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Application de la loi ESSOC

La publication des circulaires et instructions suite à la loi sur le droit à l’erreur : une nouvelle donne ?

Le site circulaires.gouv.fr sera-t-il détrôné par les BO ?

Lundi 10 décembre 2018

Est paru au JORF du 30 novembre un décret sur la publication et l’opposabilité des circulaires en ligne : Décret n° 2018-1047 du 28 novembre 2018 relatif aux conditions de publication des instructions et circulaires

La notice du texte :
« Objet : conditions et modalités de publication des instructions et circulaires. 
Entrée en vigueur : le décret entre en vigueur le 1er janvier 2019. Les circulaires et instructions signées avant cette date sont réputées abrogées au 1er mai 2019 si elles n’ont pas, à cette dernière date, été publiées sur les supports prévus par les dispositions de la section 2 du chapitre II du titre Ier du livre III du code des relations entre le public et l’administration [CRPA] »

Premières impressions et première question

La première chose qu’on déduit de ce décret, c’est que les ministères ont six mois devant eux pour vérifier s’ils ont bien publié toutes leurs circulaires et instructions non seulement sur circulaires.gouv.fr mais aussi sur leur Bulletin officiel en ligne. Autrefois, les ministères ont dû précipitamment vérifier que leurs circulaires et instructions étaient bien sur circulaires.gouv.fr et les y republier le cas échéant afin qu’elles restent applicables. Cette fois, ils vont devoir faire le travail dans l’autre sens !

Ensuite, ce texte liste les sites des ministères, sur lesquels seront publiées ces circulaires [1] :

A première vue, le site circulaire.legifrance.gouv.fr (en abrégé circulaires.gouv.fr du nom de sa première adresse web) n’est pas cité dans ce texte. Quel sera son sort ?

La réponse à cette question est, semble-t-il, dans l’article 3 du décret du 28 novembre : 
« Art. R. 312-8 [du CRPA]. - Par dérogation à l’article R. 312-3-1, les circulaires et instructions adressées par les ministres aux services et établissements de l’Etat sont publiées sur un site relevant du Premier ministre. Elles sont classées et répertoriées de manière à faciliter leur consultation. »

L’ancienne version de cet article R. 312-8 CRPA est comme suit : 
« Art. R. 312-8. - Sans préjudice des autres formes de publication éventuellement applicables à ces actes, les circulaires et instructions adressées par les ministres aux services et établissements de l’Etat sont tenues à la disposition du public sur un site internet relevant du Premier ministre. Elles sont classées et répertoriées de manière à faciliter leur consultation.
Une circulaire ou une instruction qui ne figure pas sur le site mentionné au précédent alinéa n’est pas applicable. Les services ne peuvent en aucun cas s’en prévaloir à l’égard des administrés. »

Or l’expression « site relevant du Premier ministre », dans ce contexte, a jusqu’ici toujours implicitement désigné circulaires.gouv.fr.

Ce que ce décret apporte, c’est que non seulement les circulaires et instructions ministérielles doivent être publiées sur circulaires.gouv.fr mais en plus elles doivent également l’être dans le Bulletin officiel (BO) correspondant et ce, sous 4 mois. Et que c’est ce dernier acte qui leur pemet d’être applicables par l’Administration.

Donc, juridiquement en tout cas, circulaires.gouv.fr n’est pas supprimé comme site de publication obligatoire des circulaires et instructions ministérielles — à l’exception, qui se maintient, du BOFiP. Mais en revanche, circulaires.gouv.fr perdrait de son importance puisque ce n’est plus lui qui est le site de publication déclencheur de l’applicabilité.

Qu’est-ce que ça change pour la veille ?

On peut penser, à cette lecture, qu’il va désormais falloir focaliser la veille plus sur les BOs, nombreux et dispersés, et moins sur l’unique circulaires.gouv.fr. C’est que je pensais de prime abord.

En fait, pas forcément. Car la publication sur les sites des BO s’effectue, selon l’article 312-10 CRPA nouveau de ce nouveau régime de publication, par « un lien vers le document mis en ligne sur le site mentionné à ce même article » [2]. Or ce site (un site unique, opposés à « les sites »), c’est encore une fois le « site relevant du Premier ministre ».

Ce que veut donc dire ce décret, c’est que désormais les circulaires et instructions ne doivent plus être publiées en deux fichiers, l’un faisant doublon avec l’autre (un exemplaire sur le site du BO, un autre sur circulaires.gouv.fr) mais uniquement en un seul fichier sur circulaires.gouv.fr et, dans le BO, par un simple lien vers la notice voire le PDF présent sur circulaires.gouv.fr.

Par ailleurs, je constate que cette liste de sites accueillant des BO est limitative. Cela n’a peut-être pas été conçu pour empêcher toute création future de nouveau BO, mais ça devrait en avoir l’effet.

Et l’article 4 du décret qui créée cette liste ajoute : 
« Lorsque la page à laquelle renvoient les adresses mentionnées ci-dessus ne donne pas directement accès à la liste des documents mentionnés à l’article L. 312-3, elle comporte un lien direct vers cette liste, identifié par la mention “Documents opposables”. »

Toutes ces mesures réduisent un peu plus l’autonomie normative des ministères par rapport au Premier ministre. Ce qui est depuis le début l’idée de la réforme qui a créé le site circulaires.gouv.fr. Pas vraiment une consécration du droit à l’erreur.

A l’origine : le droit à l’erreur et la loi ESSOC

Pourquoi parler de droit à l’erreur ?

Parce que l’origine de cette modification du régime de publication, il faut aller la chercher dans la volonté de la nouvelle majorité de donner une sorte de ”droit à l’erreur" aux entrepreneurs, startups et TPE.

Cette aspiration s’est traduite dans la loi ESSOC (loi n° 2018-727 du 10 août 2018 pour un Etat au service d’une société de confiance), dite loi sur le droit à l’erreur.

Le II de l’article 20 de cette loi dispose : 
« Art. L 312-3 [du Code des relations entre le public et l’administration] - Toute personne peut se prévaloir des documents administratifs mentionnés au premier alinéa de l’article L 312-2, émanant des administrations centrales et déconcentrées de l’Etat et publiés sur des sites internet désignés par décret. »

Or, on le sait par certains titres de la presse économique et financière, voire généraliste, l’administration a œuvré pour limiter la portée et les effets de ce texte. Déjà, la rédaction du texte législatif en a porté certaines marques.

Devoir vérifier que les circulaires publiées sur circulaires.gouv.fr le sont désormais également sur les Bulletins officiels, sous 4 mois, et devoir déplacer la priorité qui était sur circulaires.gouv.fr vers les BO pourtant plus nombreux, voilà qui peut sembler compliquer la veille et donc le travail des petites entreprises [3]. Cela résulte pourtant de la volonté du législateur de redonner de la marge de manœuvre aux ministères à travers leurs BO, et probablement, à travers les ministères, aux demandes des entreprises — auxquelles les ministères sont réputés plus sensibles que le Premier ministre.

