalité de recherche plébiscitée

Mardi 15 octobre 2019

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NB : publié initialement le 7 décembre 2018, cet article a été mis à jour

Le search-as-you-type (appelé parfois find-as-you-type ou incremental search) est une technique de recherche mais aussi d’affichage (ça produit aussi le code HTML de la page de résultats) devenue très populaire sur certaines plateformes juridiques françaises.

Elle consiste à afficher les résultats en même temps temps que vous tapez vos mots-clés. Fini l’attente. Concrètement, l’objectif est de descendre sous le dizième de seconde.

Search-as-you-type : les grands moteurs

Importé dans le monde de l’édition juridique privée française par Doctrine.fr puis Alinea by Luxia en 2016, le search-as-you-type a été adopté par Open Dalloz Jurisprudence en 2017, puis Lextenso et Lexbase à leur tour en 2018. Si on considère l’ensemble de l’édition juridique française, en incluant donc l’éditeur officiel public qu’est la DILA, c’est le site Service-Public.fr qui fut le premier à implémenter cette fonctionnalité, en septembre 2015 [42].

Si on se réfère au marché juridique français, trois acteurs dominent le marché du search-as-you-type :

- Elasticsearch. Bien qu’open source, Elasticsearch est en pratique développé et largement commercialisé par la société du même nom (au S près : le nom de la société s’écrit ElasticSearch). Elasticsearch s’installe principalement sur les serveurs de l’entreprise qu’elle doit "motoriser" — toutefois, une offre SaaS [43] s’est mis en place depuis quelques années (notamment les offres Elastic Cloud et Bonsai). Quelques billets instructifs sur Elasticsearch :

- Algolia. Algolia est une application hébergée (une "SaaS API" [44] pour être précis) sur les serveurs externes d’Algolia même (pas en cloud, donc) et développée par des Français. Conçue au départ pour servir de moteur aux applications mobiles conçues pour les smartphones, Algolia a changé de business plan en cours de route. Son atout principal, semble-t-il, réside dans sa capacité de montée en puissance ("scalability" [45]), une capacité clairement liée à son caractère SaaS. J’ai trouvé moins de choses niveau initiation sur Algolia, probablement du fait que c’est une application propriétaire mais aussi qu’elle est venue après Elasticsearch, dont elle est devenue le challenger n° 1. Voir tout de même ceci :

- Solr. Moteur de recherche open source lui aussi, mais de facto plus proche de la philosophie du libre (i.e. modifié par d’autres que ses auteurs initiaux) qu’Elasticsearch, Solr s’appuie sur la bibliothèque de recherche Lucene, créée par la fondation Apache. C’est un produit moins fini que les deux supra, plus une base sur laquelle il faut construire. Il équipe des sites connus et à fort trafic, comme l’Internet Archive ou le site américain de commerce électronique Zappo’s. Un peu de littérature sur Solr :

Pour une comparaison de popularité entre les trois moteurs (et d’autres) de type Search, voir sur le site DB Engine. On y voit très bien la place de challenger d’Algolia [46]. Pour une comparaison des performances et des cas d’utilisation typiques recommandés, lire :

  • ce billet écrit par un consultant américain en "search", toutefois un peu biaisé parce que spécialisé dans les moteurs de recherche open source [47]
  • ce bref comparatif sur Stackshare.

Comment le search-as-you-type fonctionne

Le principe est qu’à chaque fois qu’on tape un caractère (il y a des exceptions, voir infra), cela envoie une requête au serveur.

Techniquement, le search-as-you-type n’est pas à proprement parler une technique de recherche nouvelle, mais simplement le fait de lancer la recherche pour chaque nouveau caractère ajouté ou supprimé par l’utilisateur, avec la phrase de recherche courante. Par exemple, si on recherche “travail”, le moteur de recherche va successivement renvoyer des résultats pour t, tr, tra, trav, trava, travai, travail... Donc, au lieu de soumettre une seule requête au moteur, on va en soumettre sept.

Le search-as-you-type demande donc plus de ressources processeur au serveur et plus de bande passante que la recherche non-incrémentale, du fait des requêtes incessantes.

Mais on peut aussi faire du search-as-you-type uniquement sur une liste finie de termes, ce qui diminue fortement la consommation serveur, et ne faire un affichage qu’après 2, 3 ou 4 caractères tapés. C’est ce qui est semble-t-il recommandé et c’est ce que le moteur search-as-you-type de Service-Public.fr a implémenté : tant que vous tapez un ou deux caractères, il ne vous propose pas de compléter vos caractères par des mots. Au troisième caractère, il commence à proposer.

Cette technique a été rendue possible par la puissance de calcul accrue des machines et la hausse des débits des connexions Internet.

C’est une des raisons de son adoption tardive par les éditeurs : avec des millions de documents sur une plateforme, le serveur qui l’héberge est pas mal sollicité à chaque requête. Mais les performances actuelles des réseaux et des ordinateurs l’ont rendu possible.

NB : pour afficher les résultats en temps quasi-réel, il faut aussi un rendu des pages web (une écriture du code HTML si vous préférez) extrêmement rapide.

