Bibliothèque numérique européenne : pour quand ? pour quel profit ?

Dimanche 7 septembre 2008

Sur l’avenir du projet de bibliothèque numérique européenne Europeana (autrefois dite BNuE, elle doit être lancée en novembre 2008 [1]), le communiqué de presse du 11 août 2008 de la Commission européenne [2] est ambitieux :

« Les bibliothèques européennes contiennent, à elles seules, plus de 2,5 milliards de livres, mais environ 1 % des archives seulement sont disponibles sous forme numérique.
La Commission appelle donc les États membres à intensifier leur action pour rendre davantage d’œuvres numériques disponibles en ligne, afin que les Européens puissent les consulter dans le cadre de leurs loisirs, de leur travail ou de leurs études. Pour sa part, la Commission allouera, en 2009-2010, quelque 120 millions d’euros à l’amélioration de l’accessibilité en ligne du patrimoine culturel européen. »

Salutaire exhortation. Initiative intéressante de la Commission. Grand retard européen et incidemment français dans la mise en ligne des données culturelles, en effet.

Ce qui n’empêche pas quelques réflexions et questions quelque peu désabusées.

Réflexions :

  1. Ce n’est qu’une communication, donc un texte sans effet contraignant, donc une simple *invitation* de la Commission. Dieu sait, quand les Etats membres n’ont pas envie de la suivre, s’ils sont capables de torpiller ses initiatives ou de les faire tellement traîner qu’elles prennent une génération (environ 20 ans) pour éclore. Certes, la Commission alloue un financement. Mais il est insuffisant à lui seul, le communiqué le reconnaît [3] et fait donc appel aux Etats membres, félicitant les bons élèves et tentant de stigmatiser ceux qui se déroberaient (l’Allemagne et la Pologne sont cités)
  2. Souvent, quand en Europe et particulièrement en France (beaucoup moins en Allemagne) on numérise des données publiques, celles-ci deviennent donc disponibles pour des acteurs privés non seulement nationaux mais aussi non européens. Ces derniers sont plus puissants, mieux aguerris et leurs bases de données d’office plus vastes et plus ergonomiques que la plupart des acteurs privés nationaux et bien sûr que les portails publics. Or la première évaluation des effets de la directive sur le droit des producteurs de bases de données [4] a montré que l’industrie européenne des bases de données n’a guère progressé de 1998, date d’entrée en application de cette directive, à 2005 [5]. D’autant que maintenant, cette disponibilité n’est plus une option mais une obligation légale [6].

D’où deux questions :

  1. Quand sera ce fait ? 2010 comme le voudrait la page About du site Europeana [7] ? Restons sérieux !
  2. Qu’y gagnera t’on, sur un plan macro-économique ? N’est ce pas, au mieux, un jeu à somme nulle ?

Notes de bas de page

[1Pour le catalogue en ligne des références des ouvrages des bibliothèques nationales européennes, c’est sur le site web The European Library.

[2Bientôt une bibliothèque numérique pour l’Europe, communiqué IP/08/1255 du 11 août 2008.

[3Selon le communiqué, « en 2009-2010, 69 millions d’euros provenant du programme-cadre de recherche de l’UE seront alloués [...]. Pour la même période, le programme Compétitivité et innovation prévoit d’affecter environ 50 millions d’euros à l’amélioration de l’accès au contenu culturel européen. Cependant, le coût total de la numérisation de cinq millions d’ouvrages provenant des bibliothèques européennes est déjà estimé aux alentours de 225 millions d’euros, sans compter les œuvres comme des tableaux ou des manuscrits. »

[4First evaluation of Directive 96/9/EC on the legal protection of databases, 12 décembre 2005, format PDF, disponible en anglais seulement.

[5Les phrases clés dans cette évaluation : « Most respondents [NB : en fait, 55%, et il faudrait voir qui exactement a été consulté ...] to the on-line survey believe that the "sui generis" right has helped Europe to catch up with the US in terms of investment but, at the same time, that the "sui generis" right did not help to significantly improve the global competitiveness of the European database sector. [...] There has been a considerable growth in database production in the US, whereas, in the EU, the introduction of "sui generis" protection appears to have had the opposite effect. [...] Introduced to stimulate the growth of databases in Europe, the new instrument has had no proven impact on the production of databases. »

[7Je cite : « The intention is that by 2010 the Europeana portal will give everybody direct access to well over 6 million digital sounds, pictures, books, archival records and films. »

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