2LR n’a pas convaincu pour l’instant — Des nouvelles fonctionnalités à finir de mettre au point et une ergonomie à améliorer nettement pour mieux mettre en valeur ces nouveautés

Lundi 6 août 2007

Sortie début juillet, 2LR http://www.2lreflex.fr ou http://www.lamylinereflex.fr, la nouvelle version de Lamyline Reflex, la plateforme en ligne de Lamy, manque son premier tour de piste mais peut largement réussir la suite en améliorant le graphisme et l’ergonomie des nouvelles fonctionnalités.

Car elles sont là, ces nouvelles fonctionnalités tant attendues (lecture à l’écran facilitée, accès facilité par le sommaire, image PDF des revues, ...), mais leur réalisation, leur ergonomie et le graphisme qui les accompagnent sont à revoir. Si ces points sont améliorés pour la rentrée de septembre 2007 — ce qui est l’objectif selon l’éditeur —, Lamy n’aura pas investi 700 jours hommes de développement [1] pour rien. Cette meilleure mise en valeur conditionne en partie le succès de cette nouvelle version.

Voici mes premières impressions mêlées à celles de collègues bibliothécaires documentalistes juridiques et les réponses de Lamy reçues lors de la rencontre du 18 juillet à laquelle étaient invités Juriconnexion et la section Juridique de l’ADBS.

Méthode de travail

- Communication/écoute sur le projet : cela fait plus de deux ans que Lamy dit, par ses commerciaux ou autres responsables, travailler sur ce projet de nouvelle version et il était très, très attendu, vu les manques criants de Lamyline Reflex, qui au départ avait été conçu comme une plateforme de recherche pure — ce qu’elle fait bien voire très bien sur certaines bases — et non un site web de consultation/impression en ligne. Or la date de sortie a été repoussée au moins trois fois et il est clair que malgré les très nombreuses remarques, l’aspect ergonomie n’a pour l’instant pas été assez pris en compte (je pense notamment à la vitesse de chargement des pages, voir infra).
Lamy a reconnu que pour eux, mettre en place les nouvelles fonctionnalités avait été prioritaire, et qu’il fallait maintenant passer à l’ergonomie. Lamy a favorablement accueilli, le 18 juillet, l’idée d’une méthode de test sur un échantillon réduit (méthode de Jakob Nielsen), qui permet d’aller plus vite pour réformer l’"usabilité" (c’est le terme de Nielsen) d’un site web.

- Ancien site supprimé (lamylinereflex.fr), donc pas de version de sauvegarde si la nouvelle "plante" ou rend les utilisateurs chèvres :-) — ce qui fut le cas de Navis (des abonnés exigèrent et obtinrent le maintien de l’ancienne version pendant un an, jusqu’à amélioration concluante de la nouvelle version).

Contenu

- Délai de mise en ligne des revues toujours aussi long. Exemple : une semaine de délai entre la parution papier et la mise en ligne pour la Revue Lamy Droit des affaires de juin 2007. Autre exemple : au 6 août 2007, en fac-similé, ni le n° 981 du 1er juin ni le n° 983 du 1er juillet ne sont en ligne pour les Nouvelles fiscales (voir image infra dans Recherche et lecture > Lecture des revues), même si le retard est toutefois moindre en mode Recherche. Je sais bien que beaucoup de fiscalistes ne considèrent pas cette revue comme essentielle mais quand même ...
Le problème, c’est que la plupart des juristes, instinctivement et même souvent après formation, considèrent qu’une base de données en ligne est parfaitement à jour des derniers développements du droit positif. Or, ce n’est pas le cas, les preuves abondent. Un bémol : les retards sont moindres en mode Chercher qu’en mode Lire. Il faudrait tout de même, au minimum, que les derniers documents parus soient mis en ligne en même temps qu’ils sont envoyés aux abonnés papier, vous ne croyez pas ? Cette remarque sur le double retard des bases en ligne (sur l’actualité et, plus grave, sur le papier) vaut pour tous les éditeurs ...

