L’édition juridique

Dernier ajout : 5 janvier.

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Juristes, des pistes pour être publié

L’open access en droit est mûr

Lundi 8 janvier 2018

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Vous êtes juriste : universitaire, chercheur, en Master, avocat, notaire, juriste d’entreprise, magistrat, fonctionnaire ...

Vous vous demandez : ai-je intérêt à écrire ? Et à publier (écrire, ce n’est pas forcément publier) ? Pourrais-je seulement arriver à être publié ? Le rapport bénéfices/temps passé en vaut-il la chandelle ?

A toutes ces questions, la réponse est : oui.

Pourquoi vous avez intérêt à écrire

Déjà, écrire pour vous seul vous bénéficiera. Parce que, sans même publier, juste en écrivant pour vous, vous vous constituez une "bible" [1] ou une "knowledge base" comme disent les avocats anglo-saxons. Vous mémorisez en détail non seulement les bases de que vous savez, mais aussi et surtout ce que vous avez appris et que vous voulez transmettre à vos collègues ou collaborateurs et plus encore les "trucs" que vous n’utilisez qu’une fois par an et que vous ne voulez pas oublier.

Rédigez pour vous seul en style télégraphique, avec des puces, avec autant d’abréviations et de copier-coller que vous voulez pour aller plus vite, mais pensez à mettre les références, les preuves de ce que vous avancez (date et numéro des jurisprudences, idem pour les textes officiels, titre, date et page de la revue ou de l’ouvrage pour la doctrine) pour pouvoir y revenir plus tard.

Vous avez intérêt à écrire, aussi, parce que ça vous servira de base pour tout ce que vous aurez à transmettre par e-mail, pour toutes les consultations/notes/plaidoiries/devoirs/exposés/mémoires/commentaires d’arrêt/thèse etc. que vous aurez à produire. Vous n’aurez qu’à copier-coller, un peu de réécriture et le tour est joué [2].

Enfin, cette base de savoir vous servira également quand vous voudrez écrire pour publier.

Pourquoi vous avez intérêt à publier

Parce que le monde a changé et que la France est dans le monde. Les juristes nordiques, anglo-saxons, asiatiques publient massivement et de plus, souvent en pre-print donc en gratuit. Par ce biais, ils font la promotion de leur droit dans un monde de forum shopping, de concurrence bien réelle entre les droits nationaux. Par ce biais, ils font la promotion de leur cabinet/entreprise/université/formation/administration. Par ce biais, ils font aussi leur promotion, la promotion de leur carrière.

Et soyons clair : il n’est plus obligatoire de publier chez un éditeur. Publier chez un éditeur, c’est prestigieux, oui. C’est le plus souvent un gage de qualité. Mais pas autant qu’on pourrait le croire. En effet, très, très peu d’éditeurs font procéder à une double relecture (ou double évaluation) anonyme (le relecteur ne sait pas qui est l’auteur) [3] des manuscrits soumis, contrairement à ce que certaines normes d’évaluation demandent. En droit français, Jurisdoctoria est à notre connaissance la seule revue pratiquant la double relecture anonyme.

Et si être dans le Master du directeur de rubrique peut aider, ce n’est plus nécessaire parce que depuis longtemps, des sites web sélectionnent les publications, garantissant ainsi la qualité.

Voulez-vous des preuves ?

Regardez la qualité des thèses en droit sur TEL (Thèses En Ligne) : seules les thèses dont la publication a été validée par le jury y sont publiées. Regardez les sujets abordés : des thèmes d’actualité, il y en a même pour les juristes d’affaires, les publicistes et les comparatistes.

L’autorisation de publication sur TEL n’est pas attribuée "comme ça". Elle découle d’un critère de qualité : la qualification aux fonctions de maître de conférences (par un autre jury que le jury de thèse [4]) ou l’attribution d’un prix. Seule environ une thèse de doctorat en droit sur trois donne lieu à qualification aux fonctions de MCF. Quant aux prix, en droit, il y en a moins de 80 en moyenne chaque année.

Cela dit, tous les doctorants le savent : les prix de thèse (3000 euros en général) servent essentiellement à payer les frais de publication et d’impression chez un éditeur [5]. Les thèses publiées papier ont ces points communs avec l’auto-édition.

La seule mais importante différence entre les thèses publiées chez un éditeur et celles publiées sur TEL, c’est donc qu’en plus d’avoir été validées pour publication par un jury de thèse, elles ont été sélectionnées par un jury de prix. Encore faut-il avoir présenté sa thèse à ce prix. Pour le reste, comme le reste de l’auto-édition, ce sera sauf exception [6] très peu acheté et peu lu.

Regardez la qualité des articles de doctrine, notamment les notes sous arrêt, publiés dans les revues juridiques libres [7].

Regardez l’intérêt et le côté en avance sur leur temps des articles (en anglais) au Legal SSRN.