« Toute personne peut se prévaloir de l’interprétation d’une règle, même erronée, opérée par [une circulaire ou une instruction] pour son application à une situation qui n’affecte pas des tiers, tant que cette interprétation n’a pas été modifiée », dit également la loi ESSOC à travers l’alinéa 2 du nouvel article L 312-3 CRPA. Là, ce n’est plus la loi, c’est le décret qui limite la portée du droit à l’erreur. Il précise en effet que si une personne s’appuie sur une erreur d’interprétation dans une circulaire, cette interprétation erronée ne pourra, selon le décret, être opposable si elle va contre les « dispositions législatives ou réglementaires préservant directement la santé publique, la sécurité des personnes et des biens ou l’environnement » (notion apparemment proche de celle d’ordre public). En clair : si la circulaire fait une erreur d’interprétation qui contredit le droit le plus impératif, c’est ce droit impératif qui gagne.

Le décret insiste lourdement, en insérant dans le CPRA un art. R. 312-10 nouveau : 
« Art. R. 312-10. - Les sites internet sur lesquels sont publiés les documents dont toute personne peut se prévaloir dans les conditions prévues à l’article L. 312-3 précisent la date de dernière mise à jour de la page donnant accès à ces documents ainsi que la date à laquelle chaque document a été publié sur le site.
« Ces sites comportent, sur la page donnant accès aux documents publiés en application de l’article L. 312-3, la mention suivante : “Conformément à l’article L. 312-3 du code des relations entre le public et l’administration, toute personne peut se prévaloir de l’interprétation d’une règle, même erronée, opérée par les documents publiés sur cette page, pour son application à une situation qui n’affecte pas des tiers, tant que cette interprétation n’a pas été modifiée, sous réserve qu’elle ne fasse pas obstacle à l’application des dispositions législatives ou réglementaires préservant directement la santé publique, la sécurité des personnes et des biens ou l’environnement." »

Et, comme on l’a vu précédemment, sans en avoir l’air, le décret centralise encore plus sur circulaires.gouv.fr, facilitant le travail de surveillance des services du Premier ministre.

Sous toutes réserves, vu la complexité de ce décret.

Entre parenthèses, on peut se demander si la très récente circulaire du directeur de cabinet du Premier ministre sur le développement du "cloud" administratif [4] ne va pas de facto dans le même sens. En effet, une fois sur le cloud, les fichiers sont plus faciles à surveiller : ce n’est plus qu’une question de droits d’accès.

Il faut se rappeler la prudence, le temps pris et la pédagogie des auteurs de la LOLF ...

Si la loi sur le droit à l’erreur n’était pas passé par là, aurait-on pu s’épargner cela ? Peut-être, mais je ne suis pas certain qu’on aurait échappé à la rationalisation consistant à ne publier le PDF qu’à une seule URL. Celle-là, comme on dit en anglais, « they had it coming » [5].

Acharnement

On a beau adhérer à l’idée que les circulaires ne sont pas faites pour modifier la loi et la réglementation dans le dos du Parlement et (surtout) du Premier ministre, et que prendre des précautions pour éviter cela est donc légitime, on peut se demander si le zèle anti-circulaire des services du Premier ministre ne commence pas à ressembler à de l’acharnement.

Or ces « textes officiels sans effet contraignant » ont quand même, au-delà de leurs éventuelles interprétations contra-legem et "contra-PM", des vertus :

  • aider à la compréhension du droit brut : ne dit-on pas que les circulaires et instructions sont la « doctrine de l’administration » ? Et l’utilité première de la doctrine n’est-elle pas d’expliquer la jurisprudence et les textes ?
  • garantir l’application d’une réforme. Les spécialistes du droit et des sciences politiques le savent : sans circulaire d’application, une réforme sera appliquée plus lentement et moins uniformément.

Emmanuel Barthe
documentaliste juridique, veilleur


Search-as-you-type : la rapidité est un atout pédagogique, mais pas une martingale

Les éditeurs juridiques et une fonctionnalité de recherche plébiscitée

Vendredi 7 décembre 2018

Le search-as-you-type (appelé parfois find-as-you-type ou incremental search) est une technique de recherche mais aussi d’affichage (ça produit aussi le code HTML de la page de résultats) devenue très populaire sur certaines plateformes juridiques françaises.

Elle consiste à afficher les résultats en même temps temps que vous tapez vos mots-clés. Fini l’attente. Concrètement, l’objectif est de descendre sous le dizième de seconde.

Search-as-you-type : les grands moteurs

Importé dans le monde de l’édition juridique privée française par Doctrine.fr puis Alinea by Luxia en 2016, le search-as-you-type a été adopté par Open Dalloz Jurisprudence en 2017, puis Lextenso et Lexbase à leur tour en 2018. Si on considère l’ensemble de l’édition juridique française, en incluant donc l’éditeur officiel public qu’est la DILA, c’est le site Service-Public.fr qui fut le premier à implémenter cette fonctionnalité, en septembre 2015 [6].

Si on se réfère au marché juridique français, trois acteurs dominent le marché du search-as-you-type :

- Elasticsearch. Bien qu’open source, Elasticsearch est en pratique développé et largement commercialisé par la société du même nom (au S près : le nom de la société s’écrit ElasticSearch). Elasticsearch s’installe sur les serveurs de l’entreprise qu’elle doit "motoriser". Quelques billets instructifs sur Elasticsearch :

- Algolia. Algolia est une application hébergée (une "SaaS API" [7] pour être précis) sur les serveurs externes d’Algolia même (pas en cloud, donc) et développée par des Français. Conçue au départ pour servir de moteur aux applications mobiles conçues pour les smartphones, Algolia a changé de business plan en cours de route. Son atout principal, semble-t-il, réside dans sa capacité de montée en puissance ("scalability" [8]), une capacité clairement liée à son caractère SaaS. J’ai trouvé moins de choses niveau initiation sur Algolia, probablement du fait que c’est une application propriétaire mais aussi qu’elle est venue après Elasticsearch, dont elle est devenue le challenger n° 1. Voir tout de même ceci :

- Solr. Moteur de recherche open source lui aussi, mais de facto plus proche de la philosophie du libre (i.e. modifié par d’autres que ses auteurs initiaux) qu’Elasticsearch, Solr s’appuie sur la bibliothèque de recherche Lucene, créée par la fondation Apache. C’est un produit moins fini que les deux supra, plus une base sur laquelle il faut construire. Il équipe des sites connus et à fort trafic, comme l’Internet Archive ou le site américain de commerce électronique Zappo’s. Un peu de littérature sur Solr :

Pour une comparaison de popularité entre les trois moteurs (et d’autres) de type Search, voir sur le site DB Engine. On y voit très bien la place de challenger d’Algolia.

Comment le search-as-you-type fonctionne

Le principe est qu’à chaque fois qu’on tape un caractère (il y a des exceptions, voir infra), cela envoie une requête au serveur.

Techniquement, le search-as-you-type n’est pas à proprement parler une technique de recherche nouvelle, mais simplement le fait de lancer la recherche pour chaque nouveau caractère ajouté ou supprimé par l’utilisateur, avec la phrase de recherche courante. Par exemple, si on recherche “travail”, le moteur de recherche va successivement renvoyer des résultats pour t, tr, tra, trav, trava, travai, travail... Donc, au lieu de soumettre une seule requête au moteur, on va en soumettre sept.

Le search-as-you-type demande donc plus de ressources processeur au serveur et plus de bande passante que la recherche non-incrémentale, du fait des requêtes incessantes.

