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Métamoteurs : the end ?

Pour les annuaires de sites, en tout cas, c’est déjà plié

Mardi 21 mai 2019

Tout est parti d’une question posée sur twitter de Sébastien Billard (compte Twitter @sbillard), responsable SEO chez Auchan.fr et dans le référencement en tant que consultant depuis 2001 :
« Les pros de la veille, demandait-il : existe-t-il encore des méta-moteurs dignes d’intérêt en 2019 ? Le concept même de méta-moteurs (généralistes) est-il encore pertinent selon-vous ? »

TL ;DR : la réponse/conclusion tient en peu de mots :

Les métamoteurs ont largement perdu de leur intérêt (comme l’évolution d’Ixquick vers StartPage le montre) :

  • non pas à cause d’eux-mêmes, mais d’abord et avant tout parce qu’ils se reposent sur des moteurs généralistes de qualité et qu’il n’y en a plus que deux (Google et Bing).
  • aussi parce que les bases de données spécialisées (payantes, certes) ont entièrement basculé sur Internet et que dans beaucoup de domaines, on ne peut pas en faire l’impasse si on veut être rigoureux, complet et à jour
  • et sinon, accessoirement, parce qu’il est techniquement impossible d’utiliser les opérateurs avancés sur un métamoteur.

Maintenant, voici les débats, les arguments et les détails :

Pourquoi les métamoteurs ont perdu la guerre du search

Serge Courrier (TW @secou) estime que « pour ce qui est de leur intérêt, il est modeste pour les fanatiques des opérateurs avancés et ils ne font qu’ajouter leur propres algorithmes de classement à ceux des moteurs interrogés ». Je vais dans son sens.

Christophe Deschamps (TW @crid), lui, « conseille encore (entre autre possibilités) d’utiliser un métamoteur lorsqu’on démarre une recherche de sources thématiques. C’est ce [qu’il] appelle l’effet Top 50. Mais à part ça ... »

A propos de recherche de sources thématiques, il me revient que Béatrice Foenix-Riou (TW @BFoenix) recommandait en 2012 de chercher (par Google) des annuaires thématiques et autres pages de liens (correctement maintenues évidemment). Exemple sur l’industrie textile en Allemagne

Mais comme le fait remarquer Serge Courrier, « les répertoires et sélections de liens se font malheureusement de plus en plus rares. IPL2, les signets de la BNF, Unesco Library Portal, l’excellent annuaire de signets du CERIMES bourré de flux RSS etc., tous ont disparus ou sont en sommeil. Car chronophages, coûteux à maintenir ... et rarement visités ».

Exact, hélas, mais cela n’empêchait pas les moteurs de recherche (dont Google, qui "pompait" allègrement — et légalement — le grand annuaire DMOZ) d’en profiter, et pour le plus grand bien de tous. Et puis, il reste des annuaires maintenus, comme celui de la BU de Sc-Po Paris. Mais globalement, la messe est dite : les annuaires sont morts.

Pierre-Yves Debliquy (Euresis, blog, TW @Euresis_ie), « pour sa part, privilégie l’examen en profondeur des listes de résultats (ce qui l’affranchit des impacts des algorithmes de ranking ...). Pas de méta-moteurs pour [lui], donc. »

Pour Renaud Joly (TW @renaudjoly), « l’info circule plus vite et plus facilement. La question est plus de filtrer ou de chercher dans des bases (ou de suivre des experts) spécialisées que de chercher large ».

Dans sa pratique perso, et en tant que chercheur avancé, Sébastien Billard estime qu’il « est rarissime qu’il doive aller ailleurs que Google pour trouver ce qu’il cherche. Sinon, il va des fois directement dans des moteurs spécialisés (genre PubMed). »

En effet. Et quand on parle de moteurs spécialisés, il faut inclure le payant. Les bases spécialisées, notamment payantes, font beaucoup plus que compléter Google [1]. Sur les sujets "pro" et quand on veut du détail, de l’argumenté, le plus souvent, les résultats du web gratuit, donc de Google, manquent très largement de fiabilité et/ou de mise à jour. Ca dépend des domaines, mais en droit, en veille économique et financière ou en sciences de l’ingénieur, par exemple, on ne peut pas faire l’impasse sur les bases payantes. Sinon, on prend le risque bien réel (et important) de se "planter".