Recherche et lecture

- Tiens, un classement par pertinence ! Pas mal a priori, mais pas évident d’en changer : il faut chercher pour trouver où passer au classement anti-chronologique et ça ne peut se faire qu’en 3 clics au lieu d’un comme le bon sens l’attend et comme les sites web standard savent le faire.
Précision de Lamy : ce classement par pertinence repose sur le nombre d’occurences dans le document.

- Recherche croisée : je veux essayer de faire une recherche sur plusieurs sources à la fois (ça manquait à Lamyline Reflex, sans que, à mon avis, ce soit une catastrophe). Et là, surprise : le message suivant s'affiche définitivement : « Chargement des sources en cours, veuillez patienter, svp ... » Au bout de 4 mn, j'ai fermé la fenêtre ... Mise à jour au 6 août : problème résolu.

En fait, on peut choisir ses sources et valider, puis chercher, le message reste affiché mais ne bloque rien. En revanche, si je modifie ma sélection de sources, rien ne va plus : l'écran devient blanc et se fige (cf image infra). Mise à jour au 6 août : le problème n'a guère changé, si ce n'est que si on attend sagement un peu plus d'une bonne minute, on finit par revenir à l'image supra, avec un message d'attente qu'on peut ignorer. _ Autre problème apparu : la liste des résultats ne s'affiche pas.
Mise à jour au 28 octobre 2007 : tous les problèmes cruciaux de la recherche croisée semblent avoir été résolus.

- Lecture des revues : quand on est en lecture (accès par l’onglet Lire) d’une revue et qu’on accède à la liste des numéros, il manque dans celle-ci l’indication de la date complète (i.e. le mois) des numéros (voir image infra). Seuls figurent l’année et le n°, ce qui est antipratique, les juristes et les auteurs ayant pour coutume de désigner un n° d’une revue par sa date complète (entre parenthèses, avez-vous noté que le n° 981 n’est pas en ligne ?)

- On ne peut pas passer de Chercher à Lire. Il est donc impossible d’afficher, d’un clic, au format fac-similé image, un article de revue qu’on vient de trouver par une recherche par mots-clés. Alors que cela rendrait sa lecture plus confortable. Une passerelle entre le mode Chercher et le mode Lire, un bouton au moins, qui lancerait l’application Flash et ouvrirait le numéro en cause de la revue, serait donc pour le moins utile.

Ergonomie

- Page d’accueil mal organisée, peu claire. On ne s’y repère pas de manière intuitive.

- Fluidité/rapidité de la navigation/l’affichage : beaucoup de lenteurs :

  • j’essaie d’afficher la page d’accueil : plus de 1 mn pour y arriver, la première fois. C’est nettement plus rapide ensuite : il semble que tant que les images de la page d’accueil ne sont pas dans le cache du navigateur, ça ralentit le chargement de la page
  • puis environ 30 sec. pour me connecter en tant qu’abonné
  • environ 45 sec. pour afficher une page de liste de résultats, que ce soit la 1ère page ou une des suivantes.
  • la navigation dans le sommaire est lente
  • l’affichage d’une partie importante d’un ouvrage (comme une division, par exemple) est très lent
  • on se complique la vie avec carrément un double ascenseur vertical lorsqu’on affiche une partie importante d’un ouvrage ! Cf image infra

- Le "feuilletage" des revues par le biais d’un format image spécial (le format Flash d’Adobe) avec zoom (voir image infra) est une fonctionnalité nouvelle (voir infra pour les autres nouvelles fonctionnalités) et une bonne idée à la Web 2.0.

