L’avenir des bibliothèques selon Robert Darnton : une vision lumineuse, une action pertinente

Vendredi 14 janvier 2011

Difficile de faire plus précis et pertinent sur l’avenir des bibliothèques que Robert Darnton, historien américain spécialiste de l’histoire du livre et qui dirige, depuis 2007, la bibliothèque d’Harvard, la deuxième au monde après celle du Congrès
à Washington.

Extraits de son

R. D. - Mon projet : créer une bibliothèque numérique nationale qui, dans les faits, serait très vite internationale. L’équivalent moderne de la bibliothèque d’Alexandrie. [...]

Le Monde - Une bibliothèque universitaire se doit aussi de conserver la mémoire collective d’une époque. Comment préserver les courriers, articles, recherches qui sont nés directement sous forme numérique ?
R. D. - C’est un casse-tête. Nous y investissons des sommes considérables car c’est une mission essentielle. [...]
C’est toute une civilisation dont il faut garder témoignage. Et les bibliothèques sont plus nécessaires que jamais, sachant que le numérique peut être très périssable. Savez-vous qu’on a perdu des archives de la NASA ? Un ensemble de courriels de la Maison Blanche entre 2001 et 2005 ? Et qu’on a failli perdre toutes les données du recensement de la population de 1960 à cause d’un logiciel démodé ? Autrefois rivales, les grandes universités doivent désormais se serrer les coudes et collaborer ensemble à cette mission de conservation. Je travaille d’ailleurs étroitement avec la bibliothèque du MIT (Massachusetts Institute of Technology).

Le Monde - Les salles de lecture ont-elles été désertées maintenant que les étudiants ont accès à Google et à tant de documents et cours depuis leurs chambres ?
R. D. - Elles sont plus fréquentées que jamais ! De jour comme de nuit. Les étudiants y travaillent en petits groupes, leur ordinateur branché devant eux et entourés de livres. Ils discutent et débattent perpétuellement. Contrairement à mon époque où le silence était absolu et la nourriture interdite, ils sont même invités à y prendre cafés et sandwiches. Et puis 1200 employés à plein-temps sont à leur service. Notamment des bibliothécaires spécialisés et disponibles pour les guider vers les documents, les moteurs de recherche et les banques de données les plus pointues. C’est le cas notamment à l’école de droit qui forme l’élite politique et où a étudié Obama.

Voilà un monsieur qui a tout compris ! Les mots en gras ci-dessus résume très bien un des aspects essentiels de mon métier de documentaliste.

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