Pour le spécialiste du référencement Internet (SEO) Aymen Loukil (TW @LoukilAymen), « avoir besoin de chercher de l’information en désactivant tous les aléas de la localisation, de la personnalisation et du profiling restera à [s]es yeux utile ».

Sébastien Billard fait alors une incise : « Oui, mais là tu parles plus des moteurs respectueux de la vie privée que des méta-moteurs vu que tu n’évoques pas la diversité des sources ? »

Aymen Loukil maintient l’intérêt de la désactivation de la personnalisation et ajoute qu’il ne « voit pas de non respect dans le fait de présenter des résultats géographiquement plus cohérents. La diversité des sources est une richesse aussi. »

Personnellement, je reste réservé sur l’avantage qu’apporteraient les métamoteurs en terme de diversité des sources au vu, comme précisé supra, du fait que seuls deux moteurs généralistes sérieux ont survécu. Je répond que « si on veut évaluer les performances des moteurs et métamoteurs, il faut prendre en compte le respect de la vie privée [2] mais il faut également savoir distinguer ce critère-là des autres, comme la taille de l’index et la pertinence ». Autrement dit, le respect de la vie privée ne peut pas servir de critère de recommandation unique pour un outil de recherche. Sauf à considérer que performance et pertinence des moteurs de recherche n’ont plus aucun intérêt ...

Ricardo Mendes (TW @rMdes_), enfin, explique « utiliser énormément Inoreader pour filtrer, rechercher à l’intérieur d’agrégation de sources, des infos utiles basé sur des filtres regex (zéro algorithme etc.) ». Ca me paraît malin, car la recherche se fait alors sur un sous-ensemble très étroit du Web et déjà thématiquement cohérent, donc ipso facto avec moins de "bruit".

Si métamoteurs quand même, lesquels ?

Mais bon, si on doit recommander des métamoteurs, alors lesquels ? :

  • réponses de Serge Courrier :
    • « Carrot2, malgré une interface vieillotte
    • DuckDuckGo, un métamoteur intéressant que l’on confond souvent avec un moteur tout court. » NB : personnellement, je trouve DDG peu efficace sur la langue française
  • @bituur_esztreym recommande « Tonton Roger, un métamoteur ne conservant d’informations sur les utilisateurs. Il est basé sur searx, et "tuné" par framasoft. » NB : mon test personnel rapide de Tonton Roger me fait penser que je vais le mettre dans mes (méta)moteurs et annuaires de secours.

NB : une confusion à éviter : Startpage n’a plus rien à voir avec son ancêtre Ixquick et ne réutilise que et uniquement que les résultats de Google — certes d’une manière différente de Google. Et ok, il respecte l’anonymat/vie privée de ses utilisateurs [3]. Autrement dit, à strictement parler, StartPage ne serait pas vraiment un métamoteur puisque le préfixe méta, qui signifie au-delà en grec, équivaut au sens de profond (comme les métadonnées ou le métalangage), haut ou grand (comme méta-revue). On ne peut pas dire qu’un métamoteur qui n’utilise qu’un seul moteur soit plus profond, plus haut ou plus grand que son original.

Emmanuel Barthe
documentaliste veilleur, formateur


Lancement du prix Open Thèse

What’s the story ?

Mercredi 15 mai 2019

Le fonds de dotation de l’association Open Law vient de lancer officiellement à la Bibliothèque Cujas ce 15 mai le prix Open Thèse.

Le prix sera attribué chaque année. Trois thèses seront primées.

Pour consulter :

Il existait déjà plus de 100 prix de thèse en droit francophone [4], mais aucun jusqu’ici qui pousse explicitement l’open access. C’est ainsi qu’est venue l’idée de ce prix.

S’inscrivant dans le mouvement Science Ouverte et dans la lignée des recommandations de la Commission Européenne dans le cadre du programme H2020, le Prix Open Thèse récompense et promeut la mise en accès libre des thèses de droit, pratique qui reste trop rare dans les écoles doctorales françaises lorsqu’il s’agit de travaux d’ordre juridique.

Le prix est soutenu par les mécènes suivants :

A noter :

  • le discours de Gilles Dumont : il a notamment cité :
    • en introduction, le rêve de chaque docteur de voir sa thèse publiée "en papier" et le très faible nombre d’élus
    • la diffusion des thèses se fait beaucoup trop en circuit fermé, limite consanguin
    • surtout, absence de rayonnement de la doctrine à l’étranger
    • des actions conjointes et convergentes, dont le développement d’Univ-Droit et la volonté de la conférence des doyens d’obtenir une cartographie la plus précise possible de la science juridique française.
  • le soutien affiché de la bibliothèque Cujas et le discours d’accueil engagé de sa directrice. C’était bien le lieu où il fallait organiser ce lancement
  • la présence d’un tiers des mécènes
  • et l’emballement de la twittosphère.