Sa réalisation s’avère toutefois peu pratique :

  • pour lire, du fait de l’affichage en double page, il faut zoomer de très près (de beaucoup plus près que sur le PDF ...), d’où perte de temps. Exemple avec un extrait d’une double page affichée sans zoom sur un écran pourtant paramétré en 1280 x 1024 : c’est limite lisible (voir image infra), d’où l’obligation d’utiliser en permanence le zoom. Or celui-ci est tout sauf facile à utiliser (cf infra)
  • dès qu’on zoome, on perd alors complètement de vue ... la vue d’ensemble. On est perdu, on ne sait plus où on est
  • surtout, il est pour l’instant difficile de saisir comment faire pour manipuler correctement et aisément à la souris ce format image Flash. Si on reste sur ses habitudes de manipulation de et déplacement dans les documents Office (Word etc.) et Acrobat PDF que nous utilisons tous les jours, il est tout bonnement impossible de se servir de cette fonctionnalité. Le document "bouge", on n’arrive pas à le contrôler vraiment avec la souris.
    En fait, si vous maintenez le clic gauche de la souris enfoncé, au lieu de déplacer le document comme on le fait avec un PDF, vous êtes en train de zoomer sans vous arrêter ... C’est justement dû au fait que le document n’est pas au format PDF mais au format Flash, nettement plus souvent utilisé pour des vidéos (exemple : sur YouTube) et des jeux disponibles sur le Web et devant donc être légers en kilo-octets. Pour zoomer, cliquez sur le bouton "+" du Zoom puis sur le document. Pour vous déplacer dans le document, il faut juste déplacer votre souris, *sans* cliquer. Pour revenir à la vue d’ensemble, cliquez une fois n’importe où sur le document. Pour zoomer et dézoomer, vous pouvez aussi utiliser la molette de votre souris. Enfin, en appuyant sur la barre d’espace de votre clavier, vous pourrez afficher et utiliser la "télécommande", une sorte de super-bouton théoriquement plus pratique que la souris seule mais qui a tendance à "se balader" au lieu de rester sous la main dès qu’on enlève la souris d’au dessus d’elle. Tout cela est expliqué dans l’Aide du feuilletage (voir image infra). A mon avis, c’est à revoir, il faudrait adopter les standards de manipulation/déplacement d’Office et PDF. Mais est ce possible ? Car ces modes inhabituels de manipulation/déplacement sont liés au format Flash qui a été adopté. Il est donc possible que changer de modes de manipulation/déplacement obligerait à laisser tomber le format Flash ... et la nouvelle fonctionnalité de "feuilletage" avec.

- Look : mise en page, police de caractères, couleurs et tons : presque rien n’a changé, on est toujours sur ce bleu clair, ces cases à cocher, cette colonne de fonctionnalités à droite. Et les caractères qui sont encore plus petits :-(
Lamy a reconnu sans difficulté qu’il fallait améliorer certains points, comme le lien de déconnexion, invisible en tout petits caractères bleus sur fond bleu.

Fonctionnalités

- Fonctionnalités nouvelles : même avec le "feuilletage" décrit précédemment — et sans tenir compte de ses limitations ergonomiques —, on reste loin du Web 2.0. Ainsi, pas de fil RSS [2].
Lamy le sait et prévoit de travailler là dessus nous at’on dit le 18 juillet [mais, note personnelle, n’a rien fait là dessus jusqu’à présent et ne nous a donné aucun calendrier, même indicatif]

- Téléchargement énervant : à chaque téléchargement (Lamy appelle cela "Récupérer le document"), il faut cocher la case "Vous vous apprêtez à récupérer des documents 2LR. La récupération des données est soumise au respect de la Charte d’utilisation en particulier ses dispositions relatives à l’utilisation du service 2LR, dont vous reconnaissez avoir pris connaissance et souscrire à ses dispositions." Sinon, l’avertissement suivant s’affiche à l’écran devant vos yeux, vil payeur copilleur :-)

- Au fait, vous avez vu ce message d’erreur ? : « Trop de récupérations de documents ont lieu den ce moment sur le site Lamyline. Veuillez réessayer ultérieurement. »
Ah bon ? Bien que — ou parce que — gros client, nous aurions explosé les serveurs d’Atos Origin (le prestataire de Lamy, développeur et hébergeur de la plateforme Lamyline Reflex) ?