La réalité sur le search-as-you-type

Les jeunes juristes ne jurent que par cette technique et la réclament souvent à cor et à cri.

La réalité sur le search-as-you-type :

  • primo, c’est très impressionnant dans un monde obsédé par le temps et donc par la vitesse. Et c’est très ludique. En un mot : très marketing
  • secundo, c’est très pédagogique : en permettant de voir ce que fait l’ajout ou le retrait d’un mot, la vitesse incite à taper plein de mots qu’on n’aurait pas tapés sinon. En un mot, elle "forme" l’utilisateur
  • tertio, pour autant, ce n’est qu’une technique de recherche et d’affichage. Elle n’a aucun effet sur la qualité du contenu de la plateforme ni non plus sur la pertinence des résultats.

Ce dernier point est évident mais vaut le coup d’être rappelé tant les jeunes juristes semblent ne jurer que par la vitesse. Certes, ils sont sous pression car ce sont eux qui font une bonne partie des recherches dans les structures. Mais, comme le dit tant le proverbe que 25 ans d’expérience en recherche juridique, il ne faut pas confondre vitesse et précipitation [48].

Bien réfléchir à ses mots-clés et d’autres aspects *avant* de commencer à taper quoi que ce soit, employer des opérateurs booléens, choisir sa plateforme en fonction de ses points forts, éviter d’interroger tout le contenu : tout cela compte.

Moralité : le jour où Lexis 360, Lamyline, Dalloz.fr et ELnet auront implémenté cette technique, certaines comparaisons globalement non justifiées cesseront aussitôt.

Implémenter le search-as-you-type prend du temps et représente un investissement financier important après un contexte difficile [49].

Pour autant, il y a fort à parier que d’ici décembre 2019, les retardataires parmi les grands éditeurs juridiques y seront passés. Le search-as-you-type est attractif, réclamé et en voie de généralisation. Il est devenu impossible de l’ignorer.

La preuve ? Legifrance lui-même va s’y mettre : la prochaine version de Legifrance (sortie prévue pour la fin du 1er trimestre 2020), aura pour moteur Elasticsearch. Comme on peut le constater sur la version bêta en test depuis le 7 octobre 2019, ce nouveau moteur est de type "search-as-you-type".

Search-as-you-type v. suggest-as-you-type


La fonctionnalité suggest-as-you-type du site Service-Public.fr en action

Pourtant, après l’avoir adopté en 2012, Google a abandonné le search-as-you-type en 2017, officiellement parce qu’inadapté au mobile, devenu entretemps le support de 50% des requêtes de recherche envoyées au moteur [50].

Le search-as-you-type va contre une autre tendance des moteurs de recherche : suggérer des mots-clés — en essayant de deviner ce que l’utilisateur a en tête et le lui proposer. Google a de facto remplacé depuis 2017 le search-as-you-type par une autocomplétion mêlée de suggestions — suggestions qui existaient déjà chez lui [51]. Les suggestions, concrètement, c’est une liste d’expressions suggérées sous la requête/question de l’utilisateur. Ces expressions suggérées sont souvent différentes des termes que l’utilisateur est en train de taper [52]. Les suggestions vont donc plus loin, et théoriquement, elles devraient être plus intéressantes pour l’utilisateur.

Pour l’instant, je constate que les suggestions disponibles sur les moteurs internes actuels des éditeurs sont généralement peu pertinentes dès que la requête se complexifie (essentiellement le cas où elle comprend plus d’une notion/expression). Google a d’ailleurs "calmé" les suggestions, car nombre d’entre elles étaient non pertinentes et surtout révélaient voire étalaient au grand jour des problèmes de réputation.

La grande exception, c’est Service-Public.fr, dont le moteur search-as-you-type date de la refonte du site de 2015. Mais il y a des raisons à cette pertinence, cette avance sur les autres : Service-Public.fr a moins de contenu, beaucoup plus d’utilisateurs et beaucoup plus d’expérience (le temps a rodé ce moteur). Des avantages dont les moteurs d’éditeurs ne bénéficient pas.

Le search-as-you-type, lui, n’a pas de problèmes de pertinence ou de révélation de réputation. De plus, il offre de plus une alternative intéressante aux suggestions, car il permet de tester rapidement tous les mots-clés (et leurs variantes) auxquels l’utilisateur peut penser.

En attendant l’arrivée d’un suggest-as-you-type fortement pertinent et performant sur le droit français, le search-as-you-type est une étape utile, en tout cas plus efficace in fine sur le résultat de la recherche que l’état actuel (probablement temporaire) des moteurs de recherche des éditeurs juridiques traditionnels.

Emmanuel Barthe
documentaliste juridique, veilleur, testeur


Les Nouveaux Cahiers du Conseil constitutionnel sont morts, vive Titre VII !