Le prix Open Thèse cherche désormais ses candidats.

Les concurrents seront des doctorants ayant récemment soutenu leurs thèses, et l’ayant déposée en accès libre dans une archive ouverte. Le jury est composé de membres issus du monde universitaire, promoteurs du mouvement Open Science, professeurs, maîtres de conférence ou documentalistes juridiques universitaires :

  • Gilles Dumont, professeur de droit public à l’Université de Nantes, directeur délégué de la Fondation Ius et Politia, directeur du GIP et président du conseil d’administration de l’Université Numérique Juridique Francophone (UNJF) et grand "publicateur" en open access sur HAL
  • Olivia Tambou, maître de conférences, spécialisée en droit du marché intérieur, Université Paris-Dauphine
  • le professeur Gilles Auzero, spécialiste de droit du travail, Université de Bordeaux
  • Philippe Dupichot, professeur de droit privé à l’Université Paris I Panthéon-Sorbonne
  • le professeur Bruno Dondero, figure novatrice de l’enseignement du droit : il a proposé l’un des premiers MOOC en droit des sociétés, il a accompagné le programme Economie numérique du Droit d’Open Law en 2016 et est aussi le directeur du premier DU créé en France de Droit et Informatique [5]
  • Célia Zolynski, professeure de droit privé, Université Paris I Panthéon-Sorbonne
  • Lionel Maurel, directeur adjoint de l’INIST (CNRS) et auteur du blog Calimaq
  • Isabelle Gras, conservatrice de bibliothèque au SCD (service central de documentation) Aix-Marseille Université.


Ci-dessus une partie de l’équipe de travail lors du Village de la LegalTech 2018 (où le projet a été annoncé) : de gauche à droite : Gilles Dumont, Isabelle Gras, Olivia Tambou, Jean Gasnault, coordinateur du programme Open Doctrine d’Open Law


CEDH : comment chercher des décisions, de la doctrine, des critiques

Une illustration de l’avantage compétitif des documentalistes juridiques

Lundi 13 mai 2019

Cas pratique — bien réel — de recherche juridique : on est à la recherche de critiques envers des décisions de la Cour européenne des droits de l’Homme (CEDH) en droit de la famille dans d’autres Etats membres (genre Russie, Turquie, Croatie...).

A part le cas où il y aurait un traité pile sur le sujet — ce qui ne semble pas être le cas —, comment faire ?

Eh bien, poser la question à un documentaliste juridique !

Disclaimer : j’en suis ;-)

Donc, voici quelques pistes :

  • le moteur de recherche de la JP sur le site de la CEDH (son petit nom est HUDOC, il vaut mieux le savoir car ça permet de le trouver dans le dédale du site) hudoc.echr.coe.int
  • les grands éditeurs spécialisés en droits de l’Homme
  • les catalogues de bibliothèques et de librairies
  • les bases de données d’articles scientifiques
  • Google (pour plus d’infos sur comment utiliser Google pour les recherches juridiques, voir nos deux tutoriels [6]) :
    • avec filetype:pdf pour renforcer la qualité des documents présents dans les résultats
    • avec l’opérateur OR (OU) pour les synonymes et les guillemets pour chercher par expression
    • presse et réseaux sociaux pour le ton critique.

Google : format PDF, opérateurs logiques

Trouvé par la recherche par filetype:pdf sur Google : Guide sur l’article 8 de la Convention –Droit au respect de la vie privée et familiale, par la CEDH (si c’est bien l’article 8 la base légale).