- Toujours pas de sommaire des revues — distinct du reste. C’est inutile, risque t’on de me répondre, puisque 2LR propose le fac-similé du texte intégral des revues. Certes, mais tout le monde a-t-il, installée sur son poste, la version Standard payante (dite "Writer") d’Acrobat pour faire le découpage (éditer) et séparer le sommaire du reste ? Et les documentalistes souhaitent-ils saturer la messagerie de leurs avocats en envoyant toute la revue ?

- A quoi sert donc la version PDF des ouvrages ? : si c’est pour "pdfiser" la version html des pages sans garder les liens, n’importe quel juriste équipé par son service informatique de PDF Creator et al. peut le faire lui-même. A la limite, en revanche, on appréciera la version HTML complète des chapitres à télécharger (un acquis utile, pour le coup) : les informaticiens habiles pourraient la tranformer ... En tout cas, il est plus que probable que cette version PDF des ouvrages sous 2LR ne convaincra ni les juristes réfractaires au travail sur des documents en ligne ni leurs partisans, pour qui une version PDF doit s’approcher le plus possible de la version papier et non ressembler à la page web.

- Toujours pas de lien profond possible, sauf à s’y connaître [3] : toutes les pages affichent pour unique adresse celle de la page d’accueil, soit http://www.2lreflex.fr. En fait, les adresses réelles sont "framées" (voir infra l’image d’une page déframée par nos soins et affichant donc son adresse web réelle.). Exemple d’URL de contenu :
http://www.lamylinereflex.fr/reflexv2/modules/consultation/tocNodePrecal.include.jsp?phcWkDocId=WKFR-LMLN-PHC-LS2007&tocWkDocId=4959644&numPage=0&tocNodeId=368

- Pas de service Web (problème très proche de celui supra) : pour une grosse structure en connexion IP, cela impose toujours quand on a trouvé un document en réponse de le télécharger puis de l’envoyer par e-mail, au lieu d’envoyer juste l’adresse web (i.e. le lien profond). Sans parler de la difficulté d’utiliser des métamoteurs — difficulté temporaire, parce que cela impose de scraper les réponses en local au lieu de renvoyer vers l’URL de chaque document.
C’est un gros problème. Lamy a entendu les remarques. [Mais rien de concret en place pour l’instant.]

- Tiens justement à propos de la connexion IP :

  • la connexion par reconnaissance d’adresse IP ne semble pas stable. Un cabinet de la place de Paris signale que, depuis vendredi, par deux fois déjà, ils ont été obligé d’utiliser des codes pour se connecter à 2LR. Mise à jour au 13 juillet : il semble que l’utilisation de la nouvelle adresse http://www.2lreflex.fr pose problème pour la reconnaissance IP alors que ce n’est pas le cas pour l’ancienne http://www.lamylinereflex.fr/acces.jsp que l’on peut continuer à utiliser
  • deux cabinets parisiens signalent : on atteint vite la limite des x connexions simultanées négociées et on a des messages du type "Vos droits actuels ne vous permettent pas d’accéder à ces fonds" — sachant que l’abonnement négocié donne accès à tout le fond, c’est surprenant. En fait, le "time-out" sur Lamyline Reflex est passé de 20 à 30 minutes, ceci expliquant probablement cela. Ou bien, l’utilisateur a essayé d’accéder à la première subdivision d’un ouvrage (la "Partie") : là, un bug reconnu par Lamy empeche l’affichage du texte (il est vrai alors particulièrement long).

Ce billet sera mis à jour au fur et à mesure des améliorations de 2LR.

Emmanuel Barthe
documentaliste juridique, testeur d’applications numériques juridiques

Notes de bas de page

[1Des développements largement réalisés chez sa SSII, Atos Origin. Atos est une grosse SSII, largement employée par les donneurs d’ordres institutionnels. Sur son site web, on trouve ainsi une brève sur le projet Copernic de refonte du système informatique des services fiscaux français (PDF) lancé en 2000, où Atos a assuré une assistance à la maîtrise d’ouvrage.

[2Les fils RSS sont déjà en service sur Dalloz.fr et une flopée de sites publics, comme ceux du Sénat, du Premier ministre, etc.

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