Mais on peut aussi faire du search-as-you-type uniquement sur une liste finie de termes, ce qui diminue fortement la consommation serveur, et ne faire un affichage qu’après 2, 3 ou 4 caractères tapés. C’est ce qui est semble-t-il recommandé et c’est ce que le moteur search-as-you-type de Service-Public.fr a implémenté : tant que vous tapez un ou deux caractères, il ne vous propose pas de compléter vos caractères par des mots. Au troisième caractère, il commence à proposer.

Cette technique a été rendue possible par la puissance de calcul accrue des machines et la hausse des débits des connexions Internet.

C’est une des raisons de son adoption tardive par les éditeurs : avec des millions de documents sur une plateforme, le serveur qui l’héberge est pas mal sollicité à chaque requête. Mais les performances actuelles des réseaux et des ordinateurs l’ont rendu possible.

NB : pour afficher les résultats en temps quasi-réel, il faut aussi un rendu des pages web (une écriture du code HTML si vous préférez) extrêmement rapide.

La réalité sur le search-as-you-type

Les jeunes juristes ne jurent que par cette technique et la réclament souvent à cor et à cri.

La réalité sur le search-as-you-type :

  • primo, c’est très impressionnant dans un monde obsédé par le temps et donc par la vitesse. Et c’est très ludique. En un mot : très marketing
  • secundo, c’est très pédagogique : en permettant de voir ce que fait l’ajout ou le retrait d’un mot, la vitesse incite à taper plein de mots qu’on n’aurait pas tapés sinon. En un mot, elle "forme" l’utilisateur
  • tertio, pour autant, ce n’est qu’une technique de recherche et d’affichage. Elle n’a aucun effet sur la qualité du contenu de la plateforme ni non plus sur la pertinence des résultats.

Ce dernier point est évident mais vaut le coup d’être rappelé tant les jeunes juristes semblent ne jurer que par la vitesse. Certes, ils sont sous pression car ce sont eux qui font une bonne partie des recherches dans les structures. Mais, comme le dit tant le proverbe que 25 ans d’expérience en recherche juridique, il ne faut pas confondre vitesse et précipitation [9].

Bien réfléchir à ses mots-clés et d’autres aspects *avant* de commencer à taper quoi que ce soit, employer des opérateurs booléens, choisir sa plateforme en fonction de ses points forts, éviter d’interroger tout le contenu : tout cela compte.

Moralité : le jour où Lexis 360, Lamyline, Dalloz.fr et ELnet auront implémenté cette technique, certaines comparaisons globalement non justifiées cesseront aussitôt.

Implémenter le search-as-you-type prend du temps et représente un investissement financier important après un contexte difficile [10].

Pour autant, il y a fort à parier que d’ici décembre 2019, les retardataires parmi les grands éditeurs juridiques y seront passés. Le search-as-you-type est attractif, réclamé et en voie de généralisation. Il est devenu impossible de l’ignorer.

Search-as-you-type v. suggest-as-you-type


La fonctionnalité suggest-as-you-type du site Service-Public.fr en action

Pourtant, après l’avoir adopté en 2012, Google a abandonné le search-as-you-type en 2017, officiellement parce qu’inadapté au mobile, devenu entretemps le support de 50% des requêtes de recherche envoyées au moteur [11].

Le search-as-you-type va contre une autre tendance des moteurs de recherche : suggérer des mots-clés — en essayant de deviner ce que l’utilisateur a en tête et le lui proposer. Google a de facto remplacé depuis 2017 le search-as-you-type par une autocomplétion mêlée de suggestions — suggestions qui existaient déjà chez lui [12]. Les suggestions, concrètement, c’est une liste d’expressions suggérées sous la requête/question de l’utilisateur. Ces expressions suggérées sont souvent différentes des termes que l’utilisateur est en train de taper [13]. Les suggestions vont donc plus loin, et théoriquement, elles devraient être plus intéressantes pour l’utilisateur.

Pour l’instant, je constate que les suggestions disponibles sur les moteurs internes actuels des éditeurs sont généralement peu pertinentes dès que la requête se complexifie (essentiellement le cas où elle comprend plus d’une notion/expression). Google a d’ailleurs "calmé" les suggestions, car nombre d’entre elles étaient non pertinentes et surtout révélaient voire étalaient au grand jour des problèmes de réputation.

La grande exception, c’est Service-Public.fr, dont le moteur search-as-you-type date de la refonte du site de 2015. Mais il y a des raisons à cette pertinence, cette avance sur les autres : Service-Public.fr a moins de contenu, beaucoup plus d’utilisateurs et beaucoup plus d’expérience (le temps a rodé ce moteur). Des avantages dont les moteurs d’éditeurs ne bénéficient pas.

Le search-as-you-type, lui, n’a pas de problèmes de pertinence ou de révélation de réputation. De plus, il offre de plus une alternative intéressante aux suggestions, car il permet de tester rapidement tous les mots-clés (et leurs variantes) auxquels l’utilisateur peut penser.

En attendant l’arrivée d’un suggest-as-you-type fortement pertinent et performant sur le droit français, le search-as-you-type est une étape utile, en tout cas plus efficace in fine sur le résultat de la recherche que l’état actuel (probablement temporaire) des moteurs de recherche des éditeurs juridiques traditionnels.

Emmanuel Barthe
documentaliste juridique, veilleur, testeur


Wikipedia : l’encyclopédie qui s’est rangée

De la contre-culture au politiquement correct

Samedi 1er décembre 2018

J’ai contribué à quelques articles (juridiques surtout) dans Wikipedia. Et cela fait longtemps que je voulais écrire non plus dans mais *sur* cette encyclopédie libre en ligne passée en 20 ans de la contre-culture au politiquement correct.

Car c’est vrai : je ne trouve plus que partiellement mon compte dans Wikipedia (WP pour celles et ceux qui y écrivent souvent).

Des règles très contraignantes partout : l’exemple de la création de nouveaux articles devenue quasi-impossible

Je regrette que Wikipedia soit devenue à mon avis si pleine de procédures, de règles quasi-juridiques et d’administrateurs (dits "admins") qui ont un véritable rôle d’arbitres (au sens d’arbitre dans l’arbitrage commercial, donc juges). Pour moi — c’est mon impression et je peux me tromper — écrire plus de quelques lignes dans Wikipedia est de facto devenu aussi difficile que d’être membre d’un club à l’anglaise.

A part pour faire quelques corrections ou de petits ajouts, j’ai l’impression que l’orientation "encyclopédie neutre" interdit désormais de créer [14] ou modifier substantiellement tout article.

La volonté de neutralité impose aussi de ne rien écrire qui ne soit écrit ailleurs, dans un média "respectable" (presse, y compris sa version en ligne, et ouvrages d’abord). Tout "travail inédit" [15] a tendance à être dénoncée par une question ou un bandeau ou simplement effacée, quand bien même les informations qu’elle donne sont exacts, notoires ou constatables par soi-même. Pour un exemple, voir l’échange suivant (traduit en français) [16] sur la page de discussion de l’article de WP sur le logiciel gratuit d’édition d’images IrfanView :

« Il devrait être mentionné comme critique que ce programme ne précharge PAS les images ! On est à l’âge de pierre, là ! Proxide 02:16, 23 décembre 2010 (UTC)
Je suis d’accord, mais si aucune source source fiable et indépendante ne le dit, nous ne le devrions pas non plus. —Lexein (talk) 00:09, 10 September 2011 (UTC) »

Ce qui rend cet exemple encore plus net, c’est que Lexein, le wikipédien qui répond est à la fois le principal contributeur de l’article [17] et un vétéran de Wikipedia — il fait même partie des 4000 contributeurs en langue anglaise les plus actifs de WP de tous les temps.