Les bases de doctrine

Ne pas oublier la doctrine, il pourrait y avoir quelque chose. (Trop) vite fait avec Google et quelques bases d’articles scientifiques — il faudrait également interroger des catalogues de bibliothèque et de librairies :

HUDOC, le moteur de recherche des décisions de la CEDH

Autre chose que le documentaliste juridique (ou juriste documentaliste dans mon cas) a dans son sac : on peut interroger HUDOC, justement, par base légale (article de la Conv. EDH ou du Premier Protocole). Ca se passe dans les filtres :

Ensuite, on peut ajouter un mot-clé. Ici, famille :
Exemple : https://hudoc.echr.coe.int/eng# %22fulltext%22 :[%22famille%22],%22article%22 :[%228%22],%22documentcollectionid2%22 :[%22GRANDCHAMBER%22,%22CHAMBER%22]

Dernière précision : dans l’interface du filtre de HUDOC par Article (de la Conv. EDH), on peut préciser 8-1 ou 8-2 et aussi des combinaisons, par exemple 8+34 (articles 8 et 34 combinés).

A vous d’adapter les mots-clés ensuite.

Grands éditeurs

Le premier auquel on pense est Oxford University Press. Un (très) rapide tour sur son site trouve ce livre : Courting Gender Justice : Russia, Turkey, and the European Court of Human Rights, par Lisa McIntosh Sundstrom, Valerie Sperling, and Melike Sayoglu, 2019.

Presse et réseaux sociaux

Après, il reste à trouver des critiques, ce qui est encore plus difficile, le ton négatif des propos étant peu aisé à rechercher en soi avec les outils standards dont on dispose.

Là, je recommande la presse (par Google ou mieux, par une base de données de presse) et les réseaux sociaux (Twitter et Facebook d’abord).

La question de la langue

Sur tous ces axes, bien penser à poser la question en français puis en anglais.

Documentaliste : un avantage concurrentiel

Voilà, vous avez eu un aperçu de ce qu’apporte un documentaliste à un juriste pour ses recherches : méthode, expertise des outils, exhaustivité [7]. Pensez-y next time !

Si vous êtes un cabinet d’avocat, une direction juridique ou une étude de notaires, vous avez ici la preuve qu’un documentaliste [8]) est un juriste spécialiste des recherches — faciles ou difficiles —, de la veille et de la formation des juristes aux outils de recherche. Le documentaliste [9] utilise en expert et rentabilise des outils qui coûtent globalement à chaque structure de quelques dizaines de milliers à des centaines de milliers d’euros par an. Un documentaliste est un avantage compétitif à lui/elle seul/e [10].

Emmanuel Barthe
documentaliste juridique, formateur


Dernières brèves

Métamoteurs : the end ?

Pour les annuaires de sites, en tout cas, c’est déjà plié

Mardi 21 mai 2019

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Tout est parti d’une question posée sur twitter de Sébastien Billard (compte Twitter @sbillard), responsable SEO chez Auchan.fr et dans le référencement en tant que consultant depuis 2001 :
« Les pros de la veille, demandait-il : existe-t-il encore des méta-moteurs dignes d’intérêt en 2019 ? Le concept même de méta-moteurs (généralistes) est-il encore pertinent selon-vous ? »

TL ;DR : la réponse/conclusion tient en peu de mots :

Les métamoteurs ont largement perdu de leur intérêt (comme l’évolution d’Ixquick vers StartPage le montre) :

  • non pas à cause d’eux-mêmes, mais d’abord et avant tout parce qu’ils se reposent sur des moteurs généralistes de qualité et qu’il n’y en a plus que deux (Google et Bing).
  • aussi parce que les bases de données spécialisées (payantes, certes) ont entièrement basculé sur Internet et que dans beaucoup de domaines, on ne peut pas en faire l’impasse si on veut être rigoureux, complet et à jour
  • et sinon, accessoirement, parce qu’il est techniquement impossible d’utiliser les opérateurs avancés sur un métamoteur.

Maintenant, voici les débats, les arguments et les détails :

Pourquoi les métamoteurs ont perdu la guerre du search

Serge Courrier (TW @secou) estime que « pour ce qui est de leur intérêt, il est modeste pour les fanatiques des opérateurs avancés et ils ne font qu’ajouter leur propres algorithmes de classement à ceux des moteurs interrogés ». Je vais dans son sens.

Christophe Deschamps (TW @crid), lui, « conseille encore (entre autre possibilités) d’utiliser un métamoteur lorsqu’on démarre une recherche de sources thématiques. C’est ce [qu’il] appelle l’effet Top 50. Mais à part ça ... »

A propos de recherche de sources thématiques, il me revient que Béatrice Foenix-Riou (TW @BFoenix) recommandait en 2012 de chercher (par Google) des annuaires thématiques et autres pages de liens (correctement maintenues évidemment). Exemple sur l’industrie textile en Allemagne

Mais comme le fait remarquer Serge Courrier, « les répertoires et sélections de liens se font malheureusement de plus en plus rares. IPL2, les signets de la BNF, Unesco Library Portal, l’excellent annuaire de signets du CERIMES bourré de flux RSS etc., tous ont disparus ou sont en sommeil. Car chronophages, coûteux à maintenir ... et rarement visités ».