Pourquoi vous avez de bonnes chances d’être publié (sur Internet)

Parce que les revues en ligne sont moins "embouteillées" que les revues papier. Une revue papier a une pagination limitée et les "petits nouveaux" y sont moins les bienvenus.

Parce qu’il y a un boulevard pour celles et ceux qui voudraient traiter certains sujets, certaines matières soi disant ennuyeuses, surtout si l’auteur est "fun" et pédagogue : fiscal, procédure civile, exécution, cotisations sociales ... Par exemple, sur le référé judiciaire, en matière d’ouvrage, mis à part les études des ouvrages à mise à jour de Dalloz et LexisNexis [8], parmi les ouvrages pas trop anciens encore disponibles à la vente, il n’en existe que deux de valable : le Vuitton et Vuitton et la thèse de Strickler [9]. En matière d’ordonnance sur requête, c’est encore plus net : des deux seuls ouvrages récents sur le sujet, l’un est carrément la thèse en accès libre d’Alexey Varnek, non publiée chez un éditeur [10]. Référé, ordonnance sur requête : deux sujets parmi tant d’autres où la place est à prendre.

Il y a également un boulevard pour les articles et ouvrages en montage financier/ingénierie juridico-fiscale. Les professionnels établis gardent — c’est compréhensible — leur savoir dans leurs "bibles". Mais les universitaires ? Et les Master 2 qui cherchent un poste ? Et les avocats d’affaires qui veulent démontrer leur expertise pour se faire une place au soleil ?

Parce que, même si les moteurs de recherche indexent mal les travaux de recherche juridique — cela dit, il y aurait moyen d’y remédier —, Google et Bing permettent de trouver 95% des documents en droit disponibles en texte intégral ou en abstract sur Internet. Et 99% si on sait "torturer" Google [11]. D’autant plus que la longueur des documents, contrairement à ce que l’on pourrait penser, favorise l’indexation par les moteurs de recherche [12].

Parce que les publications en ligne en accès libre (open access) permettent de savoir combien de fois on a été lu et combien de fois téléchargé. En papier, aucune idée à part le nombre de ventes payantes, d’ailleurs pas formidable pour des revues pourtant incontournables comme le Recueil Dalloz ou la Semaine juridique édition Générale. Ces chiffres s’expliquent : beaucoup de clients sont des bibliothèques et les revues comme les livres circulent : au final il y a beaucoup plus de lecteurs que d’abonnés. Mais impossible de savoir combien de lecteurs.

Écrire, relire, publier, n’est-ce pas chronophage ?

Oui, ça prend du temps, inutile de le nier.

Mais le bilan bénéfices/coûts est positif. La réputation acquise se convertit, pour les salariés en employabilité [13], pour les indépendants en nouveaux clients, et pour les universitaires — en attendant que l’AERES prenne en compte les publications en ligne dans leurs évaluations des établissements d’enseignement — par une confiance accrue et par des échanges avec des collègues qui "boostent" leurs recherches.

Et puis, si vous suivez nos conseils supra en matière d’écriture, vous irez plus vite. N’oubliez pas qu’un billet de blog bien argumenté et bien documenté se convertit en un à deux jours de travail en article de revue [14].

Voilà, vous avez les cartes en mains et la méthode. A vous de jouer !

Emmanuel Barthe
bibliothécaire documentaliste, juriste de formation (faculté de droit de Sceaux)


Farces et attrapes

Trois techniques de marketing pour rajeunir artificiellement un livre de droit

Et une quatrième pour pousser (à contretemps) à l’achat

Mardi 11 juillet 2017

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Cure de rajeunissement

Si vous êtes bibliophile ou bibliothécaire, comme l’auteur de ce billet, vous savez qu’un ouvrage très demandé peut faire l’objet d’un nouvelle impression dite aussi réimpression ou nouveau tirage (à l’identique, donc).

Dans ce cas, les dates de parution et de dépôt légal changent, mais le numéro ISBN normalement pas.

Ce procédé incite les acheteurs, qui achètent sans le livre en main et souvent en grandes quantités, à penser qu’ils ont affaire là à une nouvelle édition puisque la date de parution a changé et que ça apparaît dans leur veille bibliographique.

En fait, vous venez d’acheter un doublon. Et de prendre des vessies pour des lanternes. Si vous n’avez pas une très, très bonne mémoire, vous ne vous souviendrez pas que vous avez déjà vu passer cette édition.

L’effet d’illusion est d’autant plus fort lorsque l’éditeur combine cette technique avec d’autres techniques marketing pouvant abuser l’acheteur :

Affecter un nouveau n° ISBN à un ouvrage identique est abusif. Cela ne correspond à rien de nouveau, de tangible.

La deuxième technique, celle du millésime, consiste à mettre l’année n+1 sur la couverture dès qu’un ouvrage sort fin juillet — et sera donc présenté en librairie fin août, autrement dit à la rentrée.