Le moindre manquement aux règles [18] est sanctionné par une suppression immédiate [19] par un administrateur de ce qui a représenté plusieurs heures de travail. Or il est difficile aux non admins de connaître ces règles dans le détail [20] et ces suppressions se font généralement sans grande diplomatie. Ca m’est arrivé. C’est arrivé aussi à d’autres : je l’ai deviné à plusieurs reprises à travers des discussions en ligne sur WP.

Ayant modéré une liste de discussion [21] pendant quatre ans, je ne peux pas nier la nécessité d’empêcher les très nombreux vandales et contributeurs de mauvaise foi de défigurer Wikipedia. Je peux à la limite comprendre que les admins soient fatigués et "tirent sur tout ce qui bouge sans poser de question". Mais malheureusement ce comportement même, par son manque de respect pour les contributeurs de bonne foi qui se voient supprimer leur travail bénévole sans avertissement ni explication, fait des dégâts.

Des articles devenus très lisses

Dans le même temps, tout article sur une société où une personnalité est trop souvent "lissé", réécrit habilement (ça se voit quand même) par ses communicants. Certes, un bandeau souvent signale cela mais à part sur les articles concernant les sociétés et personnalités controversées ou à la mode, ces "edits" (modifications) ne sont ni "revertés" (annulées) ni réécrits. Peu de gens s’en soucient et ceux qui s’en soucient manquent et de temps et de force de frappe face aux communicants. Dans cette bataille de communication, des groupes particuliers à visées idéologiques cherchent, inversement, à subrepticement détourner les articles de WP, à les tourner dans leur sens.

Le corollaire, de mon point de vue : je ne trouve plus dans Wikipedia ces infos croustillantes, ces interprétations divergentes qui en faisaient le sel (allez, si ! parfois dans les versions archivées on tombe sur une info non politiquement correcte mais en fait il faut savoir ce qu’ on cherche ... et le chercher longuement puisque les archives ne semblent pas indexées par le moteur de WP ni par Google). On dispose désormais d’une encyclopédie neutre [22] très riche et qui rend service. Certes. Mais on a beaucoup perdu pour ce gain.

Désolé d’être aussi cru, mais c’est un fait : Wikipedia ne pense plus, elle résume ou cite des gens qui pensent — et encore, pas des sites personnels, mais des sources très "consacrées". Eliminant ainsi plein d’informations qu’on ne trouvait guère ailleurs.

Les experts boutés hors de Wikipedia

La page de WP List of Wikipedians by number of edits [23] explique ceci :

« Dans une discussion sur la suppression, le vote pour Garder ou Supprimer un article donné émis par un éditeur ayant un nombre d’"edits" dans WP de 67 330 peut se voir donner plus de poids que le même vote émis par quelqu’un qui n’a fait que 12 "edits". »

Etre un gros contributeur et un expert de WP compte donc beaucoup dans l’encyclopédie. Et souvent plus que le fait d’être un véritable expert du sujet traité dans l’article [24]. L’exemple paroxystique bien connu en est la bataille livrée par le romancier américain Philip Roth pour faire rectifier l’article WP portant sur lui [25]. Plus banalement, Benjamin Coriat, économiste et universitaire français pourtant classé à gauche et spécialiste des communs, dit [26] :

« Wikipédia, ce n’est pas forcément très bien gouverné, parce que les économistes qu’on trouve dans Wikipédia, les définitions qu’on trouve dans Wikipédia, il y a beaucoup à dire. »

Même Alexandre Moatti, historien des sciences, contributeur avoué de Wikipedia et ex-membre du conseil d’administration de Wikimedia France , reconnaît, dans une contribution en défense de Wikipedia, que dans le sciences humaines et sociales (SHS), le flou est plus grand — ce qui implicitement permet l’ewistence d’articles WP contestables [27].

Un nombre non négligeable d’articles, même non "chauds", et malgré l’obligation de citer des sources "consacrées" [28], sont :

  • primo, de fait, entre les mains de non-experts (devenus en revanche des experts du fonctionnement de Wikipedia)
  • secundo, manquent cruellement de recul et de sens critique.

D’après ce que je sais, ce type de comportement et de fonctionnement dissuade beaucoup d’experts de contribuer à WP [29].

Recul et sens critique — pour tout dire, vivacité — c’est ce que participation des experts et autorisation des "travaux inédits" pourraient apporter. Certes, modérer tout ça et y faire le ménage serait probablement plus ardu, puisque les règles de neutralité et d’absence de contenu original ne pourraient plus servir de garde-fous stricts (et aveugles).

Mais cela attirerait peut-être plus de volontaires (réellement qualifiés). Et après tout, c’est bien ainsi que Wikipedia fonctionnait à ses débuts et elle comptait déjà énormément d’articles et de contributeurs.

Les arguments sur cette évolution

On peut penser que cette évolution vers le lisse, le purement factuel et le neutre est un choix qui a été fait pour crédibiliser Wikipedia, pour faire sérieux, comme une "vraie" encyclopédie. Et aussi parce que les contributeurs de WP n’avaient pas le temps et les connaissances pour faire le travail d’un comité scientifique ou éditorial. Voir à ce sujet ce que le fondateur Jimmy Wales [30] (en 2003-2004) et le premier organisateur de WP Larry Sangler ont écrit. Et c’est d’ailleurs ce qui a été souvent avancé dans les articles de presse que j’ai pu lire à ce sujet.

Toutefois, je me demande parfois si en réalité ce n’est pas aussi pour éviter les pressions et procès en diffamation sur un site devenu incontournable et donc trop gênant. Wikipedia à tant crû qu’elle a dépassé — et de très loin — la diffusion de toutes les encyclopédies ayant existé avant elle. Sans parler de théorie du complot, je pense que WP est devenue "mainstream" et que de fait, elle a dû assumer un (gros) inconvénient de tout média trop dominant aujourd’hui : le "politiquement correct".

Pourtant, pour ne prendre qu’un exemple, l’Encyclopaedia Universalis (EU) elle-même n’était guère neutre — disons au minimum ses articles en sciences humaines et sociales (SHS) [31] et une partie de ceux en sciences exactes [32]. Oh que non ! Pour avoir pas mal travaillé dessus dans ma jeunesse (fin années 70 + les années 80 : pas d’Internet à cette époque), je peux vous garantir que l’Encyclopaedia n’était pas neutre. Chaque article était rédigé par un seul auteur — c’est toujours le cas — et il en profitait évidemment pour défendre ses thèses. Evidemment, l’EU avait un conseil scientifique, que WP n’a pas.

Ça avait aussi des inconvénients, les articles pouvaient être très difficiles à comprendre. Mais au moins ça pensait — et ça pensait avec des arguments. Comme WP à ses débuts. A mon avis, Wikipedia est devenu un super Quid. Sans la fiabilité à 100% du Quid [33].

Mais trêve de tirades, je vais vous lasser avec mes rengaines à la "C’était mieux avant". Tant pis ou tant mieux (c’est selon) pour Internet si Wikipedia est devenue "mainstream" [34].