Exact, hélas, mais cela n’empêchait pas les moteurs de recherche (dont Google, qui "pompait" allègrement — et légalement — le grand annuaire DMOZ) d’en profiter, et pour le plus grand bien de tous. Et puis, il reste des annuaires maintenus, comme celui de la BU de Sc-Po Paris. Mais globalement, la messe est dite : les annuaires sont morts.

Pierre-Yves Debliquy (Euresis, blog, TW @Euresis_ie), « pour sa part, privilégie l’examen en profondeur des listes de résultats (ce qui l’affranchit des impacts des algorithmes de ranking ...). Pas de méta-moteurs pour [lui], donc. »

Pour Renaud Joly (TW @renaudjoly), « l’info circule plus vite et plus facilement. La question est plus de filtrer ou de chercher dans des bases (ou de suivre des experts) spécialisées que de chercher large ».

Dans sa pratique perso, et en tant que chercheur avancé, Sébastien Billard estime qu’il « est rarissime qu’il doive aller ailleurs que Google pour trouver ce qu’il cherche. Sinon, il va des fois directement dans des moteurs spécialisés (genre PubMed). »

En effet. Et quand on parle de moteurs spécialisés, il faut inclure le payant. Les bases spécialisées, notamment payantes, font beaucoup plus que compléter Google [1]. Sur les sujets "pro" et quand on veut du détail, de l’argumenté, le plus souvent, les résultats du web gratuit, donc de Google, manquent très largement de fiabilité et/ou de mise à jour. Ca dépend des domaines, mais en droit, en veille économique et financière ou en sciences de l’ingénieur, par exemple, on ne peut pas faire l’impasse sur les bases payantes. Sinon, on prend le risque bien réel (et important) de se "planter".

Pour le spécialiste du référencement Internet (SEO) Aymen Loukil (TW @LoukilAymen), « avoir besoin de chercher de l’information en désactivant tous les aléas de la localisation, de la personnalisation et du profiling restera à [s]es yeux utile ».

Sébastien Billard fait alors une incise : « Oui, mais là tu parles plus des moteurs respectueux de la vie privée que des méta-moteurs vu que tu n’évoques pas la diversité des sources ? »

Aymen Loukil maintient l’intérêt de la désactivation de la personnalisation et ajoute qu’il ne « voit pas de non respect dans le fait de présenter des résultats géographiquement plus cohérents. La diversité des sources est une richesse aussi. »

Personnellement, je reste réservé sur l’avantage qu’apporteraient les métamoteurs en terme de diversité des sources au vu, comme précisé supra, du fait que seuls deux moteurs généralistes sérieux ont survécu. Je répond que « si on veut évaluer les performances des moteurs et métamoteurs, il faut prendre en compte le respect de la vie privée [2] mais il faut également savoir distinguer ce critère-là des autres, comme la taille de l’index et la pertinence ». Autrement dit, le respect de la vie privée ne peut pas servir de critère de recommandation unique pour un outil de recherche. Sauf à considérer que performance et pertinence des moteurs de recherche n’ont plus aucun intérêt ...

Ricardo Mendes (TW @rMdes_), enfin, explique « utiliser énormément Inoreader pour filtrer, rechercher à l’intérieur d’agrégation de sources, des infos utiles basé sur des filtres regex (zéro algorithme etc.) ». Ca me paraît malin, car la recherche se fait alors sur un sous-ensemble très étroit du Web et déjà thématiquement cohérent, donc ipso facto avec moins de "bruit".

Si métamoteurs quand même, lesquels ?

Mais bon, si on doit recommander des métamoteurs, alors lesquels ? :

  • réponses de Serge Courrier :
    • « Carrot2, malgré une interface vieillotte
    • DuckDuckGo, un métamoteur intéressant que l’on confond souvent avec un moteur tout court. » NB : personnellement, je trouve DDG peu efficace sur la langue française
  • @bituur_esztreym recommande « Tonton Roger, un métamoteur ne conservant d’informations sur les utilisateurs. Il est basé sur searx, et "tuné" par framasoft. » NB : mon test personnel rapide de Tonton Roger me fait penser que je vais le mettre dans mes (méta)moteurs et annuaires de secours.

