Editeurs c/ Archives libres : l’Open Access et ses adversaires

Mercredi 7 mars 2007

Plusieurs grands éditeurs, Elsevier, Wiley et l’American Chemical Society (ACS) en tête, ont recruté, via l’American Association of Publishers (AAP, l’Association des éditeurs américains), un cabinet de consultants en relations publiques, chargé de mettre en place une campagne de communication dénonçant les dangers de l’information en accès ouvert ("Open Access"). PubMed Central, le site d’archives ouvertes publié par le National Health Institute (NIH) fédéral a été la cible d’attaques.

Plus de détails dans ces deux articles (en anglais) :

  • PR’s ’pit bull’ takes on open access / Jim Giles, Nature 24 janvier 2004
  • Open Access to Science Under Attack / David Biello, Scientific American, 26 janvier 2007. Selon le chapeau de l’article : « Les défenseurs du libre accès aux publications scientifiques peuvent se retrouver sous le feu de spécialistes des relations publiques de haut niveau et de puissants groupes d’intérêts. » [1]

Cette dénonciation des dangers (pour les éditeurs) de l’Open Access se retrouve dans la contribution du Syndicat national de l’édition (SNE) à la consultation publique de la Commission Européenne sur le contenu en ligne dans le marché unique du 13 octobre 2006 (PDF). En voici quelques extraits symptomatiques :

« Aucun modèle économique ne saurait reposer sur une utilisation illégitime ou entièrement gratuite des oeuvres. [...]
La plus grande crainte des éditeurs est de ne pas voir émerger un modèle économique intégrant la consommation de livres en ligne rémunérée, face à la culture de la gratuité qui s’est répandue sur Internet, notamment parmi les moins de 30 ans. [...]
Ainsi, il convient de se méfier des nouvelles tendances « open access » ou des initiatives telles que « Creative Commons », qui permettent certainement à des auteurs déjà connus, dans une situation financière confortable ou dont les travaux ont été financés par la puissance publique, de rendre leurs oeuvres accessibles à tous sur Internet. En revanche, de telles initiatives ne permettent pas à de nouveaux auteurs de diffuser leurs oeuvres d’une manière durable, et risquent finalement de priver les éditeurs et producteurs de revenus qui auraient pu servir à financer le lancement de ces derniers, et ce au détriment de la diversité culturelle. [...]
La mise à disposition gratuite sur Internet de contenus éducatifs, numérisés ou déjà numériques, prônée par certaine autorités publiques en Europe pourrait avoir pour conséquence de menacer le modèle économique des éditeurs. »

Il est vrai que les tenant de l’Open Access ont récemment lancé des initiatives, disons, osées aux yeux des éditeurs :

  • en 2006, deux sénateurs américains, Joseph Lieberman et John Cornyn, ont sorti une proposition de loi ("bill") [2], fondée sur le principe que ce sont les contribuables qui financent la recherche et donc les articles scientifiques qui en résultent, qui exigerait que chaque article publié dérivé d’une recherche financée par le Gouvernement américain soit publié en ligne dans les six mois
  • Stevan Harnad, professeur de sciences cognitives au Canada et "évangéliste" de l’Open Access, défend cette obligation d’autoarchivage pour l’ensemble des chercheurs d’une Université
  • le recteur l’Université (belge) de Liège a engagé son Université dans l’auto-archivage de ses publications, en la recommandant vivement et en créant un "repository" dédié, sans aller toutefois jusquà la rendre obligatoire, et défend sa position sur son blog [3]. Selon lui :

    « Le répertoire institutionnel ne tue pas l’édition commerciale. De très nombreux éditeurs prestigieux acceptent l’auto-archivage en dépôt institutionnel. »

  • le Wellcome Trust au Royaume-Uni a commencé à donner des fonds à ses chercheurs dans le but explicite de couvrir les dépenses nécessaires à une publication dans des revues "open access".

Pour l’instant, la proportion d’articles scientifiques américains disponibles sur des archives ouvertes reste faible. A titre d’exemple, sur PubMed Central, sur 65 000 articles dérivés de recherches financées par le NIH, seuls environ 10 000 sont disponibles.

Mais d’un autre côté, des initiatives proches commencent à débouler de partout. Par exemple, en France ... :

Notes de bas de page

[1Traduction par nos soins. Articles signalés et commentés par Olivier Ertzscheid sur son blog affordance et par Marlène.

[2Cette proposition de loi a pour nom "Federal Research Public Access Act" (FRPAA). Voir les liens cités par Stéphane Cottin sur son blog ServiceDoc.info.

[3Signalé sur affordance.info.

[4Merci à FX pour le signalement.

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