Emmanuel Barthe
bibliothécaire documentaliste juridique, webmestre


Dernières brèves

Application de la loi ESSOC

La publication des circulaires et instructions suite à la loi sur le droit à l’erreur : une nouvelle donne ?

Le site circulaires.gouv.fr sera-t-il détrôné par les BO ?

Lundi 10 décembre 2018

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Est paru au JORF du 30 novembre un décret sur la publication et l’opposabilité des circulaires en ligne : Décret n° 2018-1047 du 28 novembre 2018 relatif aux conditions de publication des instructions et circulaires

La notice du texte :
« Objet : conditions et modalités de publication des instructions et circulaires. 
Entrée en vigueur : le décret entre en vigueur le 1er janvier 2019. Les circulaires et instructions signées avant cette date sont réputées abrogées au 1er mai 2019 si elles n’ont pas, à cette dernière date, été publiées sur les supports prévus par les dispositions de la section 2 du chapitre II du titre Ier du livre III du code des relations entre le public et l’administration [CRPA] »

Premières impressions et première question

La première chose qu’on déduit de ce décret, c’est que les ministères ont six mois devant eux pour vérifier s’ils ont bien publié toutes leurs circulaires et instructions non seulement sur circulaires.gouv.fr mais aussi sur leur Bulletin officiel en ligne. Autrefois, les ministères ont dû précipitamment vérifier que leurs circulaires et instructions étaient bien sur circulaires.gouv.fr et les y republier le cas échéant afin qu’elles restent applicables. Cette fois, ils vont devoir faire le travail dans l’autre sens !

Ensuite, ce texte liste les sites des ministères, sur lesquels seront publiées ces circulaires [1] :

A première vue, le site circulaire.legifrance.gouv.fr (en abrégé circulaires.gouv.fr du nom de sa première adresse web) n’est pas cité dans ce texte. Quel sera son sort ?

La réponse à cette question est, semble-t-il, dans l’article 3 du décret du 28 novembre : 
« Art. R. 312-8 [du CRPA]. - Par dérogation à l’article R. 312-3-1, les circulaires et instructions adressées par les ministres aux services et établissements de l’Etat sont publiées sur un site relevant du Premier ministre. Elles sont classées et répertoriées de manière à faciliter leur consultation. »

L’ancienne version de cet article R. 312-8 CRPA est comme suit : 
« Art. R. 312-8. - Sans préjudice des autres formes de publication éventuellement applicables à ces actes, les circulaires et instructions adressées par les ministres aux services et établissements de l’Etat sont tenues à la disposition du public sur un site internet relevant du Premier ministre. Elles sont classées et répertoriées de manière à faciliter leur consultation.
Une circulaire ou une instruction qui ne figure pas sur le site mentionné au précédent alinéa n’est pas applicable. Les services ne peuvent en aucun cas s’en prévaloir à l’égard des administrés. »

Or l’expression « site relevant du Premier ministre », dans ce contexte, a jusqu’ici toujours implicitement désigné circulaires.gouv.fr.

Ce que ce décret apporte, c’est que non seulement les circulaires et instructions ministérielles doivent être publiées sur circulaires.gouv.fr mais en plus elles doivent également l’être dans le Bulletin officiel (BO) correspondant et ce, sous 4 mois. Et que c’est ce dernier acte qui leur pemet d’être applicables par l’Administration.

Donc, juridiquement en tout cas, circulaires.gouv.fr n’est pas supprimé comme site de publication obligatoire des circulaires et instructions ministérielles — à l’exception, qui se maintient, du BOFiP. Mais en revanche, circulaires.gouv.fr perdrait de son importance puisque ce n’est plus lui qui est le site de publication déclencheur de l’applicabilité.

Qu’est-ce que ça change pour la veille ?

On peut penser, à cette lecture, qu’il va désormais falloir focaliser la veille plus sur les BOs, nombreux et dispersés, et moins sur l’unique circulaires.gouv.fr. C’est que je pensais de prime abord.

En fait, pas forcément. Car la publication sur les sites des BO s’effectue, selon l’article 312-10 CRPA nouveau de ce nouveau régime de publication, par « un lien vers le document mis en ligne sur le site mentionné à ce même article » [2]. Or ce site (un site unique, opposés à « les sites »), c’est encore une fois le « site relevant du Premier ministre ».

Ce que veut donc dire ce décret, c’est que désormais les circulaires et instructions ne doivent plus être publiées en deux fichiers, l’un faisant doublon avec l’autre (un exemplaire sur le site du BO, un autre sur circulaires.gouv.fr) mais uniquement en un seul fichier sur circulaires.gouv.fr et, dans le BO, par un simple lien vers la notice voire le PDF présent sur circulaires.gouv.fr.

Par ailleurs, je constate que cette liste de sites accueillant des BO est limitative. Cela n’a peut-être pas été conçu pour empêcher toute création future de nouveau BO, mais ça devrait en avoir l’effet.

Et l’article 4 du décret qui créée cette liste ajoute : 
« Lorsque la page à laquelle renvoient les adresses mentionnées ci-dessus ne donne pas directement accès à la liste des documents mentionnés à l’article L. 312-3, elle comporte un lien direct vers cette liste, identifié par la mention “Documents opposables”. »

Toutes ces mesures réduisent un peu plus l’autonomie normative des ministères par rapport au Premier ministre. Ce qui est depuis le début l’idée de la réforme qui a créé le site circulaires.gouv.fr. Pas vraiment une consécration du droit à l’erreur.

A l’origine : le droit à l’erreur et la loi ESSOC

Pourquoi parler de droit à l’erreur ?

Parce que l’origine de cette modification du régime de publication, il faut aller la chercher dans la volonté de la nouvelle majorité de donner une sorte de ”droit à l’erreur" aux entrepreneurs, startups et TPE.

Cette aspiration s’est traduite dans la loi ESSOC (loi n° 2018-727 du 10 août 2018 pour un Etat au service d’une société de confiance), dite loi sur le droit à l’erreur.

Le II de l’article 20 de cette loi dispose : 
« Art. L 312-3 [du Code des relations entre le public et l’administration] - Toute personne peut se prévaloir des documents administratifs mentionnés au premier alinéa de l’article L 312-2, émanant des administrations centrales et déconcentrées de l’Etat et publiés sur des sites internet désignés par décret. »

Or, on le sait par certains titres de la presse économique et financière, voire généraliste, l’administration a œuvré pour limiter la portée et les effets de ce texte. Déjà, la rédaction du texte législatif en a porté certaines marques.

Devoir vérifier que les circulaires publiées sur circulaires.gouv.fr le sont désormais également sur les Bulletins officiels, sous 4 mois, et devoir déplacer la priorité qui était sur circulaires.gouv.fr vers les BO pourtant plus nombreux, voilà qui peut sembler compliquer la veille et donc le travail des petites entreprises [3]. Cela résulte pourtant de la volonté du législateur de redonner de la marge de manœuvre aux ministères à travers leurs BO, et probablement, à travers les ministères, aux demandes des entreprises — auxquelles les ministères sont réputés plus sensibles que le Premier ministre.