NB : une confusion à éviter : Startpage n’a plus rien à voir avec son ancêtre Ixquick et ne réutilise que et uniquement que les résultats de Google — certes d’une manière différente de Google. Et ok, il respecte l’anonymat/vie privée de ses utilisateurs [3]. Autrement dit, à strictement parler, StartPage ne serait pas vraiment un métamoteur puisque le préfixe méta, qui signifie au-delà en grec, équivaut au sens de profond (comme les métadonnées ou le métalangage), haut ou grand (comme méta-revue). On ne peut pas dire qu’un métamoteur qui n’utilise qu’un seul moteur soit plus profond, plus haut ou plus grand que son original.

Emmanuel Barthe
documentaliste veilleur, formateur


Lancement du prix Open Thèse

What’s the story ?

Mercredi 15 mai 2019

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Le fonds de dotation de l’association Open Law vient de lancer officiellement à la Bibliothèque Cujas ce 15 mai le prix Open Thèse.

Le prix sera attribué chaque année. Trois thèses seront primées.

Pour consulter :

Il existait déjà plus de 100 prix de thèse en droit francophone [4], mais aucun jusqu’ici qui pousse explicitement l’open access. C’est ainsi qu’est venue l’idée de ce prix.

S’inscrivant dans le mouvement Science Ouverte et dans la lignée des recommandations de la Commission Européenne dans le cadre du programme H2020, le Prix Open Thèse récompense et promeut la mise en accès libre des thèses de droit, pratique qui reste trop rare dans les écoles doctorales françaises lorsqu’il s’agit de travaux d’ordre juridique.

Le prix est soutenu par les mécènes suivants :

A noter :

  • le discours de Gilles Dumont : il a notamment cité :
    • en introduction, le rêve de chaque docteur de voir sa thèse publiée "en papier" et le très faible nombre d’élus
    • la diffusion des thèses se fait beaucoup trop en circuit fermé, limite consanguin
    • surtout, absence de rayonnement de la doctrine à l’étranger
    • des actions conjointes et convergentes, dont le développement d’Univ-Droit et la volonté de la conférence des doyens d’obtenir une cartographie la plus précise possible de la science juridique française.
  • le soutien affiché de la bibliothèque Cujas et le discours d’accueil engagé de sa directrice. C’était bien le lieu où il fallait organiser ce lancement
  • la présence d’un tiers des mécènes
  • et l’emballement de la twittosphère.

Le prix Open Thèse cherche désormais ses candidats.

Les concurrents seront des doctorants ayant récemment soutenu leurs thèses, et l’ayant déposée en accès libre dans une archive ouverte. Le jury est composé de membres issus du monde universitaire, promoteurs du mouvement Open Science, professeurs, maîtres de conférence ou documentalistes juridiques universitaires :

  • Gilles Dumont, professeur de droit public à l’Université de Nantes, directeur délégué de la Fondation Ius et Politia, directeur du GIP et président du conseil d’administration de l’Université Numérique Juridique Francophone (UNJF) et grand "publicateur" en open access sur HAL
  • Olivia Tambou, maître de conférences, spécialisée en droit du marché intérieur, Université Paris-Dauphine
  • le professeur Gilles Auzero, spécialiste de droit du travail, Université de Bordeaux
  • Philippe Dupichot, professeur de droit privé à l’Université Paris I Panthéon-Sorbonne
  • le professeur Bruno Dondero, figure novatrice de l’enseignement du droit : il a proposé l’un des premiers MOOC en droit des sociétés, il a accompagné le programme Economie numérique du Droit d’Open Law en 2016 et est aussi le directeur du premier DU créé en France de Droit et Informatique [5]
  • Célia Zolynski, professeure de droit privé, Université Paris I Panthéon-Sorbonne
  • Lionel Maurel, directeur adjoint de l’INIST (CNRS) et auteur du blog Calimaq
  • Isabelle Gras, conservatrice de bibliothèque au SCD (service central de documentation) Aix-Marseille Université.


