LexisNexis pourrait être tenté d’acquérir Wolters Kluwer avec le "cash" généré par la cession de ses "contenus éducatifs" — Un obstacle de taille toutefois : la DG Concurrence

Mardi 15 mai 2007

La Dépèche du GFII du 14 mai 2007 annonce que « Reed Elsevier cède au Groupe Pearson Harcourt International and Assessment pour 950 millions de dollars, moins de trois mois après avoir annoncé la mise en vente de ses activités "contenus éducatifs". »

Comme Reed Elsevier a d’autres activités "learning" à céder, la Dépèche mentionne que « les analystes posent la question d’une éventuelle opération d’acquisition [par LexisNexis] de grande envergure (Thomson Scientific ou Wolters Kluwer) dans laquelle pourrait être employé le cash retiré de la vente des activités d’édition scolaire. »

Trois jours plus tôt, la Dépèche du 11 mai 2007 [1] notait justement que « Wolters-Kluwer apparaît plus que jamais, aujourd’hui que la société est redressée, comme une cible potentielle idéale pour une opération de rachat. Une éventuelle OPA pourrait émaner de ses concurrents (Thomson et Reed-Elsevier sont tous deux intéressés par telle ou telle division de WK) ou de fonds d’investissement misant sur les plus-values d’une revente par appartements (ces deux hypothèses pouvant d’ailleurs très bien se rejoindre). Wolters Kluwer est en effet le seul groupe international d’information professionnelle que sa capitalisation en bourse relativement modeste rend opéable. »

La newsletter ne dit pas si l’édition juridique de WK serait incluse dans le périmètre de cette éventuelle acquisition. Toutefois, dans pareil cas (OPA hostile, non sollicitée), l’opération se fait sur l’ensemble du groupe, avec ensuite une revente "par appartements". Si pareille acquisition est tentée, il serait alors surprenant que LexisNexis n’entende pas alors garder tout ou partie du juridique pour elle.

Il faut toutefois relativiser : ce genre de supputation concernant Wolters Kluwer revient régulièrement depuis quelques années. Et la tentative la plus sérieuse, il y a dix ans, s’est heurtée à l’opposition de la Commision européenne [2].

Lors de la tentative de fusion entre Wolters Kluwer et Reed Elsevier en 1997 [3], la DG Concurrence avait déclenché la phase II de l’enquête de concurrence [4]. Cela signifiait qu’elle estimait que la fusion posait des problèmes en terme de concentrations, autrement dit qu’elle créerait une position dominante. D’où des risques très nets de demandes par la Commission de cessions importantes, ce qui aurait relativisé fortement l’intérêt de l’opération. Les deux éditeurs avaient alors renoncé, début 1998 [5]. La Commission ferait elle la même analyse aujourd’hui ? Probable, car les deux groupes ont encore grossi depuis. Toutefois, des promesses de "dépeçage" pourraient faire passer la pilule.

Je ne peux que reprendre ce que j’écrivais ici début janvier 2007 : « en dépit de sa faible probabilité de réalisation, cette rumeur illustre à la fois la vulnérabilité des groupes d’édition juridique à des opérations de rachat et la persistance des tentatives de fusion de ces deux grands groupes » [6].

Inutile de s’alarmer inutilement, allez vous me dire. Certes. Mais que diriez vous d’un rachat de WK par le "troisième larron", l’autre grand groupe mondial d’édition juridique ? Car en réalité, le groupe Thomson (propriétaire de l’éditeur américain West, et en France de Transactive), peu riche en filiales européennes et candidat malheureux au rachat de Dalloz en 2005, qui ferait un prétendant plus probable ...

Notes de bas de page

[1Wolters Kluwer affiche de très bons résultats trimestriels et décline en France une stratégie axée sur les portails "métier ", La Dépèche du GFII 11 mai 2007.

[2Voir la brève Pas de fusion Reed Elsevier-Wolters Kluwer dans Stratégies n° 1047 du 13 août 1998 p. 16.

[3Notification préalable d’une opération de concentration (affaire n° IV/M.1040 Wolters-Kluwer/Reed Elsevier), JOCE C 347 du 18 novembre 1997 p. 4.

[4Engagement de procédure (affaire n° IV/M.1040 Wolters Kluwer/Reed Elsevier), JOCE C 13 du 17 janvier 1998 p. 5.

[5Comme le mentionnent les références de l’affaire sur le site de la DG Concurrence : « Decision(s) : Aborted / withdrawn (N/2) 09 Mar 1998 ».

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