« Toute personne peut se prévaloir de l’interprétation d’une règle, même erronée, opérée par [une circulaire ou une instruction] pour son application à une situation qui n’affecte pas des tiers, tant que cette interprétation n’a pas été modifiée », dit également la loi ESSOC à travers l’alinéa 2 du nouvel article L 312-3 CRPA. Là, ce n’est plus la loi, c’est le décret qui limite la portée du droit à l’erreur. Il précise en effet que si une personne s’appuie sur une erreur d’interprétation dans une circulaire, cette interprétation erronée ne pourra, selon le décret, être opposable si elle va contre les « dispositions législatives ou réglementaires préservant directement la santé publique, la sécurité des personnes et des biens ou l’environnement » (notion apparemment proche de celle d’ordre public). En clair : si la circulaire fait une erreur d’interprétation qui contredit le droit le plus impératif, c’est ce droit impératif qui gagne.

Le décret insiste lourdement, en insérant dans le CPRA un art. R. 312-10 nouveau : 
« Art. R. 312-10. - Les sites internet sur lesquels sont publiés les documents dont toute personne peut se prévaloir dans les conditions prévues à l’article L. 312-3 précisent la date de dernière mise à jour de la page donnant accès à ces documents ainsi que la date à laquelle chaque document a été publié sur le site.
« Ces sites comportent, sur la page donnant accès aux documents publiés en application de l’article L. 312-3, la mention suivante : “Conformément à l’article L. 312-3 du code des relations entre le public et l’administration, toute personne peut se prévaloir de l’interprétation d’une règle, même erronée, opérée par les documents publiés sur cette page, pour son application à une situation qui n’affecte pas des tiers, tant que cette interprétation n’a pas été modifiée, sous réserve qu’elle ne fasse pas obstacle à l’application des dispositions législatives ou réglementaires préservant directement la santé publique, la sécurité des personnes et des biens ou l’environnement." »

Et, comme on l’a vu précédemment, sans en avoir l’air, le décret centralise encore plus sur circulaires.gouv.fr, facilitant le travail de surveillance des services du Premier ministre.

Sous toutes réserves, vu la complexité de ce décret.

Entre parenthèses, on peut se demander si la très récente circulaire du directeur de cabinet du Premier ministre sur le développement du "cloud" administratif [4] ne va pas de facto dans le même sens. En effet, une fois sur le cloud, les fichiers sont plus faciles à surveiller : ce n’est plus qu’une question de droits d’accès.

Il faut se rappeler la prudence, le temps pris et la pédagogie des auteurs de la LOLF ...

Si la loi sur le droit à l’erreur n’était pas passé par là, aurait-on pu s’épargner cela ? Peut-être, mais je ne suis pas certain qu’on aurait échappé à la rationalisation consistant à ne publier le PDF qu’à une seule URL. Celle-là, comme on dit en anglais, « they had it coming » [5].

Acharnement

On a beau adhérer à l’idée que les circulaires ne sont pas faites pour modifier la loi et la réglementation dans le dos du Parlement et (surtout) du Premier ministre, et que prendre des précautions pour éviter cela est donc légitime, on peut se demander si le zèle anti-circulaire des services du Premier ministre ne commence pas à ressembler à de l’acharnement.

Or ces « textes officiels sans effet contraignant » ont quand même, au-delà de leurs éventuelles interprétations contra-legem et "contra-PM", des vertus :

  • aider à la compréhension du droit brut : ne dit-on pas que les circulaires et instructions sont la « doctrine de l’administration » ? Et l’utilité première de la doctrine n’est-elle pas d’expliquer la jurisprudence et les textes ?
  • garantir l’application d’une réforme. Les spécialistes du droit et des sciences politiques le savent : sans circulaire d’application, une réforme sera appliquée plus lentement et moins uniformément.

Emmanuel Barthe
documentaliste juridique, veilleur


Search-as-you-type : la rapidité est un atout pédagogique, mais pas une martingale

Les éditeurs juridiques et une fonctionnalité de recherche plébiscitée

Vendredi 7 décembre 2018

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Le search-as-you-type (appelé parfois find-as-you-type ou incremental search) est une technique de recherche mais aussi d’affichage (ça produit aussi le code HTML de la page de résultats) devenue très populaire sur certaines plateformes juridiques françaises.

Elle consiste à afficher les résultats en même temps temps que vous tapez vos mots-clés. Fini l’attente. Concrètement, l’objectif est de descendre sous le dizième de seconde.

Search-as-you-type : les grands moteurs

Importé dans le monde de l’édition juridique privée française par Doctrine.fr puis Alinea by Luxia en 2016, le search-as-you-type a été adopté par Open Dalloz Jurisprudence en 2017, puis Lextenso et Lexbase à leur tour en 2018. Si on considère l’ensemble de l’édition juridique française, en incluant donc l’éditeur officiel public qu’est la DILA, c’est le site Service-Public.fr qui fut le premier à implémenter cette fonctionnalité, en septembre 2015 [6].

Si on se réfère au marché juridique français, trois acteurs dominent le marché du search-as-you-type :

- Elasticsearch. Bien qu’open source, Elasticsearch est en pratique développé et largement commercialisé par la société du même nom (au S près : le nom de la société s’écrit ElasticSearch). Elasticsearch s’installe sur les serveurs de l’entreprise qu’elle doit "motoriser". Quelques billets instructifs sur Elasticsearch :

- Algolia. Algolia est une application hébergée (une "SaaS API" [7] pour être précis) sur les serveurs externes d’Algolia même (pas en cloud, donc) et développée par des Français. Conçue au départ pour servir de moteur aux applications mobiles conçues pour les smartphones, Algolia a changé de business plan en cours de route. Son atout principal, semble-t-il, réside dans sa capacité de montée en puissance ("scalability" [8]), une capacité clairement liée à son caractère SaaS. J’ai trouvé moins de choses niveau initiation sur Algolia, probablement du fait que c’est une application propriétaire mais aussi qu’elle est venue après Elasticsearch, dont elle est devenue le challenger n° 1. Voir tout de même ceci :

- Solr. Moteur de recherche open source lui aussi, mais de facto plus proche de la philosophie du libre (i.e. modifié par d’autres que ses auteurs initiaux) qu’Elasticsearch, Solr s’appuie sur la bibliothèque de recherche Lucene, créée par la fondation Apache. C’est un produit moins fini que les deux supra, plus une base sur laquelle il faut construire. Il équipe des sites connus et à fort trafic, comme l’Internet Archive ou le site américain de commerce électronique Zappo’s. Un peu de littérature sur Solr :

Pour une comparaison de popularité entre les trois moteurs (et d’autres) de type Search, voir sur le site DB Engine. On y voit très bien la place de challenger d’Algolia.

Comment le search-as-you-type fonctionne

Le principe est qu’à chaque fois qu’on tape un caractère (il y a des exceptions, voir infra), cela envoie une requête au serveur.

Techniquement, le search-as-you-type n’est pas à proprement parler une technique de recherche nouvelle, mais simplement le fait de lancer la recherche pour chaque nouveau caractère ajouté ou supprimé par l’utilisateur, avec la phrase de recherche courante. Par exemple, si on recherche “travail”, le moteur de recherche va successivement renvoyer des résultats pour t, tr, tra, trav, trava, travai, travail... Donc, au lieu de soumettre une seule requête au moteur, on va en soumettre sept.

Le search-as-you-type demande donc plus de ressources processeur au serveur et plus de bande passante que la recherche non-incrémentale, du fait des requêtes incessantes.