Ci-dessus une partie de l’équipe de travail lors du Village de la LegalTech 2018 (où le projet a été annoncé) : de gauche à droite : Gilles Dumont, Isabelle Gras, Olivia Tambou, Jean Gasnault, coordinateur du programme Open Doctrine d’Open Law


CEDH : comment chercher des décisions, de la doctrine, des critiques

Une illustration de l’avantage compétitif des documentalistes juridiques

Lundi 13 mai 2019

Lire la suite »

Cas pratique — bien réel — de recherche juridique : on est à la recherche de critiques envers des décisions de la Cour européenne des droits de l’Homme (CEDH) en droit de la famille dans d’autres Etats membres (genre Russie, Turquie, Croatie...).

A part le cas où il y aurait un traité pile sur le sujet — ce qui ne semble pas être le cas —, comment faire ?

Eh bien, poser la question à un documentaliste juridique !

Disclaimer : j’en suis ;-)

Donc, voici quelques pistes :

  • le moteur de recherche de la JP sur le site de la CEDH (son petit nom est HUDOC, il vaut mieux le savoir car ça permet de le trouver dans le dédale du site) hudoc.echr.coe.int
  • les grands éditeurs spécialisés en droits de l’Homme
  • les catalogues de bibliothèques et de librairies
  • les bases de données d’articles scientifiques
  • Google (pour plus d’infos sur comment utiliser Google pour les recherches juridiques, voir nos deux tutoriels [6]) :
    • avec filetype:pdf pour renforcer la qualité des documents présents dans les résultats
    • avec l’opérateur OR (OU) pour les synonymes et les guillemets pour chercher par expression
    • presse et réseaux sociaux pour le ton critique.

Google : format PDF, opérateurs logiques

Trouvé par la recherche par filetype:pdf sur Google : Guide sur l’article 8 de la Convention –Droit au respect de la vie privée et familiale, par la CEDH (si c’est bien l’article 8 la base légale).

Les bases de doctrine

Ne pas oublier la doctrine, il pourrait y avoir quelque chose. (Trop) vite fait avec Google et quelques bases d’articles scientifiques — il faudrait également interroger des catalogues de bibliothèque et de librairies :

HUDOC, le moteur de recherche des décisions de la CEDH

Autre chose que le documentaliste juridique (ou juriste documentaliste dans mon cas) a dans son sac : on peut interroger HUDOC, justement, par base légale (article de la Conv. EDH ou du Premier Protocole). Ca se passe dans les filtres :

Ensuite, on peut ajouter un mot-clé. Ici, famille :
Exemple : https://hudoc.echr.coe.int/eng# %22fulltext%22 :[%22famille%22],%22article%22 :[%228%22],%22documentcollectionid2%22 :[%22GRANDCHAMBER%22,%22CHAMBER%22]

Dernière précision : dans l’interface du filtre de HUDOC par Article (de la Conv. EDH), on peut préciser 8-1 ou 8-2 et aussi des combinaisons, par exemple 8+34 (articles 8 et 34 combinés).

A vous d’adapter les mots-clés ensuite.

Grands éditeurs

Le premier auquel on pense est Oxford University Press. Un (très) rapide tour sur son site trouve ce livre : Courting Gender Justice : Russia, Turkey, and the European Court of Human Rights, par Lisa McIntosh Sundstrom, Valerie Sperling, and Melike Sayoglu, 2019.

Presse et réseaux sociaux

Après, il reste à trouver des critiques, ce qui est encore plus difficile, le ton négatif des propos étant peu aisé à rechercher en soi avec les outils standards dont on dispose.

Là, je recommande la presse (par Google ou mieux, par une base de données de presse) et les réseaux sociaux (Twitter et Facebook d’abord).

La question de la langue

Sur tous ces axes, bien penser à poser la question en français puis en anglais.

Documentaliste : un avantage concurrentiel

Voilà, vous avez eu un aperçu de ce qu’apporte un documentaliste à un juriste pour ses recherches : méthode, expertise des outils, exhaustivité [7]. Pensez-y next time !

Si vous êtes un cabinet d’avocat, une direction juridique ou une étude de notaires, vous avez ici la preuve qu’un documentaliste [8]) est un juriste spécialiste des recherches — faciles ou difficiles —, de la veille et de la formation des juristes aux outils de recherche. Le documentaliste [9] utilise en expert et rentabilise des outils qui coûtent globalement à chaque structure de quelques dizaines de milliers à des centaines de milliers d’euros par an. Un documentaliste est un avantage compétitif à lui/elle seul/e [10].

Emmanuel Barthe
documentaliste juridique, formateur


 

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