Exemple d’un ouvrage combinant ces trois techniques :
Droit du travail / Gilles Auzero et Emmanuel Dockès. - 30e éd. - Dalloz, 2015
ISBN 978-2-247-16874-3

La couverture porte : 2016 30e édition. La 29e édition portait la mention 2015. C’est faux : 2016 date en réalité d’octobre 2015 et 2015 est paru en septembre 2014.

Plus précisément, 2016 réimprimé paru en 2016 est paru fin août 2016 et date en réalité d’octobre 2015 : près de deux ans d’écart ! Autrement dit : alors que je m’attendais à ce que cet ouvrage traite la loi Travail de de l’été 2016 dite loi El-Khomri, eh bien il n’est pas à jour.

Même le libraire Decitre, un (très gros) acheteur lui aussi, s’y est fait prendre. Regardez sa notice : aucune mention d’un nouveau tirage.

Ah oui ! au fait, le millésime 2018 sort en septembre mais porte un gros sticker noir portant "Edition 2017". Tiens donc ! Mais il ne sera pas pour autant à jour ... de la seconde loi (ou plutôt ordonnance) Travail, dont la loi d’habilitation arrive devant le Parlement :-(

Vaporbook

Dans un registre similaire, je pourrais aussi citer ces fréquentes annonces d’ouvrages un à deux mois à l’avance qui polluent les librairies en ligne, particulièrement les veilles bibliographiques qu’elles offrent.

C’est au moment où on peut l’acheter qu’il faut signaler un ouvrage. Autrement, ça crée de la frustration (d’autant plus que la plupart du temps la couverture manque), et ça amène à oublier la nouveauté lorsqu’elle est enfin disponible. Cela pose également des problèmes avec des lecteurs qui, ayant vu l’annonce de parution, demandent (voire exigent) le livre non encore paru et regrettent qu’on ne l’ait pas encore acheté.

Emmanuel Barthe
bibliothécaire documentaliste juridique, acheteur de documentation juridique


La couverture du millésime 2016 datant de 2015 et paru en octobre 2015 : elle mentionne à juste titre : "A jour des lois Macron et Rebsamen"


La couverture du millésime 2016 datant de 2015 et paru en août 2016 : bizarre, elle ne mentionne plus " A jour des lois ...". Peut-être pour qu’on évite de se poser des questions sur la date exacte du contenu ?


Le juge de paix : la notice du catalogue collectif des bibliothèques universitaires françaises, le Sudoc. Il mentionne bien "autre tirage 2016" et les *deux* numéros ISBN sur *une seule* et même notice


Les éditeurs juridiques belges et le marché français

French Connection chez Larcier

Mardi 6 juin 2017

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Ma collègue Isabelle Brasseur signale sur la liste Juriconnexion que les Petites affiches annoncent dans leur numéro du 1er juin 2017 une nouvelle revue Revue européenne et internationale de droit fiscal.

Elle rappelle que cette revue existe en réalité depuis début 2015 et qu’elle est commercialisée par les Editions Bruylant. La revue est disponible sous format papier et est accessible en ligne uniquement pour les abonnés à la base Stradalex du groupe Larcier. Il y a 4 numéros par an.

Cette revue de qualité en fiscalité internationale réunit des universitaires, praticiens et avocats des cabinets internationaux français et étrangers qui confrontent leurs points de vue sur les nouveaux enjeux.

Ça me fait penser que depuis pas mal d’années, on constate une montée en qualité et en quantité des publications d’éditeurs juridiques belges sur le droit français.

Je pense particulièrement à l’excellente collection de manuels de droit français Paradigme chez Larcier. Ainsi, le manuel de droit des contrats est rédigé par le professeur Houtcieff, un des enseignants consultés lors des préparations des projets de réforme du droit des obligations. Quant au manuel de procédure civile, il est rédigé par Yves Strickler, professeur à Strasbourg, dont la thèse sur le juge des référés reste, aujourd’hui encore, un des très rares ouvrages consacrés à ce sujet assez "technique".

On note aussi depuis au moins quatre ans un démarchage en France pour vendre la base StradaLex de Larcier.

Clairement, nos voisins du Nord lorgnent sur le marché français.

Le rachat en juillet 2016 du groupe Larcier par l’éditeur français Lefebvre Sarrut n’a pu qu’accentuer cette tendance.

Le groupe Larcier, représenté par les éditions Larcier, Promoculture et Bruylant, est LE représentant essentiel des éditeurs belges en droit, mais il y en a d’autres : Presses Universitaires de Louvain, Brepols, l’éditeur spécialisé Migration Policy Group (MPG est en fait un think tank) ...

La liste des éditeurs juridiques belges est consultable sur le site de l’association des éditeurs belges (ADEB).

Emmanuel Barthe
bibliothécaire documentaliste juridique


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