Mais on peut aussi faire du search-as-you-type uniquement sur une liste finie de termes, ce qui diminue fortement la consommation serveur, et ne faire un affichage qu’après 2, 3 ou 4 caractères tapés. C’est ce qui est semble-t-il recommandé et c’est ce que le moteur search-as-you-type de Service-Public.fr a implémenté : tant que vous tapez un ou deux caractères, il ne vous propose pas de compléter vos caractères par des mots. Au troisième caractère, il commence à proposer.

Cette technique a été rendue possible par la puissance de calcul accrue des machines et la hausse des débits des connexions Internet.

C’est une des raisons de son adoption tardive par les éditeurs : avec des millions de documents sur une plateforme, le serveur qui l’héberge est pas mal sollicité à chaque requête. Mais les performances actuelles des réseaux et des ordinateurs l’ont rendu possible.

NB : pour afficher les résultats en temps quasi-réel, il faut aussi un rendu des pages web (une écriture du code HTML si vous préférez) extrêmement rapide.

La réalité sur le search-as-you-type

Les jeunes juristes ne jurent que par cette technique et la réclament souvent à cor et à cri.

La réalité sur le search-as-you-type :

  • primo, c’est très impressionnant dans un monde obsédé par le temps et donc par la vitesse. Et c’est très ludique. En un mot : très marketing
  • secundo, c’est très pédagogique : en permettant de voir ce que fait l’ajout ou le retrait d’un mot, la vitesse incite à taper plein de mots qu’on n’aurait pas tapés sinon. En un mot, elle "forme" l’utilisateur
  • tertio, pour autant, ce n’est qu’une technique de recherche et d’affichage. Elle n’a aucun effet sur la qualité du contenu de la plateforme ni non plus sur la pertinence des résultats.

Ce dernier point est évident mais vaut le coup d’être rappelé tant les jeunes juristes semblent ne jurer que par la vitesse. Certes, ils sont sous pression car ce sont eux qui font une bonne partie des recherches dans les structures. Mais, comme le dit tant le proverbe que 25 ans d’expérience en recherche juridique, il ne faut pas confondre vitesse et précipitation [9].

Bien réfléchir à ses mots-clés et d’autres aspects *avant* de commencer à taper quoi que ce soit, employer des opérateurs booléens, choisir sa plateforme en fonction de ses points forts, éviter d’interroger tout le contenu : tout cela compte.

Moralité : le jour où Lexis 360, Lamyline, Dalloz.fr et ELnet auront implémenté cette technique, certaines comparaisons globalement non justifiées cesseront aussitôt.

Implémenter le search-as-you-type prend du temps et représente un investissement financier important après un contexte difficile [10].

Pour autant, il y a fort à parier que d’ici décembre 2019, les retardataires parmi les grands éditeurs juridiques y seront passés. Le search-as-you-type est attractif, réclamé et en voie de généralisation. Il est devenu impossible de l’ignorer.

Search-as-you-type v. suggest-as-you-type


La fonctionnalité suggest-as-you-type du site Service-Public.fr en action

Pourtant, après l’avoir adopté en 2012, Google a abandonné le search-as-you-type en 2017, officiellement parce qu’inadapté au mobile, devenu entretemps le support de 50% des requêtes de recherche envoyées au moteur [11].

Le search-as-you-type va contre une autre tendance des moteurs de recherche : suggérer des mots-clés — en essayant de deviner ce que l’utilisateur a en tête et le lui proposer. Google a de facto remplacé depuis 2017 le search-as-you-type par une autocomplétion mêlée de suggestions — suggestions qui existaient déjà chez lui [12]. Les suggestions, concrètement, c’est une liste d’expressions suggérées sous la requête/question de l’utilisateur. Ces expressions suggérées sont souvent différentes des termes que l’utilisateur est en train de taper [13]. Les suggestions vont donc plus loin, et théoriquement, elles devraient être plus intéressantes pour l’utilisateur.

Pour l’instant, je constate que les suggestions disponibles sur les moteurs internes actuels des éditeurs sont généralement peu pertinentes dès que la requête se complexifie (essentiellement le cas où elle comprend plus d’une notion/expression). Google a d’ailleurs "calmé" les suggestions, car nombre d’entre elles étaient non pertinentes et surtout révélaient voire étalaient au grand jour des problèmes de réputation.

La grande exception, c’est Service-Public.fr, dont le moteur search-as-you-type date de la refonte du site de 2015. Mais il y a des raisons à cette pertinence, cette avance sur les autres : Service-Public.fr a moins de contenu, beaucoup plus d’utilisateurs et beaucoup plus d’expérience (le temps a rodé ce moteur). Des avantages dont les moteurs d’éditeurs ne bénéficient pas.

Le search-as-you-type, lui, n’a pas de problèmes de pertinence ou de révélation de réputation. De plus, il offre de plus une alternative intéressante aux suggestions, car il permet de tester rapidement tous les mots-clés (et leurs variantes) auxquels l’utilisateur peut penser.

En attendant l’arrivée d’un suggest-as-you-type fortement pertinent et performant sur le droit français, le search-as-you-type est une étape utile, en tout cas plus efficace in fine sur le résultat de la recherche que l’état actuel (probablement temporaire) des moteurs de recherche des éditeurs juridiques traditionnels.

Emmanuel Barthe
documentaliste juridique, veilleur, testeur


Wikipedia : l’encyclopédie qui s’est rangée

De la contre-culture au politiquement correct

Samedi 1er décembre 2018

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J’ai contribué à quelques articles (juridiques surtout) dans Wikipedia. Et cela fait longtemps que je voulais écrire non plus dans mais *sur* cette encyclopédie libre en ligne passée en 20 ans de la contre-culture au politiquement correct.

Car c’est vrai : je ne trouve plus que partiellement mon compte dans Wikipedia (WP pour celles et ceux qui y écrivent souvent).

Des règles très contraignantes partout : l’exemple de la création de nouveaux articles devenue quasi-impossible

Je regrette que Wikipedia soit devenue à mon avis si pleine de procédures, de règles quasi-juridiques et d’administrateurs (dits "admins") qui ont un véritable rôle d’arbitres (au sens d’arbitre dans l’arbitrage commercial, donc juges). Pour moi — c’est mon impression et je peux me tromper — écrire plus de quelques lignes dans Wikipedia est de facto devenu aussi difficile que d’être membre d’un club à l’anglaise.

A part pour faire quelques corrections ou de petits ajouts, j’ai l’impression que l’orientation "encyclopédie neutre" interdit désormais de créer [14] ou modifier substantiellement tout article.

La volonté de neutralité impose aussi de ne rien écrire qui ne soit écrit ailleurs, dans un média "respectable" (presse, y compris sa version en ligne, et ouvrages d’abord). Tout "travail inédit" [15] a tendance à être dénoncée par une question ou un bandeau ou simplement effacée, quand bien même les informations qu’elle donne sont exacts, notoires ou constatables par soi-même. Pour un exemple, voir l’échange suivant (traduit en français) [16] sur la page de discussion de l’article de WP sur le logiciel gratuit d’édition d’images IrfanView :

« Il devrait être mentionné comme critique que ce programme ne précharge PAS les images ! On est à l’âge de pierre, là ! Proxide 02:16, 23 décembre 2010 (UTC)
Je suis d’accord, mais si aucune source source fiable et indépendante ne le dit, nous ne le devrions pas non plus. —Lexein (talk) 00:09, 10 September 2011 (UTC) »

Ce qui rend cet exemple encore plus net, c’est que Lexein, le wikipédien qui répond est à la fois le principal contributeur de l’article [17] et un vétéran de Wikipedia — il fait même partie des 4000 contributeurs en langue anglaise les plus actifs de WP de tous les temps.