Les Cahiers du Conseil constitutionnel changent de nom, acquièrent un comité scientifique et s’ouvrent au droit comparé

Mardi 8 octobre 2019

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Titre VII, la nouvelle revue semestrielle numérique du Conseil constitutionnel

Ce 4 octobre 2018, jour du 60e anniversaire de la Constitution de la Cinquième République, a été officiellement lancée Titre VII, la nouvelle revue semestrielle numérique et gratuite du Conseil constitutionnel [53].

La revue emprunte son nom à l’intitulé du titre consacré par la Constitution au Conseil constitutionnel. Dans le droit fil des Nouveaux Cahiers du Conseil constitutionnel (dits N3C) auxquels elle succède, la revue se donne pour objectif de permettre aux lecteurs de connaître la réflexion doctrinale et certains témoignages des praticiens sur les grands débats constitutionnels.

Titre VII innovera, sur le fond, en permettant en outre à ses lecteurs de mieux connaître les différentes activités du Conseil constitutionnel et, sur la forme, en s’ouvrant à des contributions sous des formats nouveaux, comme la vidéo.

Voici ce qu’en dit Hélène Surrel professeure, Sciences Po Lyon, CEE-EDIEC, EA 4185, contributrice de Titre VII et membre de son comité scientifique (le gras est de nous) :
« Le fait que le Conseil édite une revue constituait déjà une originalité. Mais le remplacement des Nouveaux Cahiers du Conseil constitutionnel par Titre VII marque, à mon sens, une étape importante. La revue est désormais gratuite, ce qui est important s’agissant d’une institution publique. Surtout, Titre VII est une revue numérique accessible à tous en ligne, ce qui favorise sa plus large diffusion, particulièrement à destination des étudiants ou des praticiens.
Titre VII me semble aussi se caractériser par une réelle ouverture, qui est tout d’abord favorisée par la création d’un comité scientifique à même de solliciter des auteurs variés, dont des praticiens. Cette ouverture se traduit aussi par la place réservée au droit comparé, mais également aux jurisprudences européennes. Dans le contexte du recours important aux QPC, elle se manifeste par la volonté de livrer des analyses critiques de la jurisprudence du Conseil mise en perspective avec les solutions d’autres juridictions. »

Deux numéros sont déjà parus :

A noter, donc, la création d’un comité scientifique pour cette nouvelle formule de la revue du Conseil. Ses membres :

  • Eleonora Bottini, professeur à l’Université de Caen
  • Julien Boudon, professeur à l’Université de Reims-Champagne Ardenne
  • Mathieu Disant, professeur à l’Université Lyon Saint-Étienne
  • Jean-Eric Gicquel, professeur à l’Université de Rennes 1
  • Corinne Luquiens, membre du Conseil constitutionnel
  • Nicole Maestracci, membre du Conseil constitutionnel
  • Laurent Neyret, directeur de cabinet du Président du Conseil constitutionnel
  • Hélène Surrel, professeur à l’IEP de Lyon et chroniqueuse à Titre VII
  • Guillaume Valdelièvre, avocat au Conseil d’État et à la Cour de cassation.

De quatre numéros par an avec les Nouveaux Cahiers (depuis 2011), on revient désormais à deux numéros par an seulement avec Titre VII. Cela dit, si le Conseil garde son habitude de publier en ligne sur son site les commentaires dès qu’ils sont prêts, ça n’aura pas beaucoup d’importance.

Last but not least, la revue devient entièrement gratuite. Auparavant, les derniers numéros étaient d’abord publiés par Dalloz (2011-2013) puis Lextenso (2013-2018) [54] puis chargés en gratuit sur le site et sur Cairn, le portail de revues en sciences humaines et sociales (SHS), après un délai ("moving paywal").

On trouvera donc et la revue Titre VII et sa prédécessrice N3C sur Cairn.

Et toujours le prix de thèse du Conseil constitutionnel et le Salon du livre juridique

Au-delà de la nouvelle formule de la revue, il faut souligner que le Conseil fait beaucoup pour l’édition et les publications juridiques.

En effet, le le CCel, comme on abrège son nom parfois, a mis en ligne le premier site web d’une institution juridiques française doté d’un véritable contenu. Qui plus est un contenu toujours gratuit et en texte intégral [55] — une nuance à laquelle on est aujourd’hui habitué, mais qui aux origines de l’Internet français (1996-2000) n’était pas évident).

De plus, le Conseil soutient l’édition juridique par deux événements devenus des rendez-vous réguliers :

- Son prix de thèse. Le vingt-deuxième jury du prix de thèse s’est réuni le 15 mai 2019. Il a attribué le prix à Théo Ducharme (Université de Paris I) pour sa thèse sur « La responsabilité de l’État du fait des lois déclarées contraires à la Constitution ».

- Le Salon du livre juridique. Il a fêté ses dix ans le 6 octobre 2018. Organisé par le Club des juristes et le Conseil constitutionnel, il a réuni plus de 1 200 visiteurs venus à la rencontre des éditeurs juridiques et des 200 auteurs présents. La prochaine édition approche à grands pas : elle aura lieu le samedi 12 octobre 2019 de 10h à 18h au Conseil constitutionnel 2 rue de Montpensier Paris 11e

Emmanuel Barthe
documentaliste juridique


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