Le moindre manquement aux règles [18] est sanctionné par une suppression immédiate [19] par un administrateur de ce qui a représenté plusieurs heures de travail. Or il est difficile aux non admins de connaître ces règles dans le détail [20] et ces suppressions se font généralement sans grande diplomatie. Ca m’est arrivé. C’est arrivé aussi à d’autres : je l’ai deviné à plusieurs reprises à travers des discussions en ligne sur WP.

Ayant modéré une liste de discussion [21] pendant quatre ans, je ne peux pas nier la nécessité d’empêcher les très nombreux vandales et contributeurs de mauvaise foi de défigurer Wikipedia. Je peux à la limite comprendre que les admins soient fatigués et "tirent sur tout ce qui bouge sans poser de question". Mais malheureusement ce comportement même, par son manque de respect pour les contributeurs de bonne foi qui se voient supprimer leur travail bénévole sans avertissement ni explication, fait des dégâts.

Des articles devenus très lisses

Dans le même temps, tout article sur une société où une personnalité est trop souvent "lissé", réécrit habilement (ça se voit quand même) par ses communicants. Certes, un bandeau souvent signale cela mais à part sur les articles concernant les sociétés et personnalités controversées ou à la mode, ces "edits" (modifications) ne sont ni "revertés" (annulées) ni réécrits. Peu de gens s’en soucient et ceux qui s’en soucient manquent et de temps et de force de frappe face aux communicants. Dans cette bataille de communication, des groupes particuliers à visées idéologiques cherchent, inversement, à subrepticement détourner les articles de WP, à les tourner dans leur sens.

Le corollaire, de mon point de vue : je ne trouve plus dans Wikipedia ces infos croustillantes, ces interprétations divergentes qui en faisaient le sel (allez, si ! parfois dans les versions archivées on tombe sur une info non politiquement correcte mais en fait il faut savoir ce qu’ on cherche ... et le chercher longuement puisque les archives ne semblent pas indexées par le moteur de WP ni par Google). On dispose désormais d’une encyclopédie neutre [22] très riche et qui rend service. Certes. Mais on a beaucoup perdu pour ce gain.

Désolé d’être aussi cru, mais c’est un fait : Wikipedia ne pense plus, elle résume ou cite des gens qui pensent — et encore, pas des sites personnels, mais des sources très "consacrées". Eliminant ainsi plein d’informations qu’on ne trouvait guère ailleurs.

Les experts boutés hors de Wikipedia

La page de WP List of Wikipedians by number of edits [23] explique ceci :

« Dans une discussion sur la suppression, le vote pour Garder ou Supprimer un article donné émis par un éditeur ayant un nombre d’"edits" dans WP de 67 330 peut se voir donner plus de poids que le même vote émis par quelqu’un qui n’a fait que 12 "edits". »

Etre un gros contributeur et un expert de WP compte donc beaucoup dans l’encyclopédie. Et souvent plus que le fait d’être un véritable expert du sujet traité dans l’article [24]. L’exemple paroxystique bien connu en est la bataille livrée par le romancier américain Philip Roth pour faire rectifier l’article WP portant sur lui [25]. Plus banalement, Benjamin Coriat, économiste et universitaire français pourtant classé à gauche et spécialiste des communs, dit [26] :

« Wikipédia, ce n’est pas forcément très bien gouverné, parce que les économistes qu’on trouve dans Wikipédia, les définitions qu’on trouve dans Wikipédia, il y a beaucoup à dire. »

Même Alexandre Moatti, historien des sciences, contributeur avoué de Wikipedia et ex-membre du conseil d’administration de Wikimedia France , reconnaît, dans une contribution en défense de Wikipedia, que dans le sciences humaines et sociales (SHS), le flou est plus grand — ce qui implicitement permet l’ewistence d’articles WP contestables [27].

Un nombre non négligeable d’articles, même non "chauds", et malgré l’obligation de citer des sources "consacrées" [28], sont :

  • primo, de fait, entre les mains de non-experts (devenus en revanche des experts du fonctionnement de Wikipedia)
  • secundo, manquent cruellement de recul et de sens critique.

D’après ce que je sais, ce type de comportement et de fonctionnement dissuade beaucoup d’experts de contribuer à WP [29].

Recul et sens critique — pour tout dire, vivacité — c’est ce que participation des experts et autorisation des "travaux inédits" pourraient apporter. Certes, modérer tout ça et y faire le ménage serait probablement plus ardu, puisque les règles de neutralité et d’absence de contenu original ne pourraient plus servir de garde-fous stricts (et aveugles).

Mais cela attirerait peut-être plus de volontaires (réellement qualifiés). Et après tout, c’est bien ainsi que Wikipedia fonctionnait à ses débuts et elle comptait déjà énormément d’articles et de contributeurs.

Les arguments sur cette évolution

On peut penser que cette évolution vers le lisse, le purement factuel et le neutre est un choix qui a été fait pour crédibiliser Wikipedia, pour faire sérieux, comme une "vraie" encyclopédie. Et aussi parce que les contributeurs de WP n’avaient pas le temps et les connaissances pour faire le travail d’un comité scientifique ou éditorial. Voir à ce sujet ce que le fondateur Jimmy Wales [30] (en 2003-2004) et le premier organisateur de WP Larry Sangler ont écrit. Et c’est d’ailleurs ce qui a été souvent avancé dans les articles de presse que j’ai pu lire à ce sujet.

Toutefois, je me demande parfois si en réalité ce n’est pas aussi pour éviter les pressions et procès en diffamation sur un site devenu incontournable et donc trop gênant. Wikipedia à tant crû qu’elle a dépassé — et de très loin — la diffusion de toutes les encyclopédies ayant existé avant elle. Sans parler de théorie du complot, je pense que WP est devenue "mainstream" et que de fait, elle a dû assumer un (gros) inconvénient de tout média trop dominant aujourd’hui : le "politiquement correct".

Pourtant, pour ne prendre qu’un exemple, l’Encyclopaedia Universalis (EU) elle-même n’était guère neutre — disons au minimum ses articles en sciences humaines et sociales (SHS) [31] et une partie de ceux en sciences exactes [32]. Oh que non ! Pour avoir pas mal travaillé dessus dans ma jeunesse (fin années 70 + les années 80 : pas d’Internet à cette époque), je peux vous garantir que l’Encyclopaedia n’était pas neutre. Chaque article était rédigé par un seul auteur — c’est toujours le cas — et il en profitait évidemment pour défendre ses thèses. Evidemment, l’EU avait un conseil scientifique, que WP n’a pas.

Ça avait aussi des inconvénients, les articles pouvaient être très difficiles à comprendre. Mais au moins ça pensait — et ça pensait avec des arguments. Comme WP à ses débuts. A mon avis, Wikipedia est devenu un super Quid. Sans la fiabilité à 100% du Quid [33].

Mais trêve de tirades, je vais vous lasser avec mes rengaines à la "C’était mieux avant". Tant pis ou tant mieux (c’est selon) pour Internet si Wikipedia est devenue "mainstream" [34].

Emmanuel Barthe
bibliothécaire documentaliste juridique, webmestre


 

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